Réflexions: Phimosis & changement de sexe « cis’ ».

(20 janvier 2011)

« Phimosis ». Définition :

« Le phimosis (du grec phimos : lien) est une étroitesse du conduit prénuptial, c’est à dire du fourreau cutané (prépuce) qui recouvre le gland. C’est le plus souvent une anomalie congénitale. Mais il existe aussi des phimosis acquis, plus fréquents chez l’adulte que chez l’enfant. »

Une définition plus complète à cette adresse.

Les conclusions des médecins (qui s’adressent donc généralement à la famille) :

« Ne pas craindre d’examiner soigneusement la verge des garçons nouveau nés et demander à un chirurgien d’intervenir chaque fois que la mobilité du prépuce sur le gland paraît insuffisante et incomplète. La circoncision est une intervention bénigne qui a quelques avantages et aucun inconvénient »

(je cite un autre passage qui me parait primordial) :

« Parfois, le garçon conserve son phimosis jusqu’à la puberté et au delà. Dans ce cas, la famille est un peu coupable et surtout les médecins qui ont eu l’occasion d’examiner l’enfant, car ces phimosis de l’adulte occasionnent une gêne d’une tout autre portée : l’érection est mécaniquement difficile et douloureuse. L’adolescent essaie de l’éviter, mais il se crée ainsi une situation conflictuelle qui peut avoir des conséquences graves sur le comportement sexuel futur du jeune homme. S’il essaie d’avoir des rapports, ils sont douloureux, voire difficiles, et là le choc psychologique est encore plus grave. « 

Ayant eu dès la naissance une malformation sexuelle diagnostiquée « phimosis » jusqu’en début d’adolescence, je ne me souviens pas d’avoir ressenti la moindre douleur par rapport à mon sexe, bien que tout décalotage ait toujours été absolument impossible ; cela ne m’empêchait pas de prendre du plaisir ni même de jouir lorsque j’ai commencé (précocement) à avoir une (auto) sexualité.

Un peu avant ma puberté, mes parents et le médecin de famille ont commencé à me parler d’une anomalie (sans jamais la désigner ni la décrire vraiment) qui se situait au niveau de mon « zizi », et qu’il faudrait rectifier. Le toubib m’emmenait à l’écart pour me tripoter, sans que j’y comprenne quoi que ce soit, et j’entends encore mes parents me dire, tout gênés : « On va devoir te faire opérer parce que ton zizi n’est pas comme les autres ; Si on te fait opérer, c’est pour que tu puisses avoir une vie « normale » comme tout le monde, plus tard. »

Je vous laisse imaginer ce qui se passe dans la tête d’un enfant à qui on jette ce genre de phrase : Je me découvrais d’un coup « anormale » (aux yeux de mes parents et du reste du monde) sans comprendre pourquoi, et le seul indice que j’avais, c’était que cette anomalie venait de mon « zizi ».

La pudibonderie maladive de mes parents ne m’a jamais permise d’accéder à plus d’informations que cela de leur part, (et ce, même après l’opération, puisque le sujet du « sexe » est hyper tabou chez nous.)

Le problème, c’est que je l’aimais bien, moi, mon zizi, que j’avais commencé à jouer un peu avec, à m’y habituer, à comprendre la façon dont il fonctionnait… Bref, à l’accepter, à l’adopter, à me l’approprier, bien qu’il soit manifestement « anormal » aux yeux des autres. J’avais même fini par imaginer dans mon petit esprit besogneux d’enfant très catholique que c’était justement le plaisir que je commençais à ressentir qui était « anormal », et je craignais que l’opération que je savais devoir subir n’ait pour but de m’enlever précisément ce plaisir « impie ».

J’allais donc sans rien y comprendre vers un changement de sexe programmé (par d’autres) pour me reformater à la « normale ».

Le jour de l’opération, j’étais en pleurs, pétrifiée de peur, absolument pas consentante, je hurlais à mes parents que je n’en avais rien à foutre d’avoir une vie normale plus tard, que je voulais rester comme ça, et qu’on me laisse tranquille. Mais ça n’a pas marché, et j’ai quand même été opérée malgré mes protestations.

Au réveil, mon 1er réflexe était de regarder. Mais il y avait des pansements, et je me suis dit (je ne sais pas pourquoi) : « On me l’a coupé. »

Mais en touchant j’ai « ressenti que c’était toujours là », et j’ai pu me consacrer tranquillement à faire la gueule aux médecins et à mes parents.

Tous les jours, je devais m’entrainer à décalotter, j’avais mal, j’urinais du sang les 1ers temps et comme on ne m’avait (une fois de plus) pas prévenue de ça, ça m’a bien sur beaucoup choquée. La sensibilité du gland était telle que je ne supportais même pas le contact de vêtements. Mon père m’a fabriqué une coque en carton pour empêcher les frottements et que j’ai porté pendant quelques semaines, le temps que l’hypersensibilité devienne supportable.

Entre temps, j’avais repris l’école, et tout le monde était au courant de l’opération que je venais de subir, ce qui a eu pour seul mérite d’amuser beaucoup mes camarades et de m’exposer à leurs railleries, ce qui renforçait l’humiliation de mon « anormalité » pourtant sois disant réparée.

Je me suis dit que, pour les autres, l’anormalité, on la gardait sans doute à vie, même quand on croit la réparer pour soi…

Je précise qu’aujourd’hui, je me suis parfaitement habituée à mon « nouveau » pénis fonctionnel « normal », qui pose effectivement très certainement moins de problèmes relationnels à montrer et à utiliser que si j’avais toujours mon phimosis.

Morales multiples (et contradictoires), dont j’engage chacun(e) à s’approprier celle qui l’arrange.

Je raconte cela car il me semble qu’il y a un certain nombre de parallèles entre cette expérience et l’expérience de certaines personnes intersexuées, dont je me sens sans trop savoir pourquoi très proche… Sans doute à cause des complexes et des douleurs induites par d’autres d’être considéré(e) comme ayant un sexe anormal, et qu’à partir de ce « détail », c’est notre vie entière qui ne pourrait pas être normale, à moins de le reformater à un sexe plus « convenu ».

Il me semble aussi qu’il y a des parallèles avec la transidentité (en tout cas des liaisons probables entre cet épisode et mon ressenti féminin actuel d’un point de vue purement personnel).

Le sujet du changement de sexe (car je l’ai ressenti comme tel en tant qu’enfant) qui intervient chez les personnes cisgenres (pour les mêmes raisons, il me semble, que chez les personnes transgenres) est assez peu abordé.

Les raisons peuvent être le confort, l’esthétisme, la fonctionnalité, mais généralement, on peut également déceler dans cet acte un formatage à une norme, une confusion / association du sexe et du genre, ou une obligation supposée de performance qui peut pousser à agir sur un sexe déjà conforme au genre pour le « booster » vers plus de virilité (ou de féminité) supposée.

Il est intéressant de constater que nombre de personnes cisgenres mâles ont recours à des « développeurs de pénis » qu’ils se procurent généralement en sex-shop, ou (quand ils sont impatients) des « gaines de prolongation » pour gagner quelques centimètres…

Ces ustensile peuvent donc être simplement « postiches » ou bien agir avec un effet (voulu) définitif directement sur la forme et l’apparence de leur sexe pour « gagner en virilité » si on les interroge.

Tandis que d’autres ont au contraire tendance à utiliser des cages de chasteté à effets plus ou moins variés (il existe des cages simples, et certains modèles qui « punissent » l’érection par une douleur (piques, torsions…))

Ils sont donc sur le même schéma, mais cette fois pour finalement sortir « un peu » (ou beaucoup) de leur genre et des rôles qui sont socialement sensés y être attenants. Certains piercings génitaux ont pour fonction d’induire la chasteté… (Piercing de fermeture du prépuce, prince albert accroché à un second implant aux testicules, etc…)

Idem chez les femmes dont certaines « condamnent » volontairement l’entrée de leur vagin par infibulation, ou par la pose de piercings de chasteté, tandis que d’autres se « virilisent » en s’arnachant de godes ceintures…

Il existe des opérations chirurgicales d’extension du pénis, ou de réduction des lèvres vaginales… Des « liftings » génitaux, qui démontrent bien la logique de performance, de quantité, d’esthétisme et de « norme » qui peut justement pousser vers le « hors norme ». (Ex : devenir « plus viril que viril », aller vers l’hyper performance, ou au contraire « condamner » définitivement et volontairement son sexe à ne plus être « fonctionnel »).

Il pourrait également être intéressant d’étendre la réflexion sur la circoncision, l’excision, c’est-à-dire le rapport hiérarchique, religieux ou culturel qui peuvent pousser les gens à modifier le sexe (et le rapport au sexe) de leurs enfants (et de ceux des autres) sans leur demander leur avis, ou à modifier soi même son sexe chirurgicalement ou non tout en se ressentant parfaitement « cisgenre »…(Le piercing me semble être une « sorte » d’intervention chirurgicale, mais j’imagine que tout le monde ne le ressent pas forcément de cette façon).

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2 réflexions au sujet de « Réflexions: Phimosis & changement de sexe « cis’ ». »

  1. ah merci !
    d’ailleurs je ne sais même pas s’ils sont encore vivants depuis que nos routes se sont éloignées… j’espère en tout cas qu’ils me pardonneront de cette exposition impudique de leur vie privée, où qu’ils soient (mais enfin leur pudeur n’était pas leur caractéristique la plus flagrante non plus, je ne les trahis pas complètement…)

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