Nouveau paradigme trans

© LMoïra (The L Word) 

Boutin obsédée du sexe

Aujourd’hui nous vivons dans une société où deux sexes définissent deux genres. Nous vivons peut-être les derniers feux de cette vision archaïque, mais c’est toujours celle qui domine, et c’est celle que défendent encore quelques “obsédés du sexe” le clan Boutin et l’église. C’est d’ailleurs rassurant de constater qu’il n’y a plus guère que quelques intégristes qui ont l’énergie de défendre la binarité et la nécessaire complémentarité et altérité de deux genres conçus par Dieu uniquement pour reproduire la plus belle de ses créations : l’Homme.

Donc on peut se rassurer en constatant que ceux qui “rament” aujourd’hui sont ceux qui veulent freiner la “théorie du genre”, qui est en train de se répandre de façon fulgurante. La charge de la preuve est inversée, et c’est aux tenants du conservatisme binaire qu’il revient de prouver que leur système hétéro patriarcal binaire fonctionne encore, malgré toutes les “exceptions” qui sortent de plus en plus du placard, les trans, les intersexes notamment, pour ne pas parler des féministes.

En attendant, ce système n’a pas disparu, loin de là, et nous oppresse encore, et oppresse tout le monde, pas seulement les trans et les intersexes mais aussi les homos, les lesbiennes, les bi, les a-sexuels, et les femmes, premières et principales victimes de la hiérarchisation induite par le système de genre binaire.

Nous sommes tous des intersexuées !

Face à cette vision binaire du sexe et du genre, de nouvelles terminologies apparaissent.

Pour le sexe, aux termes “mâle” ou “femelle”, on ajoute “intersexe”. En nommant ces réalités, aujourd’hui déniées dans le système de genre binaire, on ne se contente pas de faire passer les sexes possibles de deux à trois, ou de deux à quatre… mais de deux à “N”.  L’idée en intégrant les “exceptions”, c’est affirmer qu’il n’y a finalement que des exceptions. Nous sommes tous des intersexuées !

Nous ne sommes pas en train d’introduire l’idée qu’il existerait deux pôles “mâle” et “femelle” et entre ces deux pôles représentant la normalité, un certain nombre d’exceptions qui seraient autant de cas à régler pour les faire rejoindre cette norme. Si nous faisions cela, nous ne ferions que laisser le système dans l’état où nous l’avons trouvé en entrant !

L’exemple des intersexuées montre clairement que rien de tout cela n’existe vraiment tout à fait et qu’en matière de sexe, tout est dans tout, il y a du mâle dans la femelle et inversement. Tout ce qui definit biologiquement un mâle (cariotype, hormones, gonades…) se retrouve chez la femelle. Tout n’est que dosage et proportions, différent pour chaque individu sur cette planète, et réagissant chacun différemment à ces dosages. Il y a donc non pas une échelle qui irait de la femelle normale au mâle normal, car il n’y a pas de norme qui puisse définir un mâle ou une femelle type.

De même pour le genre, en tant qu’il représente le sentiment intime que l’on a de son sexe, et qui peut-être différent du sexe biologique de naissance chez les personnes trans : il n’y a pas vraiment de genre “homme” ou “femme” de façon absolue, mais un continuum de “N” genres que l’on peut ressentir.

C’est pareil pour la couleur de la peau, qui est un continuum de blanc à noir sur la planète, aucune personne blanche ou noire ne pouvant à elle seule définir la couleur blanche ou noire de référence.

Le besoin de transition va se multiplier

Ce décalage, ressenti par les trans, que leur identité de genre est différente de leur sexe biologique ne disparaîtra pas le jour où le système binaire hiérarchique disparaîtra. Une société ou tout les genres jouiraient du même niveau de reconnaissance sociale, une société où les hommes et les femmes seraient égaux, cette société ne fera pas disparaître pour autant la transidentité, ce sentiment chez certaines personnes que leur genre est en décalage avec leur sexe.

Je ne crois donc pas du tout à l’avénement d’un société “idéale” débarrassée du genre, et par conséquent débarassée des trans. Dépasser la vision binaire du sexe et du genre n’est pas se débarrasser du sexe et du genre. L’ennemi n’est pas le genre, l’ennemi est un système qui impose d’être dans un genre qui corresponde au sexe de naissance. Le problème est bien la non reconnaissance du droit à l’autodétermination de son identité de genre et du droit de décider son expression de genre en fonction (ou pas) de cette identité de genre ressentie.

Le besoin de transition, le besoin de transformation de son corps et de son apparence, “l’expression de genre” ne disparaîtra pas, si l’on se place dans l’idée d’une multiplication des genres.

Libéré des contraintes de devoir “coller” au sexe et au genre, ce besoin d’expression de son genre va croître et embellir, et on assistera sans doute à l’émergence de “N” expressions de genre différentes, mixant librement les expressions masculines, féminines et androgynes dans une infinité de combinaisons possibles, les progrès de la science, de la technologie et de la politique aidant à réaliser les transformations nécessaires. La liberté de définir son genre et de l’exprimer en phase ou pas avec ce ressenti est le combat qui nous occupe aujourd’hui.

(On peut même imaginer une transition qui aurait pour objectif d’avoir une expression de genre différent de son identité de genre).

Changer de paradigme

C’est sans doute cette idée qui donne le vertige à beaucoup. La liberté fait peur, on le sait bien. Elle implique la responsabilité. Abandonner un système où tout paraît clair quoique sans liberté, pour aller vers ce qui est ressenti comme une absence de système, une sorte d’anarchie, ça fait peur à beaucoup effectivement. Mais il n’est pas question de faire table rase d’un système mais de s’en libérer pour aller vers autre chose correspondant mieux à notre réalité. Aucune anarchie là-dedans, juste l’adoption d’un nouveau paradigme.

De la l’importance du langage et de la terminologie, qui ajoute par exemple “intersexe” à “femelle” et à “mâle”, non pas pour détruire l’existant, mais pour rendre visible une réalité vécue par certaines personnes et pour introduire l’idée de la fluidité du sexe et sa relativité. Introduire l’idée de “N” sexes ne revient pas à nier “mâle” et “femelle” mais à en modifier le sens. Mâle et femelle ne représentent plus un étalon de référence pour savoir ce qui est normal ou pas, mais des ingrédients entrant dans la composition des individus.

Dans ce nouveau paradigme, il n’y a plus de mâles et de femelles de façon absolue, mais de façon relative. Cette nouvelle façon de penser le sexe définit des êtres incluant ces ingrédients biologiques “mâle” et “femelle” dans des proportions différentes, ce qui les rends capables ou non de se reproduire entre eux. À l’heure où la reproduction de l’espèce n’est plus franchement le problème numéro un, ce critère brandit comme l’ultime rempart de l’ordre patriarcal vole en éclat, et permet de faire émerger une nouvelle façon de penser le sexe et le genre.

Adopter une cartographie en 3D

En abandonnant le système binaire hierarchique et vertical, nous n’abandonnons pas toute norme, nous créons de nouvelles façon de représenter les choses qui existent, un nouveau langage, plus adapté aux réalités de notre environnement.

Parmis ces nouvelles représentation, nous pouvons imaginer une carte en 3D. Les 3 axes de cette cartographie en volume sont: le sexe biologique (mâle, femelle, intersexe), l’identité de genre (homme, femme, intergenre), l’expression de genre (masculin, féminin, androgyne). Nous pouvons à partir de là imaginer une société plus juste, qui permettrait à chacunE de se situer librement dans cet espace à trois dimensions, aidé par les progrès de la pensée et des techniques.

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Une réflexion au sujet de « Nouveau paradigme trans »

  1. bon ben voilà tout est dit ! on va enfin pouvoir parler d’autres chose que de trans dégenrées et d’intersexuées en goguette !

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