La pression queer existe-t-elle ?

©Tom de Pekin, Un martyr de la révolution chinoise transpercé par un gode, 2000

Une réponse à  Solène Hass, « Je suis lasse de vous entendre…« , Un bruit de grelot, #1, Dossier Exotisation, juillet 2011

Je suis une trans MtF qui s’inscrit consciemment dans les codes binaires. C’est pas forcément une posture que je prends pour toujours, mais je n’en imagine pas le terme, pas plus que le terme de ma vie. Je ne suis pas gender-queer. Mais j’adopte et fait mienne l’idée de genre détaché de tout déterminisme biologique.

Peut-être y a-t-il eu dans le mouvement queer une tendance à vouloir paternaliser les trans. C’est le fait d’une époque, je l’ai entendu dire. Je n’y ai pas assisté. Il a existé une pression morale de cette sorte, une injonction, parce qu’on est trans, à théoriser sa vie, ou une obligation à faire coïncider son comportement avec la théorie défendue, une incitation lourde à appliquer dans sa chair et son quotidien la « théorie du genre », ici et maintenant, au mépris du contexte.

Je n’ai pas vécu cette injonction. Jamais. Ce n’est pas en soi une preuve que ça n’existe pas, mais c’est au moins un témoignage pour éviter de rendre monolithique la pensée queer.

Car j’ai fréquenté de près des personnes qui théorisaient sur la question queer. J’ai vécu (en colocation) le début de ma transition avec une personne se définissant comme « Transgender Queer », ne se reconnaissait ni comme femme, ni comme homme, et s’appropriait au quotidien les codes d’une féminité masculinisée, en attendant une éventuelle transition FtM mais qui ne semblait pas à l’ordre du jour, du moins pas en France sous Sarkozy.

Jamais ces personnes n’ont essayé de faire peser sur moi la contradiction que pourtant j’intériorisait : la recherche du « passing » (la honte !). Au contraire, ce sont ces personnes qui m’ont fait lire le « Gender Outlaw » de Kate Bornstein, dont le pitch est : « Comment passer d’une rive du genre à l’autre sans pour autant accepter le système de genre binaire ? ».

C’est donc grâce à une théoricienne queer que j’ai pu en quelque sorte me débarrasser de la culpabilité à ne pas appliquer cette théorie dans ma vie personnelle. C’est grâce à elle que j’ai pu rendre à César ce qui lui appartenait, à savoir rendre la limite binaire du système de genre au système social lui-même et non pas l’intérioriser comme une contradiction personnelle, que j’aurais à gérer seule.

Non, personne ne m’a demandé de porter le flambeau de la lutte contre la binarité simplement parce que je suis trans. Personne ne m’a réclamé de justifications théoriques sur le genre pour réclamer d’être considérée comme une personne à part entière.

Je veux dire personne d’intelligent ne me la demandé jusqu’à présent. Je ne suis pas à l’abri ! Je suis membre d’une assos mixte trans, qui mêle FtM, MtF, genderqueer, etc… Personne dans cette assos pour le moment n’a cherché à me faire porter une casquette. Tout le monde respecte jusqu’à présent le genre dans lequel je me suis présentée.

Je pense que ce débat est dépassé. Il n’y a plus de vrais clivages dans la pensée queer sur ces questions. Personne ne donne d’injonction. Ou quand cela arrive, il faut les citer précisément, contrer des faits, pas des fantasmes. Avançons, ne restons pas bloqués sur ce qui me semble être des problèmes d’un époque récente, mais déjà passée.

Il n’y a pas d’obligation à subvertir le genre parce qu’on est trans.

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2 réflexions au sujet de « La pression queer existe-t-elle ? »

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