Jeux de genres, jeux de rôles


© Victor, Victoria – Julie Andrews

La vie est un théâtre
On sait combien le jeu social est codé, et le parallèle avec les conventions du théâtre est juste, mais il a aussi ses limites.
Exprimer un genre, quel qu’il soit, que ce genre soit ou non en décalage avec le sexe, contient une part de performance artistique. Ça n’a pour moi rien de péjoratif et les ressentis n’en sont pas moins vrais. On dit qu’un acteur joue juste quand il semble oublier qu’il joue. Il est le personnage qu’il incarne. Et pourtant, l’acteur ne quitte jamais tout à fait la conscience qu’il interprête un rôle. Quand il est bon, son interprétation est nourrie de ce qu’il ressent, pas seulement de ce qu’il sait. Sa compétence particulière est de pouvoir convoquer ces différents sentiments “sur commande”. Pour traduire une émotion, l’acteur ne va pas symboliser l’émotion en donnant à voir une expression composée a priori. Il va au contraire puiser dans ses expériences affectives, pour se mettre dans l’état émotionnel requis, et pouvoir exprimer une émotion particulière à partir de ce ressenti. Ce sera son émotion, sa colère, sa joie, sa tristesse, sa souffrance qu’il donnera à voir, et pas le sentiment d’un autre, pas un sentiment plaqué, symbolique, appris et reproduit. C’est l’effet de son ressenti qu’il nous donne à voir et à entendre, pas un épiphénomène. L’acteur ne donne pas une représentation, il se donne, sinon c’est raté en général. Là est le métier de l’acteur, sa compétence. Sa capacité à activer instantanément un ressenti, à éprouver une émotion vraie sans d’autre cause que la nécessité du scénario établi. En ce sens l’acteur triche sans tricher. Il triche sur la cause, mais pas sur l’effet. Il ressent une émotion vraie sans cause réelle.

Jouer n’est pas (forcément) tromper
Dans le grand théâtre social, le jeu est un peu différent, mais il y a des similitudes. Dans la vie, l’idée que l’on porte un masque induit le fait que l’on cherche à tromper les autres sur ses sentiments réels. Au théâtre, les autres sont prévenus, ils ont même payé pour voir ça. Dans la vie ont est censé êtres “vrais”, ne pas jouer. Mais personne n’est dupe. Tout le monde connait les codes, les rôles. Nous les avons appris, ils font partie de notre culture. Nous avons été élevés pour jouer qui un garçon, ou qui une fille. Ces rôles ont été par nous intégrés, intériorisés. A tel point qu’ils paraissent ne plus exister. On nous a assez dit qu’ils étaient notre nature. Que tout cela est inné, que les comportements des garçons ne sont pas ceux des filles, et ne devaient pas le devenir, et vice-versa. Que tout cela est inscrit quelque part dans le Grand Livre, là-haut, plus haut que l’humain, tellement haut que cela nous dépasse et qu’il ne faut pas chercher à comprendre, juste croire cette vérité. Que ce fut toujours une vérité, révélée de toute éternité et pour toujours. Cette croyance, c’est en gros le déterminisme biologique. L’idée que notre biologie est notre vérité indépassable. Cela est faux. Nous le savons maintenant mais nous y avons cru.

Lorqu’enfin je comprends que mon comportement n’est pas en moi, mais que je joue un rôle social appris, je peux m’en libérer. Cette libération peut consister à ne plus vouloir jouer un rôle féminin ou masculin. Mais elle peut aussi se traduire par la décision de jouer le rôle qui est le plus proche de mon ressenti, ici et maintenant. Je joue toujours, mais je sais que je joue. Cette conscience m’accompagne désormais. Et c’est là qu’intervient la dsitinction entre le jeu et le mensonge.

Jouer c’est tricher ?
Je ressens que si je continue à jouer le rôle appris depuis ma naissance, je triche. Je porte un masque lorsque je joue le rôle social d’un homme que je ne suis pas. Il y a pour moi une forme de travestissement de ma vérité de continuer à être socialement un homme. J’ai assumé le rôle masculin tant que je n’ai pas eu cette conscience claire que je ne jouais pas le bon role. Dès lors que j’ai ressenti que le genre féminin me convenait bien mieux, m’adapter à ce nouveau code ne m’a pas posé de problème. Je n’ai pas eu le sentiment de choisir un nouveau masque, mais j’ai plutôt ressenti le soulagement de ne plus avoir à en porter. Sans masque, j’ai pu jouer librement l’expression de mon genre ressenti. J’ai toujours beaucoup de bonheur à le faire, et je ne sens pas ce jeu comme une tromperie. Si je joue toujours un rôle social, c’est avec une conscience plus claire de jouer, et avec du plaisir à le faire. Gestuelle, apparence, comportement, voix… c’est une composition, c’est un nouvel apprentissage, mais cette fois cela part de moi, de ma vérité et non plus d’un déterminisme biologique imposé. C’est peut-être l’attrait de la nouveauté, je suis intéressée aussi par l’apprentissage de ce rôle. Je n’ai pas eu de gêne à changer ma voix, car j’ai toujours admis la part théâtrale du “jeu de genre”. Mais si je joue, c’est sur la base de mon ressenti désormais, et c’est ce qui m’apporte la paix intérieure que je cherchais depuis si longtemps.

Si la personnalité se comprend comme cette construction, alors oui, ma personnalité à changée. Mais si la personnalité fait référence à mon niveau d’intelligenre, ma capacité d’empathie, mon caractère, je ne sens pas d’écart avec ma personnalité d’avant. Juste un mieux-être.

Comme disait une de mes connaissances à propos d’une trans : elle était c… quand elle était un mec, et elle n’a pas changé !

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