L’amour en transition

Pomme de terre cœur

Je pense ne pas avoir eu d’autre choix possible que de dire la vérité à la personne que j’aimais. En fait elle à découvert ma transidentité en « léger différé ». Le jour où j’ai fait cette découverte sur moi-même, je le lui ai dit. C’était par mail. Elle était à l’autre bout du monde, en voyage, et nous avons été si proches à ce moment.

Ce n’est pas foncer tête baissée.

Je ne parle pas du boulot ou l’on peut attendre et « calculer son coup ».

Le jour où j’ai annoncé que mon ressenti était de vivre totalement dans le genre féminin, il y a eu des conséquences dès cet instant. Avant même tout commencement de transition. On peut temporiser la transition, d’un point de vue pratique, mais cette annonce de la transidentité, au moment ou elle parvient à la conscience de la personne que l’on aime, à des conséquences. A l’instant de mon annonce, elle savait. Elle savait qu’elle ne vivait plus avec un homme, même si l’apparence n’était pas encore changée.

Les choses se sont ouvertes, et resteront ouvertes tant que durera cette relation. Rien n’est jamais définitif. L’amour n’est « pour toujours » qu’à un instant « T ». Passé cet instant tout peut être remis en question. Le début de la transition, les conséquences de la prise d’hormones sur l’appétit sexuel, le changement dans la sexualité, l’orientation sexuelle (elle et moi devenont socialement des lesbiennes), le changement de visage suite à une féminisation FFS, le choc d’une réassignation sexuelle SRS, une attitude nouvelle, un dégoût, une lassitude, l’usure, le manque d’idée, le manque d’envie, une autre envie… une rencontre nouvelle… Par elle, ou par moi.

Dans la vie, on a toujours deux libertés fondamentales me dit-elle : celle de se tromper, celle de changer d’avis.

La temporisation n’est pas mon fort. Je me suis pourtant menti à moi même pendant plein d’années (je n’en fais pas le compte). Mais, j’ai une excuse : je n’avais pas la conscience des choses. je n’avais pas beaucoup cherché à dénouer le nœud qui me serrait, et je réussissais à multiplier les centres d’intérêts extérieurs à moi. L’ambition professionnelle à jouer pour moi le rôle d’un formidable « cache sexe » !

J’ai pu assez facilement vivre de faux semblant, me mentir (« je ne suis pas ce que je ressens être »), mentir ( je ne savais pas que j’étais trans je pensais que j’avais un problème sexuel donc c’était encore plus facile de mentir !).

Quand on annonce que l’on est trans, (que l’on est femme dans mon cas), l’autre peut aussi commencer à se voiler la face pour protéger la relation. Car dans une relation, il y a plein de choses à protéger, à préserver. Plein de dépendances matérielles et affectives se sont installées. Ma compagne n’a développé aucun des scénarios de protection que je lis dans d’autres expériences (« Elle n’est pas une femme puisque son apparence est toujours celle d’un homme »). Elle n’a pas espéré que le temps annule le « problème » (« ça va lui passer ») ou (« je vais lui faire passer ses envies d’être une femme »). Par contre elle a des difficultés, et moi aussi, d’adaptation à cette nouvelle réalité. Pour le moment notre amour est plus fort, (ou notre dépendance affective ? ) Mais nous aurons toujours le choix, elle ou moi : arrêter cette relation si elle ne convient plus à l’une d’entre nous. Ce choix est souvent unilatéral, c’est ce qui fait mal, même lorsque l’on est conscient qu’une séparation peut être positive.

Alors faut-il prendre « le risque » d’une transition ?

Certaines trans veulent le beurre et l’argent du beurre. Elles veulent tout contrôler. Leur transition, les réactions des gens qui les entoure, qu’elles ne considèrent de ce fait plus tout à fait comme des sujets mais comme des objets, éventuellement victimes d’une transition trop rapide, sans ménagement. Elles veulent la transition mais sans renoncer aux « avantages acquis », aux relations affectives, amicales, professionnelles. Elles y vont à tâton, avancent, reculent, ménagent la chèvre et le chou. Il faut les comprendre, elles sont pas encore tout à fait sûres de leur coup, effrayées qu’elles sont de devoir abandonner une position sociale confortable de mec, des avantages et un rôle dominant dans le couple et dans la société en général, acquis sans lutte, par la bonne grâce des habitudes transmises par 8000 ans de patriarcat !

Sauf que quand tu plonges dans l’acceptation de ta transidentité, que tu vas au bout de la réflexion et de la démarche, que tu sors de l’ombre, honnêtement et totalement, cela peut déclencher des évènements incontrôlables, quel que soit le temps que tu prennes pour le faire, cela ne change rien. La mise en lumière de la relativité du genre, dont tu deviens la preuve vivante, peut devenir insupportable pour beaucoup, qui n’avait pas du tout réfléchi ni envisagé cette possibilité, y compris toi-même.

Il faut (peut-être) accepter de se mettre en roue libre et de laisser se dérouler les évènements sans forcément vouloir les contrôler, selon son ressenti, sans avoir peur des lendemains qui déchantent, et de toutes ces pensées négatives induitent par la norme de genre établie, et qui nous bloquent.

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3 réflexions au sujet de « L’amour en transition »

  1. Ouh la la, ça fait peu ton truc ! En tant que compagne, j’ai vaguement peur de me faire larguer : cette insistance à rappeler que tu es libre…. Oui, tu es libre, poulette ! Mais je m’aperçois que je n’ai pas tout lu, ouf. Mon texte finissait à « une séparation peut être positive » (gla gla gla). Vite, je lis la suite !

  2. j’ai lu la fin : oui, ça se passe par exemple mieux dans mon groupe (je guide un groupe de visiteurs et visiteuses à Séville) depuis que je laisse un peu « en roue libre », que je ne pense par trop à ce qu’on va faire, les 24, après la visite de la cathédrale, etc… parce que ça laisse « venir du groupe » les initiatives qui sinon ne seraient pas fluides; Pareil la transition, laisse venir les initiatives…

  3. La seule chose qui me barbe vraiment dans « la transition » c’est qu’on ne parle que de ça, j’ai peur de tourner en rond à force ; mais dans le groupe de touristes on ne parle que de bus, de cartes, d’horaires du petit dej et de numéro de la chambre.

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