Prostitution : non à la prohibition !


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La position « abolitionniste » est aujourd’hui en train de se répandre dans le mouvement féministe, dépassant même les clivages gauche/droite. L’on trouve des alliances étranges pour pénaliser les clients des prostituées. Ce qui revient dans le discours est cette idée de “l’indisponibilité du corps”, vieille antienne essentialiste républicaine, issue des Lumières déistes.

Selon ce credo, une pute ne peut donc disposer librement de son corps car s’en servir de façon jugée “dégradante” comme elle le fait ne dégrade pas seulement elle-même, mais porte atteinte à l’honneur de toutes les femmes. C’est étrange que cette “indisponibilité du corps” soit si peu utilisée pour condamner les publicités sexistes de femmes à poil sur tous les murs de la ville.

Si l’on prend la peine d’écouter un peu ce qu’en disent les travailleuses et travailleurs du sexe, et leurs représentantEs (je pense au Strass), la pénalisation des clients va d’abord pénaliser les prostituées elle-mêmes, et va porter atteinte à leur conditions d’exercice en les renvoyant encore un peu plus à la marge des villes en les excluant des lieux plus « safe ». C’est qui est déjà le cas mais la pénalisation des clients constitue une nouvelle attaque contre la possibilité d’exercer. C’est aussi un risque sanitaire accru, avec un risque d’infection au VIH encore augmenté, par la difficulté de plus en plus grande qu’ont les prostituées fragilisées par toutes ces lois, d’imposer des rapports sexuellement “safe” à leurs clients.

Mais ces mesures seraient soit-disant populaires, et donc bonnes (au moins pour se faire élire). Ce n’est pas la première loi de ce genre.
Il y a eu l’interdiction par Sarko du racollage passif, qui a fait que n’importe quelle femme (surtout dans notre “genre”) peut désormais se retrouver accusée de prostitution, au bon vouloir des flics qui l’appréhendent.
Une autre conséquence de cette loi liberticide sur le raccolage à été que le fait d’aider ou de porter assistance à une prostituée est devenu illégal, car assimilé à du proxénétisme. Il est donc interdit par exemple d’accueillir chez soi une prostituée, de lui donner de l’argent ou de la nourriture, de la soigner, etc.

Dans le cas de la pénalisation des clients, qui suit l’exemple de la Suéde, il y a fort à parier que comme en Suède, il n’y aura que très peu de clients sanctionnés, et que les plus atteintes par les effets négatifs de cette loi ne seront pas les clients mais les putes.

J’observe que cette position nommée « abolitionniste » est une façon pernicieuse de décrire ce qui de fait revient à de la prohibition. C’est une arnaque de langage. C’est encore une fois du « wording marketing », donc une façon manipulatrice de nommer les choses, comme cela est monnaie courante dans le monde de la com’ politique. Dans le même ordre d’idée on à droit à « l’école libre » qui defini l’école privée, ou encore au « libéralisme » ou la liberté est celle du renard libre dans le poulailler libre.
Car au juste il s’agit d’abolir quoi ? La prostitution (autant dire l’esclavage) ! et pendant qu’on y est, la pornographie ! C’est sur ces idées que certaines féministes aujourd’hui rejoignent les discours les plus réactionnaires des défenseurs de l’ordre, de la famille et de la vertu. Ce « nouvel ordre moral » est désormais partagé de façon incroyable par des personnes qu’on aurait pu imaginer n’avoir rien en commun, unissant leur effort pour… faire chier les putes. Quelle grandiose ambition.
Pour atteindre cet objectif, tout les moyens sont bons. En premier celui de considérer les putes commes irresponsables et ne sachant pas le mal qu’elles font à elles-mêmes et à l’ensemble des femmes (dans un bel élan essentialiste)
Quand à moi, je préfère rejoindre celles et ceux qui défendent le droit de chacun et de chacune à disposer de son corps, de son sexe et de son genre, dans une autodétermination librement consentie.
Je ne me prononcerai donc pas « pour » ou « contre » la prostitution, car c’est dans ce piège que veulent nous entraîner les tenantEs de cet « abolitionnisme », comme si nous devions nous prononcer « pour » ou « contre » la peine de mort ou l’esclavage ! Non je ne suis ni pour ni contre la prostitution qui est un terme ne pouvant suffire à désigner une aussi complexe variété de pratiques. De quoi parle-t-on ? De filles contraintes et violées ? D’hommes s’offrant à d’autres hommes ? De maîtresses SM exerçant à domicile ? De secrétaires « putes d’un jour » invitées à des aller-retours vers New-York pour les bons plaisirs des grands de ce monde ? De travailleuses qui passent plus de temps à jouer les psys qu’à baiser avec leurs clients en pleine misère sexuelle ? D’autres encore qui sortent de leur détresse certains handicapés par exemple ?… Sur chaque cas nous pouvons avoir une position différente (hem)
Non je ne peux mettre toutes ces réalités dans le même panier, et jeter le tout aux ordures et à la vindicte populaire.
Je ne suis ni pour ni contre la prostitution car cela ne veut absolument rien dire, tout autant qu’il est absurde de vouloir « abolir » d’une loi toutes ces réalités récalcitrantes. Je pourrais par contre me prononcer contre certaines pratiques criminelles, contre le viol par exemple, à Neuilly comme à Cergy.
J’ai toujours été en général contre toute forme de prohibition, concernant les stupéfiants notamment. Pour moi, les substances ne sont pas dangereuses, par contre l’addiction peut l’être. Ou alors abolissons les couteaux au motif que certains s’en servent pour trucider leur prochain ! Tout est affaire d’information et de consentement éclairé. Si je ne sais pas ce que je consomme je prends des risques sanitaires graves (problème des substances frelatés dans les raves). Si je fume des cigarettes sorties d’un paquet qui m’averti des risques que j’encoure, je peux agir en connaissance de cause, et être plus libre de mes décisions.
Pour la prostitution c’est la même chose. Si je suis client d’une fille qui est contrainte, qui a été violée pour l’obliger à se prostituer, et que je le sais, je deviens complice. Par contre si je recours aux services d’une personne qui agit librement, et que je la respecte pour le service qu’elle me rend et que je la rémunère à sa juste valeur, de quel crime suis-je donc complice ?
Oui à l’information, non à la prohibition !

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4 réflexions au sujet de « Prostitution : non à la prohibition ! »

  1. « si je recours aux services d’une femme qui agit librement, et que je la respecte pour le service qu’elle me rend et que je la rémunère à sa juste valeur, de quel crime suis-je donc complice? »

    Dans ce cas, c’est comme choisir son comptable. J’ai eu une conversation sur la ré-ouverture des « maisons closes » qui peut être un choix : contrôle sanitaire, suivi du personnel……une entreprise comme une autre. Chacun est libre si c’est entre adultes consentants.

    • Nous sommes dans une société infantilisante. La prostitution n’est pas le top, mais le mariage non plus, combien de couples sous le poids du devoir conjugal ? Concernant les prostituées en tous genres, c’est leur parole et leur souhait qui doit être pris en compte,
      dans quelles conditions elles souhaitent exercer ou arrêter d’exercer.

      A force de les prendre pour des malades mentales, on en fait des objets psychiatriques abstraits, pas des humains.

  2. Salut,

    Je suis en grande partie d’accord avec toi sur le fond. Sur l’escroquerie intellectuelle que l’on nous sert : leur « abolitionnisme » est en fait de la prohibition (Une politique abolitionniste véritablement progressiste s’intéresserait aux raisons pour lesquelles des femmes et des hommes sont contraint-e-s de se prostituer et s’engagerait dans une lutte contre la précarité économique, pour la régularisation des sans-papiers, pour l’aide aux toxicos,…)

    En revanche, je doute que la comparaison entre consommation de drogue et consommation de services sexuels tienne la route. Quand je prends un psychotrope, je ne peux nuire qu’à moi-même (sauf cas particulier de tabagisme passif et femmes enceintes). On ne peut que souhaiter que le consommateur soit bien informé, mais dans tous les cas, informé ou non, il consent nécessairement à son acte. Quand quelqu’un paie des services sexuels, une autre personne est impliquée et donc potentiellement mise en danger. Pour le coup, je considère que si un client recourt en connaissance de cause aux services d’une personne contrainte physiquement à se prostituer (cas de l’esclavage sexuel) il est normal qu’il soit passible de poursuites pénales. Comme tu le dis toi-même à demi-mots, il est « complice » (sous-entendu : d’un crime).

    Il y a une diversité de prostitutions. La conséquence que l’on doit en tirer c’est que chaque forme de prostitution doit recevoir un traitement adapté. En particulier, toutes les formes de prostitution qui reposent sur une contrainte directe doivent être pénalisées – comme toutes les activités contraintes en fait. Le problème des prohibitionnistes est de refuser de comprendre la diversité de la prostitution et vouloir étendre l’interdiction à toutes les formes de prostitution. L’erreur serait de prendre l’exact contre-pied d’eux et de considérer que chacun fait ce qu’il veut en matière sexuelle, l’État n’a pas à fourrer son nez là dedans.

    ça me paraît piégeux d’avoir un discours global pro-libertés. Ce n’est pas pour les mêmes raisons que l’on est pour ou contre le droit d’avorter, le droit de consommer de l’herbe, le droit de vendre ses organes, ou le droit de se prostituer. Il ne faut pas schématiser et polariser tous ces débats avec d’un coté l’indisponibilité du corps humain et de l’autre la libre disposition de son corps. J’espère que tu es suffisamment d’accord pour que mon propos te semble une argutie 😉

    • Bonjour,
      Le mieux si tu veux en débattre c’est de t’adresser aux principalEs intéresséEs : les travailleurEs du sexe. Moi ce que j’en disais n’était qu’un point de vue extérieur, une idée en passant. En plus mon article date quand même un peu, beaucoup de choses plus pertinentes ont été écrites sur le sujet, voir le site du Strass

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