Qu’est-ce qu’une femme ?

Michel Sardou, pochette de disque, 1981

A vous lire, je me pose la question et j’ai soudain un élément de réponse. Une femme, c’est quelqu’un qui n’aime pas John Coltrane. Lumineux. On pourrait ajouter qui n’aime pas Tintin Babar Brad Pitt, mais ça complique et c’est accessoire. On ve s’en tenir à John Coltrane !

Si je définis une femme comme quelqu’un qui n’aime pas John Coltrane, je ne dis rien de son état, car sous bénéfice d’inventaire ce n’est pas un état de ne pas aimer John Coltrane. C’est quoi, alors ? Ah oui : une espèce d’intensité deleuz’-guattarienne. Je trace ma ligne de fuite au milieu de toutes les autres, pour un peu on dirait une piste de ski. Il y en a pas un/e qui se retourne pour regarder derrière, n’est-ce pas, toutes les traces emmêlées ? C’est beau, la ligne de fuite, la ligne d’action, persévérer dans son être comme disait Spinoza – mais ce n’est pas l’être, c’est faux, ce mot d’être. Quand je dis que je déteste John Coltrane,je ne « suis » pas quelque chose ou quelqu’un, je veux seulement embêter le mec qui a mis la musique et pour qu’il l’éteigne. Je n’ai aucun état, je ne suis qu’action. Action de chieuse, en l’occurrence, mais action quand même.

Ce faisant, au moment-même ou le type dépité coupe John Coltrane en disant ben merde alors moi j’adore, je m’implique dans les invariants du patriarcat avec un enthousiasme débonnaire. Moi aussi j’ai mon espace, mon territoire, ma sphère d’agression, ma manière d’exister en testant sans arrêt des frontières avec autrui. Ou bien il l’arrête, le mec, son John Coltrane, ou bien il l’arrête pas. J’ai mon influence, ma volonté, mon esprit de décision, de persuasion, tout ça. Je suis un petit mec pas pire ni mieux que les autres, je lui claque son sale bec à John Coltrane, je tisse mon être de petites victoires comme ça, mec contre mec. C’est ce que font les mecs en matière d’action. C’est plus fort qu’eux, ce n’est pas plus fort que moi. Moi je peux, ou pas. Eux ils la prennent, la parole dans les discussions, eux ils le défendent, le projet machin ou truc, eux ils les gardent, leurs petites frontières du désert des tartares. Moi je peux le faire, ou pas. J’ai en moi l’infini pouvoir zen de supporter John Coltrane. Lutter contre cette engeance, c’est pas obligé.

Une femme, c’est pas obligé. C’est ça qui tente quand on veut l’être. Evelyn Reed, dans Féminisme et Anthropologie, dit que c’est assez lamentable, en fait, les pauvres mâles obligés par l’instinct à combattre entre eux pour se reproduire avec la trop rare femelle. On appelle ça « la conquête de la femelle » mais c’est pas ça du tout en vrai. C’est la misère des mâles en bagarre. La vérité, c’est que la lionne est la reine des animaux et que le lion n’est qu’un pauvre type, n’en déplaise aux productions Disney. Pareil pour la famille suricate. Ya pas. Il y a une femelle dominante, comme d’hab.

Le grand désir d’être femme, c’est d’être pas obligée. Pas obligée au mariage, à l’hétéronormativité. Pas obligée au choc des titans, pas obligée d’entrer dans la légion, pas obligée d’aller voir des films américains au cinéma.

Et surtout : pas obligée d’écouter John Coltrane.

Arrêtez ! Arrêtez la musique !

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4 réflexions au sujet de « Qu’est-ce qu’une femme ? »

  1. Fâââââââââââââmes, je nous aiêêêêêêêêêê-me !
    Être une lafâme, c’est être une lafâme, et ça ne se discute pas, sauf quand ça se discute…
    Être une lafâme, c’est souvent être un hamburger dans les yeux des gnomes, moins souvent dans les yeux des fâmes, et c’est souvent ne pas tellement aimer ça, sauf dans le secret de nos fantasmes inavouables peut-être, mais c’est une autre histoire.
    Être une lafâme, c’est prendre son pied pour la réalité, être prise par ses désirs, en somme.

  2. Pauvre de moi ! Que vais-je devenir, moi, qui aime Coltrane. Il est vrai que je n’aime pas QUE Coltrane ! Je peux mettre du Miles Davis !? Ca ira, non !?

  3. C’est vrai que prendre Coltrane pour cible, c’est aussi bête de ma part que prendre Andy Warhol comme incarnation de la masculinité (ce qu’aurait fait la performeuse Valérie Solanas, en lui logeant une balle dans le coffre).
    En fait, Valérie Solanas a
    1) soit fait une perfomance avec « shot » comme ça se faisait gentiment à l’époque – Chris Burden, dans Shot, se fait tirer une balle dans le bras, cool !
    2) soit elle était furieuse car Warhol avait perdu l’unique exemplaire d’un manuscrit qu’elle avait écrit et qu’elle lui avait confié.
    C’est injuste mais soyons euphoriquement injuste : à bas le Coltrane ! Il paiera pour tous les autres !!! (ambiance western)

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