L’apotemnophilie et la part d’irrationnel dans la transidentité


© Decelliot

Pour certaines, si la transidentité était reconnue socialement, si on pouvait librement exprimer son genre, on n’aurait plus besoin de le faire, plus besoin de procéder à une quelconque modification de son apparence, plus besoin de recourir à la chirurgie ou aux hormones. En gros, si les recommandations d’Hammarberg étaient respectées, la transidentité disparaîtrait.

Je ne partage pas cet avis. On ne connait pas la source de la transidentité. Même si la solution est sociale, il y a une part de “représentation de soi à soi” qui compte énormément. J’ai besoin d’être une femme (ou autre, mais je parle d’où je suis), pas seulement pour les autres, mais aussi pour moi.

Il existe un exemple pour illustrer ce sentiment intime pas uniquement fondé sur des contraintes sociales. C’est l’exemple des apotemnophiles, c’est à dire des personnes qui aspirent à l’ablation d’une partie saine de leur corps. Il s’agit souvent d’un besoin impérieux d’être amputé d’une partie saine pour correspondre à son identité corporelle ressentie

Alors on pourrait dire que cela est une « philie » (on aime ça), et que cela ne correspondrait pas à un besoin vital. En gros il ne s’agirait que d’une simple envie et pas d’un besoin impérieux comme pour nous, les personnes transidentitaires !
Mais les apotemnophiles ne se sont pas auto-désignés « philes » et pour eux, la plupart du temps justement, c’est un besoin vital. Certaines personnes vont jusqu’a provoquer des lésions au membre qu’elle veulent voir disparaître, alors que ce sont des personnes saines d’esprit. On sait que des trans ont quelquefois des parcours qui passent par l’automutilation, des désirs de pénectomie, et sont des personnes tout aussi saines d’esprit. Ce n’est pas l’apotemnophilie ou la transdentité qui provoquent ces gestes désespérés, c’est le refus social de les admettre et d’apporter le traitement qui convient. Un apotemnophile amputé est un apotempnophile heureux ! (S’il est trans en plus il a de quoi s’amuser!)

Je trouve l’exemple des apotemnophiles tout à fait pertinent, pour montrer la part d’irrationnel contenu dans le ressenti de son identité, qu’elle soit corporelle ou de “genre”.
Il y a quelques années, après avoir vu un reportage à la télé sur un apotemnophile, j’ai utilisé cet exemple pour appuyer ma vision de la liberté de choix que chacun devrait avoir concernant son corps. Je ne reliais pas cela à la transidentité, dont j’ignorais tout, jusqu’à mon propre sentiment transidentitaire. Je comprends seulement aujourd’hui que mon désir d’utiliser cet exemple devait trouver sa source dans mon questionnement transidentitaire personnel. Montrer qu’un truc qui paraissait fou a priori ne l’était pas.
Je cherchais à l’époque à relier cet exemple au BDSM, et à la notion de consentement. Ça ne collait pas bien comme démonstration. Je dois dire que cet exemple extrême choquait beaucoup et je l’ai abandonné. Mais il ressurgit aujourd’hui, à la faveur d’une discussion de forum et éclaire d’un seul coup ce que je cherchais à dire concernant la part d’irrationnel du ressenti transidentitaire, pas forcément lié aux normes de genre en vigueur mais à d’autres raisons que l’on ne connait pas mais n’en sont pas moins vraies.

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2 réflexions au sujet de « L’apotemnophilie et la part d’irrationnel dans la transidentité »

  1. Ping : queeriser sexe et genre sans queeriser les trans ! | C'est mon genre !

  2. et je dirais même plus : faut-il envoyer nos enfants trans devant d’improbables experts psycho-sociologues susceptibles de débinariser les ressentis sous forte influence sociale de ces apprentis déviants, et leur enlever ainsi de la tête – et du corps ! – ce diabolique désir de transformation ?

    PS intéressant parallèle proposé dans cet article. Je soupçonne avoir vu le même reportage (ou un autre sur le même sujet, peu importe), qui m’avait laissé une impression mitigée, entre fascination/identification, et dégoût/peur panique devant ces « mutilations » volontaires associées – à l’époque – dans ma tête à la mutilation supposée que serait la réassignation sexuelle des trans (réassignation que je désirais plus que tout).

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