Libido

(14 septembre 2010)

Bon. Quelques réflexions me sont venues au sujet de la libido, ou plutôt de son absence, ou du fait qu’elle est nivelée vers le bas (chez moi). Fait que j’ai en 1er lieu attribuée à la prise d’androcur, (qui joue beaucoup) mais qui finalement, me semble également venir d’ailleurs.

…Lorsque le sujet de la libido fut abordé sur certains forums, nous en arrivâmes à la conclusion que c’est quelque chose qui se passe dans la tête, beaucoup plus qu’au niveau hormonal, d’une part, et que d’autre part au final, c’est un peu comme pour tout le reste : il suffit de « vouloir », pour « pouvoir ».

– Moui –

Donc j’en étais là, quand j’ai fini par faire le point pour moi par rapport à tout ça : Même en ayant intégré ces données, je m’aperçois que ma libido ne décolle plus du tout comme « avant ma transition » (notez que je ne dis pas « avant l’androcur »), et stagne à un niveau plutôt « bas ». Et ça me manque.

J’ai bien conscience qu’en écrivant ça, je me réfère inconsciemment à une « norme de libido acceptable » qu’il me semble que je n’atteinds plus, même si je sais très bien que chacun(e) a ses propres rythmes et sa propre intensité à ce niveau là. Je veux parler de la différence visible et remarquable entre l’ « avant » et l’ « après », alors qu’en théorie, cette différence ne devrait pas être si marquée, ni me paraître forcément gênante, puisque la libido est sois disant avant tout cérébrale, et non hormonale.

Et je me demande pourquoi ? Alors que j’aimerai (j’ai la volonté) d’avoir un peu plus de désirs et un peu plus souvent, pourquoi je n’y arrive pas ?

Et en fait j’ai réfléchi au fait qu’avant ma transition, mon coming out, et autres joyeusetés, le fait de porter des vêtements féminins, et de devoir m’en « cacher » participait très activement et puissamment à mon excitation sexuelle.

Le fait que tout ceci soit aujourd’hui revendiqué, affiché, et donc, d’une certaine façon banalisé et routinier (puisque quotidien) fait que je ne ressent plus aucune excitation d’exprimer ma « féminité », puisqu’elle n’est plus refoulée (et donc explosive) mais affichée (et donc stable). De plus, il n’y a plus la sensation de faire quelque chose d’  « interdit », de « puissant ». Ce qui était en partie un élément « fantasmatique » est (tristement) devenu ordinaire.

Pour aller beaucoup plus loin, je dirai que le fait de comprendre un peu mieux les rouages de l’identité de genre, des intolérables inégalités de traitement entre hommes et femmes (pour avoir testé cette différence), et de – donc – me retrouver soudain happée par la nécessité d’obtenir une (relative) égalité de droit des personnes, et de plus ou moins « militer » en permanence dans ce sens, fait que je ne m’inscris plus (ou disons plutôt beaucoup moins) dans les rapports de domination / soumission « homme / femme » dans lesquels je m’inscrivais inconsciemment auparavant, et dont je retirais, là encore il faut bien le dire, une certaine excitation sexuelle. Une soumission passive presque docile en est devenue intolérable, alors que c’était l’un des éléments clés primordiaux de ma sexualité.

Bref, voici mes quelques pistes de réflexion sur les mécanismes qui font que ma libido ait pu baisser autant au contact des produits mais également des idées que j’ai pu « consommer » lors de ma transition, précisément parce que ce cocktail détonnant a réussi à ébranler et modifier la psyché profonde dans laquelle mes fantasmes intimes avaient finalement toutes leurs racines.

Je ne sais pas si c’était une bonne ou une mauvaise chose… Pour moi ça me parais « mauvais », tout simplement parce que je regrette la richesse, la variété, l’originalité, et la fréquence de mes désirs « d’avant »…

Ça me dérange de ne pas parvenir à agir consciemment sur ça, de ne pas le maîtriser, et donc, de me sentir « bloquée ». Et la libido étant quelque chose qui a des répercussions sociales directes (lorsqu’on n’est pas uniquement auto sexuelle), ce problème finit par devenir également celui de mes partenaires sexuels avec lesquels je ne suis plus en phase…

La merde en somme.

Épilogue: Au final , pour celles qui, comme moi à cette période de ma vie, auraient un regret de leur libido à un moment donné, il me semble que des solutions existent peut être… (Faire le point du THS si un anti androgène y figure, essayer de « dépasser » certaines réalités idéologiques qui peuvent devenir sexuellement toxiques si l’implication personnelle est trop forte, se réapproprier progressivement certains fétichismes vestimentaires en privé, et fréquenter des gens et des milieux sexuellement « stimulants » plutôt que des gens qui finalement nous « re-castrent » le sexe et le genre par leur discours 24h/24).

Et si j’ai aujourd’hui réussi à me réapproprier ma libido perdue, il n’y a pas de raisons que les autres n’y parviennent pas.

😉

"Minou minou minou..."

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4 réflexions au sujet de « Libido »

  1. pareil pour moi, merci Cammy ! Je trouve essentiel de ne pas effacer complètement les différences, mais au contraire de les multiplier, se les ré-approprier, les détourner, les rejouer, les surjouer, s’en amuser et s’en exciter. Ce que ne permettent évidemment pas certains discours (f)rigides sur le sexe et le genre comme le suggère justement Cammy !

  2. Je viens de découvrir ce texte que je trouve remarquable. Pile au moment où je me posais des questions 😉
    Bises
    Candice

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