Les aventures d’une accompagnatrice de SRS à Bangkok, suite

Je continue à raconter une opération de SRS chez le docteur C* à Bangkok du pur point de vue de l’accompagnatrice, ce qui manque sur le web où figurent seulement des témoignages d’opérées.

Je vous avais laissé.es la veille de l’opé de ma camarade (le guide de l’accompagnatrice, voir plus haut !)  ; ladite opé s’est bien passée, mais je n’ai eu le droit de voir mon opérée que le lendemain après-midi de l’opération. Ici les mœurs thaïes diffèrent largement des nôtres. Si nous trouvons normal d’avoir des nouvelles et de passer embrasser l’opérée dès qu’elle sort du coltar, il n’en va pas du tout de même ici.

Le docteur C* m’avait dit de passer après 18 h, pourtant, ce qui semblait plausible pour une opération à 13 h et quelques, mais il est vrai qu’il n’avait pas semblé apporter beaucoup d’attention à cette information, pour lui mineure. J’ai pris un taxi depuis l’hôtel vers 19 h pour arriver 20 minutes plus tard, dans l’espoir de pouvoir attendre sur place si nécessaire. Cela n’a pas été possible : j’ai dû reprendre illico un taxi dans l’autre sens et rentrer à l’hôtel, avec la promesse qu’on m’appelerait vers 10 h du soir.

Personne n’a appelé avant minuit moins le quart et j’ai vécu queques heures d’angoisse larvaire (tout en me disant le plus sereinement possible que si on ne m’appelait pas, c’est qu’on n’avait rien à signaler).  Je n’ai guère été rassurée par les témoignages, compulsés pour passer le temps, qui racontaient des cas d’émergence à 20 h, avec assez de clarté d’esprit pour donner des nouvelles sur facebook. Heureusement, il y avait un cas de réveil à 23 h, ce qui a rendu l’attente moins inquiétante jusqu’à cette heure-là.

Alors disons-le tout net : c’est long, très long. La future opérée part pour la clinique à 13 h mais n’est opérée qu’au moins deux heures plus tard. L’opération dure cinq ou six heures – ici, ce fut six heures largement comptées. Le réveil peut être très lent : ici, près de trois heures.  On obtient par téléphone des informations minimales : dans mon cas, on m’a seulement dit qu’elle était réveillée, et dans mon émotion je n’arrivais même plus à demander « Is she fine ? », ce qui est pourtant d’une simplicité élémentaire : je répétais : « Is she well ? », ce qui ne veut rien dire, et on me répondait seulement : « she is awaked now ».  Et même si on est la compagne de l’opérée, on ne peut la voir que le lendemain, en début d’après-midi.

Tout cela m’a passablement stressée. Il faut donc savoir que l’activité de la clinique, centrée sur l’opérée et son opération, fait peu de cas de l’entourage, qui n’est pas personna grata sur les lieux. J’avais accompagné ma future opérée pour sa visite médicale, le premier jour ; on lui avait proposé un café, pas à moi. Je ne sais pas si les brunes comptent pour des prunes mais les accompagnateurs comptent pour du beurre !

Faut-il pour autant renoncer à accompagner une personne à Bangkok ? je crois que non. Il faut savoir que tout ce qui tourne autour de la clinique tient l’accompagnateur très à l’écart, encore que j’ai le droit, à présent, d’aller voir mon opérée l’après-midi aussi longtemps qu’elle voudra (hier ma visite était contingentée à une heure max). Pour le reste, l’accompagnateur reste utile : on est plus fortes à deux devant Bangkok si on n’est jamais allées en Asie, moins fragiles devant la mégalopole ! On est utile en cas de malaise vagal (cela peut arriver avec la purge pré-opératoire qui se fait à l’hôtel, c’est arrivé dans le cas de ma compagne et heureusement, comme j’en avais l’expérience car elle est sujette à ce genre de problème à vrai dire assez rare, je n’ai pas paniqué. On ne nous avait rien dit à ce sujet, je pense qu’il vaudrait mieux être prévenue quand même).

Avec une compagne, la future opérée est moins solitaire à l’hôtel. Certes, nous avons eu la chance de rencontrer une Allemande qui se faisait opérer la poitrine mais les occasions de parler à quelqu’un sont quand même très rares : le Dusit Princess est un hôtel magnifique et luxueux mais les opérées et futures opérées du docteur C* ne constituent pas une clientèle repérée, elles sont très peu nombreuses, le docteur ne pouvant opérer tout le monde en même temps. A l’hôtel le personnel n’est pas du tout au courant de tout cela et il faut s’expliquer pesamment (que l’une part, que l’autre reste…). Nous étions « seules » ; il est possible que sur la longue période de convalescence qui l’attend à présnt, mon opérée trouve quelqu’un d’autre avec qui échanger, mais elle peut très bien se retrouver très solitaire tout aussi bien. C’est une expérience riche mais éprouvante, être deux n’est pas un luxe. Pour ma part je dois rentrer travailler, mon opérée restera donc seule quelque temps. Ai-je choisi la meilleure période pour l’accompagner, compte tenu de ma vie professionnelle et de ma faible disponibilité ? Aurait-il mieux valu venir plus tard, pendant sa convalescence à l’hôtel ? Je ne sais. Il faudrait là-dessus confronter des expériences !

Au départ, je ne voulais pas venir du tout ; j’ai beaucoup hésité. Parce que c’est un acte « personnel », je me sentais un peu de trop. Mais ma future opérée flippait à l’idée d’arriver seule à Bangkok, avec l’avion, la langue inconnue, la graphie non lisible pour nous, l’appréhension de l’inconnu et le peu d’habitude des grands voyages (elle n’en avais jamais fait, n’étant absolument pas baroudeuse). J’ai donc choisi de venir et je pense avoir bien fait, quand même. Il faut avoir un petit projet pour soi-même, en parallèle : dans mon cas, nager et avancer un travail qui peut se faire à distance, avec l’ordinateur. Nous avons emporté un ordinateur chacune.

Je pars le jour où elle rentre à l’hôtel pour sa convalescence : j’espère avoir le temps de l’aider à s’installer (elle n’aura pas le droit de bouger de son lit d’un poil pendant une semaine) avant de reprendre l’avion.

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3 réflexions au sujet de « Les aventures d’une accompagnatrice de SRS à Bangkok, suite »

  1. Merci Andréa Kolinski de nous faire part de ce que vit l’accompagnatrice ! J’aurais bien aimé faire un petit tour avec vous, revoir ma Thaïlande bien aimée, mais tout ça m’est passé par dessus les étiquettes ! Et ton compte-rendu me réveille !

    Bises

    Nadine

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