« Identité de genre » et « Expression de genre »


©Novopress

Quand certaines trans pensent que leur ressenti n’est pas pris en compte parce que le mot qui correspond ne semble pas exister, il faut voir quel est le problème. De fait les mots existent, mais ils n’ont pas pour tout le monde la même définition. je ne trouve pas inutile de pointer ce problème.

Se mettre d’accord sur des termes, c’est dire qu’on a besoin de mots pour se comprendre, et de définitions communes pour chaque mot.

La discrimination commence dans la loi française par ne même pas accepter la notion de « genre », et de ne retenir que « sexe ». Le combat pour nos droits commence là, dans la reconnaisssance que nous existons, donc dans la possibilité de nommer les choses.

Si les trans ne prennent pas la parole pour les choses qui les concernent, et éventuellement agir sur le langage (instrument de pouvoir) personne d’autre ne le fera à leur place, et sûrement pas les gens qui n’ont aucun problème de décalage genre et sexe, donc qui ne se posent pas ce genre de questions.

En étant née mâle, on peut vouloir être femme sans forcément adopter tous les codes de la féminité, en dehors des schémas binaires et des codes de genre établis. On en est pas moins trans. On est pas moins femme pour autant. Encore faut-il admettre l’existence de ce que Tom Reucher nomme « sexe psychologique » mais trouvons un autre terme si celui-ci nous semble désuet. En tous cas la chose existe, et il faut la nommer. Nier ce besoin de transition, nier l’existence même de ce ressenti, refuser de mettre des mots là-dessus, c’est nier le ressenti de pas mal de trans, c’est nier une forme de transidentité.

Il y achoppement sur le terme « identité de genre » car il en existe au moins deux définitions différentes : La définition dans les principes de Jogjakarta, et celle donnée par Tom Reucher sur son site

La définition donnée dans les Principes de Jogjakarta, « identité de genre » inclue deux choses différentes, je scinde donc cette définition en deux parties :

1 – “l’identité de genre” comme faisant référence à l’expérience intime et personnelle du sexe faite par chacun, qu’elle corresponde ou non au sexe assigné à la naissance, y compris une conscience personnelle du corps »

2 – « (qui peut impliquer, si consentie librement, une modification de l’apparence ou des fonctions corporelles par des moyens médicaux, chirurgicaux ou divers) et d’autres expressions du sexe, y compris l’habillement, le discours et les manières de se conduire;

Sur le site de Tom Reucher, je relève :

1 – « Le sexe psychologique est le sentiment d’être homme, femme, agenre (ni l’un ni l’autre), intergenres (alternativement l’un ou l’autre, l’un et l’autre, ou alternativement une ou plusieurs des combinaisons précédentes). On peut aussi dire qu’il y a des catégories identitaires (homme, femme, agenre, intergenre, transgenre, transsexe, intersexe…) et le sentiment de faire plutôt partie de l’une ou l’autre de ces catégories (sexe psychologique).

2 – « Le sexe psychologique est indépendant de l’identité de genre qui est le fait de se sentir masculin, féminin, androgyne ou neutre. Ces différents éléments qui cohabitent peuvent évoluer au cours de la vie. Le genre est culturel et social, c’est ce qui est attribué culturellement au féminin et au masculin. »

Donc pour résumer, on a donc bien dans les deux textes, d’une part “l’expérience intime de son genre”, que Tom Reucher nomme “sexe psychologique”, et d’autre part “l’expression du genre”, que Tom Reucher nomme “identité de genre”

On peut refuser les termes, on peut par exemple trouver que “sexe psychologique” c’est un peu trop “psy” et trop “sexe”, cela n’empêche pas que les deux réalités sont à nommer, et à distinguer. Le ressenti d’une part, l’apparence d’autre part.

Mettons nous d’accord sur les termes.

Pourquoi ne pas adopter ce qui semble avoir cours maintenant, à savoir : “identité de genre” pour désigner le ressenti, à distinguer de “l’expression de genre” pour ce qui à trait à l’apparence ?
Il y a sans doute un risque de glissement de sens des deux termes, et même d’inversion. L’identité peut être ressentie comme sociale et administrative – carte d’identité – et l’expression comme quelque chose de plus intime et intérieur, moins sociale -expression du moi -.

Mais au delà de ce risque, en distinguant les deux choses, nous reconnaîssons que ressenti et apparence ne peuvent pas être désignés par le même terme, et satisfaisont à l’exigence de reconnaissance de ce sentiment qu’ont beaucoup de trans, et qui va au dela du simple désir de changer son apparence.

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2 réflexions au sujet de « « Identité de genre » et « Expression de genre » »

  1. Ping : si le sexe n’est pas le genre, alors le genre n’est pas le sexe ? (et réciproquement ?) | C'est mon genre !

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