Ma « détransition » (1/3).

(04 mars 2011)

Je vous soumets quelques unes de mes réflexions récentes par rapport au projet que je nourris depuis quelques mois déjà de détransitionner, ainsi que les conclusions auxquelles je me trouve actuellement confrontée.

 

Force est de constater (loin de tout désir de me plaindre ou me faire plaindre) que transiter d’un genre à l’autre ne m’a pas forcément rendue plus heureuse, très loin de là.

Cela n’a non seulement résolu aucun de mes problèmes (ça les a juste déplacés) mais ça en a créé pas mal de nouveaux au passage….

 

N’ayant jamais été vraiment foutue de répondre clairement, sincèrement, et avec conviction aux questions « qui suis-je » ou « qui souhaiterais-je être », je me suis vue, de fait, dans l’impossibilité de « devenir » quoi ou qui que ce soit de viable à long terme. (En référence à une certaine maxime d’Epictète – « Dis-toi d’abord qui tu veux être, puis fais en conséquence ce que tu dois faire »).

 

Il me semble qu’il m’est en fait impossible de répondre aux deux questions précitées, puisque ma nature, mes désirs, et mes ambitions (quand elles existent) sont changeant(e)s ;

Certaines personnes peuvent généralement s’accrocher au repère d’une sorte de ligne conductrice générale pour projeter une idée de ce que doit être ou non leur vie ; mais d’autres (dont je fais partie) ne disposent pas vraiment d’une accroche stable qui donnerait un « sens à suivre » véritable à leur existence.

 

Je ne dis pas que devenir / révéler « Camille » était une mauvaise idée, je pense juste que c’était une erreur d’appréciation que j’ai sans doute poussée beaucoup trop loin, de peur d’avoir eu à potentiellement regretter toute ma vie de ne pas l’avoir commise.

 

Transitionner n’aura donc pas été inutile, puisque ça m’aura permis de me rendre compte que je faisais sans doute fausse route, sans pour autant avoir à regretter plus tard de ne pas avoir exploré un tant soit peu cette voie.

 

Si je ne l’avais pas fait, j’aurai pu m’en vouloir plus tard de ma lâcheté de ne pas avoir osé tenter ce « coup », mais aujourd’hui que c’est fait et que je m’aperçois que ça ne me convient pas vraiment non plus, il m’a semblé qu’il était temps d’aviser pour rectifier le tir.

 

J’ai donné tellement de moi pour ça, j’ai eu tellement l’impression de me battre, de m’investir, et de « payer » ce changement de genre très cher, que ça ne m’était pas forcément venu à l’idée dans un premier temps que je puisse envisager un jour la possibilité de rétrograder vers un « état » antérieur.

 

Et je me suis aperçue également (lorsque j’ai eu l’occasion d’en parler à certaines personnes proches) que ce projet d’ « évolution en arrière » surprend étonnamment ; un peu comme si un tel parcours était inconcevable ; une sorte d’auto-trahison de ne désormais plus m’identifier au « but final annoncé » si obstinément revendiquée à un moment donné – sans doute pour me convaincre moi même que je prenais une bonne décision…

 

Une « tromperie » d’oser – encore – sortir des supposées nouvelles normes tacites de mon nouveau genre « choisi » – (« normes » désormais transgenre) – dans lesquelles je ne me reconnais pas forcément plus que dans les supposées « normes » cisgenres tacites précédentes…

 

Passer du genre « masculin » au genre « féminin » avait déjà représenté une régression sociale, mais faire le virage arrière (supposée) pour revenir possiblement au « genre masculin » de façon périodique représente encore une nouvelle régression sociale cumulative avec l’autre, cette fois ci au sein de la fausse hiérarchie qui existe tacitement entre personnes transidentitaires.

 

Les 1eres réactions que j’ai eues ont été de tenter de me dissuader absolument de suivre cette voie de « rétropédalage », un peu comme si ce projet se résumait uniquement à une sorte de 2e suicide social, une « régression » quasi-péjorative – de « trans hormonée » à « trav de salon supposée mal assumée » – alors que je la perçois plus comme une évolution vers l’avant, vers beaucoup plus de liberté et de flexibilité.

 

Même si elle peut prendre mentalement l’apparence d’un virage à 180° en « épingle à cheveux » qui retourne à son point de départ, j’ai plutôt tendance à concevoir ça comme une ligne d’évolution bien droite qui ne dévie absolument pas de sa « logique » de continuité, même si elle est successivement parsemée de points référentiels passés récurrents qui deviennent donc « présents » (ou « futurs ») et font donc partie intégrante de l’évolution et de la construction identitaire.

 

J’ai l’impression que les gens comprennent encore moins bien la démarche de changement que j’ai eue, pas plus que celle que je m’apprête à avoir… Comme si tout ça avait été vain, et n’avait eu aucun sens. « Tout ça pour ça ? »

 

Un peu comme si mon constat de mal être personnel – donc d’échec, en quelque sorte – ramenait certaines personnes à s’interroger sur la présence d’éventuels échecs sévères dans leur propres parcours identitaires, qui auraient pu justifier une transition OU une détransition ; et ce genre d’introspection autocritique non programmée ne fait jamais plaisir.

 

Ce qui revient à constater qu’il est de très bon ton d’être (ou se prétendre) préalablement sure de soi, de ses choix, de ses attentes, de ses infos, et de ses ressentis avant de s’aventurer vers sa propre recherche identitaire – qui ne peut pourtant s’opérer et se « tester » qu’en s’y confrontant réellement, c’est-à-dire en sautant dedans à pieds joints et sans filet…

 

Mais donc qu’advient-il quand on saute et que ça chie ? On fait quoi ? On sourit comme si tout allait bien ou on tente de corriger les conneries qui peuvent l’être ?

 

Cette impression de continuer à jouer un rôle en permanence exactement de la même façon qu’avant n’est ni plus supportable ni plus confortable. (Plutôt moins, même, sur ce second plan).

 

Je me rends compte avec une certaine angoisse que je ne sais pas « ne pas jouer de rôle », et que je ne sais donc pas ni qui je suis réellement, ni qui j’ai vraiment envie d’être, puisque je m’enferme tout le temps inconsciemment plus ou moins dans des sortes de « personnages » multiples selon l’envie et le besoin immédiat du moment.

 

Plutôt que de me perdre dans les méandres d’une recherche identitaire incertaine, je pourrais peut être me contenter de dire que je cherche juste à être « heureuse », mais ça supposerait de savoir définir plus ou moins ce que j’attends du bonheur, et j’en suis bien incapable…

 

J’en arrive donc à déclarer simplement « souhaiter moins souffrir », ce qui a finalement probablement conditionné chacune des actions – et inactions – de ma vie depuis ma naissance.

 

(Ça me fait penser que j’ai pas mal développé ça dans un autre sujet à propos de l’objectivité de nos témoignages.)

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2 réflexions au sujet de « Ma « détransition » (1/3). »

    • La suite demain :D. c’est divisé en 3, sinon, ça fait un gros paquet bien trop chiant à lire 😉 héhéhé.
      Bisous Coline! 🙂

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