Trans !


© Photo Trans en Provence – « Entrée de Trans en Provence en venant des Arcs par la N555. »

Pour certaines trans, les termes « transsexuellE » ou même « transsexuéE » s’approcheraient mieux que ne le fait le terme « trans » de ce ressenti « d’intersexuation non biologiquement prouvée », c’est à dire d’un sentiment de décalage entre son sexe biologique et le sexe ressenti (sexe psychologique), et pas seulement à l’adoption d’une identité de genre en harmonie avec l’identité de genre ressentie. Il permettraient aussi de distinguer les personnes entre celles, « transgenres » qui ne seraient (au moins à un moment donné), que dans une aspiration à un changement de rôle dans le grand jeu de rôle social, donc ne désirant tout au plus qu’un changement de genre social et ne ressentant pas profondément, dans leur chair, la nécessité de faire évoluer leur sexe, et d’autres, les « transsexuelles », poussées de façon impérative par la nécessité de transformation afin d’être reconnuEs dans leur sexe et dans leur genre. Les termes « transsexuellE » et « transsexuéE » permetraient dès lors d’éviter une confusion entre ces deux postures (ou phases).

Mais attention, une confusion peut en cacher une autre !

Malgré leurs éventuelles qualités, les termes incluant “sexe” présentent au moins un défaut majeur : la confusion avec l’orientation sexuelle, et avec des ressentis liés essentiellement à la sexualité. Cela est très bloquant pour des personnes en questionnement, et que les psys ont tôt fait de traiter de “pervers” (sexuels bien sûr).
Ils présentent aussi le défaut d’être reliés à une histoire psycho-pathologisante gluante dont nous essayons de sortir. La “transsexualité” se rapporte à un classement nosologique pénible. Quelque soient nos efforts pour infléchir son sens, et le rapprocher de nos ressentis plus subtils, j’ai bien peur que cette subtilité ne soit pas communiquable en reprenant (et détournant) des termes qui ont fait leur temps et commencent à dater. Garder ces termes revient à continuer à nous trimballer avec cette étiquette de malade à soigner.

Je ne peux pas me résoudre à choisir une confusion plutôt qu’une autre.
Je choisis donc la clarté d’un autre terme dépourvu d’ambiguïté, et qui s’impose désormais : “trans”.
J’écarte au passage trans* ou trans’, qui je pense sont des subtilités qui ne résisteront pas à l’usage et au temps.
Pourquoi je choisi de dire “trans” ?
C’est un terme simple qui ne manque pas d’impact et qui pour cette simple qualité a de grandes chance de s’imposer de plus en plus. Lutter contre le langage est en général assez vain, et je ne suis pas adepte des causes perdues. Trans à une vraie chance face à au mot “transsexuel” plus alambiqué, plus obscur, et toujours utilisé par ceux qu’il s faut bien appeler nos ennemis : les tenants et représentants du pouvoir médical et du pouvoir administratif.
“Trans” est neutre, donc mixte.
“Trans” induit le mouvement et la fluidité. Il est positif. La possibilité d’être fluide dans notre genre, ce droit de nous déplacer librement d’un genre ressenti à un autre.
“Trans” peut intégrer tout le monde, et effectivement, pas besoin d’être “transsexuel” pour être mal à l’aise avec le système de genre. Alors cette intégration (universaliste ?) est le reproche fait à ce mot.

Que faire avec le côté “fourretout” de ce terme ?
Que faire pour distinguer les personnes en attente de changements non seulement d’identité de genre, mais aussi d’identité de sexe ?
Face au risque en effet d’invisibiliser les trans en attente d’un changement non seulement de leur apparence et rôle social, mais aussi de leur corps physique et biologique, face au risque de nous fondre dans une entité plus large n’ayant pas les mêmes besoins (notamment d’attente de prise en charge), nous aurions besoin de mots précis pour nous définir ?
Mais justement, ce terme précis c’est “trans”. A nous de ne pas tout y mettre.
A nous de ne pas mettre dans ce terme ce qui relève d’autre chose, qui n’est pas une démarche de vie mais une réflexion sur les choses, et qui se nomme la pensée queer.
A nous de ne pas fusionner nos identités mais de les reconnaitres et de les distinguer, nous pas pour les hierarchiser, mais pour les faires exister, côte à côte. Multiplions les identités, multiplions les genres !

Pour moi, nous sommes plus proches que nous ne le pensons de toutes les personnes qui ont “un problème avec le système de genre », y compris les identités genderqueer. Dès l’instant où une personne intégre cette fluidité “d’un genre à l’autre” (aidée par la théorie du genre), elle se met en position de “hors la loi du genre” (Gender outlaw). Cette personne peut vouloir être “stealth”, se rendre socialement invisible, ou au contraire pervertir ouvertement les codes, cela ne change rien au fond : elle est hors la loi. Elle est “trans”.

Pour effectivement éviter cette invisibilisation des “trans” (sexuelles) par rapport aux “trans” (genre), plutôt que de remettre du sexuel et de la confusion, pourquoi ne pas dire clairement que la problématique trans et la stratégie queer ne désignent pas les mêmes choses, même si elles se rejoignent dans le refus du système de genre tel qu’il s’impose aujourd’hui.

Le forum “Transforum” est “exclusivement réservé aux transsexuels”. Le moindre écart vous vaut des accusations de “trangenre” et de vous faire traiter de sale mec. On voit à quelles extrémités la hierarchie “transsexuelle” et “transgenre” peut mener.

Je vais encore une fois faire ma groupie de Kate Bornstein. Dans Gender Outlaw : elle dénonce avec beaucoup d’humour la pyramide suivante : au sommet de la hiérarchie les “Post-op”, juste en dessous les “Pré-op”, puis viennent les “Trangenres”, suivies des “She-males”, elles même supérieures aux “Drag-Queen”, qui n’ont que mépris pour les “Travestis” eux-même piétinant les “Placards”.

A cette hiérarchie des parcours, j’oppose la diversité infinie des identités possibles, et qui n’ont rien à faire avec ces classements, et peuvent coexister au sein du mouvement trans.

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2 réflexions au sujet de « Trans ! »

  1. Ce village m’inspire : je crois qu’on devrait organiser, dans nos activités associatives, une semaine de vacances collectives au camping de Trans-en-Provence, autoproclamée capitale des trans et de leurs familles et proches ! Evidemment, si ça avait été Trans-en-Nord-Pas-de-Calais, peut-être on aurait trouvé ça moins euphorique, mais par chance c’est en Provence, idéal pour les vacances !

  2. oui !!!
    et je remets le lien déjà posté ce matin en commentaire au premier article de ce forum (https://cestmongenre.wordpress.com/2012/01/09/la-pression-queer-existe-t-elle/).
    A lire aussi, encore sur le blog pink.reverie.info, une “lettre ouverte” qui affirme une chose simple mais essentielle si on ne veut pas finir enfermées dans ces nuances de vocabulaire plus ou moins pertinentes : nous ne sommes pas des théories ! nous ne sommes QUE nous même… (http://pink.reveries.info/post/2009/10/23/Je-ne-suis-pas-une-th%C3%A9orie)

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