Moi, ma vie, mon sexe, mon genre, …

Alors voilà, si vous permettez, je souhaitais aujourd’hui vous parler de mes fesses, du moins de mon nombril, ou plus précisément de ce qui se passe entre les deux, en passant par le bas ou par le haut… Je vais essayer de montrer comment, dans mon parcours personnel, la conscience du « sexe » à précédé l’expérience du « genre » qui n’a elle même fait qu’amplifier cette conscience du « sexe » et confirmé ma décision de démarrer un traitement hormonal. (vous suivez toujours ?) Comment pour moi – comme pour beaucoup d’ailleurs – la transition « médicale » n’est venue qu’après l’acceptation et l’expérimentation de mon genre – que j’espérais pouvoir être un aboutissement – pour m’aider à un moment où je ne pouvais plus avancer seule face à des caractères sexuels primaires, secondaires et plus si affinités me laissant perplexe.

Au commencement, il y avait donc un enfant, que tout laissait supposer mâle, et qu’on éleva consciencieusement comme un petit garçon, de moins en moins petit à vrai dire, mais ce n’est pas le plus important dans l’histoire, ne nous égarons pas.

Intersexuée ? Dégenrée ?

Comme je l’ai déjà écrit ici j’ai depuis toujours eu le sentiment confus d’être « intersexuée » malheureusement sans que personne ne semble se douter de ce malaise coupable que je ressentais. Ce sentiment étrange ne m’a jamais quittée, mais j’ai paradoxalement tout fait pour l’étouffer, le renier, l’enfouir au plus profond de moi, et n’en laisser rien paraître. [Note de 2017 : bien que je ne sois pas très à l’aise pour me définir comme « intersexuée » aujourd’hui, j’ai subi quand j’avais dix ans des injections de gonadoptropes puis une opération visant à faire descendre dans les bourses mes gonades restées au chaud dans l’abdomen, au niveau où on trouve habituellement les ovaires], J’ai ainsi pendant longtemps pris garde de ne pas arborer de signes d’une féminité qui aurait pu trahir la « vérité », laisser penser que j’étais « une fille ». Je crois, mais il faudrait demander à mon entourage, avoir été un « garçon » plutôt réservé et calme, solitaire et vaguement efféminé. J’ai passé un temps fou dans la cour de récréation – quand je ne lisais pas – à jouer à la marelle, à la corde à sauter et à l’élastique (pendant que ma petite sœur s’épuisait volontiers à jouer au foot avec ses copains…), et à farfouiller dans les armoires à vêtements de ma mère et dans ses réserves de maquillage, sans que personne ne m’embête avec ça et sans que je ressente une gêne particulière.

En grandissant [un peu après les traitements et l’opération évoqués plus haut] il m’est arrivé – inévitablement – ce qu’on appelle communément puberté. Mais bizarrement au lieu de mes seins, ce sont mes poils qui se sont mis à pousser un peu partout, bientôt même sur le visage… C’est à cette époque je crois que j’ai piqué pour la première fois le rasoir de mon père, et tenté en toute logique de me raser les jambes. Je ne me souviens pas exactement de la raison de ce geste – probablement par mimétisme, inspirée par les jambes épilées de ma mère ou des autres femmes croisées ici ou là. Ce dont je me souviens en revanche, c’est que je me suis assez vite coupée, ce qui m’a mise dans tous mes états et stoppée net dans mon entreprise au milieu de la première cheville. J’ai eu si honte de cet épisode anodin que je ne me suis plus jamais rasée ou épilé les jambes pendant près de 20 ans, malgré mon complexe de femme poilue qui n’a même pas le droit d’être complexée parce que personne ne sait qu’elle est une femme. Bref… C’était vraiment n’importe quoi. Je pateaugeais lamentablement en pleine binarité déréglée.

Je vous passe les détails de l’éveil de ma sexualité, mélange de malaise profond et de besoin irrépressible d’assouvir des pulsions sous fortes influences hormonales. Je dois juste préciser que la manière de me masturber que j’ai développée à l’époque « instinctivement » et qui ne m’a plus quittée ne semble correspondre à aucune technique masculine conventionnée, d’après les multiples témoignages de mâles interrogés – ou pas – au fil des ans.

Homo, ça coince ?

sexe, genre, sexualité… comment s’y retrouver ? (on ne voit plus bien le minou, mais vous avez compris ?)

A cette époque, j’éprouvais un dégout grandissant devant mon corps qui se masculinisait à vue d’œil, doublé d’un complexe paradoxal face à mon allure fine et mes attitudes maniérées régulièrement raillées par les plus bêtes des petits mâles me servant de camarades de classe. Evidemment, et ça ne s’est atténué qu’avec mon passage à une féminité complètement assumée, on m’a souvent pensée « homosexuel » – y compris du côté d’au moins deux de mes petites amies, un comble -, ce que j’ai transformé assez rapidement en une espèce de posture ironiquement provocante, prenant un malin plaisir à essayer d’entretenir le doute chez les gens – y compris mes parents – sans que jamais se concrétise un flirt avec un garçon, malgré les quelques occasions qui ne manquèrent pas de se présenter. En réalité, je crois que secrètement, j’aurais bien voulu être un garçon homo, mais ça ne venait vraiment pas ! Dommage, car ça m’aurait peut-être permis de vivre plus librement mon genre en le camouflant astucieusement derrière une orientation sexuelle, mais heureusement aussi parce que je m’y serais peut-être perdue comme tant d’autre à compenser ma frustration de n’être pas celle que je ressentais dans une sexualité folle furieuse, à tord et à travers… Enfin ça ne s’est pas produit !

A la fin de l’adolescence et un peu après, j’ai eu quelques années où j’ai continué de fouiller dans les merveilleuses armoires maternelles, avec de plus en plus de honte je dois dire, mais sans pouvoir maîtriser ce besoin de me reconnaître comme une fille en camouflant mon physique grotesque derrière robes, jupes et maquillage. J’ai vaguement tenté de poursuivre l’expérience avec la complicité de ma première petite amie, qui s’est empressée d’en faire part à mes quelques amiEs de l’époque, ce qui a motivé quelques moqueries sans grande conviction mais que tout le monde a bien vite oublié, sauf moi !

Le Ouèbe : des mots sur mes ressentis…

C’est à cette même période, un peu après la fin du lycée, que remontent mes premiers souvenirs de pérégrinations webesques à la recherche de témoignages et d’information avec des mots clefs probablement du genre : « changer de sexe », « je me sens femme », « je me travestis » ou encore « je suis intersexuée » (je me souviens entre autres du site d’Ester à l’époque « simple » travestie, à mon avis un peu dépassé mais source de mille infos utiles en faisant le tri, ou encore quelques années plus tard du forum trans in the city, disparu aujourd’hui, et de Doctissimo aussi où j’ai lu pas mal d’âneries…) Je faisais ainsi la connaissance d’un monde étrange et méconnu, des témoignages divers et variés un peu inquiétants, soit parce que l’évocation des transformations hormonales ou chirurgicales me semblaient « monstrueuses » et « contre nature » (décidément !) et bien imparfaites (récits terrifiants d’opérations ratées, photos de micro-seins après plusieurs années d’hormones, …), soit parce que je tombais sur de pathétiques travestis fétichistes du string en dentelle et du bas de soie qui se montraient vulgairement dans leur salon affublés d’affreux portes jarretelles et qui me semblaient à dix mille lieues de ce que je vivais. Face à ces témoignages, au lieu de me dire que j’étais évidemment « trans » et que j’avais juste la trouille de cette réalité, j’ai préféré retenir l’idée que je n’avais décidément rien à voir avec ces pervers dégoutants (pardon pour les clichés réducteurs, mais c’est vraiment l’effet que ça m’a fait à l’époque) et qu’il fallait vraiment que je me débarrasse de ces « fantasmes » stupides : je n’étais pas une femme, et je n’en serais jamais une…

J’ai connu plus tard une autre fille dont je suis tombée amoureuse (si on peut dire) et avec qui j’ai passé quelques années. Ces années furent très belles, et en même temps un enfer progressif, parce que mes moindres tentatives de faire exister ma féminité étaient systématiquement raillées et découragées (en tout cas c’était mon impression). Loin de m’enlever ces idées de l’esprit, ça ne faisait que renforcer l’impression désagréable que j’allais vieillir comme ça, malheureuse et incomprise, avec des traits de moins en moins fins, des cheveux qui se faisaient la malle, et c’est devenu impossible à supporter seule.

quand le genre se libère : cheveux longs et oreilles percées !

Quand nous nous sommes quittées, je me suis sentie libérée d’un poids énorme et prête à vivre ma vie sans mentir, enfin. J’ai rencontré quelqu’un, qui n’a pas vu d’un mauvais œil mes cheveux pousser, mes oreilles bientôt percées, et nous avons discuté assez rapidement de tout ça. De mon ressenti, de mes interrogations sur l’avenir, sur mon besoin d’exprimer mon genre, mais aussi d’un malaise avec mon corps qui ne faiblissait pas, et au contraire même grandissait… Je déballais tout, pour la première fois, à une personne qui m’aimait et me respectait – ce qui n’empêchait pas sa légitime inquiétude sur notre avenir amoureuxx – et ça m’a définitivement convaincue de cesser tout compromis frileux et fuyant pour me fier enfin à mon instinct, et voir où ça me porte !

A propos des oreilles percée, ça a été pour moi comme un mur qui tombait. J’en avais rêvé tellement longtemps, sans jamais oser, alors que j’avais quand même autour de moi quelques hommes aux oreilles percées, mais rien n’y faisait, je restais bloquée. Après cette première  – et partagée – acceptation, tout est devenu plus simple, faute d’être plus limpide. Et j’ai commencé à affirmer et assumer de plus en plus ma féminité, dans ma petite ville de province et avec un boulot m’exposant quotidiennement à un public large et varié.

hirsutisme…

Après des années de recherches timides sur les avantages et risques de l’épilation laser et ses alternatives, j’ai fini par me décider sur une première tentative d’arrachage de barbe à la cire. Pas exactement une partie de plaisir, mais la possibilité de passer une petite semaine imberbe chez une copine compréhensive quoique intriguée, et qui m’a d’ailleurs gentiment prêté une jolie petite robe pour l’occasion !

J’avais besoin de me rassurer sur mon apparence, ma capacité à assumer le regard des gens sur moi, sans avoir trop l’air d’un « homme déguisé » tartiné de fonds de teint… et puis je n’osais pas me lancer dans l’épilation laser, j’avais besoin de vérifier avant si c’était bien ce que je voulais. J’étais encore à ce moment là en questionnement sur mon identité, même si pour moi c’était vraiment une étape importante dans ma « transition », et que la nécessité de faire ce chemin devenait de plus en plus évidente pour moi ! Je crois que j’avais peur une fois cette étape franchie, de mettre les pieds dans un engrenage impossible à arrêter… Mais inutile de dire qu’une fois que j’ai su le plaisir d’être débarrassée de ma pilosité sur le visage, l’envie de la supprimer définitivement n’a fait que grandir ! J’ai encore fait quelques épilations à la cire, mais c’était une période assez douloureuse parce que ça demandait de laisser pousser la barbe assez longtemps pour pouvoir épiler… (même si ça m’a permis de passer de nouveau quelques jours par ci par là « au féminin ») Donc j’ai fini par me rendre dans un cabinet médical d’épilation laser, fin 2010, et commencé les épilations en janvier 2011, après un petit test sur quelques poils.

En même temps que le visage, j’ai demandé l’épilation de la poitrine et de l’abdomen, même si je n’étais pas très poilue, ça demandait quand même des épilations à la cire régulières et pénibles, d’autant que j’ai une peau assez sensible et sujette aux poils incarnés après épilation malgré les gommages et autres soins préventifs… ça m’a permis rapidement de n’avoir quasiment plus aucune pilosité visible, en permanence, sauf juste après les premières séances d’épilation où les poils brûlés mettent quelques jours à sortir et sont assez difficiles à cacher.

Féminité, quand tu nous tiens…

A partir de cette époque, on a commencé à régulièrement m’appeler madame quand mon habillement était suffisamment neutre, au travail, au marché, … J’ai commencé à me sentir plus à l’aise pour m’habiller de manière plus androgyne au quotidien, et de temps en temps ouvertement féminine, plus à l’aise aussi pour entrer dans les magasins, essayer et acheter des vêtements féminins, et de moins en moins à l’aise pour jouer « l’homme ». Globalement c’est devenu de plus en plus compliqué pour moi de jongler entre une prise de conscience de plus en plus limpide et assumée de ma transidentité, et une vie sociale au masculin l’air de rien, au travail, avec mes proches et amis, … Après une cinquième séance de torture laser (mais non ce n’est pas si terrible !) en juin, j’ai quitté mon travail pour venir habiter à Paris et rejoindre mon amoureuse. Et je suis partie presque aussitôt pour de longues vacances avec une valise soigneusement débarrassée de tout résidu de mon ancienne garde robe masculine (garde pantalon donc). Ces quelques semaines, malgré d’inévitables petits moments de stress, ont été tellement agréables pour moi ! Je ne me sentais pas comme un an auparavant dévisagée en permanence par des suspicieux, mon visage parfaitement imberbe et l’assurance que j’avais prise en un an me permettait enfin de passer à peu près inaperçue…

J’ai commencé à ce moment là à vivre publiquement au féminin ma vie de tous les jours, avec de rares exceptions (quelques anciennes connaissances que je n’étais pas prête à informer, des démarches administratives, des anciens collègues, …). En même temps, malgré mes efforts dans certaines circonstances pour garder une apparence neutre et passer pour « un homme », c’est devenu vraiment difficile, et il arrivait régulièrement que les personnes que je ne connaissais pas me considèrent comme une femme devant des personnes que je connaissais et ne voulais pas informer. Mais je n’ai jamais eu aucun commentaire méchant à ce sujet, à peine quelques très rares questions un peu intimes mais mais j’ai préféré, prudemment, botter en touche ! Il faut dire que même « neutre », je gardais des tenues le plus androgynes possibles, d’abord parce que je n’avais pas gardé grand chose de mes vêtements trop masculins, ensuite parce que je ne supportais plus de me « déguiser » en homme, je n’avais pas vraiment envie qu’on me prenne pour un homme, donc je faisais en sorte que le doute soit toujours possible, par exemple avec des effets de flou au niveau de la poitrine qui ne laissent pas deviner son absence…

J’avais ainsi réussi, en une petite année, à assumer au mieux ma « féminité » (j’ai bien dit « ma » je n’ai pas de grandes théories sur « la » vraie féminité) dans ma vie de tous les jours, à vivre mon genre en toute liberté. Et j’ai tenté quelque temps de continuer comme ça, l’air de rien, sous le regard plus ou moins compréhensif mais toujours respectueux de mes proches (sauf peut-être ma mère, complètement perplexe, mais je garde ça pour une prochaine chronique). Donc grosso modo, tous les inconnus m’appelaient « madame », et toutes les personnes qui me connaissaient me considéraient au masculin malgré les apparences, et tout allait presque bien dans le presque meilleur des mondes…

« Enfin voilà, je me sens très bien en assumant de plus en plus publiquement mon ressenti intérieur et en donnant de moi cette image qui me correspond mieux. Mais paradoxalement mieux je me sens, plus mon corps trop masculin me semble incongru et déplacé, et plus je ressens le besoin de corriger les choses. » sur un forum, juin 2011

Quand le sexe se libère : place aux hormones !

En réalité, une fois cette étape franchie, et même si je restais hésitante, il m’a semblé de plus en plus inévitable de passer au traitement hormonal si je voulais me sentir mieux avec mon corps, mieux peut-être aussi dans ma légitimité féminine (c’est binaire ? mais c’est comme ça !), et plus à l’aise face aux regards des autres (même si j’avais apparemment des traits suffisamment fins pour être à peu près crédible en fille avant les hormones). J’en avais peur, peur de la métamorphose, peur de perdre le fil de ma vie, qu’on ne me reconnaisse plus, mais je crois finalement que j’avais déjà bien plus changé d’un point de vue extérieur avant ce traitement hormonal que je n’allais changer après. Surtout, personne n’attendait de moi que je prouve quoi que ce soit sur mon sexe pour justifier mon genre. Je crois bien qu’ils se disaient pour la plupart « tiens, il a changé, il est plus épanoui, il se permet des fantaisies vestimentaires, c’est sympa… ». Je me retrouvais ainsi de nouveau face à moi même et à mes ressentis, si inexplicables pour quelqu’un qui ne les vit pas, et face à une décision que moi seule devait prendre.

Depuis des mois, des années, j’avais lu beaucoup de témoignages sur les forums et les sites d’information, donc je savais plus ou moins comment ça se passait, même si ça m’inquiétait encore un peu. J’ai donc appelé une endocrinologue réputée au courant de nos traitements spécifiques et respectueuses de ses patient(e)s trans, et pris rendez-vous. Et très vite, j’en suis venue à m’étaler quotidiennement ma petite dose de gel d’œstrogènes pour entamer – enfin – une seconde puberté tant attendue : hallelujah !

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Une réflexion au sujet de « Moi, ma vie, mon sexe, mon genre, … »

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