Les dégats sont inévitables. La transidentité est une merde !
J’ai l’air de rigoler ? Ce n’est pas le cas. La transidentité est une merde, pas un choix. On est mal et quand on comprend enfin pourquoi, quand on décide d’agir pour cesser d’être mal, les ennuis commencent. Nous sommes considérées comme égoïstes, dérangées, pas capables d’accepter la réalité (bio), dures pour nos proches, insensibles à la peine que nous faisons aux autres, délirantes. Bien sûr ça se passe bien avec certaines personnes, heureusement… Mais ce sont des efforts pour nous nommer, nous accepter dans notre nouveau genre. Bien sûr il y a de l’indifférence, et quelquefois du soutien, et heureusement. Mais nous devons lutter, attendre, être patientes, payer, nous ruiner même pour être bien avec nous même.
Alors si au départ nous ne sommes pas sûres de nos convictions, de ce que nous sommes, de ce que nous sommes prêtes à jeter en sacrifice pour ce bien-être bien réel (oui on est mieux avec nous même), alors si nous ne sommes pas prêtes à être délaissées, oubliées, rejetées, il vaudrait mieux s’abstenir (mais le pouvons nous ?). Nous sommes “spéciales” et considérées comme telles. Les gens ne le disent pas en face, mais ils pensent “Whaaa, c’est spécial !”
Nous ne rentrons plus dans le moule, dans la norme de genre impensée et acceptée par la majorité. Nous bousculons cette norme, ce confort de certitudes.
Trans, toi qui est au seuil de ton coming-out, je te mets en garde. Je sais ce que tu ressens par rapport aux normes, ta peur de les transgresser. Je ne juge pas du tout cette peur, je la comprends. Et si je n’étais pas dans ce cas, dans l’attente d’une vie tranquille et dans la norme, je ne soignerais pas autant mon passing. Je ne veux pas que les gens éprouvent en me voyant une gêne d’être en face de quelqu’un en dehors de la norme. Mais les gens qui m’ont connue avant, et ils sont les plus nombreux, ils éprouvent bien le sentiment d’un écart de la norme, et ils le vivent plus ou moins bien (mon passing les aide, ils ont moins le sentiment de transgresser eux-même la norme en m’acceptant, quand je te dis que c’est la merde !). Souvent grâce à ce passing ils m’acceptent assez bien, heureusement pour moi (mes enfants, ma mère, mon père, ma compagne ne m’ont pas rejetée, pas du tout mais beaucoup d’autres se sont éloignés, et je constate un carnet de commande bien en baisse au niveau pro, peut-être conjoncturel, comment savoir ?)
Trans, mon amie,si tu fais cette transition et que cela se voit (c’est le but je pense), tu transgressera ouvertement la norme de genre. Tout peut arriver, en positif et en négatif (et heureusement aussi en indifférence). mais sans doute que si tu doutes, cela va augmenter les réactions négatives. SI tu est sûre de toi, que tu sais que tu transgresses une norme INJUSTE, que tu rejettes cette norme plutôt que d’être rejetée, que tu ne culpabilises pas, que tu peux expliquer en quoi ce que tu fais n’est pas préjudiciable pour les autres… cela rend les choses plus faciles.
Par contre, trans, mon amie, si tu est bouffée à la norme, si tu intériorises l’essentialisme, le déterminisme biologique, malheur à toi ! Cela te conduis à une intériorisation de la responsabilité, voire même de la culpabilité. D’où ma mise en garde, tout à fait amicale.
Le sentiment de plénitude qui nous rempli dans les premiers moments d’une transition est trompeur. Nous le confondons avec l’atteinte du bonheur (un autre leurre, une autre merde!). La transition n’apporte pas de bonheur, la transition ne fait que mettre un terme au malaise de devoir vivre “à côté de son genre”. La transition résoud simplement le conflit que nous avons en nous avec la norme de genre qui dysfonctionne et nous oppresse (la norme de genre est atteinte de dysphorie selon moi). C’est énorme, ça fait du bien, mais ça ne règle rien d’autre et ça n’apporte pas le bonheur mais la paix intérieure. Le prix de cette paix peut être lourd. Je ne suis même pas sûre moi-même d’être prête à le payer, je n’ai pas l’âme d’une martyre.








