Ma vie de trans

© The Islet of Asperger

En ce moment, j’ai pas la grande forme comme on peut le voir sur mon dernier statut Facebook. J’ai plutôt envie de tout fermer car j’ai vraiment l’impression de n’y rien comprendre. Et c’est là une des caractéristiques du Syndrome d’Asperger, dont je suis atteinte, qui est de ne pas connaître (et comprendre) les codes sociaux. En fait, le Syndrome d’Asperger fait de nous des handicapés sociaux. Je dirais plutôt que le Syndrome d’Asperger est la catégorisation des handicapés sociaux plutôt que que d’en être la conséquence. On classe généralement les Aspies (surnom des gens « atteints » du syndrome d’Asperger) comme des autistes légers, facilement intégrables, quasiment invisibles. C’est un handicap invisible, et quand on en révèle notre cas, les gens ont énormément de difficultés à nous croire.

D’un côté, mon syndrome d’Asperger et de l’autre ma transidentité et ma transition font qu’il peut y avoir téléscopage et tout cela est mélangé. J’ai donc toujours vécu avec les deux et parfois il m’est difficile de faire le distinguo entre les deux dans mon histoire. D’autant que ce n’est que récemment que j’ai découvert qu’on pouvait également me classer dans le syndrome d’Asperger. Aussi, j’envisage de faire confirmer mon auto-diagnostic par une équipe spécialisée à l’hôpital de Créteil.

Cela fait plus de 40 ans que je suis en transition et ce n’est que depuis quelques années que je prends les choses en main. Je ne me rappelles plus exactement à quel âge, mais ça devait être vers 12/13 ans que j’ai décidé de devenir une femme, un soir en voyant passer une étoile filante. Mais mon manque de courage, voire ma lâcheté, m’en a empêché et me faisant louvoyer, atermoyer entre deux périodes de travestissement et mise dans la poubelle de ma garde-robe féminine. Sans vraiment assumer ce que je suis et ce que j’avais décidé de ce que serait ma vie.

Depuis mon adolescence, je n’ai jamais vraiment eu une sexualité masculine épanouie et normale. Ce qui me valut au service militaire d’être violée (bite au cirage). Et comme une conne, à la sortie, je me suis sentie obligée de chercher une sexualité masculine normale. Et ceci, tout en ayant mes périodes de travestissement. Ce que j’ai finit par tout mélanger et ne plus comprendre qui j’étais. Il m’a fallu atteindre ma quarantaine pour enfin coucher avec une fille. Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi j’avais autant de difficultés à avoir des relations avec les filles. Il est possible que mon Asperger autant que mon identité féminine en ait perturbée plus d’une !

Et pour faire comme tout le monde, pour être une personne rangée, bien comme il faut, je me suis mariée une première fois. Mariage qui dura peu de temps et qui fut suivi par ma première prise en main de ma transition. Et qui elle aussi ne dura qu’un certain temps, m’étant totalement déballonnée par la réflexion d’une voyante (ayant pourtant bien vu mon instabilité sexuée) me dit « plutôt que de changer de sexe, pourquoi ne pas être homo ». Il est possible que la relative meilleure acceptation de l’homosexualité par rapport à la transexualité m’ayant inconsciemment fait prendre conscience de la difficulté de la tâche me fit retrouver ma lâcheté. A l’époque, j’étais suivi par une psychothérapeute spécialisée dans le rêve éveillé et fut dans le déni complet par rapport à mon identité féminine, elle n’admettait pas que je puisse dire que dans ma famille, je me mettais dans le « clan » des filles (ma mère et mes sœurs) en opposition à mon père. Déni qui participa aussi au rejet de ma propre identité féminine.

Et, toujours, pour faire comme tout le monde j’ai cherché à me remarier, et j’y suis arrivé grâce à un site de rencontre. Ce n’est qu’après quelques années de mariage (je me suis mariée en 2006), que mon identité féminine et le désir de faire une transition me sont ressortis comme le nez en plein milieu de la figure. Cela, quelques mois après le décès de ma tante (la soeur de ma mère). Peut-on y voir un lien de cause à effet, comme le voit ma femme, je n’en sais rien ? Toujours est-il que c’est dans un train, en voyant une femme lire un livre intitulé « Elle est partie » que tout m’est ressorti. Au début de notre relation avec ma femme, j’avais parlé de mon désir « perdu à jamais » de me travestir. Elle vit quelques photos, qui furent vite jetées à la poubelle, et récupéra ma garde-robe féminine, mes produits de maquillage et bijoux. Quand mon désir de devenir femme se réveilla, elle en fut bouleversée et était loin de comprendre tout ce qui pouvait se cacher derrière. Elle fut longtemps dans le déni total et me proposa de rencontrer sa psychothérapeute en hypnose, dans le secret désir que cette dernière me guérisse de mon désir. Et ce fut tout le contraire. Au cours d’un entretien de 2 heures, elle me conseilla plutôt de réaliser mon souhait. Quand j’ai raconté que j’avais pris la décision de faire une transition, elle fut abattue.

A l’époque, j’étais fortement troublé par certaines femmes que je croisais dans la rue. Leur liberté d’être, de s’habiller, faisait comme un écho en moi, et j’avais alors beaucoup de mal à l’accepter. J’étais, si on peut dire, jalouse d’elles parce qu’elle pouvaient être et se comporter en femme alors que moi… J’ai essayé au début de contrôler mes émotions en parlant à ma femme de m’habiller en jupe comme le font certains hommes (association HEJ). Puis petit à petit, j’ai repris mes habitudes de m’habiller en femme au vu et au su de ma femme. Chose qu’elle accepte de plus ou moins bonne grâce. Et plus, le temps passait, plus je déprimais ; aucune envie de faire quoi que ce soit en dehors de la routine métro-boulot-dodo. Et côté sexe c’était aussi la déroute (éjaculation précoce). Surtout, pour ma femme ; je n’ai aucun plaisir particulier à faire l’amour avec elle en particulier et avec les femmes en général, bien que je n’ai aucune attirance particulière pour les hommes.

Malgré tout, je vais voir mon médecin traitant pour lui faire part de ce que je suis et de ma décision de faire une transition. Lui aussi m’accepta telle que je suis. Voilà bien du changement en seulement 6 ans. Il m’a fait une lettre de recommandation pour le confrère qui voudra bien me prendre en charge. J’ai pris un rendez-vous avec un psychiatre à Paris pour le 14 janvier 2010 (nom trouvé dans la liste qui m’a été fournie par Tom Reucher). Plus d’un an après, j’ai commencé l’hormonothérapie, d’abord avec l’androcur, puis l’estreva et enfin la progestérone. Depuis le début de cette année, je vais à des réunion d’une association dénommée Outrans. Et en juin, et juillet j’ai fait deux séances de relooking, apprentissage du maquillage. Dont tu peux voir le résultat dans mes albums photos sur Facebook. Avec le peu de confiance que j’ai en moi, il m’a été difficile de voir la féminité que je pouvais dégager. Même des amis de longue date me trouvèrent très féminine, c’est peu dire. Et il faut aussi que je change les croyances que j’ai sur moi.

Du temps de ma première tentative de transition, je m’étais approchée d’une association, le CARITIG, qui n’existe plus. Et avec le recul, je trouve que l’accueil qui m’avait été fait était plutôt froid. Il ne m’avait jamais été conseillé quoi que ce soit de chemin à suivre, ni d’aller voir un psy, un endocrinologue. Et pourtant, je connaissais le protocole pour avoir visiter le site web transsexualisme.info (site qui d’ailleurs m’effraya au plus haut point). A l’époque, le CARITIG proposait des ateliers, et celui auquel je suis allée était celui sur les perruques. Mais, à chaque fois que je suis allée au centre LGBT de l’époque, j’y suis allée avec une barbe de quelques jours. Comprenne qui pourra!

C’est en écrivant ce texte que je prends conscience du terme “identité féminine“ quant à définir ce que j’ai toujours ressenti. Jusqu’à maintenant quand je parlais de mon désir de devenir femme certaines personnes me rétorquaient que je pouvais exprimer la féminité qui est moi de manière différente, par exemple, reconnaître et accepter mon intuition. Mais, justement d’intuition, j’étais en plein dedans, mais comme souvent avec cette bête là, il est difficile d’une part de savoir l’exprimer (d’autant plus si on est Aspie), et d’autre part il est aussi difficile d’argumenter puisque basé uniquement sur un ressenti. D’où fatalement les quiproquos et incompréhensions.

Lettre ouverte d’une trans au Président de la République française

Monsieur le Président de la République,

Je suis une personne trans et je m’adresse directement à vous aujourd’hui afin de vous décrire quel sort est le mien aujourd’hui en France. Mes Droits Humains ne sont pas respectés et l’Egalité des Droits, que vous avez défendue avec justesse pendant votre campagne électorale, m’est refusée.

Ma transidentité n’est pas une pathologie mais le sentiment profond d’un écart entre mon identité de genre et le sexe que l’on m’a assigné à la naissance en fonction de mon appareil génital.

La juste définition de l’identité de genre est donnée en 2006 dans les Principes de Jogjakarta : « L’identité de genre est comprise comme faisant référence à l’expérience intime et personnelle de son genre profondément vécue par chacun, qu’elle corresponde ou non au sexe assigné à la naissance, y compris la conscience personnelle du corps (qui peut impliquer, si consentie librement, une modification de l’apparence ou des fonctions corporelles par des moyens médicaux, chirurgicaux ou autres) et d’autres expressions du genre, y compris l’habillement, le discours et les manières de se conduire.« 

Sexe et genre sont deux choses différentes. Les manuels scolaires commencent à rendre compte de cette réalité. Tant que la loi de son côté continuera à confondre sexe biologique et genre social, les incompréhensions de ce problème demeureront et je continuerai à subir des discriminations.

Ma transition (homme vers femme) n’est pas un choix de confort, mais l’aspiration à une vie normale, sans être discriminée. Le fait est que ne sont reconnus aujourd’hui que deux genres, homme ou femme. Passer d’un genre à l’autre, d’une rive à l’autre, représente la seule solution qui s’offre à moi pour mener une vie normale avec les mêmes droits que tout citoyen français. Le respect du droit de chacun à apparaître comme il le souhaite, homme, femme ou sans genre défini permettrait pourtant une plus grande liberté par rapport à la norme de genre binaire qui ne repose sur aucune réalité scientifique.

Quoique n’étant pas une maladie, ma transidentité nécessite pourtant une prise en charge médicale pour être résolue. Une interruption de grossesse n’est pas non plus une maladie, pas un choix de confort, mais elle est pourtant prise en charge par l’assurance maladie. Ma transidentité, qui n’est pas plus que l’IVG une pathologie, devrait pouvoir bénéficier de la même prise en charge. Ce n’est pas le cas.

Aujourd’hui, mes Droits Humains ne sont pas respectés en France. Mon parcours de transition est rendu extrêmement difficile par les nombreux obstacles dressés devant moi, du fait de l’incompréhension de mon problème et de sa non prise en compte par la loi :
– mon consentement éclairé n’est pas reconnu et j’ai l’obligation de passer par un diagnostic psychiatrique, sésame à tout traitement médical,
– la prise en charge par le système de santé de mes traitements se fait sur des critères arbitraires par des personnes ignorant tout de mes besoins et ne m’ayant jamais reçus en consultation
– je suis amenée à me faire opérer à l’étranger, à mes frais, du fait d’une offre médicale insuffisante et monopolistique, ne répondant pas au Code de Déontologie et en particulier à l’obligation de maintenir le niveau de compétence en fonction des progrès de la science, mais aussi sans respect de mes droits de patiente à décider du choix de mes médecins,
– le changement de mon état civil est complexe et coûteux : j’ai l’obligation d’être stérilisée, de subir des opérations chirurgicales irréversibles que je ne désire pas forcément, des traitements hormonaux sont toujours requis pour obtenir le changement de mon état civil devant le tribunal, chaque tribunal posant ses exigences d’expertises et rendant ses arrêts de façons tout à fait hétérogène et injuste, je suis dans l’incertitude quand au résultat de mes démarches,
– la discrimination que je subis, basée sur l’identité de genre et la transphobie ne sont pas reconnues par la loi.
– mes enfants mineurs, s’ils étaient trans comme je le suis, ne seraient pas pris en compte, alors même que leur transition réalisée avant l’adolescence serait grandement facilitées. Pour rappel, le nombre de tentatives de suicide chez les jeunes trans s’élève à plus de 34% (source Inter-LGBT).

Cette situation m’est d’autant plus intolérable qu’elle pourrait facilement être changée. Monsieur le Président de la République, si la France mettait en application les douze recommandations émises par Thomas Hammarberg, ancien commissaire aux Droits de l’Homme du Conseil de l’Europe dans son document, publié en juillet 2009, Droits de l’Homme et identité de genre. Ces recommandations sont basées sur les Principes de Jogjakarta.

Le 9 mai 2012, le sénat argentin a voté à la majorité absolue la loi sur l’identité de genre déjà votée par le parlement argentin en novembre 2011. Cette loi intègre:

- la reconnaissance de l’identité de genre telle qu’énoncée dans les Principes de Jogjakarta,
– le changement d’état civil libre et gratuit sans conditions préalables : sans expertise médicale ou psychiatrique, sans obligation de traitement hormonal ou obligation de stérilisation,
– la prise en compte des enfants et des adolescents exprimant une identité de genre non conforme au genre donné à la naissance en fonction des organes génitaux. Ces mêmes enfants, adolescents, sont concernés par la liberté d’exprimer leur identité de genre dès leur plus jeune âge. Des mesures spécifiques garantissent l’intérêt supérieur des droits des enfants puisque dans le cas du refus des représentants légaux, l’enfant peut demander le consentement d’un juge,
– l’accès et le remboursement des traitements médicaux et/ou chirurgicaux quand ils sont souhaités, la seule condition pour y avoir accès étant le consentement éclairé de la personne.

Par tous ces aspects, et quoique maintenant la binarité forcée homme / femme, la loi sur l’identité de genre adoptée en Argentine traduit une avancée importante des Droits Humains appliqués à l’identité de genre.

J’attends de vous, Monsieur le Président, que vous mettiez en œuvre maintenant les changements nécessaires pour que la France puisse encore s’enorgueillir d’être la patrie des Droits de l’Homme, et que j’y trouve ma place, en tant que citoyenne ne valant pas moins qu’une autre.

Restant à votre disposition et à celle de vos conseillers sur ce sujet me touchant de très près, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de mon espoir le plus légitime.

La réponse du cabinet ici

Le nom du père : Popy


Papi, L Word

Je vais me faire une psychanalyse minute mais j’ai du mal à accepter le mot « père » en ce qui me concerne. Ça coince vraiment. Il est tellement associé au registre masculin dans mon esprit. Pareil avec « Papa » j’avais du mal à continuer avec ce mot, et aussi pour ne pas être « outée » sans le vouloir par mes enfants en public. En même temps mes enfants n’avaient pas envie de m’appeler par mon prénom, ce que je comprends. Et puis je ne serai jamais leur mère (j’aurais bien aimé). Ma fille a été super claire la dessus « Ok pour la transition, c’est cool, mais tu ne seras jamais ma mère on est bien d’accord ? ». Bien sûr que j’étais d’accord.

J’y ai réfléchi à ces mots qui me torturaient « père », « papa », on en a parlé avec ma fille… je ne savais pas quoi faire. Et puis un soir en regardant « L Word » (oui ma fille adore cette série, moi ça m’a un peu lassée la saison 3 est naze), donc on regardait en papotant (on parle tout le temps en même temps c’est ce qui est bien avec les séries ça ne mobilise pas toutes nos facultés intellectuelles d’un coup, il reste de la « bande passante ») et puis il y a eu à l’écran ce personnage « Papi » qui se prononce « Popy » en anglais. J’ai eu un flash et j’ai dis à ma fille « tu veux pas m’appeler Popy au lieu de Papa ? On a regardé si ça voulait dire quelque chose, ça veut dire coquelicot. Elle a adoré tout de suite et nous avons adopté cela, ses frères ont suivi le mouvement sans problème.

Bises

Popy

heu non, Popy c’est que mes enfants qui on le droit…

Bises

Celia

L’amour en transition

Pomme de terre cœur

Je pense ne pas avoir eu d’autre choix possible que de dire la vérité à la personne que j’aimais. En fait elle à découvert ma transidentité en « léger différé ». Le jour où j’ai fait cette découverte sur moi-même, je le lui ai dit. C’était par mail. Elle était à l’autre bout du monde, en voyage, et nous avons été si proches à ce moment.

Ce n’est pas foncer tête baissée.

Je ne parle pas du boulot ou l’on peut attendre et « calculer son coup ».

Le jour où j’ai annoncé que mon ressenti était de vivre totalement dans le genre féminin, il y a eu des conséquences dès cet instant. Avant même tout commencement de transition. On peut temporiser la transition, d’un point de vue pratique, mais cette annonce de la transidentité, au moment ou elle parvient à la conscience de la personne que l’on aime, à des conséquences. A l’instant de mon annonce, elle savait. Elle savait qu’elle ne vivait plus avec un homme, même si l’apparence n’était pas encore changée.

Les choses se sont ouvertes, et resteront ouvertes tant que durera cette relation. Rien n’est jamais définitif. L’amour n’est « pour toujours » qu’à un instant « T ». Passé cet instant tout peut être remis en question. Le début de la transition, les conséquences de la prise d’hormones sur l’appétit sexuel, le changement dans la sexualité, l’orientation sexuelle (elle et moi devenont socialement des lesbiennes), le changement de visage suite à une féminisation FFS, le choc d’une réassignation sexuelle SRS, une attitude nouvelle, un dégoût, une lassitude, l’usure, le manque d’idée, le manque d’envie, une autre envie… une rencontre nouvelle… Par elle, ou par moi.

Dans la vie, on a toujours deux libertés fondamentales me dit-elle : celle de se tromper, celle de changer d’avis.

La temporisation n’est pas mon fort. Je me suis pourtant menti à moi même pendant plein d’années (je n’en fais pas le compte). Mais, j’ai une excuse : je n’avais pas la conscience des choses. je n’avais pas beaucoup cherché à dénouer le nœud qui me serrait, et je réussissais à multiplier les centres d’intérêts extérieurs à moi. L’ambition professionnelle à jouer pour moi le rôle d’un formidable « cache sexe » !

J’ai pu assez facilement vivre de faux semblant, me mentir (« je ne suis pas ce que je ressens être »), mentir ( je ne savais pas que j’étais trans je pensais que j’avais un problème sexuel donc c’était encore plus facile de mentir !).

Quand on annonce que l’on est trans, (que l’on est femme dans mon cas), l’autre peut aussi commencer à se voiler la face pour protéger la relation. Car dans une relation, il y a plein de choses à protéger, à préserver. Plein de dépendances matérielles et affectives se sont installées. Ma compagne n’a développé aucun des scénarios de protection que je lis dans d’autres expériences (« Elle n’est pas une femme puisque son apparence est toujours celle d’un homme »). Elle n’a pas espéré que le temps annule le « problème » (« ça va lui passer ») ou (« je vais lui faire passer ses envies d’être une femme »). Par contre elle a des difficultés, et moi aussi, d’adaptation à cette nouvelle réalité. Pour le moment notre amour est plus fort, (ou notre dépendance affective ? ) Mais nous aurons toujours le choix, elle ou moi : arrêter cette relation si elle ne convient plus à l’une d’entre nous. Ce choix est souvent unilatéral, c’est ce qui fait mal, même lorsque l’on est conscient qu’une séparation peut être positive.

Alors faut-il prendre « le risque » d’une transition ?

Certaines trans veulent le beurre et l’argent du beurre. Elles veulent tout contrôler. Leur transition, les réactions des gens qui les entoure, qu’elles ne considèrent de ce fait plus tout à fait comme des sujets mais comme des objets, éventuellement victimes d’une transition trop rapide, sans ménagement. Elles veulent la transition mais sans renoncer aux « avantages acquis », aux relations affectives, amicales, professionnelles. Elles y vont à tâton, avancent, reculent, ménagent la chèvre et le chou. Il faut les comprendre, elles sont pas encore tout à fait sûres de leur coup, effrayées qu’elles sont de devoir abandonner une position sociale confortable de mec, des avantages et un rôle dominant dans le couple et dans la société en général, acquis sans lutte, par la bonne grâce des habitudes transmises par 8000 ans de patriarcat !

Sauf que quand tu plonges dans l’acceptation de ta transidentité, que tu vas au bout de la réflexion et de la démarche, que tu sors de l’ombre, honnêtement et totalement, cela peut déclencher des évènements incontrôlables, quel que soit le temps que tu prennes pour le faire, cela ne change rien. La mise en lumière de la relativité du genre, dont tu deviens la preuve vivante, peut devenir insupportable pour beaucoup, qui n’avait pas du tout réfléchi ni envisagé cette possibilité, y compris toi-même.

Il faut (peut-être) accepter de se mettre en roue libre et de laisser se dérouler les évènements sans forcément vouloir les contrôler, selon son ressenti, sans avoir peur des lendemains qui déchantent, et de toutes ces pensées négatives induitent par la norme de genre établie, et qui nous bloquent.

FFS : premiers résultats

 

Pourquoi une FFS ?

Si je m’interroge sur les raisons qui m’ont poussées à réaliser cette opération, je ne sais pas si avoir un meilleur passing à mon boulot a joué pour cette FFS, car je travaille beaucoup chez moi et mes nouveaux clients ne me voient quelquefois jamais, et même ceux qui me voient et ne me connaissaient pas avant ne se rendent compte de rien, pour eux je suis une femme point final. Pour ceux qui me connaissaient avant, soit ils s’en fichent royalement, soit ils trouvent ça gonflé et courageux de se “transformer en femme” (c’est souvent comme ça qu’ils voient les choses).

Ce n’est donc pas une nécessité professionnelle qui a pesé dans ce désir impérieux de féminiser mes traits. Beaucoup de personnes ne comprenaient d’ailleurs pas mon désir, car ces personnes trouvaient que j’avais un visage qui passait bien. Je ne pouvais cependant pas m’empêcher de penser que ces personnes disaient cela pour me faire plaisir. J’ai vraiment le sentiment que c’est en me voyant dans le miroir que je supportais plus cette masculinité de certains traits, j’aurais du enlever les miroirs de la maison, ça m’aurait coûté moins cher ! (heu je rigole bien sûr).

Ma mère ne me trouve pas changée !

Après cette opération, ma mère elle-même ne me voit pas vraiment changée (c’est bien la peine de se donner du mal !). Elle voit la différence de profil du nez, ça oui. Mais de face mon nez étant encore épais et pas fini « d’affiner » la différence n’est pas flagrante (6 mois d’affinage !). Elle m’a dit qu’elle avait peur de ne pas reconnaître son « bébé » et du coup elle s’attendait à ce que je change radicalement de visage. Comme changement, elle me dit que le fait que je sois maquillée lui a paru un changement plus important que cette FFS. Elle ne se rend pas compte du changement du front et du regard, elle croit que c’est uniquement le maquillage qui fait ça. En plus le bas des joues étant encore enflé on ne s’aperçoit pas de la diminution des maxillaires. Tout cela va se faire progressivement.

Il y a un petit paradoxe : j’aurais vraiment été mal à l’aise que ma mère ne me reconnaisse pas et en même temps, j’aurais voulu qu’elle me trouve plus féminine. Mais en fait ce n’est pas cela qu’elle voit. Elle ne me percevait déjà plus comme masculine depuis un moment (même si elle se trompe souvent en me pronommant !). Par contre ma copine voit beaucoup plus les changements. Moi je les vois aussi beaucoup.

Ce critère qu’on me reconnaisse était quasiment la seule exigence que j’ai eu vis à vis du chirurgien avant l’opé. Mais on peut je suppose demander des transformations plus radicales.

C’est un travail subtil, et il n’est pas évident  pour les tiers de s’apercevoir d’emblée de ce qui a changé. D’ailleurs ce n’est pas ce que je souhaitais. Le chirurgien m’avait prévenu, il m’avait dit que la plupart des gens ne verraient aucun changement et me trouveraient simplement plus en forme. Que d’autres me demanderaient si j’avais changé de coiffure… Les gens ne peuvent pas dire « Ah oui tu as raboté les arcades, lissé le front, enlevé de la largeur aux maxillaires et modifié le profil du nez ! ». Ce type de réaction n’arrive jamais, ou alors c’est une trans qui a fait elle-même une FFS !

Par contre, pour les gens qui ne me connaissent pas, je suis quasiment certaine que l’ambiguïté est levée.

Le résultat final demandera encore plusieurs mois

Maintenant il me reste à savourer les petites modifications qui vont encore apparaître au fil du temps. Le nez, son profil, sa pointe qui me paraît encore crochue vont s’affiner. L’ovale du bas du visage va aussi progressivement mieux se dessiner.

Si mes joues restent trop tombantes, je ferai un lifting, comme c’était prévu. Ça ne pouvait pas être fait dans la même opération. Par contre, une retouche des yeux était prévue aussi et elle me paraît inutile.

La FFS ne fait pas tout

Je publie au début de cet article cette photo prise à la clinique 10 minutes avant mon opération, les cheveux comme de la paille à cause des shampooings de Bétadine ! Je préfère montrer cela pour ne pas laisser croire que la FFS à fait tout le boulot.

Il y a déjà beaucoup de changements avant ma FFS par rapport à ma photo d’avril 2011 (à commencer par le sourire !). Pour obtenir cette féminisation, je pense que les hormones sont pour beaucoup, l’épilation de la barbe aussi (électrique, pas terminée). La coiffure et le maquillage comptent aussi énormément, mais bon sur cette image, la coiffure est bizarre et je ne suis pas maquillée. Il n’y a  pas de recette miracle ! Comme disait Simone, « on ne nait pas femme, on le devient » !

On peut aussi décider de se passer de tout ça et être une femme tout autant et pas moins femme. Ce ne sont pas ces changements qui me définissent, bien qu’ils me fassent très plaisir. Chacune fait comme elle veut (limites intérieures), et aussi bien souvent comme elle peut (limites extérieures).

J’espère me faire comprendre

Fin de la convalescence

Je reprends mon boulot de graphiste aujourd’hui même.

Je suis en freelance. J’avais tellement peur de ne plus en avoir que j’ai accepté une mission ce weekend. Je suis allée prendre le brief à l’agence de pub hier en fin de journée, avec mes 27 agrafes (j’ai compté) encore bien plantées dans mon cuir chevelu. Mais ça ne se voit pas. Par contre le changement se voit ! Ça n’a pas fait comme avec ma mère, oh non !

La commerciale qui m’a reçue était complétement hallucinée. Il faut dire que j’avais juste dit que je me faisais refaire le nez. Elle a bien vu que d’autres changements étaient intervenus, sans savoir quoi. Mais elle a remarqué le changement de regard. Elle m’a demandé si ça allait, si j’étais en forme, et je me suis grillée en disant « j’ai encore du mal à mâcher » ! Elle a pas compris le rapport avec le nez évidemment. J’ai donc expliqué que j’avais aussi fait une intervention sur la mâchoire. Mais ça va, c’est une nana très sympa et bienveillante depuis le début de ma transition. Je bosse pour elle depuis des années et elle n’a jamais fait aucun problème, au contraire elle m’a aidé.

Bon je ne lui ai pas dit que j’étais encore farcie d’agrafes pour ne pas qu’elle culpabilise de me faire bosser.

Tout ça pour dire que je peux reprendre un boulot d’ordinateur assez vite après l’intervention (15 jours), même si je ne suis pas encore complètement au mieux de ma forme. Je n’irais par exemple pas à la gym en ce moment.

Je fatigue juste un peu plus vite que d’habitude, mais je crois que c’est le boulot qui me fatigue !

les joies du Coline out : échanges et réactions suite à ma « sortie du placard »…#5

CINQUIÈME PARTIE : et pour finir en beauté, la famille…

Une fois prête et sure de moi je me suis débrouillée pour inviter ma sœur à Paris, avant d’envoyer un petit mot à mes parents… Je lui ai quand même envoyé un mail la veille de sa venue pour ménager l’effet de surprise, qui m’inquiétait surtout parce qu’on ne s’était pas vues depuis plus de deux ans, avant que je ne commence vraiment à changer.

D’abord concernant l’apparence j’avais pris soin de lui envoyer une photo récente au moment de l’inviter :

cette photo, qui se voulait assez neutre, a été reçue par ma sœur comme un témoignage de changements suffisamment visibles pour qu’elle ne me reconnaisse pas immédiatement, et trouve mon apparence très féminine… Tant mieux, c’était un peu l’effet recherché. En en discutant plus tard avec elle, j’ai su que mes parents avaient évoqué avec ma sœur le fait que je « ressemblais à une fille » sur les dernières photos reçues de moi, et même sur une coupure de presse évoquant le départ de mon ancien travail en juillet, ce qui m’a rassurée parce qu’il ne m’avaient tellement rien dit que je me demandais s’ils avaient su mettre des mots sur le trouble que leur avait suscité mon apparence !

Ce trouble avait été vécu en direct avec eux puisque je les avais déjà vus en mai rapidement, mon père ne m’avait pas reconnue à la gare, ma mère m’avait fait des remarques désagréables sur mes cheveux longs, puis de nouveau fin décembre, où j’avais fait comme si de rien n’était à l’aide d’un jean censé masculiniser vaguement mon apparence ! J’ai essuyé à cette occasion de nouvelles remarques de ma maman surtout sur mes cheveux et mon apparence en général qui visiblement les perturbait…

Mais pour revenir à ma petite sœur, elle avait donc vu une ou deux photos, échangé deux trois mots avec mon père à propos de mes changements d’apparence, et finalement eu l’intuition de mon annonce en disant à une collègue : « si ça se trouve l’invitation à venir le voir c’est pour me dire qu’il est une femme !!??? » Mais comme elle me l’ai dit c’est sorti comme ça, sans qu’elle y pense vraiment, juste une idée comme ça…

Bref, on s’est retrouvées à la gare, on s’est embrassées, puis on a commencé à marcher sans rien se dire de spécial, se concentrant sur l’itinéraire à emprunter pour rejoindre agréablement à pieds la place de la Bastille. Avec quelques hésitations j’avais enfilé un pantalon léger d’été, une tenue jolie et féminine « sans excès » adaptée à cette douce journée de printemps. Après quelques minutes j’ai fini par lui demander si elle avait bien lu mon mail de la veille, comment elle ressentait tout ça, comment elle me reconnaissait ou pas… Elle n’a pas été très bavarde, mais ce n’était pas vraiment une surprise, la connaissant ! Ce qu’elle m’a dit d’abord c’est que ça lui posait plein de questions sur ce que ça signifie « être une femme », comment elle-même se sent femme ou non, comment à l’inverse elle essaie pour sa part de déconstruire cette évidence du genre féminin, de s’en échapper pour tenter d’être un peu plus libre, un peu plus elle-même. C’est une réaction que j’ai retrouvée chez de nombreuses femmes d’ailleurs, qui apparemment se posent beaucoup plus de questions que les hommes sur le genre, sur leur genre, sans doute parce qu’en temps que femme c’est bien plus indispensable de se libérer du sexisme ambiant pour s’épanouir !

Après on a bavardé de tout et de rien, pour finalement évoquer ses petits problèmes à elle qu’elle n’osait pas trop aborder franchement mais a fini par partager en long et en large jusqu’à la fin du repas de midi… Pendant tout ce temps j’avais l’impression que la raison de sa venue à Paris avait complètement disparu, vite rattrapée par la normalité de retrouvailles entre frangines après une longue période sans se voir. On s’est promenées tout l’après-midi dans les petites rues de la capitale, profitant du temps estival avant l’heure, jusqu’au mur des fédérés où on a un peu pensé à Louise Michel, et à ses camarades de la Commune… On a enchaîné sur un joli concert dans le cadre du festival « les femmes s’en mêlent » et on a terminé par une petite tisane et discussion intime dans le lit avant de dormir un peu quand même.

Le lendemain, on est de nouveau reparties en promenade après un petit déjeuner partagé avec notre colocataire (à ma copine et moi). Je les ai laissées un peu toutes seules toutes les trois le temps de me doucher, histoire de mettre ma sœur en position de parler de moi au féminin en mon absence, pas facile pour elle mais elle a bien respecté ça , m’a-ton rapporté. En tout cas en ma présence elle a évité au maximum de me « genrer » utilisant autant que possible des formules neutres. Je lui ai bien expliqué la nécessité du changement de prénom, du changement de genre pour me définir, elle a bien compris et respecte ce besoin évident mais c’est compliqué pour elle après ces années d’habitude, de penser à moi comme « sa grande sœur », « Coline ». Mais ce qui est important, c’est qu’elle m’a bien retrouvée fidèle à son souvenir de moi, quoique un peu différente en apparence, et c’est même je crois ce qui est le plus troublant pour elle, de me ressentir aussi « naturellement » fille tout en voyant bien que je ne suis pas devenue quelqu’un d’autre, et qu’il y a bien une continuité entre moi et moi !

Mais plutôt que donner ma propre vision des choses, voilà ce que m’a écrit ma sœur après ce week end passé ensemble, avec un peu plus d’émotion affichée que ce qu’elle a su exprimer quand elle était avec moi :

salut salut !

oui, c’était bien de se voir, et important, et ça m’aide à mieux comprendre et appréhender ces changements.

mais c’est pas facile tu sais, je me sens toute boulversifiée…

tu as fait ton chemin, tu l’as suivi, tu l’as senti, mais pour moi, et pour les parents, c’est une information qui tombe d’un coup et à laquelle nous ne sommes pas du tout préparés… Ils auront besoin de temps, tu sais, pour admettre …

j’ai du mal à te dire au féminin, « Coline » « soeur » ou « elle »… j’ai répété ces mots ce matin tout au long de ma descente sur mon vélo…

Mais à un moment où je parlais de toi, j’ai dit « on s’est couchées tard », et je l’ai dit en le pensant conjugué au féminin, naturellement… c’est peut-être plus facile pour commencer sur les conjugaisons qui ne s’affirment pas trop, (surtout quand on les parle !)…

j’ai discuté de tout cela avec ma collègue-amie V**, et ça m’a fait du bien aussi d’en parler, ça m’aide à avancer… je crois que je vais avoir besoin d’en parler beaucoup, et peut-être aussi de te voir et de vivre des choses avec toi, dans cette nouvelle identité, pour intégrer, petit à petit…

des fois, ça me fait peur, ça me donne envie de pleurer…

c’était peut-être plus facile à vivre qu’à réfléchir…c’est ce que j’ai dit à papa et maman dans le mail que je leur ai envoyé… je leur ai dit aussi comme j’ai senti que c’était naturel, et serein pour toi, et que tu étais bien, et que vous étiez bien, dans une vie « normale » où, étrangement pour nous qui avons vécu autre chose avec toi, on te reconnait comme une fille…

j’ai finalement préféré ne rien dire de suite aux enfants, pour d’abord en discuter avec ***, et puis après je me suis dit aussi que je devrais peut-être attendre que Papa et Maman arrivent à se mettre face à ce changement.

ça sera plus simple pour [mes enfants] que pour eux, mais je ne veux ni brusquer papa et maman, ni dire « un secret » à [mes enfants], qu’ils ne pourraient pas parler avec leur grands parents…

V** me disait tout à l’heure qu’elle aussi pensait que c’était important de ne pas leur cacher ce qui se passait, c’est dur de vivre derrière des non dits, c’est dur pour nous, et c’est dur pour toi ; mais je crois qu’il faut attendre un peu que les parents arrivent à voir.

Je pense que c’est une évidence pour eux qu’ils t’aiment, qu’ils seront toujours là pour toi, mais que dans un premier temps, ça va leur fait peur et qu’ils ne soient pas prêts avant un certain temps à oser être face à un changement aussi important, une remise en cause aussi bouleversante pour eux, qui t’ont accompagner et aider à te construire et n’ont pas senti venir…

moi, je peux te le dire, je t’aime !, mais je suis me sens toute remuée, toute déstructurée…

pardon de te faire partager mes difficultés, que je ne veux pas faire peser sur tes épaules !

à tout bientôt

sœurette ***

reçu de mon papa :

Bonjour ***,

Nous sommes bouleversés tous les deux. c’est dur d’être ainsi passés à côté, n’avoir pas compris, n’avoir pas deviné. Jusqu’à notre rencontre à Paris, sans une seule interrogation, une seule question alors que l’évidence aurait dû nous crever les yeux.

Nous avons peur de te perdre, alors que bien sûr ce n’est pas la question. Tu ne nous perdras pas. Nous sommes tes parents. Nous t’aimons.

Bises à *** et à toi.

et de ma maman :

***,

Je voudrais m’excuser de ne pas avoir répondu plus tôt à ton mail de ce dimanche. Il m’a laissée sonnée et sans voix, sans mots…Sans possibilité d’aligner deux mots, deux lignes, deux idées…

Je voudrais aussi que tu me pardonnes d’avoir été aussi peu attentive, réceptive, et de ne t’avoir pas permis d’exprimer plus tôt ton malaise, ton mal-être, de ne pas l’avoir perçu.

Comment est-ce possible de passer à côté ? Je me sens inexcusable… Question sans réponse et sans intérêt sans doute…

Merci de ton mail, des mots que tu as trouvés avec ta sensibilité et ta pudeur, de leur justesse.

Je mentirai si je te disais que cette annonce ne me bouleverse pas. Comme toute maman,  je souhaite profondément le bonheur de mes enfants. Comme toute maman, j’ai dû me faire une représentation de ce que pouvait être votre bonheur, votre vie, votre avenir, même si je savais bien qu’il n’y a pas qu’une seule façon, qu’un seul modèle, tu le sais bien.  Mais j’avoue que je ne m’étais pas imaginé ton choix, surtout après ton histoire avec ***, ni après avoir fait connaissance de ***…Tu nous dis que ton bonheur est là. J’ai du mal à accepter cette réalité mais ce dont je suis sûre c’est que c’est ton choix, ta vie, que tu es le premier concerné et je le respecte.

J’ai du mal aussi à ne pas être inquiète de ce que ce choix implique de chemin long, difficile, de rejet et d’incompréhension, bien que tu évoques quelque chose de simple, naturel.

Je veux être franche avec toi. Mon chemin à moi sera long aussi. Il est douloureux. Je ne te le reproche pas : je te l’ai déjà dit, tu es le premier concerné, c’est ton histoire avant tout, c’est ta vie, tu as le droit d’être heureux, et je te le souhaite de tout mon cœur.

Sois assuré de tout mon amour, de toute mon affection et de tout le soutien que je pourrais t’apporter si tu en as besoin.

Je t’embrasse fort,

maman

Ouf ! D’abord ça m’a soulagée de me dire que cette étape était enfin franchie, depuis le temps que j’avais enfermé ça et que je me demandais comment l’aborder… En fait aussitôt le message envoyé, alors que j’avais demandé une réponse d’abord écrite avant de tenter des échanges plus directs, au téléphone par exemple, je n’avais qu’une envie, c’est de les appeler pour leur dire « alors, quoi, qu’est-ce qu’on fait maintenant, qu’est-ce qe ça vous inspire, on se voit bientôt ? » Comme les obstacles paraissent parfois insurmontables quand ils sont devant nous, et deviennent ridiculement minuscules quand ils sont derrière !

Ensuite ça m’a beaucoup émue, je crois qu’en recevant leur réponse j’ai vraiment pour la première fois réalisé et ressenti que j’étais « la fille ainée de mes parents », que je me vivais comme ça, et ça m’a fait un drôle d’effet…

Sinon les réponses de mes parents me rassurent plutôt, je les reconnais bien dans leurs réactions et ils m’ont quand même dit des choses importantes et bienveillantes pour commencer, même s’ils semblent pour le moment un peu confus sur le genre et plus largement sur la compréhension de ce que je leur raconte… Il va me falloir insister sur le fait que ce n’est pas vraiment un choix, que ça s’est imposé à moi et que je ne pouvais pas faire semblant d’être quelqu’un d’autre éternellement. Il faut qu’ils acceptent qu’ils n’ont pas vu que j’étais une fille (auraient-ils seulement pu voir ce que je cachais si soigneusement et était si invisible dans mon apparence ?) et que maintenant qu’ils le savent, ils doivent « juste » s’y adapter.

Mais en même temps c’est la première fois qu’on en parle depuis 33 ans, c’est un peu normal que ce ne soit pas limpide en 5mn ! ça ne me choque pas qu’ils aient besoin d’un peu de temps pour s’habituer, réorganiser leur perception de moi, et sans doute aussi me voir et me ressentir « fille » dans nos prochaines rencontres pour que tout ça semble encore plus évident.

En tout cas, je ne regrette pas d’avoir attendu d’être bien installée dans ma vie au féminin avant de partager ça avec eux, je crois que j’aurais eu du mal à affronter ce moment plus tôt, avant d’être à l’aise, confiante, de me sentir légitime comme femme sans plus me poser trop de questions.

j’ai répondu à mon père aussi sobrement que lui m’a écrit :

oui vous êtes passés à côté, mais comme je l’ai dit à maman, j’ai tout fait pour… De toute façon on ne va pas changer le passé, occupons-nous donc plutôt du présent et de l’avenir !

Bien sur qu’on ne va pas se perdre, au contraire vous allez vraiment pouvoir me retrouver maintenant, débarrassée de toute cette pudeur excessive, enfin libre de partager avec vous ma réalité, mes sentiments, sans vous donner une image tronquée pas tout à fait sincère.

En tout cas merci pour ce petit message rassurant et réconfortant.

et un peu plus longuement à ma mère :

coucou maman

j’avais hâte de recevoir ta réponse, mais je comprends bien que tu avais besoin de digérer un peu mon message avant de retrouver tes mots…

Bien sur tu es bouleversée, difficile de ne pas l’être face à ce renversement inattendu dans la perception que vous avez de moi depuis toutes ces années !

Ce que je voudrais d’abord te dire, c’est que tu n’as rien à te reprocher, si tu es passée à côté de mon malaise et de mes ressentis, c’est avant tout parce que j’ai pris grand soin de les enfermer et les cacher au mieux, et que sans doute ça a plutôt bien marché. Je ne crois pas qu’il faut s’attarder sur le passé, sur le pourquoi du comment, moi aussi j’ai passé bien du temps à me débattre avec ces questionnement sans fin, avant de conclure que ça ne me servait à rien pour avancer. Ce qui est important maintenant, c’est ce que je vis, qui je suis, et comment on se retrouve avec tout ce chamboulement.

Sinon, je voudrais aussi que tu te débarrasses de tes peurs sur ce que tu imagines comme un « chemin long, difficile, de rejet et d’incompréhension ». Tu sais, ce chemin il est en réalité plutôt derrière moi, et aujourd’hui je n’ai à faire face à aucune incompréhension, aucun rejet, tout se passe au mieux dans ma vie, avec mes amis, au travail, tous les gens que je rencontre ne se doutent de rien, et ceux qui me connaissaient avant n’auraient pas idée d’aller me reprocher mon parcours atypique. J’ai même de la chance finalement, [...] ce que je n’aurais pas parié il y a quelques années.

Je crois que [ma sœur] vous a envoyé un petit mot pour évoquer notre week-end et comment elle m’a perçue ces deux jours, comment elle réagit à tout ça. Je ne doute pas que son impression participera à vous rassurer aussi, c’est ce que je souhaitais en l’invitant ici ! Que votre bouleversement inévitable ne soit pas pollué par des inquiétudes hors de propos. Et aussi j’espère qu’elle a pu insister sur le fait que malgré ces changements, elle m’avait bien retrouvée comme elle me connaît, que je ne suis pas devenue une autre personne à travers ces évolutions, que je reste moi-même ! En tout cas c’est ce qu’elle m’a dit…

Enfin tu me dis que ton chemin à toi sera long et douloureux… Surtout je voudrais que tu en parles avec moi, que tu ne gardes pas tout ça pour toi, que tu me dises ce qui est douloureux et qu’on évacue cette douleur ensemble. Je voudrais tellement que ce soulagement pour moi ne soit pas un problème compliqué pour vous, même si je savais bien que ce ne serait pas simple à accepter.

Quoiqu’il arrive tu restes ma maman, je reste ton enfant, et bien sur je suis rassurée de savoir que je peux compter sur toute ton affection et ton amour.

moi aussi je t’embrasse !

et j’en ai profité pour leur dire à tous les deux :

Bon j’ai compris que pour [ma sœur] c’était très troublant de constater que j’utilise un nouveau prénom d’usage et que je parle au féminin, en même temps c’est un peu inévitable si je veux évoluer « normalement » dans ma vie sociale et professionnelle. J’ai donc choisi de m’appeler Coline, j’espère que ça te plait et que tu t’y habitueras bientôt, c’est le plus joli prénom féminin proche de *** que j’ai trouvé, et c’était important pour moi que ça ne soit pas trop différent, pour moi comme pour vous d’ailleurs !

du coup j’ai une nouvelle adresse mail que je te demanderai d’utiliser plutôt que celle-ci qui ne servait plus qu’à vous.

Et la suite ? je crois que je vais la garder pour moi ! D’ailleurs je ne connais pas encore la fin de l’histoire moi non plus…

les joies du Coline out : échanges et réactions suite à ma « sortie du placard »…#4

QUATRIÈME PARTIE : Bienvenue chez les goudous !

On entend souvent que la « communauté lesbienne » serait fermée aux femmes trans et aurait tendance à les rejeter et à les discriminer dans des élans de transphobie intempestifs et d’essentialisme primaire.

Heureusement ce n’est pas toujours le cas ! J’en avais déjà fait l’expérience auparavant, et sans vouloir généraliser à l’inverse à partir de ma seule modeste expérience, j’ai eu un grand plaisir à découvrir les messages reçus d’un couple de copines, une amie de mon amoureuse et sa blonde (enfin façon de parler parce qu’elle est plutôt bien noire de la peau jusqu’au cheveux, mais comme ellle a grandi au Canada et vivait à Montreal avant Paris, bon…) en réponse à mon petit mail de Coline out :

« Salut Coline! Mme *** !

Enchantée! Mais je pense qu’on se connaît un peu déjà :)

Moi ça ne fait aucune différence pour moi ! Je me sentais d’ailleurs très mal parce que je ne savais pas par quel pronom passer pour te référencer et j’avais pas le courage de te le demander directement. Je sais – je suis lâaaaaaaache! Mais bon, je suis soulagée de connaître ton vrai nom et je projette ne plus commettre ce genre de gaffes :)

C’est cool, c’est brave et je te félicite parce que je suis sûre que ça ne doit pas être facile pour toi au niveau recherche de boulot, ou anciens amis, ou peut être même famille (?), etc. Mais moi je suis ravie que tu nous considère assez importantes pour officialiser ton coming out entant que fille (femme même?) auprès de nous. Je pense que je parle pour moi et *** quand je dis qu’on est, du coup, vachement touchée que tu nous envoies ce mail. J’espère d’autant plus que tu sens bien le respect et le soutien que l’on porte à ton égard. Vous êtes un super couple et vous êtes de belles personnes.

Bon et bien en ce moment, on bosse pas mal comme des malades et j’aimerais bien vous revoir pour dîner ou apéro. Pour l’instant, je pense pas que ça soit avant le mois de mai ! Sinon, je suis assez dispo les matinées quand je ne suis pas en train de faire des démarche administratives [...] (ouf c’est lourd…)

Si jamais tu veux m’appeler, passe-moi un coup de fil au ***

bises! »

et le deuxième :

Quel beau jour pour choisir d’officialiser ce qui nous semblait une évidence !

Bravo et merci Coline de ton courage pour nous annoncer cela.

Comme je te le dis, on sentait bien cette identité qui poussait sous la surface.

Et franchement ça ne me trouble nullement (je suis quasi sure que *** te dira la même chose) bien au contraire ce sera plus simple. Je m’excuse d’avance si parfois ma langue s’empatouille et que je t’appelle de ton ancien prénom, j’ai toujours été très nulle avec les prénom…

Et on sera là pour toi off course, pour vous.

Et yes buvons nous un pot !

On est de sortie demain soir, concert  [...]Si ça vous tente ?

Je t’embrasse. Et Welcome au club des goudous !

je précise que j’ai beaucoup tardé à leur annoncer tout ça, comme à d’autres d’ailleurs, laissant s’installer une féminité très affirmée depuis plusieurs mois sans apporter d’explication particulière, et sans qu’on m’en demande d’ailleurs. Voilà mon message :

juste un petit mot simple pour officialiser une situation qui n’a pas pu vous échapper complètement… Je vis et travaille depuis que je suis installée à Paris sous une identité féminine, que je ressens depuis toujours mais que mon apparence prenait un malin plaisir à nier jusqu’à ces derniers mois. Bref, je compte sur vous pour me considérer comme une fille, comme « la copine de *** », malgré l’ambigüité relative entretenue jusqu’à aujourd’hui en attendant que *** et moi soyons suffisamment à l’aise avec tout ce que ça implique pour elle et pour nous.

Donc mon prénom, c’est Coline, et mon mail *** L’ancien prénom dont j’étais affublée jusque là, bien sur vous pouvez l’oublier, je crains qu’il ne serve plus à grand chose dans ma vie actuelle.

Si vous voulez qu’on en parle un peu plus que ça, n’hésitez pas, de préférence peut-être autour d’un verre plutôt que par mail (ce qui serait d’ailleurs une bonne idée un soir à l’occasion, non ?)

Mais vous aurez peut-être d’avantage envie d’en discuter avec *** dont vous – enfin surtout *** – êtes plus proches, ce que je comprendrais bien !

Voilà donc pour la nouvelle, j’espère qu’elle ne vous trouble pas trop… Je voulais sinon vous dire que je suis très contente de vous avoir rencontrées par le biais de ***, et en dehors du fait que je vous aime bien toutes les deux, [...] c’est assez agréable et rassurant pour moi d’avoir des exemples autour de nous de (beaux) couples de filles comme vous, puisque ni moi ni *** n’avons jamais eu auparavant a affronter le regard pas toujours bienveillant de la société, des gens, de nos familles, sur un couple lesbien, et que ça peut être parfois difficile à assumer. Plus on est de folles, moins on se sent dangereusement « déviantes », et moins on a peur du regard des gens sur nous ! donc merci !

les joies du Coline out : échanges et réactions suite à ma « sortie du placard »…#3

TROISIÈME PARTIE : Comment annoncer sa transition à ses amis dans une petite ville de 16000 habitants où on a passé 6 ans… ? Angoisses et libération !

À la faveur de la venue d’un ami à Paris que j’ai été « contrainte » d’informer de ma « féminitude » nouvelle pour le voir, j’ai envoyé sans préméditation un petit message à tous mes proches abandonnés lâchement dans la petite ville de province où j’ai passé ces dernières années avant de venir m’installer à Paris…

Chers amis de ***,

J’espère que vous allez tous très très bien dans vos vies respectives !

Voilà bien longtemps que je n’ai pas remis les pieds au ***, au *** ou à ***, et bavardé avec vous près d’une cheminée ou en se réchauffant tant bien que mal de verre en verre… J’avoue que ça me manque un peu de ne pas vous retrouver dans vos salons, vos jardins, dans nos bars favoris, le soir après le boulot, ou le samedi en fin de marché, mais je mentirais si je vous disais que je regrettais mon exil volontaire vers la belle vie parisienne et les bras doux de *** !

Enfin j’aurais bien prévu quand même un petit passage à *** à l’occasion pour vous revoir un peu puisqu’il semble que vous vous soyez mis d’accord pour boycotter Paris, sauf *** qui est gentil, lui. Mais j’ai un petit quelque chose étrange tout autant que bizarre qui me gêne aux entournures avant de revenir me déhancher avec vous à ***.

Donc je ne vais pas vous faire languir trop longtemps, je sens que je vais pouvoir nourrir les potins *** pendant au moins un bon semestre… En guise de nouvelles, il y a surtout une nouvelle : c’est moi ! Une grande nouvelle même, devrais-je dire. Contrairement aux apparences passées, je suis donc une fille, et c’est devenu un peu plus visible aujourd’hui (si si je vous assure)… Comme on ne s’est pas vus depuis un petit moment, j’imagine que c’est peut-être dur à visualiser, même si mon apparence depuis deux ans était progressivement devenue suffisamment androgyne pour qu’il soit difficile de ne pas le remarquer. Ce qui est certain c’est que j’ai encore un peu changé depuis l’été dernier ! Bref, tout ça pour dire que j’ai décidé – enfin – de ne plus cacher ce que je ressentais depuis longtemps sans trop savoir quoi en faire. Je me sens aujourd’hui mieux que jamais, heureuse et apaisée, et je me demande surtout pourquoi j’ai eu si peur de moi jusqu’à aujourd’hui.

Voilà je n’ai pas trop envie d’en raconter plus pour l’instant dans ce mail collectif, on en reparlera plus individuellement par la suite si vous en avez envie, je voulais juste que vous sachiez que je m’appelle désormais Coline (ça doit être un peu étrange à lire mais enfin c’est comme ça…) et que vous ne sautiez pas au plafond la prochaine fois qu’on se croisera, ou au moins un peu moins haut que si je n’avais rien dit.

Tout ça ne doit bien sur rien changer à nos amicales relations et je serai ravie de partager encore de bons moments avec vous, à l’occasion de votre prochain passage à Paris ou lors d’une visite expresse à *** si j’ose y affronter les regards inquisiteurs de la population locale… Quoique déclinée plus ouvertement au féminin, je reste bien la même personne que vous connaissez !!! Enfin plus ou moins…

Merci d’avance pour votre compréhension et si vous voulez en parler un peu plus avec moi, n’hésitez donc pas ! [...]

Mais j’en oubliais presque de donner des nouvelles un peu plus ordinaires, pour celles et ceux à qui je n’en ai pas donné depuis longtemps… Depuis juillet, je vis comme vous le savez à Paris, je suis installée avec *** [...], en collocation avec *** [...]. Je travaille depuis quelques mois avec *** [...] ça m’a fait grand bien de changer un peu d’air quoique j’ai beaucoup apprécié mon petit séjour à ***, grâce à vous entre autres, il était temps de voir ailleurs si j’y étais ! Et puis c’est sur que mon passage au féminin est largement plus facile à vivre ici dans la grande ville que sous les regards indiscrets [...] en quête de commérages à colporter de bistrot en bistrot…

je vous embrasse, en espérant vous voir bientôt,

Coline

PS j’allais oublier ma nouvelle adresse mail, plus adaptée à la situation (que vous pouvez tout de suite mettre à jour en supprimant celle-ci que j’utilisais pour la dernière fois)

Quelle idiote d’avoir eu si peur de leur annoncer tout ça ! Evidemment je n’ai récolté que des réponses généreuses et bienveillantes, avec plus ou moins de surprise selon les personnes, mais (presque) toujours beaucoup de compréhension et de pudeur.

Voilà quelques bribes de ces messages amicaux suite à l’annonce de mon passage « officiel » au féminin :

Le tout premier à me répondre m’a fait un message très touchant, simple et sincère !

« Salut Coline, merci pour ton mail il nous a vraiment touché, surpris quoi que pas tant que cela nous avions bien remarqué le changement progressif que tu a as effectué, au passage, c’est je pense une bonne méthode pour te faire au changement sans que cela ne soit pas trop brutal pour tous le monde. C’est sur on essaye toujours de ce dire le regard des autres c’est pas important mais au fond de nous on ce mens un peut, enfin c’est ce que je croit. Bref tu nous a fait une belle preuve de courage, chapeau et je suis très heureux pour toi et *** au passage merci de nous avoir mis dans ta liste ça touche vraiment. Je vous embrasse a bientôt de vous revoir. Amitiés »

Ce qui ressort des messages reçus, c’est souvent que les personnes sont touchées par ma « confidence », avec plus ou moins d’enthousiasme cependant, ici beaucoup beaucoup, c’est toujours bon à prendre ! (c’est mon ancien employeur, président de l’association pour laquelle je travaillais…)

« Salut Coline,

Je t’envoie juste un petit mot avant un plus grand, pour te dire que je suis très touché par ton mail et par cette nouvelle. Je suis très fier de toi et j’ai l’impression que tu te plais à fond dans ta nouvelle vie. C’est bon ça!

Je te souhaite une bonne journée mon ancienne directrice et à bientôt. Bises

Ps : bises à *** bien évidement! »

Une autre amie, un peu moins proche que d’autres, mais qui faisait partie des premières personnes qui m’ont accueillie là-bas… Malgré la surprise, sa réaction est des plus chaleureuse. Quelques personnes s’inquiètent des « railleries » auxquelles je suis supposée être confrontée, je ne leur en veux pas, mais je les ai systématiquement rassurées ! Je pense (j’espère) que leurs craintes s’évanouiront quand ils m’auront vue.

« Bonjour Coline,

Pour une nouvelle c’est une nouvelle !!… Personnellement je n’y ai vu que du feu pourtant ce n’est pas faute d’avoir été alertée par quelques personnes qui trouvaient que tu changeais physiquement … Bon bref …En tout cas  bienvenue chez les filles Coline !!  C’est très courageux d’affronter les railleries qui vont surement se déchainer . L’essentiel est que tu ailles bien et que tu sois heureuse de cette transformation. Je suis au travail donc pas trop le temps de discuter mais je t’écrirai plus tard .

Je t’embrasse   et à bientôt »

Là encore, la surprise est plus que modérée de le part de cette amie. Quelques unEs ont manifesté comme elle une curiosité un peu impudique (mais compréhensible) sur « jusqu’où je suis prête à aller », et j’ai pris le parti en général de botter en touche, et de répondre que l’essentiel que je souhaitais partager est le fait que je sois socialement une femme, ce qui est déjà le cas, et que pour le reste nous verrons bien si l’occasion se présente de partager notre intimité dans de futures discussions…

« Coucou,

Bien reçu ton message, ça fait plaisir d’avoir un peu de tes nouvelles, et je suis  contente de savoir que ça se passe bien pour toi  à Paris avec *** et dans ton nouveau boulot ! Contente aussi de savoir que tu as fait un gros travail sur toi même (loin d’être évident….) que tu te sentes plus fille que garçon ne me surprend pas, et au vu de tes transformations progressives,  comme tu l’as si bien souligné dans ton mail, on ne pouvait pas ne pas voir que tu changais déjà beaucoup avant de partir de ***…c’est important pour toi d’assumer à fond ce changement et je suis ravie de voir que tu es sur le bon chemin….en informer tout le monde comme tu le fais, c’est assez courageux ! même si c’est une décision énorme à prendre, j’imagine que tu y réfléchis depuis longtemps et la question qui me vient à l’esprit, assez indiscrète, pas obligé d’y répondre, c’est jusqu’où est tu prêtE à aller ? mais dans tous les cas je ne peux que t’encourager et te soutenir dans ce que tu as décidé, il n’y a que toi qui peut savoir ce qui est bon ou pas pour toi ! on a qu’une vie  et il faut en profiter !

Sinon pour info ici tout se passe bien [...] !!!

Préviens nous si vous venez dans le coin

Des bisous à vous deux et a bientôt »

…heureuse pour toi…

« Salut Coline,

tout d’abord merci de ce message sincère et touchant, qui, je l’imagine, a dû être bien difficile à rédiger, et à envoyer.

Je suis touchée de recevoir ainsi de tes nouvelles. Je suppose que vivre et annoncer tout cela est le fruit d’un long cheminement. Sache que je suis heureuse pour toi, l’important étant de trouver la manière de vivre heureux, chacun à sa façon. N’aie donc aucune crainte sur notre regard (le mien et celui de *** en tout cas, je pense pouvoir inclure également sans grand risque celui de ***, de ***, de ***, de ***, de ***…). Nous serons tous ravis de te revoir en terres bretonnes (il est vrai que nos passages parisiens se font un peu plus rares depuis ***, et surtout plus remplis!).

Bonne continuation à toi!

A bientôt! »

Cet ami-ci a pris le temps d’aller chercher des informations sur les transidentités après mon message, n’ayant jamais été confronté à une telle situation autour de lui, et je constate avec plaisir qu’il a bien compris l’essentiel, c’est à dire la multiplicités des ressentis et des parcours ! C’est rassurant…

« Coline, bonjour,

cette entame, résolument pour le changement, me laisse, malgré tout,il faut bien le dire, un gout étrange mais pas désagréable. Il faut le temps de s’habituer, c’est tout,tu as bien mis 30 ans toi ! »

Bon, j’espère que le ton de ton courriel reflète bien ton état d’esprit et que tu vas bien. J’espère aussi que tu es bien entourée et que ce changement de ton image se passera le plus tranquillement possible. J’ai été un peu chercher et je me suis rendu compte que la mutiplicité des changements de genre, de sexe, était beaucoup plus vaste que dans ma toute petite imagination ; je suis sur que tu touveras la place qui te convient.

En attendant de se voir à paris ou ailleur,je t’embrasse et la minette aussi. »

(Ma petite minette que j’ai abandonnée là-bas avant de déménager à Paris… je crois que tout ça lui passe un peu au dessus de la tête, même si elle a suivi de près les débuts de ma transition !)

Cette amie-là ne manifeste carrément aucune surprise, juste la confirmation qu’elle a bien pris en compte le changement de prénom et de genre… Il faut dire que j’ai fait sa connaissance assez tard dans mon séjour là-bas, et qu’elle m’a essentiellement connue déjà très féminine.

« Coucou!

Très contente d’avoir de tes nouvelles, avec plaisir pour te voir bientôt… Coline.

J’avoue je suis passée rapidement à Paris sans t’appeler, traitresse que je suis… J’arrive pas à gérer le temps là-bas (j’viens de là-bas…)

Appelle moi quand tu es dans le coin

des bisous »

…bien sur que cela ne change rien…

« Salut Coline

Merci pour ces petites nouvelles Parisiennes, et bien sur que cela ne change rien…je pense qu’il est important d’assumer ce que l’on est et en cela respect.

En ce qui me concerne, j’ai eu un petit coup de mou en ce début d’année, mais ca va mieux, les choses avancent. [...]

A bientôt, sur *** ou Paris. »

…épanouissement…

Coucou a toi,

c’est avec un grand plaisir que nous recevons de tes nouvelles, Paris semble de toute évidence synonyme d’épanouissement tant sur le plan professionnel que personnel [...] ;

il faut bien dire que ce n’est pas sans une certaine émotion que nous avons pris connaissance de ton message

nous sommes très heureux pour toi que ce changement d’air t’ait permis de franchir, de passer le pas et de vivre ce que tu souhaitais

nous sommes aussi assez admiratif (tant de femme et d’homme ne parviennent pas à le faire)

c’est donc avec joie tu l’auras compris que nous t’accueillerons à la maison en compagnie de *** lors de ton prochain passage à ***, avant pourquoi pas d’aller guincher

de notre côté nous attendons un nouvel et heureux évènement pour le mois d’août une petite fille devrait se pointer [...]

nous ne savons pas quand nous allons passer à Paris mais il est sûr que nous tenterons de se voir enfin, Coline !!

il faudra nous excuser si *** sort encore de notre bouche, cela sera sans aucun doute inévitable dans les premiers temps !!

dans l’attente de te voir et revoir à *** Paris ou ailleurs on t’embrasse bien fort

…que tu sois heureuse…

« salut coline,

on vient a paris le vendredi 23 avec ***. tu serais dispo pour dejeuner avec nous, ou prendre un café ? on peut te rejoindre…

ca me ferait vraiment plaisir de te voir, même si on n’a pas bcp de temps.

Sinon, je voulais te dire combien j’admirais ton courage et ta franchise. J’imagine que tu dois te sentir soulagée. L’idée que tu sois heureuse et la seule qui compte à mes yeux. Je souhaite vraiment que nous restions ausi proches que ce que nous avons pu l’être.

Je t’embrasse fort, ainsi que ***,

à tres vite »

…à moitié surprise…

« Salut Coline,

j’ai mis un peu de temps pour répondre mais y’avait l’anniversaire de *** qui m’a amené quelques jours en Provence. Je sais que les amis se sont occupés de te rassurer sur le respect que nous portons sur ta décision. Je laisse le nous pour prendre le Je. J’ai été à moitié surprise, cependant la moitié qui a été surprise a, au fur et à mesure, réalisé combien c’était pas facile de te penser au féminin. On y arrivera, tu m’aideras ;-).

Avec ***, on trouve que c’est un beau prénom que Coline.

Porte toi bien,

A très bientôt,

P.S. Entre filles, je peux te dire que les garçons… »

(les mots gentils sur mon prénom ont été nombreux, et même si ça peut paraître bête, ça m’a fait très plaisir à chaque fois, me confortant ainsi dans mon choix ! Et puis pour moi aussi, ce n’est pas si facile de m’habituer à mon nouveau prénom, être encouragée pas ce genre de petits mots m’a fait beaucoup de bien…)

…tu penses donc repasser dans le coin…

« Salut Coline

Désolé pour la réponse tardive [...]

Effectivement ta nouvelle va pouvoir alimenter les potins pendant au moins… un mois (un trimestre je parierais pas quand même…)

En tout cas c’est courageux de nous l’annoncer comme ça à tous mais j’imagine que ça devenait important pour toi de le faire et j’en conclue que tu penses donc repasser dans le coin un jour… ?

Compte sur nous pour préparer le terrain ! Je te propose pas une invitation à *** : j’ai bien compris que c’était un peu tôt ;-)

Mais nous nous croiserons sûrement pas hasard à Paris puisque c’est notre spécialité !

A bientôt »

…pas si surprise…

Salut Coline,

c’est chouette d’avoir de tes nouvelles, surtout des bonnes!

Je ne suis pas si surprise, à la différence de ***, par cette nouvelle…Et vu que je suis maintenant à ***… et bien je ne sais même pas si ça a fait le tour de ***… même si y’a des chances! Hehehe!

En tout cas je suis sincèrement ravie pour toi et saches aussi que j’ai été très touchée que tu souhaites me faire parvenir ce très beau mail que tu as écris, drôle, juste, essentiel.

Il ne me reste plus qu’a te souhaiter de ne pas trop rouler du cul, de pas faire ta crâneuse, ta bêcheuse, ta pintade, ta grognasse, ta pétasse, ta blondasse, ta conasse, ta niaise, ta radasse, ta pouffiasse, ta vieille vache..mais surtout de bien prendre soin de toi.

J’espère sincèrement te recroiser un de ces 4, sur une piste de danse, un café ou ailleurs.

Bienvenue dans la bande, bises à toi et ***, tendrement. »

…comment est ce possible d’être le même personne… (échange de mails après une première revoyure)

« ola coline

moi aussi j’étais très contente de te voir

[...] pour de premières retrouvailles je trouve qu’on s’en est bien sorties non?

ta transformation est étonnante car tu es effectivement tout à fait crédible

ce qui reste compliqué pour moi est : comment est ce possible d’être le même personne tout en vivant une transformation aussi essentielle ? »

les joies du Coline out : échanges et réactions suite à ma « sortie du placard »…#2

DEUXIÈME PARTIE : Les collègues, ou comment annoncer de grands changements l’air de rien…

Dans la suite logique des annonces officielles de ma féminitude actuelle, j’ai envoyé un mail collectif à d’anciens collègues (j’ai quitté mon ancien travail l’été dernier) que je serai sans doute amenée à croiser encore dans ma nouvelle activité professionnelle… ça devenait un peu urgent, depuis plus de 6 mois que je vis comme ça ! J’ai déjeuné avec l’un deux début janvier, on nous a appelés « messieurs dames » malgré mes vagues efforts de neutralité vestimentaire mais il n’a pas relevé et je n’étais bêtement pas encore prête à en parler avec lui.
Et j’ai reçu d’agréables réponses en retour, assez peu de surprise exprimée en fait, j’ai vraiment de la chance d’évoluer dans ce milieu professionnel plutôt ouvert ! (mais il faut dire aussi que je n’ai écrit qu’aux plus sympathiques – ou supposés – de mes collègues)
En tout cas c’est bien la preuve que parfois tout se passe très bien, la « sortie du placard » n’est pas forcément une horrible torture !
« Chère Coline
…. Car autant en prendre l’habitude tout de suite
Je dois dire que j’ai ete plus surprise de te savoir a Paris, et encore plus travaillant avec L., que de ton annonce de ton passage definitif au feminin…que l’on pouvait déjà pressentir lors de ta venue à *** [en décembre 2010]. »
…ça ne change rien…
« Sinon, bien sûr que ça ne change rien ! Effectivement, je ne suis pas vraiment surprise, je me demandais durant les derniers temps si tu n’osais pas nous le dire ou si tu ne savais pas toi-même jusqu’où tu souhaitais aller dans ce « changement ». Et en même temps, je comprends que ce n’est pas quelque chose de simple à dire, qq chose qu’on peut balancer sur une terrasse {…] au moment du petit déj avant d’aller [travailler] (par exemple).
En tous cas, je trouve ça super. Tu es un bel exemple de liberté et de courage. Je pense qu’il y a pas mal de gens qui passent à côté de leur vie car ils ne peuvent assumer un tel changement, ou plus exactement ne peuvent assumer le regard des gens sur ce changement. Ce n’est pas toujours simple d’être soi-même finalement, il est souvent plus facile – même si c’est parfois douloureux- de museler ses désirs profonds et de bien rester dans le moule qu’on nous a préparé… donc bravo et bienvenue à ton « nouveau toi », à ton « vrai toi » ! Et pour le prénom, bien joué, tu as évité [censuré], ouf… »
…elles avaient vu juste les bougresses…
« Hello Coline,
Tout d’abord, très content que ça se passe bien du côté de ***… [...]
Pour ton changement d’identité la surprise est certes là mais j’avais été préparé à Cannes par les suppositions de *** et ***. Alors que je les charriais et les traitais d’affabulatrices, elles avaient vu juste les bougresses !
Ca va peut-être être difficile pour moi de t’appeler Coline les premiers temps (et de passer de la poignée de main à la bise !) [un des rares garçons que je fréquente qui ne fait jamais la bise à des "hommes", et à qui je serrais donc la main..., note de Coline], mais sache que ce ne seront que des couacs dus à l’habitude ! Tu as tout notre soutien, *** et moi, ça ne doit vraiment pas être évident de l’annoncer à tes proches et on trouve ton mail très touchant.
Bises de nous deux et peut-être à paris mardi prochain ? »
…soit j’affabulais, soit tu n’étais pas prête…
« Salut Coline,
Désolée, j’avais envie de te répondre car je savais ton message important.
Mais il est vrai que je suis débordée et bien plus que d’habitude, [...] Je ne vais plus au *** [réunions à Paris...]. Je ne sais donc quand nous nous verrons. Concernant ta position actuelle et celle au moment de ***, aucun souci. Je m’étais dit à l’époque que, soit j’affabulais, soit tu n’étais pas prête. C’était la deuxième option. Je trouve que c’est courageux, mais aussi simplement nécessaire que tu affirmes que tu es devenue ce que tu étais déjà (c’est un peu tordu, mais tu dois suivre). C’est très très bien que tu vives en accord avec toi-même, beau travail d’accomplissement. Après, bon, évidemment, te dire que je suis tout à fait habituée à ce genre de situation ou que je puis comprendre ce qu’il se passe en toi, serait mentir, c’est une situation tout à fait inédite que cette nouvelle. Après, c’est loin d’être un problème, rassure-toi.
Donc, en gros, ben, j’espère qu’on se verra bientôt, mais je ne sais où. [...]
En attendant, je te souhaite bon vivre à Paris sur tous les plans,
Je t’embrasse »
…merci de ta confiance…
« Ce mail est courageux [...]
Oui, bien sûr, j’avais noté et été troublée de ton côté de plus en plus féminin, donc voilà, tu as franchi une étape qui doit te mettre plus en phase avec ta nature profonde tout en imaginant bien ce qu’il t’aura fallu de réflexion, de courage et de détermination pour franchir le cap. Mais, rassure-toi, ton mail est magnifiquement clair et pudique et merci de ta confiance en livrant ainsi à chacun de nous ce changement de vie mais pas… de personnalité, cela j’en suis bien sûre! »
…très heureux…
« donc moi je n’étais au courant de rien. Je suis très heureux si toi tu es heureuse dans ta nouvelle vie professionnelle et personnelle. » [puis il ne me parle que boulot comme si de rien n'était, note de Coline]
…t’épanouir…
« Bonjour Coline,
Je suis ravi d’avoir de tes nouvelles et me doutais un peu de ton changement. Je suis content que tu puisses t’épanouir dans cette nouvelle identité. J’espère te croiser à l’occasion de ***.
A très bientôt, »
…La coupe de cheveux…
« Je te « pardonne » ton mail collectif et je dois te dire que je trouve très courageux de nous faire part de cette manière de ton changement de vie
Contrairement à ce que tu semble penser, en ce qui me concerne, je ne m’attendais pas du tout à cette nouvelle.
La coupe de cheveux ne fait pas partie pour moi de signes révélateurs d’un changement de genre.
Sois sûre que je reste très attachée à notre amitié , que même si, te connaissant depuis maintenant 10  ans (ça ne rajeunit guère ) je vais avoir un peu de mal à m’habituer à cette transformation et que je ferai sûrement des erreurs.
J’ai bien envie qu’on discute de vive voix ce qui me permettra de m’habituer plus facilement à ta nouvelle identité (c’est comme ça qu’on dit ?)
Tu es bienvenue à *** si tu passes par là et sinon je t’appelle en allant à Paris, probablement en avril.
Je t’embrasse »
…très touchée…
salut salut
quel plaisir d’avoir de tes nouvelles! et oui j’espère bien que l’on pourra prendre un peu de temps ensemble autour d’un verre… ou d’un film.
Je savais par *** que tu avais décidé de grands changements pour te lancer dans une nouvelle vie, parisienne, en production, mais effectivement je ne savais pas que ton existence était à ce point en révolution. Je suis très touchée de ton attention, ta confiance et de ton désir de partager ta vitalité!  donc à bien vite j’espère. »
*********
…heureuse…
« Eh ben quand tu donnes des nouvelles tu donnes des nouvelles hein!!!
heureuse de te savoir bien dans ta nouvelle vie, je te souhaite plein de belles choses et au plaisir de te revoir bientôt
Bises! »
…tout le bonheur…
« Bonjour Coline,
Merci tout d’abord de ton petit mot que j’ai trouvé touchant, pudique et courageux. Je tenais simplement à te souhaiter tout le bonheur possible dans ta « nouvelle » vie au féminin.
En espérant que nous aurons l’occasion de nous recroiser dans le cadre de tes nouvelles fonctions au sein de ***, ou à d’autres occasions.
Je t’embrasse également, [...] je suis heureux de savoir que tu suis ton chemin….
A bientôt surement. »
…on s’en doutait…
« Bonjour Coline,
Oui on s’en doutait un peu mais delà à ce que tu fasses le grand saut, pas complétement. En tous les cas j’espère que cela te rendra heureuse et épanouie. Et bien sûr pas changement de mon côté en ce qui concerne nos relations professionnelles, puisque même si l’on change d’identité sexuelle, on ne change pas d’esprit ni de valeurs pour autant,  c’est pas comme si tu nous annonçais que tu avais rallié le FN, là par contre je ne t’aurai pas suivie.
Au plaisir de te revoir, peut-être à *** ?
Bises et à bientôt »
…pas d’inquiétude…
« Salut Coline,
Désolé de ne pas t’avoir écrit plus tôt mais ici c’est imminence de l’ouverture des *** et j’ai la tête en vrac ! Merci pour toutes ces nouvelles [...]. Concernant la raison principale de ton message, pas d’inquiétude à avoir de mon côté. Maintenant je ne suis pas à l’abri (la force de l’habitude) de te prénommer *** sans le faire volontairement quand nous nous reverrons, mais le temps aura raison de cela. [...]
Au plaisir de se revoir un de ces jours.
Bises »
…je trouvais que ça t’allait bien…
« Bonjour Coline,
Voici un changement dont, pour ma part, j’avais eu le pressentiment. En plus, je trouvais que ça t’allait bien. La vie étant ce qu’elle est, tu as fait le choix le meilleur, ç’aurait été idiot de ne pas le faire.
Je me connais, je vais mettre un peu de temps à adopter ton nouveau prénom (ça m’est déjà arrivé avec une amie qui a changé de nom de famille parce que celui d’origine de lui convenait vraiment pas). Mais ça va venir. [...]
Je t’embrasse »
…en douceur…
« Hello  Coline,
J’avais cru ressentir un changement lors de notre dernière rencontre. Tu me semblais effectivement plus féminine. J’espère simplement que toute cette transformation s’opère pour toi en douceur et je te souhaite plein de belles choses avec tes nouveaux habits ou plutôt ta nouvelle peau. [...]
Je dois passer à Paris prochainement (je ne sais trop quand) et ça me ferai également plaisir de t’y croiser. Je t’embrasse. A bientôt. »

les joies du Coline out : échanges et réactions suite à ma « sortie du placard »…#1

ou comment vérifier qu’on ne s’est pas trompée en choisissant son amoureuse, ses amiEs ou en nouant des relations privilégiées avec certainEs collègues, et que sa famille n’est pas si arriérée que ça… un exposé intime de Coline, spéciale dédicace à toutes celles et ceux qui m’ont accompagnée ces derniers mois et écrit des mots gentils ces dernières semaines, à ma petite sœur et à mes parents.

PREMIÈRE PARTIE : les proches proches et les proches moins proches mais pas si loin non plus

1 – d’abord en parler à mon amoureuse…

Comme je l’ai déjà expliqué par ici, mon « Coline out » s’est fait assez progressivement, en laissant s’installer une féminité de plus en plus assumée dans mon apparence bien avant d’informer mes proches de mon changement de prénom pour un passage officiel au genre féminin.

Au tout début du début, en dehors d’échanges et confessions par ci par là sur des forums, j’ai commencé par échanger il y a presque deux ans avec mon amoureuse d’aujourd’hui sur des ressentis que je n’avais plus envie de cacher, un malaise lancinant dans ma relation à mon corps et mon apparence, autant que dans la manière dont les gens percevaient mon identité de genre à l’opposé de la perception que j’ai de moi même. Ces échanges m’ont libérée d’un poids énorme et donné le courage d’avancer à la découverte de moi et d’une apparence dans laquelle je me reconnaitrais mieux.

La seconde informée fut une copine genevoise à qui j’imposai ma première tentative de vie au féminin pendant une petite semaine de vacances devancée  d’une petite épilation du visage à la cire histoire d’être plus à l’aise… ça permit quelques discussions timides sur mes sentiments transidentitaires, cette sensation d’être « intersexuée », d’être une fille dans un corps qui se développait pour le moins étrangement. Je ne savais pas vraiment à cette époque jusqu’où m’emmenait ce chemin, et je n’avais donc pas su exprimer avec clarté la revendication d’être considérée au féminin, d’autant que mon apparence n’était pas encore vraiment convaincante à mes yeux (et malheureusement aux yeux de beaucoup !).

Un couple d’amis suivit, à qui je confiai mes ressentis et leur prise en compte pour une évolution qui ressemblait déjà à un début de transition : après quelques épilations à la cire, mon visage fut débroussaillé avec plus d’efficacité par la douce chaleur du laser, mes oreilles percées depuis peu accueillaient parfois des boucles d’oreilles discrètement « féminines », et mes cheveux poussaient, poussaient, poussaient…

J’ai commencé il y a un peu plus d’un an à faire face à des remarques sur mon apparence, à être de plus en plus souvent vue comme une femme par des enfants à mon travail, par des postiers, des commerçants, des anonymes… mais la plupart de mes proches restaient très discrets sur la question, et sauf deux collègues intriguées et intrépides, personne n’a osé me poser de question directe du genre : « mais dis-nous, tu ne serais pas en train de devenir une fille, par hasard ? »

J’essayais tant bien que mal à l’époque de faire illusion comme garçon malgré une apparence de plus en plus clairement féminine (androgyne ?) et personne ne s’en est mêlé… Puis j’ai quitté mon travail et déménagé pour Paris, adoptant au passage une allure sans ambigüité sauf avec mes amis et connaissances. C’est alors devenu un drôle de manège où je me débrouillais pour enfiler un pantalon et reprendre un « déguisement » peu convaincant de garçon à chaque fois que je les croisais, mais progressivement je me suis laissée aller avec certainEs d’entre eux, en vacances à l’étranger d’abord, puis à Paris, timidement d’abord, joyeusement par la suite. Bizarrement comme ces changements furent somme toute assez progressifs, personne n’a jugé utile (ou pas osé ?) de me questionner sur cette apparence si peu masculine, au point que j’ai commencé à travailler sous une identité féminine, et vivre avec presque tout le monde dans cette apparence de genre, mais toujours sans donner d’explications ou de consignes sur la manière de me considérer, et sans qu’on ne me harcèle de questions indiscrètes.

Mais je dois dire qu’après plusieurs mois de cette schizophrénie subie, je commençais à ressentir un sérieux besoin de mettre les choses au clair, pour ne plus avoir à camoufler maladroitement un aspect non négligeable de ma personne, et organiser soigneusement ma vie pour éviter toute rencontre imprévue dans le mauvais « costume de genre ». Même si Paris est grand et les rencontres avec des têtes connues plus hasardeuses que dans une petite ville de 16000 habitants, ça commençait à peser exagérément sur mon moral et mon humeur, d’autant plus qu’après trois mois d’hormones mon corps commençait à changer visiblement, les traits du visage, subtilement mais surement, et surtout les seins, encore très modestes, mais déjà difficiles à cacher sans artifices compliqués.

2 – Deuxième étape : l’acceptation de mon genre féminin par mon ex-compagne (que d’angoisses pas vraiment justifiées !)

« Merci pour le courage de me dire tout ça »

Une des premières étapes franchie dansma sortie du placard, dépassant ainsi une vieille peur bien ancrée, fut d’écrire une « petite » lettre évoquant mes ressentis et ma vie au féminin à mon ex. Au moment de notre séparation il y a deux ans et des poussières, et sans que ce soit explicite à l’époque j’avais un grand besoin d’enfin assumer qui je suis, mais une très grande peur de l’avouer, pensant que je serai moquée et incomprise (ce qui ne semblait pas complètement faux à l’époque après quelques essais timides d’expression de ma féminité) et qu’il me faudrait me libérer de cette relation pour m’épanouir. Mais il y avait bien un épuisement général de notre relation amoureuse, lié ou pas à ce refoulement de genre, qui justifiait aussi notre séparation.

Sa réponse prit d’abord la forme d’un petit mail très court me remerciant pour ma lettre et « le courage de [lui] dire tout ça »… rien de bien terrifiant en somme ! Je me suis alors sentie libérée d’un poids considérable, non seulement par la possibilité ouverte de renouer une relation amicale plus sereine et sincère, mais aussi dans l’encouragement évident porté par cette réponse compréhensive : j’allais enfin oser revoir certaines personnes en contact à l’époque avec notre couple et que j’évitais un petit peu depuis quelques mois pour ne pas avoir à expliquer ma « transition », même s’ils avaient plus ou moins vu évoluer mon apparence. La lettre annoncée dans son mail, très émouvante pour moi, ne fit que confirmer qu’elle avait bien tout compris, sans que nous ayons d’ailleurs eu besoin de prononcer le mot « trans », me laissant ainsi un peu plus reconnue telle que je suis, et un peu plus libre d’avancer… Nous nous sommes finalement vues dans un café après ce petit échange de lettres. On s’était revues de temps en temps ces deux dernières années, mais mon allure était plus timidement androgyne que clairement féminine, donc c’était vraiment la première fois qu’elle me voyait telle que je suis aujourd’hui, sans masque. Elle a particulièrement bien réagi, c’était assez troublant pour moi tellement j’avais peur de sa réaction ! Elle ne s’attendait pas du tout à une telle révélation de ma part, mais en même temps elle n’était pas vraiment surprise, difficile à expliquer… Disons qu’elle m’a confortée dans le ressenti durement conquis d’une certaine continuité et cohérence dans ma vie malgré une apparence longtemps masculine, et aujourd’hui enfin féminine.

3 – Troisième étape : information individuelles à quelques amis proches

Tout ça m’a permis d’informer dans la foulée quelques amiEs que je n’avais pas vus depuis longtemps ou en tout cas pas clairement au féminin. J’ai reçu en réponse beaucoup de compréhension et de respect, pas vraiment de surprise de ce côté non plus… Les premiers furent la copine genevoise de mes débuts, et un ami proche de ma copine avec qui nous avions eu l’occasion d’échanger un peu aussi, et qui me connaissait déjà dans une allure complètement féminine non cachée.

La réponse de ce dernier fut simple et efficace (après un premier mail non reçu qui a donné lieu à un amusant quiproquo…) :

“Oui je l’ai.
Je lis tout ça attentivement.
Je t’appelle Coline alors ?
C’est joli
:)
Bisou”

Et la copine m’a répondu de son côté :

« Je lis tard ton message, qui me touche et je lirai, à tête reposée, les liens que tu partages avec moi. Je te remercie de ta confidence et de ta confiance. *** est une amie chère et tu es devenuE, par association affective, quelqu’un qui appartient désormais à ma constellation. Je souhaite donc que tu t’épanouisses, pas à pas, dans ta reconquête. Je souhaite aussi que vous trouviez, toutEs deux, un équilibre et conserviez cette complicité et cette tendresse qui semblent vous unir.
Nous nous verrons demain et je me réjouis déjà de vous retrouver, *** & toi.
Je t’embrasse »

ils répondaient à mon message tout simple :

« coucou *** !
Tu as assisté depuis presque deux ans à la révélation hésitante et parfois maladroite de mon identité de genre (un peu) décalée et de mon évolution vers de plus en plus de féminité assumée. Merci au passage pour ta compréhension et ta bienveillance, et pour le très gentil petit mot écrit hier à *** et qu’elle m’a fait lire.
Pour t’en dire un peu plus sur moi, même si tu en sais déjà beaucoup je crois, je t’invite à lire deux petits articles que j’ai publiés tout récemment.
Bonne lecture, et n’hésite surtout pas à me poser des questions si ça te démange (et tu me pardonneras j’espère si parfois j’ai du mal à répondre…)
bises »

à un autre ami proche, pas vu depuis un petit moment, mais qui avait déjà fait des allusions (gentilles) à mon apparence de plus en plus féminine au début de mes épilations laser, j’ai fait la surprise de le retrouver « au naturel » dans un bistrot, pour lui expliquer où j’en étais… Je lui ai ensuite écrit un tout petit mot pour qu’il ait ma nouvelle adresse mail :

ça m’a fait très plaisir de te retrouver hier soi J’espère que tu t’habitueras vite à me voir au féminin, ça doit être un peu bizarre pour toi, mais pas trop j’espère… N’hésite pas à m’appeler pour une sortie, boire un verre, manger quelque part, faire un tour dans Paris, un petit ciné ou un concert ! Ce serait bien de se voir un peu plus souvent qu’une fois par an… [...]

à très bientôt !!!

Voilà sa réponse :

Coucou Coline,
je te confirme la bonne réception de ton adresse mail, [...]
Je suis également bien content de t’avoir revue et « découverte » en même temps… je tiens à te remercier de la confiance que tu m’as accordé hier soir, ça me touche.
Je ne te cache pas que ça me trouble un peu, mais je suis rassuré de retrouver en toi la personne que j’ai toujours apprécié au fond, qu’elle soit *** ou désormais Coline. En tout cas je suis bien ravi de te savoir en accord avec toi-même, que tu puisses enfin te réaliser.
Il va me falloir un peu de temps je pense pour que mon cerveau fasse le changement (il lui faudrait une sorte de reformatage)… j’espère juste que tu ne te formaliseras pas trop si je me trompe. [...]

une autre amie m’a fait parvenir ce mail. On y retrouve une inquiétude souvent exprimée sur ma relation avec mon amoureuse, et sa place dans tout ça…

Chère Coline,
Et bien à vrai dire tout ça n’est qu’à moitié une surprise car la dernière fois que nous nous sommes vu, je t’avais déjà trouvé fort feminine.
C’est une bonne nouvelle de savoir que tu te sens mieux ainsi. Mais du coup qu’en est il avec *** ?
De notre coté on est pas très sociables ces temps ci car la réalisation de notre film nous absorbe entièrement. En tout cas, tu peux être sûre de nous voir réapparaitre un de ces jours et ça pourrait être l’occasion de porter un toast à ta nouvelle enveloppe charnelle. Peut être un week end de ce printemps…
En attendant de célébrer tout ça je te bise.
Au plaisir.
PS : Et s’il te prend de vouloir venir te mettre au vert, saches que tu es toujours la bienvenue.

« soyons désinvoltes, n’ayons l’air de rien », été 2011, de passage chez de « vieux » amis dans le sud…

Ils avaient auparavant reçu ce message de ma part (extrait) :

Donc la nouvelle, c’est moi ! En fait, contrairement aux apparences passées, je suis une fille, mais c’est devenu un peu plus visible aujourd’hui je pense… j’imagine que vous vous étiez déjà plus ou moins aperçus de mes petits changements d’apparence cet été ? [...] Bref, tout ça pour dire que j’ai décidé – enfin – de ne plus cacher ce que je ressentais depuis longtemps sans trop savoir quoi en faire. Je me sens aujourd’hui mieux que jamais, heureuse et apaisée, et je me demande pourquoi j’ai eu si peur de moi jusqu’à aujourd’hui.

Voilà je n’ai pas trop envie d’en raconter plus, on en reparlera à l’occasion si vous voulez, je voulais juste que vous sachiez que je m’appelle désormais Coline (ça doit être un peu étrange à lire mais enfin c’est comme ça…) et que vous ne sautiez pas au plafond si vous me croisez dans une apparence ouvertement féminine. »

Tout ça ne change bien sur rien au fait que je vous apprécie beaucoup tous les deux et que je serai toujours ravie de partager de bons moments avec vous. Quoique déclinée plus ouvertement au féminin, je reste bien la même personne que vous connaissez !!! Enfin j’espère…

4 – « Glen or Glenda » ? Parfois, l’incompréhension… (mais ça passe vite)

Il y a aussi une copine un peu moins proche que je n’ai informée que récemment. C’est drôle parce qu’elle me connaît déjà dans une apparence clairement féminine depuis quelques mois, mais je ne lui avais jamais expliqué ce que je vivais et jamais demandé de me parler au féminin auparavant. Et du coup le fait que je lui dise « je suis une fille, je vis comme ça, je travaille comme ça », l’a troublée d’une manière un peu absurde : elle se demandait ce qui allait changer, si j’allais me « travestir » et porter désormais des pulls angora roses à la manière d’Ed Wood… comme si mon apparence féminine actuelle ne suffisait pas, comme s’il fallait que j’enfile un improbable déguisement pour bien marquer le changement. Alors que le fait que les serveurs nous appelaient systématiquement « mesdemoiselles les dernières fois qu’on s’est vues ne la faisait pas réagir ! Bizarre réaction qui m’a d’abord un peu chagrinée, mais je lui ai bien expliqué ce que je ressentais, que je me sentais juste comme elle, ni plus ni moins, et je crois qu’elle a fini par comprendre un peu mieux… C’est fou les préjugés idiots qu’on se trimballe, mais je ne lui en veux pas tellement parce que je sais que moi aussi j’ai mis longtemps à comprendre que j’avais le droit d’être juste « au féminin » comme n’importe quelle autre (mais à ma manière !), et pas condamnée à rester « un homme qui imiterait maladroitement ce qu’il imagine être une femme ». Elle a cependant vite compris sa petite erreur d’appréciation, et la pauvre était toute gênée à notre rencontre suivante…

Finalement ce qui est drôle, c’est que certaines personnes me connaissaient déjà depuis quelque temps dans une expression de genre féminine clairement affichée, mais sans revendication exprimée par moi de changement de prénom et de passage au féminin. Du coup j’ai l’impression qu’ils ont plus de mal à comprendre pourquoi tout à coup ça devrait être différent, puisqu’il n’y a aucun changement soudainement visible qui le justifierait… Alors que d’autres qui ne m’ont pas vraiment vue évoluer si nettement ces deux dernières années semblent paradoxalement plus à l’aise avec tout ça !

Une autre copine à Berlin, pas vue depuis des lustres, m’a envoyé un gentil petit mot suite à mon message :

ben putain ca fait trop plaisir de te lire depuis le temps!!!!
je suis ravie pour toi, c’est peut être pas le bon mot car j’imagine que tu as du traverser un sacré chemin, sans doute bien douloureux,
tu peux être fière de toi, et je te souhaite plein de bonnes choses pour ce nouveau départ!
merci beaucoup pour ton mail, j’espère qu’on aura bientôt l’occasion de se voir, ici ou ailleurs…
de notre côté ca se passe plutot bien, [...]
ce serait bien mieux de parler de tout ça autour d’une grosse bière!
je t’embrasse »

et enfin un autre ami installé depuis peu près de la ville que je viens de quitter… Je note qu’il est quasiment le seul je crois, parmi les personnes informées, à avoir utilisé le terme de « changement de sexe », mais je crois que c’est juste une maladresse par méconnaissance d’un vocabulaire adapté… Et son message reste très gentil et respectueux aussi !

« Hello Coline!
Merci de ces nouvelles, qui m’ont bien sûr beaucoup ému. Pardonne moi si des erreur d’accord au féminin subsistent dans ces phrases, après tout il est difficile pour le cerveau de restructurer rapidement un concept aussi fondamental que l’identité sexuelle d’un semblable. Je ferai de mon
mieux, promis :)
On lit dans ta lettre une grande sincérité avant tout, et je te remercie de ça. Bien sûr, je t’accepte toujours, comme tu désires être; et si ton changement de sexe est une étape vers une plus grande authenticité envers les autres, et bienveillance envers toi-même, tu n’en es qu’encore plus la bienvenue.
Ce qui peut nous éloigner est une différence dans les valeurs, pas dans le chemin.
Sans doute que je serais confus la prochaine fois que nous nous verrons, à baragouiner et à rougir ; je serais juste embarrassé, en grand timide, par une situation peu familière, et des difficultés culturelles à m’ajuster à la nouveauté (ça s’appelle être petit-bourgeois, en fait). Enfin on verra bien.
J’ai aussi bien noté ton changement d’adresse mail. Ce qui est intéressant, c’est que ton mail va m’inciter à t’appeler, à un prochain passage à Paris. [...]
Passe le bonjour à ***. [...] Dis lui qu’Ariane et moi l’embrassons et espérons qu’elle va bien (*** t’embrasse aussi).
J’espère qu’on pourra parler un jour de ce que tu vis, si tu le souhaites, à cœur ouvert, sans fard, autour d’une bière. Je m’en réjouirais, en tout cas :)
Porte-toi bien Coline,
Avec des bises »

Et pour finir un petit mot d’une copine québécoise qui remporte la palme dans la catégorie « simple et efficace »…

« Coucou!
Je trouve que c’est un très joli nom, Coline!
Oui, j’espère que nous nous verrons cet été, ça me ferait vraiment plaisir ! J’espère que la vie parisienne est bonne pour toi et aussi pour ***
À bientôt j’espère !
xx »