Deux romans transgenres en littérature de jeunesse

© détail de la couverture du roman Le garçon bientôt oublié. Illustration de Rascal.

Un article du blog « Culture et débats » invite à découvrir des livres pour la jeunesse qui traitent non seulement de l’homosexualité, comme l’annonce le titre, mais aussi du transgenre.

La face cachée de Luna est un roman pour adolescents traduit de l’américain, qui permet une bonne initiation, surtout aux plus jeunes puisque le/la héros-héroïne commence sa transition à un très jeune âge. Les rôles traditionnels dans la société ne sont cependant guère remis en cause, ceci dit : par exemple, la soeur est aidante et autosacrifiante,  comme il convient dans la civilisation « tellement féminine » du care. Le roman brille néanmoins par l’originalité de son thème. Et n’est-ce pas le premier roman pour adolescents qui ait enfin jeté la pierre dans la mare transgenre, trop silencieuse et trop stagnante ? En 2004 !

Bien plus intéressant à mon goût est Le garçon bientôt oublié, un roman suisse plus récent, de langue française, magnifiquement écrit de surcroît, qui retrace l’itinéraire intérieur d’un très jeune homme également. Loin de tout cliché, centré sur le ressenti du personnage, sincère et original, ce roman offre au lecteur l’opportunité de comprendre ce qui le tracasse, s’il se pose les mêmes questions que le personnage.

« Le lecteur ». Toujours le lecteur ! Culture et débats recense un certain nombre d’autres romans ou albums jeunesse (au demeurant assez peu) qui traitent de la question transgenre. Il s’agit, sous bénéfice d’inventaire, de la transition homme vers femme principalement, voire uniquement. Le primat patriarcal qui fait de l’homme le « sujet » unique et absolu (y compris le sujet de la fiction : combien de films, de livres etc. ont une héroïne comme héros ? Aucun, ou presque) continue à hanter ces productions pour la jeunesse. Avec les romans pour ados traitant du transgenre, un jeune garçon peut découvrir que son identité de genre est féminine, mais la découverte, pour une jeune fille, de son identité de genre masculine reste plus difficile à connaître par ce biais. Les lectrices et les spectatrices manquent d’exemples issus de la fiction. Ce n’est pas nouveau. Un essai récent, Filles d’albums, a d’ailleurs montré le lamentable et pitoyable sexisme ordinaire qui règne dans les albums  de jeunesse. Il n’y a pas beaucoup de d’Anne Galland, d’Anne Bozellec, de Christian Bruel, de Nicole Claveloux ou d’Adela Turin dans le monde de l’album de jeunesse !

Il en va de même pour le roman adolescent, qui sous couleur de vampirisme ou de sorcellerie continue à véhiculer des images féminines lamentables. Saluons donc La face cachée de Luna et Le garçon bientôt oublié, qui en osant s’aventurer dans le transgenre ouvrent des portes à la réflexion intime des jeunes. Ca n’évitera peut-être pas aux êtres de sexe dit féminin de se marier avec un Edward riche et traditionaliste, mais ça évitera déjà aux êtres dits masculins de devenir un Edward moyen alors qu’ils n’étaient pas faits du tout pour ça, et que leur âme réclamait de plus vastes horizons.

C’est toujours ça de pris.

Julie Anne Peters, La face cachée de Luna, roman traduit de l’américain, édité par Milan (collection Macadam), 2004.

Jean Noël Sciarini, Le garçon bientôt oublié, édité par l’Ecole des loisirs (collection Médium), 2010.

Nelly Chabrol Gagne, Filles d’albums. Les représentations du féminin dans l’album, Le Puy-en-Velay, L’atelier du poisson soluble, 2011.

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3 réflexions au sujet de « Deux romans transgenres en littérature de jeunesse »

  1. merci pour ces références de livres jeunesse !

    ça me fait penser aussi, dans le genre non sexiste et non binaire, à deux livres sympathiques :
    « Je veux être une cow girl » de Jeanne Willis, portrait de petite fille pas modèle très apprécié des élèves de Caroline
    http://www.gallimard-jeunesse.fr/Catalo … e-cow-girl
    ou encore
    « Princesse aime Princesse », de Lisa Mandel, fantaisiste et libérateur, ou l’homosexualité n’est pas abordée pour une fois comme une tragédie !
    http://www.altersexualite.com/spip.php?article419

  2. Parmi les livre jeunesse de ma jeunesse, il y a la série de la Bilbiothèque Rose « Le club des Cinq » qui pourraient peut-être faire référence à la transidentité. Il y a ce personnage « Claude » préférant se faire appeler ainsi au lieu du prénom que lui ont attribué ses parents « Claudine ». Elle est ce qu’on appelle communément un « garçon manqué ». Qu’est-ce qui justement la poussait à vouloir être désigné avec un nom « ambigu ». En effet, « Claude » peut être utilisé tant au masculin qu’au féminin. Se sentait-elle plus garçon que fille ?
    Je me souviens, pour ma part, avoir été choquée qu’un fille puisse préféré être désignée comme un garçon. Moi qui n’aspirait qu’à être reconnue comme une fille et acceptée comme telle ! Et qui ai toujours considérée qu’une fille était « supérieure » en tout point aux garçons.
    Peut-on dire qu’un « garçon manqué » fait partie de la panoplie transidentitaire ? A voir aussi cet article : http://www.lambda-education.ch/content/menus/parents/10momes.html

    • ah oui c’est vrai, j’avais complètement oublié ce personnage du club des Cinq ! Merci de raviver ma mémoire ! (Ce n’était vraiment pas de la grande littérature, mais moi aussi ça fait partie de mes premiers émois littéraires…)

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