Elle ou lui ? Et le reste du monde alors ?

Elle ou Lui Maxime Foerster

Maxime Foerster, Elle ou lui ? Une histoire des transsexuels en France, L’attrape corps, La Musardine

Je viens de refermer le livre de Maxime Foerster, Elle ou lui ? Une histoire des transsexuels en France. qui est une réeddition de son livre paru en 2006 Histoire des transsexuels en France.

Je vais être assez peu critique parce que j’ai aimé. Pas seulement les images, dans cette édition, il y a des images ! J’ai aimé d’abord parce que c’est bien écrit. Ça se lit comme un roman. L’alternance des évènements et des citations rend le bouquin « page turning ». On ne s’arrête plus. L’histoire, même si on en connait ses dernieres péripéties, nous tient en haleine. Ensuite c’est intelligent. Maxime Foerster ne se contente pas d’énumérer des faits, il produit aussi une pensée utile à partir de ces faits.

Comme je n’avais pas lu l’édition précédente, ce fut pour moi une découverte. Je connaissais un peu l’histoire. J’avais écouté cette année Bambi sur la scène des Folies Bergères lors du meeting pré-électoral de l’Inter LGBT. Bambi, c’est une amie à moi (heu… sur Facebook, mais c’est déjà ça, on est jamais que 600). Bambi nous racontait avec beaucoup de subtilité la naissance de l’AMAHO et la controverse liée à cette association qui à la fois permettait aux trans d’avoir un peu la paix avec les flics, mais au prix d’un fichage en tant que malades (Aide aux MAlades Hormonaux). Bambi nous avait aussi raconté l’histoire incroyable de l’envol de Coccinelle.

Maxime Foerster revient sur tous ces évènements et les éclaire d’une analyse légère et bien sentie. Il nous décrit comment d’une relative liberté de s’autodiagnostiquer et de prendre des hormones on est passé dans les années 70 à un backlash sur les trans, désormais soumis au pouvoir des psys lacaniens. D’un truc en plume qui faisait rêver le monde entier, on est passé, sous la pression des psys, à une repression de ce qui fut désormais perçu comme une menace sur le système de genre hétérocentré. Au nom de l’indisponibilité des personnes, on refusa alors aux trans tout changement d’état civil. Malgré la condamnation de la France en 1992 par la Cour Européenne pour atteinte à la vie privée et la nouvelle jurisprudence qui en a suivi, on peut dire que nous ne sommes pas vraiment encore sortis de cette période répressive. Je ne partage donc pas tout à fait l’optimisme un peu forcé de l’auteur qui salue vers la fin du livre des progrès qui n’existent pas. Je n’approuve pas la partie réécrite de ce livre. Il n’y a pas aujourd’hui de dépsychiatrisation en France, malgré Bachelot et le changement de catégorie des ALD (Affections de Longue Durée), et les transitions sont toujours réservées à celles et ceux qui en ont les moyens, sauf à passer dans le circuit des équipes hospitalières. Quand à l’état civil, nous assistons aujourd’hui même à un recul de la cour de cassation qui entérine la demande de triple expertise coûteuses et humiliantes (endocrino, psy et gynéco à 800 euros l’expertise ça fait cher le changement d’état civil, sans compter les frais d’avocat et de procédure)

J’ai par contre bien aimé la façon très claire de rendre aux trans la place qu’ils ont eu dans l’histoire du mouvement gay. De Stonewall où ils jouèrent le rôle principal, au rôle primordial des Gazolines au sein du FHAR, Maxime Foerster rend à Césarine ce qui appartenait jusqu’ici à César et ça fait du bien. A la lumière des évènements passés et des années 80 qui virent l’intégration des homos dans l’establishement, ainsi que la mise en place de lois contre l’homophobie, n’attendons pas trop que nous soit rendu par le mouvement gay la monnaie de notre participation aux luttes qui permirent ces avancées. A l’heure où sonneront les cloches du mariage « pour tous », à l’heure où les lesbiennes vont « redevenir des femmes », n’attendons pas de cet universalisme égalitaire et normatif qu’il nous donne plus de droits, à nous autres trans.

Alors merci Maxime de nous offrir ce livre très honnête et passionnant, et à bientôt dans les luttes !

Ah j’oubliais, juste deux petites choses.

La première : pourquoi parler encore des « transsexuels » ? Cher Maxime, vous auriez utilement pu revoir cette terminologie qui ne colle plus du tout à la réalité trans actuelle.

La deuxième : Pourquoi ce titre « Elle ou lui ? » qui reste dans une alternative absolument binaire et limitée des genres? Sortir de ce schéma des genres homme-ou-femme-en-dehors-point-de-salut, là est peut-être la clé de la pertinente question posée par Holly Boswell, cité à la fin du livre, page 191 : « Au lieu de cela, les travestis sont sensés devoir toujours se considérer comme « hommes », mais des hommes anormaux, non intégrés ou même des fétichistes pervers. Quant aux transsexuels ils doivent souvent complètement renier leur côté masculin et devenir un stéréotype, une femme au rabais pour pouvoir s’intégrer dans la société »

Tiens puisque c’est ça, je vais relire Kate Bornstein !

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2 réflexions au sujet de « Elle ou lui ? Et le reste du monde alors ? »

  1. Il faut que je le lise, mais sur le titre « elle ou lui, histoire des transsexuels…  » il est possible que le titre fut imposée par la maison d’édition, toutes ne laissent pas la liberté de choix aux auteurs.

  2. Ping : Elle ou lui ? Une histoire des transsexuels en France

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