Petites réflexions sur la transidentité et le suicide

(30 décembre 2010)

Il me semble que ce sujet n’est quasiment jamais abordé directement sur aucun site, alors que les personnes transidentitaires sont extrêmement touchées (et donc concernées) par la question du suicide.

Il me semble que le fait de se donner volontairement la mort soi même est touché exactement par les mêmes tabous inconscients que le fait de s’inscrire volontairement soi même dans un genre différent de son sexe.

Comme dit la chanson, « les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux», et le suicide fait partie de ces autres routes « interdites » par la bonne morale (formatée en grande partie par les religions).

Il y a quelques jours, les infos annonçaient le suicide « raté » d’une personne qui s’était jetée du 9e étage, et dont la chute avait été amortie par des sacs poubelles en bas.

Les deux empafés de journalistes annonçaient d’un ton joyeux que bien qu’il soit dans un état totalement critique, les jours de l’homme n’étaient « heureusement » plus en danger. On avait presque l’impression qu’ils se foutaient de sa gueule.

C’est-à-dire que cet homme qui ne supportait déjà plus sa vie a été sauvé de force par des couillons de médecins qui pensaient bien faire, et qu’il devra désormais survivre qu’il le veuille ou non avec les terribles séquelles qui lui resteront de cette tentative.

Une vie encore pire que celle dont il ne voulait déjà plus lui est donc à nouveau imposée par la société et sa façon étriquée de penser « la mort / ou la vie ».

J’ai donc vu là une analogie très claire avec la façon dont est considérée la transidentité.

Le principal problème étant que la société estime inconcevable que l’on puisse décider non seulement de quoi que ce soit dans sa vie, mais également de sa mort.

La décision de notre propre mort ne nous appartient apparemment pas, et c’est la suite logique du fait que notre corps ne nous appartient toujours pas en 2012.

Nos vies sont la propriété exclusive « des autres ». Du système qui se prétend hypocritement démocratique. Depuis le début, nous ne contrôlons strictement rien de « nos » vies.

Naissance, famille, éducation, prénom, sexe, genre, travail, sexualité… On nous donne la fausse impression que l’on est devant une succession de choix, mais c’est faux: chaque « choix » est tacitement aiguillé, et chaque écart est légalement sanctionné. Le choix des choses les plus essentielles ne nous appartient pas. Et ce jusqu’à la décision notre propre mort dont nous n’avons visiblement pas le choix ni le droit de décider nous-mêmes sans déconcerter ou « agacer » les autres.

Vous me ferez remarquer que les suicidés n’attendent généralement pas d’autorisation légale pour se donner la mort ? Certains si.

Ceux qui souffrent d’être maintenus en vie par d’autres alors qu’ils ne rêvent que d’en finir, et que les médecins ou la famille refusent obstinément de « débrancher ».

Ce sont généralement les mêmes médecins et les mêmes familles qui sont contre l’avortement, ou pour la peine de mort. Ce sont les gens qui s’octroient le droit de contrôler la vie (ET la mort) des autres en fonction des petites convictions étriquées qu’ils imposent.

Le suicide est probablement conçu dans notre inconscient formaté comme une « désertion » de quelque chose. Certains médecins parlaient de pathologie, et se sont échinés à rechercher un « virus » ou un « gène » du suicide qui n’est qu’un refus de devoir continuer de jouer un rôle imposé insupportable, et ce, quelle que soit la classe sociale. On observe également que certains suicidés (ou leur famille) camouflent les suicides en accidents ou en morts naturelles lorsque c’est possible. Mais quand on y réfléchit, la plupart des suicides sont des assassinats dans lesquels est clairement engagée la responsabilité du système social.

Là encore, l’analogie avec la transidentité me semble évidente.

Les religions sont les principales responsables de la diabolisation du suicide tel qu’il est encore perçu de nos jours. Pourtant, de la même façon que l’église ait pu se montrer antisémite alors que Jésus était juif, ou qu’elle s’indigne quand on mentionne l’idée d’homoparentalité alors que Jésus avait deux papas, il me semble aussi qu’elle est anti-suicide alors que Jésus s’est très vraisemblablement suicidé en se laissant clouer sur sa croix à mort, alors qu’il avait manifestement les superpouvoirs pour s’en sortir.

Ne cherchons pas à comprendre…

Ni à comprendre non plus pourquoi se tuer « seul(e) » nous condamnerait à la damnation éternelle, alors que se suicider en trucidant deux immeubles de sales infidèles en kamikasant deux Boeings dessus nous mènerait tout droit au paradis d’Allah pour y niquer de la vierge à foison…

Les voies du seigneur sont décidément impénétrables.

Pour reprendre les analogies constatables avec la transidentité, il me semble important de noter que les suicidés ne sont « pris au sérieux » qu’à l’état de cadavre. C’est-à-dire une fois qu’ils sont parvenus à leurs fins définitivement et irrémédiablement.

Les suicidés « ratés » seront bizarrement souvent raillés, moqués, et mis encore un peu plus au ban de la société qui s’efforcera dès lors de leur fournir l’aide indispensable pour retourner dans le « droit chemin ».

On ne respecte pas leur choix, leur volonté, leur désir voir leur besoin de mort : Il faut absolument leur imposer de force un formatage à l’obligation de vivre. De vivre « comme tout le monde ».

Bref. Je ne suis pas spécialement « pour » ou « contre » le suicide, mais il me semble cependant que le fait que ce soit si tabou est un vrai problème, et qu’il y a un réel manque d’information et de respect pour les personnes désireuses de se donner la mort.

Il me semblerait intéressant d’inviter les candidat(e)s à réfléchir sur les modes opératoires les moins pénibles / dangereux pour elles/eux, et leur entourage, (car quand on se rate, s’est une double peine qui peut vous attendre derrière) de la même façon que certains sites donnent des pistes sur les différentes façons d’entreprendre une transition de genre.

Par exemple, proscrire le gaz, qui peut occasionner l’explosion de l’immeuble, et donc tuer ou estropier les personnes qui découvriraient le corps…

Comme pour une transition, réfléchir aussi à « l’image » que l’on veut finalement donner… Un corps endormi au visage soulagé dans un lit, ou un corps déchiqueté par un métro dont des grouillots indifférents perdront des heures à réunir les morceaux. Tout ça est très personnel je suppose.

Pour terminer, je dirai qu’en tant que personne « transidentitaire », j’ai eu l’impression de « suicider socialement » mon personnage initial lorsque j’ai mis en place ma transition. Cette impression de m’être irrémédiablement « détruite » d’une certaine façon pour tenter de « renaître » d’une façon plus « vivable » persiste au fil des années. Finalement, j’entrevois presque ce que veulent dire les personnes qui parlent de « naissance » par rapport à leur identité de genre…

« Allez zou. »
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2 réflexions au sujet de « Petites réflexions sur la transidentité et le suicide »

  1. Je suis tout à fait d’accord pour dire « qu’en tant que personne « transidentitaire », j’ai eu l’impression de « suicider socialement » mon personnage initial lorsque j’ai mis en place ma transition. » D’autant qu’on me l’a balancé dans la figure, histoire de bien me culpabiliser !

    • Culpabiliser une personne est souvent un excellent moyen de tenter de se déculpabiliser soi-même ou d’éviter toute remise en question… je ne peux que compatir Grenadine…
      Biz! 😉

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