Vouloir un vagin, c’est essentialiste ?

© Célia, Second Life Snapshot, 2009

Réponse à Butch Cassidyke, « Les trans renforcent les normes de genre – L’opération c’est mal« , Un bruit de grelot, #1, Juillet 2011.

Si on envisage une opération de réassignation génitale (SRS), est-ce une soumission aux thèses essentialistes, qui prétendent que la nature à doté les femmes d’un vagin (pour la reproduction). Si je ne suis pas naturelle, biologique, je ne suis pas une vraie femme.

Autrement dit, si je veux un vagin c’est parce que je pense qu’une « vraie » femme en a un, donc je dois avoir un vagin ?

Ben non, d’abord je ne pense pas qu’il existe de « vraie » femme, pas plus que de fausse. Une trans n’est pas plus fausse femme qu’une femme cisgenre, dès l’instant que l’on considère la « femme » comme le résultat socialement visible d’une détermination sociale, si l’on part du principe qu’il n’existe pas d’ « essence féminine » qui trouverait sa vérité dans une source naturelle ou divine. Je peux accepter que quelqu’un dise je suis une femme, et que cela soit vrai simplement parce qu’il le croit. C’est sa vérité intérieure que j’accepte parce que cette personne me le demande. Cette vérité ne correspond pas à un fait biologique, mais à une intime conviction, faisant éventuellement suite à une révélation. Rien de divin là-dedans, rien de religieux, juste une conscience de soi qui se fait plus pressante et pousse à se construire ou se reconstruire socialement. A partir de quels modèles s’opère cette construction ? Il existe des êtres qui ont un sexe féminin à la naissance (j’en ai personnellement rencontré), et pour lesquelles ce sexe n’a pas nécessité de « construction » particulière, juste une découverte intime éventuellement. C’est comme cela que je veux exister, en tant que « femme » qui se construit, aussi dans son intimité, si on comprend le terme « femme » comme une construction.
Pourquoi ?
C’est assez trivial désolée. Si je veux un sexe féminin, c’est pas pour la reproduction (j’ai déjà donné), c’est plutôt pour la baise et me sentir plus conforme au genre que je ressens. C’est pas une obsession, juste un désir de sentir un creux plutôt qu’un plein, d’être pénétrée vaginalement plutôt que de pénétrer. Je veux, si possible, jouir comme une femme, ou m’approcher de cette jouissance au plus près qu’il me sera permis. La relation sexuelle est aussi une relation sociale, et se construit comme le reste. Je veux construire ce sexe puisque c’est possible (si je pouvais changer mes chromosomes ou l’ensemble de mon squelette je le ferais, si je pouvais obtenir des organes reproducteurs féminins et avoir les inconvénients qui vont avec je le ferais). Ma transition est une construction consciente, et inconsciente, à partir de mon ressenti. Comme j’ai construis ma garde robe féminine, mon comportement féminin, ma voix féminine, etc, je construirai mon vagin.

Je deviens femme sans l’être jamais. Je ne crois pas à l’idée d’ »être femme ». Je ne serais pas plus femme que je n’ai été homme. J’ai été masculine, je serais féminine. Le genre est une construction, j’en ai conscience, guidée par mon ressenti, et je me construis en fonction de ce ressenti et de cette conscience.

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