La transidentité est une merde !

Cloaca, Wim Delvoye, 2000.

Les dégats sont inévitables. La transidentité est une merde !

J’ai l’air de rigoler ? Ce n’est pas le cas. La transidentité est une merde, pas un choix. On est mal et quand on comprend enfin pourquoi, quand on décide d’agir pour cesser d’être mal, les ennuis commencent. Nous sommes considérées comme égoïstes, dérangées, pas capables d’accepter la réalité (bio), dures pour nos proches, insensibles à la peine que nous faisons aux autres, délirantes. Bien sûr ça se passe bien avec certaines personnes, heureusement… Mais ce sont des efforts pour nous nommer, nous accepter dans notre nouveau genre. Bien sûr il y a de l’indifférence, et quelquefois du soutien, et heureusement. Mais nous devons lutter, attendre, être patientes, payer, nous ruiner même pour être bien avec nous même.

Alors si au départ nous ne sommes pas sûres de nos convictions, de ce que nous sommes, de ce que nous sommes prêtes à jeter en sacrifice pour ce bien-être bien réel (oui on est mieux avec nous même), alors si nous ne sommes pas prêtes à être délaissées, oubliées, rejetées, il vaudrait mieux s’abstenir (mais le pouvons nous ?). Nous sommes “spéciales” et considérées comme telles. Les gens ne le disent pas en face, mais ils pensent “Whaaa, c’est spécial !”

Nous ne rentrons plus dans le moule, dans la norme de genre impensée et acceptée par la majorité. Nous bousculons cette norme, ce confort de certitudes.

Trans, toi qui est au seuil de ton coming-out, je te mets en garde. Je sais ce que tu ressens par rapport aux normes, ta peur de les transgresser. Je ne juge pas du tout cette peur, je la comprends. Et si je n’étais pas dans ce cas, dans l’attente d’une vie tranquille et dans la norme, je ne soignerais pas autant mon passing. Je ne veux pas que les gens éprouvent en me voyant une gêne d’être en face de quelqu’un en dehors de la norme. Mais les gens qui m’ont connue avant, et ils sont les plus nombreux, ils éprouvent bien le sentiment d’un écart de la norme, et ils le vivent plus ou moins bien (mon passing les aide, ils ont moins le sentiment de transgresser eux-même la norme en m’acceptant, quand je te dis que c’est la merde !). Souvent grâce à ce passing ils m’acceptent assez bien, heureusement pour moi (mes enfants, ma mère, mon père, ma compagne ne m’ont pas rejetée, pas du tout mais beaucoup d’autres se sont éloignés, et je constate un carnet de commande bien en baisse au niveau pro, peut-être conjoncturel, comment savoir ?)

Trans, mon amie,si tu fais cette transition et que cela se voit (c’est le but je pense), tu transgressera ouvertement la norme de genre. Tout peut arriver, en positif et en négatif (et heureusement aussi en indifférence). mais sans doute que si tu doutes, cela va augmenter les réactions négatives. SI tu est sûre de toi, que tu sais que tu transgresses une norme INJUSTE, que tu rejettes cette norme plutôt que d’être rejetée, que tu ne culpabilises pas, que tu peux expliquer en quoi ce que tu fais n’est pas préjudiciable pour les autres… cela rend les choses plus faciles.

Par contre, trans, mon amie, si tu est bouffée à la norme, si tu intériorises l’essentialisme, le déterminisme biologique, malheur à toi ! Cela te conduis à une intériorisation de la responsabilité, voire même de la culpabilité. D’où ma mise en garde, tout à fait amicale.

Le sentiment de plénitude qui nous rempli dans les premiers moments d’une transition est trompeur. Nous le confondons avec l’atteinte du bonheur (un autre leurre, une autre merde!). La transition n’apporte pas de bonheur, la transition ne fait que mettre un terme au malaise de devoir vivre “à côté de son genre”. La transition résoud simplement le conflit que nous avons en nous avec la norme de genre qui dysfonctionne et nous oppresse (la norme de genre est atteinte de dysphorie selon moi). C’est énorme, ça fait du bien, mais ça ne règle rien d’autre et ça n’apporte pas le bonheur mais la paix intérieure. Le prix de cette paix peut être lourd. Je ne suis même pas sûre moi-même d’être prête à le payer, je n’ai pas l’âme d’une martyre.

Vraie femme malade

En fait les “vraies femmes” que le bon docteur de la SOFECT a soignées (elles étaient malades ! elles avaient la dysphorie ! on les as sauvées !) c’est un peu comme les hystérique du docteur Charcot : qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour faire plaisir à l’objectif pourtant fondamentalement sadique du docteur qui lui, sait ce qui est bon pour vous (et surtout pour lui…)

Comment peut-on intérioriser à ce point les violences qu’on subit ? Pourquoi les “hystériques” de Charcot ont-elles accepté ce jeu immonde ? Ecrasées sous quel pouvoir atroce ? C’est donc la même chose pour les “vraies femmes” sofectisées ? Violence symbolique,violence tout court !

de la “renaissance” à… la régénération

Donna Haraway et sa chienne Cayenne.

Adieu à la “nouvelle naissance” et à toutes ces métaphores ? Voici un extrait de la traduction française du Manifeste cyborg de Donna Haraway : à noter que “monstrueux” est bien évidemment à entendre, ici, dans un sens positif.

« Je dirais que les cyborgs ont plus à voir avec la régénération et qu’ils se méfient de la matrice reproductive et de presque toutes les mises au monde. Chez les salamandres, la régénération qui suit une blessure, par exemple la perte d’un membre, s’accompagne d’une repousse de la structure et d’une restauration des fonctions avec possibilité constante de production, à l’emplacement de l’ancienne blessure, de doubles ou de tout autre étrange résultat topographique. Le membre qui a repoussé peut être monstrueux, dupliqué, puissant. Nous avons tou(te)s déjà été blessé(e)s, profondément. Nous avons besoin de régénération, pas de renaissance, et le rêve utopique de l’espoir d’un monde monstrueux sans distinction de genre fait partie de ce qui pourrait nous reconstituer. »

Le nom du père : Popy


Papi, L Word

Je vais me faire une psychanalyse minute mais j’ai du mal à accepter le mot “père” en ce qui me concerne. Ça coince vraiment. Il est tellement associé au registre masculin dans mon esprit. Pareil avec “Papa” j’avais du mal à continuer avec ce mot, et aussi pour ne pas être “outée” sans le vouloir par mes enfants en public. En même temps mes enfants n’avaient pas envie de m’appeler par mon prénom, ce que je comprends. Et puis je ne serai jamais leur mère (j’aurais bien aimé). Ma fille a été super claire la dessus “Ok pour la transition, c’est cool, mais tu ne seras jamais ma mère on est bien d’accord ?”. Bien sûr que j’étais d’accord.

J’y ai réfléchi à ces mots qui me torturaient “père”, “papa”, on en a parlé avec ma fille… je ne savais pas quoi faire. Et puis un soir en regardant “L Word” (oui ma fille adore cette série, moi ça m’a un peu lassée la saison 3 est naze), donc on regardait en papotant (on parle tout le temps en même temps c’est ce qui est bien avec les séries ça ne mobilise pas toutes nos facultés intellectuelles d’un coup, il reste de la “bande passante”) et puis il y a eu à l’écran ce personnage “Papi” qui se prononce “Popy” en anglais. J’ai eu un flash et j’ai dis à ma fille “tu veux pas m’appeler Popy au lieu de Papa ? On a regardé si ça voulait dire quelque chose, ça veut dire coquelicot. Elle a adoré tout de suite et nous avons adopté cela, ses frères ont suivi le mouvement sans problème.

Bises

Popy

heu non, Popy c’est que mes enfants qui on le droit…

Bises

Alice

C’est un trans !

A paraître le 7 juin 2012, Comprendre le féminisme, un petit livre résolument euphorique composé d’un texte hyperclair genre “boîte à outils”du féminisme là-maintenant-tout de suite et de 30 dessins qui déménagent !

Ouais ! Fallait oser !

Les raisons qui me conduisent à la réassignation sexuelle (SRS)

changement de sexe

Le traitement hormonal, en supprimant les érections et en annulant la libido renforce l’impression d’inutilité du pénis.
J’y pense mais ça ne me fait pas renoncer à l’idée d’une réassignation sexuelle.

Dans ce sens, pour la vaginoplastie je me sens poussée non pas par une nécessité intérieure, mais plutôt extérieure ! (apparence, fonctionnalité de mon organe sexuel)

Le THS répond super bien à ce que j’attendais au niveau de l’apparence physique, au delà même de ce que j’imaginais.

Mais je veux arrêter les anti-androgènes car ce n’est pas une vie qu’une vie “zero libido” (ceci dit c’est reposant !). SI j’arrête l’Androcur, je ne souhaite pas retrouver pour autant la situation antérieure avec un pénis érectile et une libido à bloc.

La production de testostérone se fait dans les testicules, et en supprimant mes testicules, je supprime aussi la nécessité de l’anti-androgène (nécessité pour moi j’entends) et du coup je retrouve une libido et, cerise sur le clito… un organe sexuel fonctionnel, du moins je l’espère.

Je n’attends pas de la SRS qu’elle me rende plus “femme” que je ne le suis déjà.
D’ailleurs, en dehors du social ou je me sens vraiment femme maintenant (surtout depuis ma FFS), quand je suis seule, je ne me sens rien en particulier, ni homme ni femme. Ce n’est que socialement que je ne supporte pas le rôle d’homme, et que je suis comme une poissonne dans l’eau en tant que femme. Ce n’est pas en ce qui me concerne un conflit entre mon esprit et mon corps, mais entre mon apparence physique et le rôle social que j’entends jouer car c’est celui qui me convient. Je me ressens femme socialement et pas biologiquement. Je n’attends aucune transformation biologique de mes opérations et de mon THS, juste une apparence. C’est pour cela que la notion de “passing” ne me gêne pas pour moi. Me faire passer pour femme me convient car c’est ce que je suis, socialement. (origine du terme “passing” : les métisses qui se faisaient passer pour blancs dans les régimes racistes)

François Hollande et les trans : l’analyse de Delphine Philbert

Une analyse d’un extrait de l’interview de Francois Hollande pour Têtu

par Delphine Philbert

[...]
Têtu : Sur un autre point important, concernant le droit des personnes trans, quelles sont vos propositions?
François Hollande : Je connais ce problème, des détresses immenses et parfois des suicides m’ont été signalés. Il faut également lutter contre cette discrimination-là. Je suis pour la rectification de l’état civil lorsqu’il y a eu changement de sexe. Et également pour l’accès aux soins.

Delphine Philbert : Archaïque et à côté de la plaque… Mais heureusement HES veille au grain…

T : C’est-à-dire forcément une chirurgie ?
F.H. : Pas nécessairement. C’est un processus qui peut, dans certaines hypothèses, être distinct du parcours médical accompagnant la transition vers l’autre sexe. C’est le sens des recommandations du Conseil de l’Europe notamment.

D.P. : Il se rattrape aux branches mais la suite prouve qu’il n’a rien compris (et HES non plus… )

T : Et des expertises psychologiques ?
F.H. : Oui. Ensuite, sur l’accès aux soins – car beaucoup de trans s’engagent dans un parcours médicalisé –, la situation actuelle n’est pas satisfaisante. Il conviendra de la corriger.

D.P. : Est-ce que je lis bien ? Selon la construction de la phrase il est POUR la psychiatrisation…

T : Êtes-vous pour un remboursement par la Sécurité sociale ?
F.H. : Pour partie. Il n’y a pas de raison de donner une gratuité totale à ce qui est un choix individuel.

D.P. : Et la recommandation 5 d’Hammarberg (donc de l’Europe) qu’en fait-il ? :
“5. Rendre les procédures de conversion de genre, telles que le traitement hormonal, la chirurgie et le soutien psychologique, accessibles aux personnes transgenres et en garantir le remboursement par le régime public d’assurance maladie”
Pourtant dans sa prémière réponse il dit reconnaître les recommandations du Conseil de l’Europe…

Lorsque je dis que le PS et HES sont à côté de la plaque question identité de genre, je me fais traiter de personne ne comprenant pas ce qui se passe : RCN 90.7 : Les politiques face à l’identité de genre

A vous de juger.

Cela ne changera pas mon vote du 6 mai, car entre la peste et le choléra, je préfère celui qui parle (quand même) égalité de droits.

Il est certain que, même si le PS passe, nous allons avoir à continuer de nous battre pour exister !

Des trans au secours du déterminisme biologique !

Mars et Vénus, pas pareils…

D*, une trans de mes relations de forum de discussion, citait récemment un article « scientifique » (hé hé, légitimité oblige !) qui soutenait l’idée que notre société virait vers le matriarcat, en se basant sur les données téléphoniques montrant que les femmes géraient plus que les hommes les relations amoureuses. Cet article basait ses conclusions hasardeuses sur cette étude « scientifique » Sex differences in intimate relationships

Marrant de penser qu’au lieu de se dire que la norme sociale engendre cette différence de comportement, ces grands scientifiques inversent les causes et les effets, et concluent que c’est la biologie qui détermine cet écart. Ben voyons !

Ce qui toujours sous entendu dans ce que racontent ces études « scientifiques » rapportées par D* sur le forum, c’est le déterminisme biologique, qui signifie que nous sommes déterminéEs par notre biologie, notre sexe (notre nature quoi…)

C’est cette idée à laquelle je n’adhère pas.

D*, bien que trans et donc normalement bien placée pour comprendre que la biologie n’est pas une finalité, proclame à tue-tête que “le patriarcat situe son origine dans la différence de force physique entre les hommes et les femmes” et de cette grande découverte, justifie sa légitimité par cette origine on ne peut plus naturelle.

Les rôles sociaux, si ils ont un jour été déterminés par des différences biologiques, ce n’est pas une raison pour continuer, à l’heure des centrales nucléaires et des chirurgies de réassignation de sexe. Au nom des différences biologiques, au nom de l’altérité des sexes (pour la reproduction bien entendu), la norme sociale est construite et difficile à ébranler. Mais c’est bien ce que nous cherchons à faire : à influer sur cette norme qui repose sur les différences biologiques.

Ce n’est pas que je ne reconnais pas des différences biologiques entre les mâles et les femelles, comme tente de le faire croire systématiquement D*. Je connais ces différences, merci. Je crois savoir que l’appareil reproducteur est différent ? Les taux hormonaux aussi (en moyenne au moins), etc… Je ne fais pas le catalogue. Donc arrêtons cette mauvaise foi. Personne ne délire au point de ne pas reconnaître ces différences, sauf à déformer les propos. Si nous ne reconnaissions pas ces différences, ça nous ferait des économies de chirurgie de réassignation et de féminisation !

Ce qui est néfaste, c’est de fonder “l’ordre social” à partir de cet “ordre naturel des choses”. C’est cela qu’il faut absolument démonter. C’est ce que ne fait pas D*. Bien au contraire, en s’appuyant sur la relation “de cause à effet” entre la nature et la culture, elle continue d’alimenter le discours dominant, source de l’oppression de toutes les personnes qui ne rentrent pas dans les cases de cette “logique biologique”.

C’est l’idée générale, colportée par les médias de façon permanente à longueur de pseudo “tests scientifiques” visant à démontrer les différences entre les hommes et les femmes. Les hommes sont matheux, les femmes sont bavardes, etc… Ces tests sont pour la plupart bidons. La science ne trouve jamais que ce qu’elle cherche, et comme par hasard, ce qu’elle cherche c’est toujours à renforcer cette idée de la différence homme / femme fondée sur la biologie. Catherine Vidal défend un point de vue sur ce problème, point de vue que je partage tout à fait. Une petite video résume son discours : Catherine Vidal, le cerveau à-t-il un sexe ?

Ce qui me gonfle, c’est que la défense de ces positions rétrogrades vienne d’une trans, bien que cela ne soit pas surprenant. Ça doit faire partie de la “servitude volontaire” ?

PS : je retourne sur le site du Dr Chettawut, me documenter sur les SRS. Un truc vachement “naturel” les SRS tiens !

L’amour en transition

Pomme de terre cœur

Je pense ne pas avoir eu d’autre choix possible que de dire la vérité à la personne que j’aimais. En fait elle à découvert ma transidentité en “léger différé”. Le jour où j’ai fait cette découverte sur moi-même, je le lui ai dit. C’était par mail. Elle était à l’autre bout du monde, en voyage, et nous avons été si proches à ce moment.

Ce n’est pas foncer tête baissée.

Je ne parle pas du boulot ou l’on peut attendre et “calculer son coup”.

Le jour où j’ai annoncé que mon ressenti était de vivre totalement dans le genre féminin, il y a eu des conséquences dès cet instant. Avant même tout commencement de transition. On peut temporiser la transition, d’un point de vue pratique, mais cette annonce de la transidentité, au moment ou elle parvient à la conscience de la personne que l’on aime, à des conséquences. A l’instant de mon annonce, elle savait. Elle savait qu’elle ne vivait plus avec un homme, même si l’apparence n’était pas encore changée.

Les choses se sont ouvertes, et resteront ouvertes tant que durera cette relation. Rien n’est jamais définitif. L’amour n’est “pour toujours” qu’à un instant “T”. Passé cet instant tout peut être remis en question. Le début de la transition, les conséquences de la prise d’hormones sur l’appétit sexuel, le changement dans la sexualité, l’orientation sexuelle (elle et moi devenont socialement des lesbiennes), le changement de visage suite à une féminisation FFS, le choc d’une réassignation sexuelle SRS, une attitude nouvelle, un dégoût, une lassitude, l’usure, le manque d’idée, le manque d’envie, une autre envie… une rencontre nouvelle… Par elle, ou par moi.

Dans la vie, on a toujours deux libertés fondamentales me dit-elle : celle de se tromper, celle de changer d’avis.

La temporisation n’est pas mon fort. Je me suis pourtant menti à moi même pendant plein d’années (je n’en fais pas le compte). Mais, j’ai une excuse : je n’avais pas la conscience des choses. je n’avais pas beaucoup cherché à dénouer le nœud qui me serrait, et je réussissais à multiplier les centres d’intérêts extérieurs à moi. L’ambition professionnelle à jouer pour moi le rôle d’un formidable “cache sexe” !

J’ai pu assez facilement vivre de faux semblant, me mentir (“je ne suis pas ce que je ressens être”), mentir ( je ne savais pas que j’étais trans je pensais que j’avais un problème sexuel donc c’était encore plus facile de mentir !).

Quand on annonce que l’on est trans, (que l’on est femme dans mon cas), l’autre peut aussi commencer à se voiler la face pour protéger la relation. Car dans une relation, il y a plein de choses à protéger, à préserver. Plein de dépendances matérielles et affectives se sont installées. Ma compagne n’a développé aucun des scénarios de protection que je lis dans d’autres expériences (« Elle n’est pas une femme puisque son apparence est toujours celle d’un homme »). Elle n’a pas espéré que le temps annule le “problème” (« ça va lui passer ») ou (« je vais lui faire passer ses envies d’être une femme »). Par contre elle a des difficultés, et moi aussi, d’adaptation à cette nouvelle réalité. Pour le moment notre amour est plus fort, (ou notre dépendance affective ? ) Mais nous aurons toujours le choix, elle ou moi : arrêter cette relation si elle ne convient plus à l’une d’entre nous. Ce choix est souvent unilatéral, c’est ce qui fait mal, même lorsque l’on est conscient qu’une séparation peut être positive.

Alors faut-il prendre “le risque” d’une transition ?

Certaines trans veulent le beurre et l’argent du beurre. Elles veulent tout contrôler. Leur transition, les réactions des gens qui les entoure, qu’elles ne considèrent de ce fait plus tout à fait comme des sujets mais comme des objets, éventuellement victimes d’une transition trop rapide, sans ménagement. Elles veulent la transition mais sans renoncer aux “avantages acquis”, aux relations affectives, amicales, professionnelles. Elles y vont à tâton, avancent, reculent, ménagent la chèvre et le chou. Il faut les comprendre, elles sont pas encore tout à fait sûres de leur coup, effrayées qu’elles sont de devoir abandonner une position sociale confortable de mec, des avantages et un rôle dominant dans le couple et dans la société en général, acquis sans lutte, par la bonne grâce des habitudes transmises par 8000 ans de patriarcat !

Sauf que quand tu plonges dans l’acceptation de ta transidentité, que tu vas au bout de la réflexion et de la démarche, que tu sors de l’ombre, honnêtement et totalement, cela peut déclencher des évènements incontrôlables, quel que soit le temps que tu prennes pour le faire, cela ne change rien. La mise en lumière de la relativité du genre, dont tu deviens la preuve vivante, peut devenir insupportable pour beaucoup, qui n’avait pas du tout réfléchi ni envisagé cette possibilité, y compris toi-même.

Il faut (peut-être) accepter de se mettre en roue libre et de laisser se dérouler les évènements sans forcément vouloir les contrôler, selon son ressenti, sans avoir peur des lendemains qui déchantent, et de toutes ces pensées négatives induitent par la norme de genre établie, et qui nous bloquent.

Zut, je suis pas une vraie trans, je suis juste un travgenre

C’est marrant de penser que la transidentité ne choisit pas ses cibles. Ça veut dire en gros qu’on peut être trans et ne rien comprendre à la transidentité. Ainsi, il existe des trans qui n’ont absolument rien compris à la différence entre sexe et genre.

On peut être trans et reproduire les pires discours de la pathologisation !

Pour ces personnes, comme la Madame Lysebeth “femme issue de la transidentité” qui doit s’ennuyer comme un rat mort sur son forum de VRAIES femmes excluant toutes les FAUSSES, et qui vient nous embêter jusqu’ici avec ses commentaires débiles voire dangereux, n’est pas une vraie femme qui veut.

Pour cette Madame, être “transsexuelle” (mot qu’elle refuse mais qui est le seul accepté sur son forum), c’est d’abord être malade. C’est à dire qu’un truc ne colle pas chez vous. Vous êtes tombée depuis toute petite dans la mauvaise marmite ! En gros vous ETES une femme née dans un corps d’homme. Heureusement la SOFECT est là pour vous sauver. Qu’importe les épreuves que vous subirez, elles ne viendront que renforcer votre conviction que vous avez été élue entre toutes d’abord par Dieu qui a fait de vous une femme (même si il s’est un peu planté dans les dosages hormonaux parce qu’il est débordé), et ensuite par la SOFECT qui vous permet de faire coller votre apparence (plus ou moins) à cette vérité divine un peu foirée. Les épreuves traversées vous donneront ensuite cette légitimité  d’objet de la science que les médecins autoriseront à témoigner pour conforter et imposer à tous ces parcours hospitaliers forcément douloureux, puisqu’il s’agit d’un mal immense, celui d’être née dans le mauvais genre !

Dire qu’on est née dans le mauvais corps, après tout, c’est un discours trans très répandu et qui ne me dérange pas plus que cela quand il se propose simplement de faire comprendre ce que l’on peut ressentir depuis longtemps.

Ce discours devient plus dangereux quand il essentialise l’être dans un genre. Vous ETES une femme, c’est votre identité profonde, essentielle, qui vous constitue.

Ce discours est à combattre franchement dès l’instant ou il proclame une vérité unique, celle de la VRAIE transidentité, opposée à toute autre. Soit vous êtes dans ce ressenti essentialiste, soit vous n’êtes “qu’un mec déguisé en femme”. Un travgenre. Beurk.

Un travgenre c’est d’abord un mec (surtout pas une femme qui est bien évidemment un être supérieur quoique infériorisé, va comprendre Charles !). Un travgenre c’est un mec qui fantasme, qui s’excite sexuellement, alors qu’une femme, elle s’en fout du sexe c’est bien connu, une femme ça ne s’excite pas. Un travgenre c’est un homme déguisé à ses heures perdues c’est un tordu qui va mettre des culottes de femme (ou de petite fille même si ça se trouve) juste pour jouir dans sa culotte. Un travgenre, c’est rien qu’un travesti, un putain de travelo, comme le préfixe l’indique, donc un être pas tout à fait humain, ni homme ni bête, en tous cas pas une femme. Un travgenre ça devrait être interdit, car ils font du tort à l’image des “vraies femme issues de la transidentité”.

Un travgenre c’est un pervers, d’ailleurs c’est vrai puisque les psys le disent. Et les psys ils savent le vrai donné par la science qu’ils possèdent et puis pas toi. Ecoutez Chiland, femme 100% bio, écoutez Madame Lysebeth, femme issue de la transidentité, elle disent tout pareil, même si elles ne seront jamais pareil ! Enfin c’est Chiland qui a commencé à parler. C’est elle qui a fait le “pitch”, la “réponse folle à une demande folle”. Quand je dis Chiland, c’est un terme générique pour désigner le courant de pensée pathologiste tellement bien de chez nous encore en 2012.

Donc un travgenre, c’est pas bien. Heureusement, il y a des lois en France pour nous protéger de ces pornographes, pédophiles en puissance, qui n’ont absolument rien à voir avoir les transsexuelles, les vraies, celle qui vont “jusqu’au bout de leur rêve”, celles qui mettent leurs parties génitales en conformité d’apparence avec leur genre  ressenti depuis toujours !

Moi je les plains au fond ces trans essentialistes. Ben oui c’est dur d’être née dans le mauvais corps. Car le “bon” corps, de leur point de vue, elle ne l’auront jamais. Le bon corps, le vrai corps, c’est celui qui vous permet de vous unir dans l’altérité de votre sexe avec le sexe opposé pour vous reproduire. Quel malheur ! Cela ne leur sera jamais donné. Elles auront peut-être des gros seins, mais elles n’auront jamais leurs règles ! Mais pour se consoler, heureusement qu’elle peuvent se dire que la société dans sa grande prévoyance à prévu pour elles la stérilisation, afin que ne se reproduise pas cette erreur de la nature, ce mal immense, la transidentité.

Plus jamais ça !