Le complexe de l’hippopotame

© Hyacinth Hippo is a character from Disney’s 1940 movie Fantasia.

On peut se poser sincèrement la question : “Suis-je une hippopotame ?”.

C’est quelqu’un de mon entourage qui s’énervait suite à ma transition et disait (pas à moi) : “IL dit qu’IL est une femme, et moi alors, si je dis que je suis un hippopotame, ça suffit pour que j’en soit un ?”

Lui considérait que si je m’auto-déterminais comme “femme”, cela voulait dire que j’aurais tout aussi bien pu m’autodéterminer comme hippopotame (femelle dans mon cas). Il prenait cet exemple pour démontrer l’absurdité de ma transition, qui n’aurait jamais aucune réalité pour la soutenir et la rendre vraie.

Alors je me suis posée la question de savoir si j’avais échappé au pire. En gros si j’aurais pu me sentir une hippopotame et vouloir à tout prix le devenir (car comme on sait, on ne nait pas hippo, on le devient) Heu… A priori je dirais non. Pourquoi ? Parce que c’est différent justement de la question du genre. C’est à dire que quand je me proclame “femme”, je ne nie pas ma biologie, je demande simplement à ce qu’elle soit détachée et ne détermine pas mon identité.

Si je proclame que je suis une hippopotame, et me comporte comme telle, tout va bien si je le fait dans le cadre d’une performance. C’est un jeu d’acteur. Pourquoi pas ? (Dans les cours de théâtre on joue souvent les animaux, c’est très libérateur).

Mais si je me mets à affirmer que j’ai une biologie d’hippopotame et que cela ne s’appuie sur aucun fait vérifiable, on me dira que c’est une forme de délire.

J’ai une amie qui se sent profondément proche des marmottes, elle dort beaucoup mais ne prétend pas pouvoir abaisser la température de son corps aux alentours de trois dégrés, ni pouvoir faire descendre son rythme cardiaque à un battement toutes les 20 minutes, pour entrer en hibernation comme une marmotte et ainsi économiser sur sa facture EDF.

Bon, donc si je dis “je suis une marmotte” ou “je suis une hippopotame” ce que je dis ne peut pas s’appuyer raisonnablement sur une constatation du réel. C’est peut-être ça le problème ressenti par certaines trans qui ont absolument toute leur tête mais se sentent tiraillées entre devoir accepter les “faits biologiques”, accepter leur corps en tant que biologiquement masculin, alors qu’elle se ressentent vraiment  femme, intérieurement, biologiquement dans leur chair même.

Et quelquefois, bien que nous ayons intégré le discours du genre différent du sexe, ce que nous désirons, c’est non pas une reconnaissance de notre genre féminin en tant que construction sociale consciente et insconciente, mais nous rêvons d’une reconnaissance d’un sexe féminin qui nous fait défaut.

Que nous reste-il ? Nous pouvons toujours revendiquer la part féminine sexuelle (biologique) qui est en nous. Nous avons un taux d’œstrogène qui peut éventuellement, avant tout traitement, pencher du côté féminin de la force, on peut faire un caryotype et découvrir que nos chromosomes ne sont pas dans les normales saisonnières, etc. On peut comme cela trouver quelques raisons biologiques à notre transidentité.

Cette quête peut aussi nous sembler vaine. Jamais nous ne pourrons vraiment à partir de ces données “objectives” chiffrées pour être plus sûres que nous ne le sommes de notre genre féminin.

Quand à la quête d’un corps transformé par les hormones, l’épilation et la chirurgie, si c’est bien souvent une satisfaction, il faut se garder que cela soit aussi une désillusion. Nous devons admettre que si nous nous approchons du corps féminin cisgenre, jamais nous ne pourrons l’être. C’est peut-être ça, le complexe de l’hippopotame. Et c’est toute notre difficulté d’avoir à composer entre ce que nous dit le réel et ce que nous ressentons. Et toute la difficulté à accepter la théorie du genre dans son implacable logique.

Pour le moment, je trouve mon échappatoire dans la non reconnaissance de l’être. Penser qu’il n’y a pas d’être qui formerait mon identité, mais seulement du devenir, moi, ça m’aide.

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8 réflexions au sujet de « Le complexe de l’hippopotame »

  1. Je suis un hippopotame ! Appelez-moi Hippo ! Je suis Napoléon ! Appelez-moi Napo ! En comparant le changement de prénom des trans à la topique populaire de la folie, on discrédite leur démarche à vils frais. Est-ce bien raisonnable ? Celui qui croit qu’il est Napoléon alors qu’il ne l’est pas est un fou risible. Mais celle qui sait qu’elle est du genre féminin parce qu’elle l’est n’est pas folle ! Elle sait quelle est son identité de genre, laquelle ne correspond pas forcément à son être biologique. Un genre, ça se choisit !

    • On peux comparer la démarche à celle de Marcel Duchamp qui disait que pour être artiste, il suffit de dire qu’on l’est. On se sent artiste, on l’est. On se sent femme, on l’est.

    • la personne qui a lancé cette mode de se prendre pour Napoléon était sans aucun doute Napoléon. Et dans la lignée qu’il a ouverte, ce n’était pas nécessairement celui dont la santé mentale était la plus rassurante. (Mais que penser alors de la première femme qui s’est prise pour une femme ? c’est grave docteur ?)

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