Premiers pas de trans’

Gelitin La Louvre-Paris

Performance de genre : Gelitin
La Louvre-Paris, 2008

Je me dis que j’ai eu de la chance je n’ai pas vécu de période d’atermoiements. Le jour où j’ai pris conscience de ma transidentité correspond à peu de choses près au début de ma transition. Mais il aura fallut beaucoup de temps avant que ce jour ne vienne.

Je n’avais pas conscience des causes de mon mal-être trimballé depuis l’enfance. Je ne savais pas d’où venait cet ennui profond, ce peu d’appétit de la vie allant jusqu’au dégoût de moi-même. Cela me suivait depuis toujours. Pour moi c’était chimique. Ma chimie interne produisait des substances déprimantes et cela expliquait mon caractère dépressif.  Ah, quand le déterminisme biologique nous tient ! Je n’avais pas beaucoup cherché il faut dire, m’abrutissant d’activités diverses, de mariage, de paternité, de carrière, de relations relationnelles pour éviter d’avoir le temps de réfléchir. Le système mis en place à plutôt bien fonctionné tant que mes différents objectifs n’étaient pas réalisés. Puis ils le furent. J’ai « eu » (je peux même dire possédé) femme, enfants et réussite professionnelle (rapide en plus car j’y mettais toute mon énergie). Une fois parvenue à ce sommet, ce « climax » social, tout s’est effondré car malgré l’atteinte de mes objectifs, je ne me sentais pas comblée. Au contraire. Je me sentais vide comme une peau de chat mort. j’étais la plus malheureuse du monde (enfin de mon point de vue !).  Deux ans sur le divan d’une psy ne me permirent pas de comprendre le problème, au contraire ! Cet épisode contribua à augmenter le dégoût que j’avais de moi-même (encore un masque assez simple à mettre en œuvre, la culpabilité). Une « experte » de la psyché posait le diagnostic que j’acceptais sans sciller : j’étais pervers. Ça me convenait bien cette définition. Ça expliquait bien des choses. Alors bien sûr pour se sentir bien dans ses baskets c’est pas forcément l’idéal de se trimballer cette étiquette, mais d’un point de vue pragmatique les choses étaient à leur place. Le problème, c’est que même nantie de cette explication hautement scientifique, cela ne suffit pas à me sortir de la dépression. Certes j’ai arrêté de culpabiliser. J’étais pervers, so what ? Ça arrive à des gens très bien. J’acceptais d’être pervers, je me sentais capable d’assumer ce rôle qui peut être assez rigolo (le sado masochisme ça peut être festif). Mais cela ne me suffisait pas. je voulais être heureuse, ou du moins pas constamment déprimée sans raison. Et ce que je vivais c’était l’inverse. Perverse, sans culpabilité mais terriblement malheureuse. La limite de la thérapie psychanalytique se fit rapidement sentir, la dépression était toujours là.

Alors, pour échapper à cette depression (sans abandonner ma perversion), pour enfin « réussir ma vie » (comme on dit), mais toujours sans réfléchir aux raisons de ce profond malaise que rien ne semblait pouvoir annuler, j’ai détricoté le bel édifice, ce qui fut vite fait. Je démissionnais de mon super boulot directorial (non sans m’assurer un autre avenir professionnel), je divorçais (non sans entrer dans une nouvelle relation clairement plus amoureuse que la première), vendait maison et voiture (non sans… etc.) et je repartais pour de nouvelles aventures. La nouveauté de la situation servait de nouveau masque, et la joie de vivre revenait. La nouvelle construction a tenu quelques années avant de s’effondrer à nouveau. Au final elle avait tenu beaucoup moins longtemps que la première. Donc c’était un peu inquiétant pour l’avenir. De façon encore plus violente que la première fois la depression revint. J’étais desepérée car ce coup-ci, je pensais avoir réglé mes problèmes de relation amoureuse insatisfaisante, de boulot envahissant et de maison trop grande. Le problème n’était donc pas là. Il allait falloir réfléchir, quelle merde.

C’est donc sans en avoir véritablement le choix, histoire de pas me pendre par accident (c’est si vite arrivé!), que je pris la décision de mener un petit travail d’introspection un peu sincère, en solitaire, loin des divans des psys (je fonctionne mieux sans leurs avis tout empreints de leurs propres préjugés), devant mon clavier, où je joue les juges impitoyables de ma sincérité. Je n’essayais pas d’écrire pour d’autres, ce que j’avais à dire était débarrassé de tout enjeu de lisibilité par un quelconque lecteur. Comment être parfaitement sincère quand on sait que ce qu’on écrit sera lu par sa mère ou ses enfants ? Je ne suis pas Christine Angot ou Gullaume Dustan !

Ce travail me permit rapidement de faire surgir à ma conscience de façon très nette (écrite) ce que je savais déjà depuis toujours, sans mettre les mots dessus : j’étais plus que probablement trans’ (au début je disais « transsexuel »). Restait à faire un petit travail de documentation pas très compliqué sur internet, pour simplement dépathologiser ce sentiment, en gros sortir de l’idée que tout ceci n’était qu’un « malaise chimique », un dérèglement biologique interne. On y parvient vite lorsque l’on accepte de faire la différence entre sexe, genre et pulsions sexuelles ! Je n’étais pas malade, je n’étais pas pervers, j’étais trans’. C’était social. Restait surtout à valider cette autodéfinition, et aussi le caractère social et non sexuel de la chose. C’est ce que je décidais de faire rapidement, d’abord en sortant de chez moi habillé en femme, ce qui m’apportat la première confirmation d’un réel sentiment de bien être (ma « révélation » était plutôt une « confirmation »). Je fus en un instant fulgurant débarassée de tout sentiment de culpabilité, et l’idée de ma perversion me faisait désormais doucement rigoler.

Si j’ai pu démarrer aussi vite ma transition après cette prise de conscience, c’est parce que j’avais laissé des traces dans mon passé de mon désir d’appartenir au genre féminin. Une multitudes d’indices qui sur le moment étaient restés mystérieux, pour moi et pour les autres. Des écrits, des travaux plastiques, des souvenirs d’enfance et d’adolescence sont revenus comme autant de petits cailloux semés pour m’aider à refaire le chemin à l’envers, et remonter à l’origine de mon sentiment. Les choses ne survenaient pas brusquement, venues de nulle part. Cela était très rassurant. Et puis l’autre raison qui à permit d’aller vite, c’est que matériellement les conditions étaient à peu près réunies (malgrès la peur de foutre en l’air toute mon organisation de vie encore une fois, mais cela ne s’est pas produit)

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2 réflexions au sujet de « Premiers pas de trans’ »

  1. Incroyable ton article>je me reconnais la dedans comme si je l`avais ecrit moi-meme.
    J`ai depuis toujours mis le masque d`un homme courageux et travailleur qui bosse comme c`est pas possible juste dans le but de m`abruptir et de ne pas penser a ma transidentite.
    Ceux qui me conaissent bien me disent que parfois je prend tout a la rigolade et que cerner ma personnalite est un peu difficile. Les pauvres , s`ils savaient !
    Quand on se refugie dans le travail, c`est normal qu`on n`aie pas de problemes financiers, mais le bonheur de la vie ne s`y resumme pas : passer plus de 40 ans a faire semblant d`etre un vrai male et parler de foot et de sexe avec des collegues et des potes pour donner le change, ca va quelques temps mais la soupape commence a sauter avec les annees.
    J`admire les gens comme toi qui ont le courage de faire , si pas une transition complete , une page sur la toile pour exprimer leurs sentiments a voix haute.
    Bonne chance pour la suite !

    Steffy

  2. Bonjour, mon cousin a le syndrome d’Asperger et souhaiterait changer de sexe. Plusieurs etudes mentionnent un lien possible entre les deux. C’est une transition que j’imagine encore plus difficile quand on souffre de troubles autistiques. J’aimerais trouver quelqu’un ou une association qui puisse l’accompagner sur ce chemin. Tu crois que tu pourrais publier un post sur ton experience particuliere Aperger et trans ? Et communiquer les conseils que tu peux avoir a ce sujet? Merci ! A bientot.

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