Nomen


© Muche, Forum des transidentités

Ne nous faisons pas plus bête que nous sommes

Il y a un refus d’admettre certaines idées simples, soit disant théoriques, et qui remettent en cause 8000 ans de tradition. Que valent 20 ou 30 ans face à 8000 ans ? Et pourtant, « elles tournent ! ». Et pourtant, elles tournent et elles fonctionnent ces idées nouvelles, et elles feront disparaître bientôt les vieilles croyances qui s’imposent encore. J’en veux pour preuve que l’histoire de l’humanité est faite non pas d’une progression constante, mais de ces découvertes qui surgissent brusquement. Ce sont des à coups. C’est très violent. Comme les révolutions. C’est comparable au développement d’un enfant. Un enfant ne progresse pas de façon continue. Un jour un enfant marche, alors qu’il ne marchait pas la veille. Un enfant ne grandit pas en permanence, un jour il prend deux centimètres ! Tout comme nous ne mourrons pas à petit feu, et que lorsqu’il nous reste une seconde de vie, nous sommes encore en vie.

La résistance est forte. Autant que les culpabilités qui nous assaillent lorsque nous pensons en dehors de la norme. Le poids de la religion fait son boulot, les traditions au delà des religions, familiales, les usages et codes sociaux. Tout fait front pour nier la réalité plus complexe que les choux et les roses. Pas si complexe au demeurant, pour qui s’informe un peu. Mais l’idée qu’il n’y a pas que deux sexes, l’idée que sexe et genre ne signifient pas la même chose est toute neuve pour beaucoup de gens. C’est le genre d’idée qui met plusieurs générations à faire son chemin, mais c’est une idée qui fait son chemin. Rapidement.

Alors je comprends l’agacement de celles qui connaissent cela depuis un moment déjà, et qui ont le sentiment que « rien ne bouge », et que même dans nos rangs, nous continuons à être engluées dans des schémas dépassés. Oui c’est agaçant, mais l’agacement, quand il se transforme en agression (idéologie nazie et patriarcat ne peuvent pas faire l’objet d’amalgames), n’œuvre pas pour la diffusion d’idées plus justes et plus proches de la réalité. Elle ne fait que repousser celles que nous voulons inviter à rejoindre notre « raïa ».

Sexe biologique, sexe psychologique, identité de genre : les nouveautés qui font débat !

Je comprends et je trouve parfaitement censé que l’on refuse d’admettre que le « sexe biologique » de naissance ne peut se transformer de « mâle » à « femelle ».

Ça ne veut pas dire qu’il n’y ait que deux sexes biologiques possibles. Il existe des intersexués, donc des personnes qui naissent avec une biologie mêlant plus que la moyenne les deux sexes. Donc déjà, il n’y a pas que deux sexes, il y a à la naissance des mâles, des femelles et toute le reste de la palette possible.

La transition ne change rien à cette « donne » de départ : mâle, femelle, intersexe. Je n’ai pas lu que quelqu’un prétende le contraire ici je pense.

Ensuite il y a ce que nous ressentons. L’envie de ce corps et cette biologie qui n’est pas la nôtre. Et plus que l’envie, le sentiment parfois pour certaines de faire partie de « l’autre sexe » et que « la nature s’est gourée » (moi perso je ne ressens pas ça mais je ne remets pas en cause que c’est un sentiment qui existe). Alors ce sentiment peut conduire à confondre le sexe biologique de naissance et le sexe psychologique ressenti. Cela peut conduire à vouloir changer son corps de façon la plus profonde possible, modifier le plus possible son anatomie. Il faut garder à l’esprit que ce point de départ biologique, même s’il est modifiable (et on peut espérer des progrès de ce point de vue) aura toujours la médecine et la science pour limite et pour horizon. Nous ne deviendrons donc jamais « femelle » tout à fait, à moins de découvertes majeures de la science, et je pense une prise en charge de la modification beaucoup plus tôt dans la vie. Nous n’y sommes pas. Par contre on peut tout de même faire certaines choses qui nous rapprochent de ce corps ressenti, et cela peut aider à se sentir mieux, si l’on comprend bien que la quête d’un corps biologique femelle n’est aujourd’hui pas envisageable quand on est née mâle.

Donc quand on dit « être femme », ce n’est pas un refus d’admettre que nous sommes « mâle », c’est juste distinguer que « mâle » et « femme » , c’est différent. On peut être « femme » (sexe psychologique) en étant « mâle » (biologique). On peut donc devenir parfaitement femme. Tout autant qu’une « femelle » biologique.

Et puis il y a le genre. Féminin ou masculin ou autre. Le genre est social. Pourquoi ? L’idée dominante est que le genre doit découler du sexe biologique. Si on nait mâle, on se sent un homme, et on à une apparence masculine, et on cherche une femelle, se sentant femme, d’apparence féminine pour se reproduire. Oui c’est du Christine Boutin dans le texte ! C’est ça la vieille idée dominante qui va sauter !

Est-ce qu’on a besoin d’une théorie ou bien de constater la réalité ?

Il faut nommer les choses, pour comprendre la transidentité, mais pas seulement, pour intégrer les exceptions nombreuses crées par ces sentiments en décalage avec la « réalité » biologique, pour accepter qu’il existe des intersexués, oui, il faut distinguer les mots, et en créer de nouveaux quand ils n’existent pas. Ce n’est pas une théorie, c’est l’enrichissement du langage par le vocabulaire. Une chose qui n’a pas de nom n’existe pas dans la tête des gens. Il s’agit de faire connaître son existence en la nommant.

Donc c’est pas intello de dire que « mâle » ne veut pas systématiquement dire « homme » qui n’est pas forcément « masculin » ; « femelle » ne veut pas obligatoirement dire « femme » qui n’est pas toujours « féminine ».

Cela n’est théorique que pour les détracteurs, car ces différentes réalités existent, et ont besoins d’être nommées

Tout cela n’est pas compliqué mais il est difficile de penser différemment de la plupart des gens.

Pour ne pas dire qu’on a du mal à soutenir ces idées publiquement, on préfère dire qu’on y comprend rien. J’ai fais l’expérience d’une discussion avec deux personnes hétéronormées, un mâle/homme/masculin et une femelle/femme/féminine. Ils étaient très bienveillants à mon égard. Ils buvaient mes paroles tout le temps ou j’ai témoigné de mon parcours. Quand un peu lasse de leur décrire mes émotions, j’ai commencé à évoqué le fait qu’il n’y avait pas que deux sexes, et que le genre était une choses différente, sociale, ils se sont littéralement bloqués et sont même devenus très nerveux, passionnés, défendant bec et ongles leur système précieux. Il m’ont dit qu’ils comprenaient ma transidentité et la nécessité pour moi de me transformer, mais que mon discours « politique » leur semblait une justification choquante.

J’ai juré d’y aller plus doucement mais j’ai remis ça au réveillon avec ma mère (même trans, on ne se refait pas !), ma mère qui persiste à croire, malgré sa gentillesse et son acceptation à mon égard, que tout cela ne peut être qu’un dysfonctionnement individuel, heureusement rare, et qu’elle plaint beaucoup les victimes de ces maladies (tous les LGBT selon elle). Comme mes deux amis, elle a mal vécu mon discours jugé encore une fois politique et l’a trouvé « agressif ».

Je pense que dès nous parlons de transidentité, non pas de façon politique, mais sans le mêler à nos affects, nos interlocuteurs « décrochent » car ils ne peuvent plus exercer leur compassion à notre égard mais se sentent jugés comme oppresseurs.

Il faut travailler la question avant d’évoquer ces idées avec nos proches je pense.

Même si c’est une idée qui n’entre pas facilement dans la plupart des consciences, c’est une idée simple.

Même si ce n’est pas l’idée qui domine aujourd’hui, c’est une idée qui a de l’avenir, car la réalité est têtue, et finit toujours par s’imposer contre les croyances et les superstitions.

Amen.

Célia, qui remercie Tom Reucher pour donner en français sur son site des explications claires sur les termes nouveaux et indispensables à la compréhension du monde tel qu’il existe.

Je ne fais que répéter des choses lues ailleurs, mais il paraît qu’une idée doit être lue 7 fois pour être entendue (pas acceptée). Donc j’essaie d’œuvrer à mon niveau à la diffusion d’idées qui m’aident et que je trouve claires.

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