Transphobie de classe

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Le Dr Morel-Journel face à un trans dans « Le Sexe de mon identité » de Clara Vuillermoz

Ce soir nous étions au forum des images. Je représentais avec d’autres le collectif Existrans, venu débattre avec le public autour du documentaire projeté : »Le Sexe de mon identité » de Clara Vuillermoz, destiné à la télévision, qui décrit des parcours hospitaliers FtM et MtF dans le cadre du GRETIS à Lyon.

A la vue de ce documentaire une chose m’a frappée : la transphobie ne touche pas tout le monde de la même façon. Selon votre classe sociale, vous pouvez passer au travers de pas mal d’épreuves, notamment l’épreuve qui consiste à laisser des médecins décider ce qu’ils feront de votre corps. Vous pourrez vous soustraire à ces mauvais traitements uniquement si vous avez la capacité à payer les traitements et les opérations sans vous faire rembourser.

Dans le film, on assiste, et c’est une première, au « conseil de classe », qui décide du passage ou pas sous le bistouri de ce bon docteur Morel Journel. Un brave homme au demeurant, qui a réfléchi à la question, et qui semble plus avancé que ses copains de classe sur les questions de genre (il a lu le Gender Outlaw ou quoi ?). Par exemple lui envisage assez sereinement que quelqu’un puisse demander une ligature des trompes sans autre chose de plus (phalloplastie ou mamectomie), ses potes profs au conseil trouvent quand à eux que tout fout le camp, qu’on peut quand même pas aller mettre des écailles sur le dos de quelqu’un ou fabriquer des monstres juste pour faire plaisir.

C’est quoi ces trans qui demandent des trucs sans même avoir l’air de souffrir ? Eux les toubibs on leur à dit qu’ils étaient là pour soigner, éviter la souffrance. Ils ont juré craché sous serment, ils ne peuvent plus déroger. Donc ils veulent pouvoir la juger cette souffrance. Suffit pas de se dire trans, de dire je veux ci ou ça, ou pas ci ou ça. Il faut évaluer longuement, peser le pour et le contre des années avant de faire des cadeaux de Noël à ces pauvres trans sans le sous qui souffrent tant. Dire oui à ces opérations tellement irréversibles qu’on dirait que c’est à eux qu’on va transformer le pénis en vagin leur fout une de ces pétoches ! Leur responsabilité est engagée vous comprenez. Alors pas question de se défausser, on decide entre nous. Pas unE trans ne fait partie du conseil. Y’a même pas de délégué de classe. Juste la caméra de Clara Vuillermoz cette fois, qui capte ces débats de haute volée philosophique et éthique, ou papas et mamans psy, endocrino, et chirurgien (y’a une femme dans le lot) vont dire oui ou non à cette demande folle. Ils vont la prendre pour vous cette responsabilité. « Je pratique une chirurgie qui transforme un corps sain en un corps imparfait, dépendant à vie de la médecine. » déclare le Dr Morel-Journel, ce qui est juste si l’on s’en tient à la matérialité des faits mais donne une idée de l’angle de vue quelque peu différent et antagoniste avec un point de vue trans.

La seule du reportage qui a pu échapper à ce parcours hospitalier est chef d’entreprise. Cela confirme s’il était besoin que quand on a les moyens, on évite de se faire traiter en objet et on décide comme un grand ou comme une grande de son orientation… heu… de ses opérations.

Transphobie de classe. Classe dominante, les toubibs, classe dominée, les trans. Jusqu’à quand ? Tous ces professeurs décident pour vous. Il faut les voir évaluer les candidats. Les malgenrant systématiquement (sauf MJ) Les psys : « Crédible en femme cet homme ? Non ! Pas crédible ! Trop vieux ! D’ailleurs on l’a refusé y’a 10 ans ! Pas sexy !  » Se rendant compte de l’énormité de leur cruauté, ils se gaussent « Oh, oh, oh, heureusement on est pas à pour juger en fonction de notre idéal féminin ». Allez ça passe, va pour cette fois, grâce au coup de pouce de MJ, IL l’aura sa vagino LE trans !

A ne pas manquer, le conseil de classe transphobe comme si vous y étiez, c’est fin octobre sur France 3 (le 26 octobre à 23:45 je crois)

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5 réflexions au sujet de « Transphobie de classe »

  1. Je ne sais pas si regarder une vidéo de l’opération de réassignation serait plus facilement visible que de voir ce conseil de classe ! Je crains que la connerie de ce conseil ne soit trop atroce !

    • Moi je reste sur ma position de départ, la réalisatrice a montré au « grand jour » ce qui se passe dans la pénombre « des conseils de classe » des équipes s’auto proclamant off, et quand on lui en veut parce qu’elle l’a fait sachant qu’elle est femme d’un chir travaillant pour le gretis, je trouve qu’au contraire cest bien, car sans ca, nous n’aurions rien vu de tout ca!

      • Je pense qu’on peut prendre le film des 2 manières. Ceux, pro-pathologie, mettront en avant ce pourquoi c’est bien de passer devant un « conseil de classe », ceux, au contraire contre ces équipes, mettront en avant l’insanité dudit « conseil de classe ». Reste à savoir ce qu’en penseront ceux qui ignorent tout de la transidentité et de ces équipes hospitalières. Je pense aussi que la journaliste doit avoir un côté « naïf » de croire qu’après l’avoir regardé on puisse continuer à être pour ces équipes.

    • Il est vrai que le film est réalisé dans ce sens, mais cela démontre bien que ce qu’on entend à droite ou à gauche correspond bien à une réalité et que les pro-pathologies auront moins d’argument pour dire que ce sont des racontars !

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