Ma vie de trans

© The Islet of Asperger

En ce moment, j’ai pas la grande forme comme on peut le voir sur mon dernier statut Facebook. J’ai plutôt envie de tout fermer car j’ai vraiment l’impression de n’y rien comprendre. Et c’est là une des caractéristiques du Syndrome d’Asperger, dont je suis atteinte, qui est de ne pas connaître (et comprendre) les codes sociaux. En fait, le Syndrome d’Asperger fait de nous des handicapés sociaux. Je dirais plutôt que le Syndrome d’Asperger est la catégorisation des handicapés sociaux plutôt que que d’en être la conséquence. On classe généralement les Aspies (surnom des gens « atteints » du syndrome d’Asperger) comme des autistes légers, facilement intégrables, quasiment invisibles. C’est un handicap invisible, et quand on en révèle notre cas, les gens ont énormément de difficultés à nous croire.

D’un côté, mon syndrome d’Asperger et de l’autre ma transidentité et ma transition font qu’il peut y avoir téléscopage et tout cela est mélangé. J’ai donc toujours vécu avec les deux et parfois il m’est difficile de faire le distinguo entre les deux dans mon histoire. D’autant que ce n’est que récemment que j’ai découvert qu’on pouvait également me classer dans le syndrome d’Asperger. Aussi, j’envisage de faire confirmer mon auto-diagnostic par une équipe spécialisée à l’hôpital de Créteil.

Cela fait plus de 40 ans que je suis en transition et ce n’est que depuis quelques années que je prends les choses en main. Je ne me rappelles plus exactement à quel âge, mais ça devait être vers 12/13 ans que j’ai décidé de devenir une femme, un soir en voyant passer une étoile filante. Mais mon manque de courage, voire ma lâcheté, m’en a empêché et me faisant louvoyer, atermoyer entre deux périodes de travestissement et mise dans la poubelle de ma garde-robe féminine. Sans vraiment assumer ce que je suis et ce que j’avais décidé de ce que serait ma vie.

Depuis mon adolescence, je n’ai jamais vraiment eu une sexualité masculine épanouie et normale. Ce qui me valut au service militaire d’être violée (bite au cirage). Et comme une conne, à la sortie, je me suis sentie obligée de chercher une sexualité masculine normale. Et ceci, tout en ayant mes périodes de travestissement. Ce que j’ai finit par tout mélanger et ne plus comprendre qui j’étais. Il m’a fallu atteindre ma quarantaine pour enfin coucher avec une fille. Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi j’avais autant de difficultés à avoir des relations avec les filles. Il est possible que mon Asperger autant que mon identité féminine en ait perturbée plus d’une !

Et pour faire comme tout le monde, pour être une personne rangée, bien comme il faut, je me suis mariée une première fois. Mariage qui dura peu de temps et qui fut suivi par ma première prise en main de ma transition. Et qui elle aussi ne dura qu’un certain temps, m’étant totalement déballonnée par la réflexion d’une voyante (ayant pourtant bien vu mon instabilité sexuée) me dit « plutôt que de changer de sexe, pourquoi ne pas être homo ». Il est possible que la relative meilleure acceptation de l’homosexualité par rapport à la transexualité m’ayant inconsciemment fait prendre conscience de la difficulté de la tâche me fit retrouver ma lâcheté. A l’époque, j’étais suivi par une psychothérapeute spécialisée dans le rêve éveillé et fut dans le déni complet par rapport à mon identité féminine, elle n’admettait pas que je puisse dire que dans ma famille, je me mettais dans le « clan » des filles (ma mère et mes sœurs) en opposition à mon père. Déni qui participa aussi au rejet de ma propre identité féminine.

Et, toujours, pour faire comme tout le monde j’ai cherché à me remarier, et j’y suis arrivé grâce à un site de rencontre. Ce n’est qu’après quelques années de mariage (je me suis mariée en 2006), que mon identité féminine et le désir de faire une transition me sont ressortis comme le nez en plein milieu de la figure. Cela, quelques mois après le décès de ma tante (la soeur de ma mère). Peut-on y voir un lien de cause à effet, comme le voit ma femme, je n’en sais rien ? Toujours est-il que c’est dans un train, en voyant une femme lire un livre intitulé « Elle est partie » que tout m’est ressorti. Au début de notre relation avec ma femme, j’avais parlé de mon désir « perdu à jamais » de me travestir. Elle vit quelques photos, qui furent vite jetées à la poubelle, et récupéra ma garde-robe féminine, mes produits de maquillage et bijoux. Quand mon désir de devenir femme se réveilla, elle en fut bouleversée et était loin de comprendre tout ce qui pouvait se cacher derrière. Elle fut longtemps dans le déni total et me proposa de rencontrer sa psychothérapeute en hypnose, dans le secret désir que cette dernière me guérisse de mon désir. Et ce fut tout le contraire. Au cours d’un entretien de 2 heures, elle me conseilla plutôt de réaliser mon souhait. Quand j’ai raconté que j’avais pris la décision de faire une transition, elle fut abattue.

A l’époque, j’étais fortement troublé par certaines femmes que je croisais dans la rue. Leur liberté d’être, de s’habiller, faisait comme un écho en moi, et j’avais alors beaucoup de mal à l’accepter. J’étais, si on peut dire, jalouse d’elles parce qu’elle pouvaient être et se comporter en femme alors que moi… J’ai essayé au début de contrôler mes émotions en parlant à ma femme de m’habiller en jupe comme le font certains hommes (association HEJ). Puis petit à petit, j’ai repris mes habitudes de m’habiller en femme au vu et au su de ma femme. Chose qu’elle accepte de plus ou moins bonne grâce. Et plus, le temps passait, plus je déprimais ; aucune envie de faire quoi que ce soit en dehors de la routine métro-boulot-dodo. Et côté sexe c’était aussi la déroute (éjaculation précoce). Surtout, pour ma femme ; je n’ai aucun plaisir particulier à faire l’amour avec elle en particulier et avec les femmes en général, bien que je n’ai aucune attirance particulière pour les hommes.

Malgré tout, je vais voir mon médecin traitant pour lui faire part de ce que je suis et de ma décision de faire une transition. Lui aussi m’accepta telle que je suis. Voilà bien du changement en seulement 6 ans. Il m’a fait une lettre de recommandation pour le confrère qui voudra bien me prendre en charge. J’ai pris un rendez-vous avec un psychiatre à Paris pour le 14 janvier 2010 (nom trouvé dans la liste qui m’a été fournie par Tom Reucher). Plus d’un an après, j’ai commencé l’hormonothérapie, d’abord avec l’androcur, puis l’estreva et enfin la progestérone. Depuis le début de cette année, je vais à des réunion d’une association dénommée Outrans. Et en juin, et juillet j’ai fait deux séances de relooking, apprentissage du maquillage. Dont tu peux voir le résultat dans mes albums photos sur Facebook. Avec le peu de confiance que j’ai en moi, il m’a été difficile de voir la féminité que je pouvais dégager. Même des amis de longue date me trouvèrent très féminine, c’est peu dire. Et il faut aussi que je change les croyances que j’ai sur moi.

Du temps de ma première tentative de transition, je m’étais approchée d’une association, le CARITIG, qui n’existe plus. Et avec le recul, je trouve que l’accueil qui m’avait été fait était plutôt froid. Il ne m’avait jamais été conseillé quoi que ce soit de chemin à suivre, ni d’aller voir un psy, un endocrinologue. Et pourtant, je connaissais le protocole pour avoir visiter le site web transsexualisme.info (site qui d’ailleurs m’effraya au plus haut point). A l’époque, le CARITIG proposait des ateliers, et celui auquel je suis allée était celui sur les perruques. Mais, à chaque fois que je suis allée au centre LGBT de l’époque, j’y suis allée avec une barbe de quelques jours. Comprenne qui pourra!

C’est en écrivant ce texte que je prends conscience du terme “identité féminine“ quant à définir ce que j’ai toujours ressenti. Jusqu’à maintenant quand je parlais de mon désir de devenir femme certaines personnes me rétorquaient que je pouvais exprimer la féminité qui est moi de manière différente, par exemple, reconnaître et accepter mon intuition. Mais, justement d’intuition, j’étais en plein dedans, mais comme souvent avec cette bête là, il est difficile d’une part de savoir l’exprimer (d’autant plus si on est Aspie), et d’autre part il est aussi difficile d’argumenter puisque basé uniquement sur un ressenti. D’où fatalement les quiproquos et incompréhensions.

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