Colette Chiland la rebelle


Faut avouer qu’elle a tout de même un bon passing…

Un passage du “Changer de sexe” de Colette Chiland était cité récemment par une trans qui ne voyait pas ce qu’il pouvait y avoir de transphobe dans ce bouquin. Cette personne trans allait même jusqu’à trouver dans ce livre une forme de resistance contre la “pensée dominante”, cette « pensée unique » étant, dans un renversement des rôles pour le moins gonflé, défendue par les adversaires du déterminisme biologique, ceux qui pensent que sexe, genre, orientation sexuelle sont avant tout des contructions de la civilisation patriarcale. Nous nous retrouvions ainsi, nous les trans anti-système binaire, les oppresseurs, interdisant une parole libre, en l’occurence celle de Chiland !

Elle citait ce passage du « Changer de sexe » de Chiland :

“Ces changements techniques nous ont mis et vont nous mettre de plus en plus à même d’agir sur l’homme lui-même. Et notre capacité de réflexion éthique ne va pas aussi vite. Dans le cas du changement de sexe, on a utilisé une certaine capacité technique pour fabriquer des organes sexuels , qui n’ont pas les fonctions des organes naturels. On ne peut pas imposer à un autre l’acceptation de sa condition, en l’occurence l’acceptation de sa finitude sexuée. L’acceptation de la finitude est une condition de la sérénité, elle ne peut résulter que d’un cheminement individuel et volontaire. On pourrait travailler avec celui que le demande à élucider pourquoi son sexe lui est inacceptable et à lever cette impossibilité de consentir à l’acceptation d’une réalité qu’on ne peut pas changer. L’offre médicale de conversion de sexe ne le pousse pas à cette demande, elle l’enferme dans son rêve; certains ont conscience que c’est un rêve inatteignable, mais sont néanmoins contents de ce qu’ils ont obtenu; d’autres affirment que leur rêve est une réalité.
Aucun de nous ne parvenir à la sérénité sans renoncer à l’impossible de ses rêves, sans accepter sa finitude ontologique, sexuée et temporelle”…

Partant de cette citation, parlons un peu de pensée dominante, et de ceux qui s’y opposent. Chiland ne s’oppose pas à la pensée dominante, elle la traduit en termes psy. La pensée dominante aujourd’hui dans notre société est quand même celle qui affirme (comme Chiland le fait) que la « réalité » qu’il faut accepter, c’est le sexe bio, qui défini le réel, les hommes et les femmes, et qui doit être notre boussole.
Selon les chantres de cette pensée dominante, sortir de ce système n’est que pensée chimérique. Les possibilités techniques de réassignation sexuelle nous confortant dans ces fantasmes. La « bonne attitude », la saine attitude, serait de savoir renoncer à ces « rêves ».

Considérer la transidentité comme une « erreur d’interprétation du réel », c’est transphobe car cela place les trans comme des gens qui n’acceptent pas le réel, se trompent eux-même et veulent tromper les autres.
Chiland proclame comme vérité ce qui n’est que croyance de sa part. Croyance : Considérer que de faire une transition est un renoncement au réel, Croyance : que le sexe bio doit définir le genre selon l’ordre naturel des choses
Moi je pense, contre cette pensée dominante, que le genre n’est pas le sexe, même s’il peut aussi être aligné, et qu’il l’est dans la plupart des cas. Evidemment, puisque les rôles sociaux ont été ainsi définis, construit par la civilisation à partir de ce sexe bio. C’est dans ce sens que les choses existent, et maintenant, on veut nous faire croire que c’est un « ordre naturel de choses » qui à conduit à ce système ? Je ne marche pas.

Il n’y a pas d’agressivité dans ce que je dis, mais je ressens comme une agression que le discours dominant (style Chiland) veuille me faire croire à cette chimère de la nature qui défini le réel. Je ressens aussi comme une agression que d’affirmer une opinion contraire soit considéré comme vindicatif.
Ce que raconte Chiland, ce sont des bondieuseries, colportés par la majorité des gens, et qui pour moi traduit un manque de réflexion sur la question du genre, ce qui s’explique par le fait que la plupart des gens (y compris Chiland) n’ont pas ce ressenti profond d’un décalage entre leur sexe bio et le rôle qu’on leur impose en fonction de ce constat.

Que ce discours culpabilisant soit défendu par une trans est toujours un sujet d’étonnement pour moi.

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7 réflexions au sujet de « Colette Chiland la rebelle »

  1. Je n’avais jamais lu de Chiland – seulement entendu causer – et je suis effondrée. Alors comme ça, quand on est femme exploitée, quand on est pauvre, quand on est noire dans un bateau vers l’Amérique, quand on est esclave, quand on est serve, quand on est sorcière et brûlée, quand on est seigneur, quand on est roi de droit divin, tout cela est dans l’ordre des choses et la seule attitude est la résignation chrétienne pour les oppresséEs ? Y en a qui ont entendu parler d’Engels, un texte sur la famille qui date de mille huit cent quelque chose, et qui déboute déjà, au XIXe siècle, toutes ces conneries de bénitier ?

  2. Que Chiland soit pathologiquement, militamment et violemment sexiste, homophobe, transphobe et réactionnaire n’est pas un scoop. Que des trans’ intériorisent cette transphobie afin de faire cesser la souffrance sociale que la transphobie des autres leur inflige, ne l’est pas non plus. Que nombre de ces trans’ se fassent les prosélytes zéléEs de cete idéologie promue par les sectes politiques les plus réactionnaires, fascistoïdes et mortifères (Vatican, évangélistes…) est inacceptable et doit être combattu avec toute fermeté.

  3. Rien d’étonnant de la part de celle qui a écrit que : »« Si l’on demande à un transsexuel, pour qui la question d’être reconnu comme un homme ou une femme est d’importance vi­tale, ce qu’est un homme ou une femme, on obtient une réponse d’une pauvreté déconcertante. Les trans­sexuels ne sont pas préparés à disserter. Souvent la ré­ponse ne va pas plus loin que : « C’est ce que je suis » et que précisément, aux yeux de l’observateur, il n’est pas… S’ils vont plus loin, ils se réfèrent aux stéréo­types sociaux de leur culture »
    (Colette Chiland , Le transsexualisme, P.U.F. « Que sais-je ? », 2003, p. 75)

    Merci de vous taire les concernés, moi l’intellectuelle je vais parler.

  4. On avance peu… tout à fait d’accord. Aujourd’hui en France les trans vivent sans papiers et sans droits, au nom de vos concepts objectifs (mais un concept peut-il être objectif ?) . Mais apparemment ce n’est pas votre problème. Qui êtes vous donc ? D’où parlez-vous ? Se présenter avant de mettre ses pieds dans le plat est la moindre des politesses. Alors ?

  5. C Chiliand est-elle essentialiste ou constructiviste?

    Voici ce qu’elle écrivait il y a presque 15 ans dans « Le sexe mène le monde » (Calmann Levy 1999):

    On pourrait considérer que je défends une position essentialiste à partir de l’importance fondatrice que je donne à la différence sexuelle enracinée dans le corps et la biologie. Non je crois seulement qu’il n’existe pas d’être humain, homme ou femme, en dehors d’un corps vivant ; c’est une prise de position matérialiste au plan ontologique ; ce n’est pas un primat de la biologie quand au destin de l’homme ou de la femme.

    On pourrait alors considérer que je défends une position constructiviste, car tout ce qui est dit féminin me parait défini comme tel par la culture dans laquelle hommes et femmes vivent, seul l’état de mâle et de femelle étant donné par la nature. Etre homme ou femme ne se réduit pas à être mâle ou femelle.

    Elle a pu changer de position.

    • Ce qui ne change pas c’est sa position naturalisante de « l’état de mâle et de femelle » et la différenciation binaire qui en découle. Quid des intersexes ? Quid des trans ? Elle n’en pipe mot dans le passage cité, donc impossible de dire si elle a changé d’avis. Quand elle parle des trans, c’est en considérant la transidentité comme une pathologie conduisant à un « déni biologique ».

  6. Les curés de toutes religions y compris de la laïque se massacrent pour leur bondieuserie depuis des siècles et des siècles. Ils sont par contre tous bien rangés comme un seul homme derrière la bannière séculaire qui affirme  » Tu ne changera pas le Monde, tu ne croira pas que tes rêves puissent devenir réalité, tu niera que le monde est perfectible » Ça leur fait au moins un point d’accord. 🙂
    Et Mme Chiland qui se targuait d’être féministe ne dérogeait pas à la règle sacrée de ces sociétés patriarcales qui voyaient dans le choix d’un autre sexe le pire des blasphèmes.
    Si nos ancêtre africains avaient écouté leurs mirlitons du diktat à eux on serait encore dans des arbres. et on aurai banni la cuisson au feu puisque elle n’était pas « naturelle »

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