Post-hop ! Retour sur une SRS

femalgenitalorgans

Check Out

J’ai fait mon « check out  » avec le Dr Chett hier. Il n’a rien retouché ouf ! j’avais très peur de ça ! Je pense que je suis dans les cas où ça se passe très bien. J’arrive déjà à m’assoir un long moment, je ne prends plus aucun anti douleur et dors très bien. Les dilat’ sont OK. Rien à signaler de notable sauf mon immense bonheur d’avoir franchi cette étape. Je rentre dans 4 jours, c’est bientôt la fin. J’ai presque déjà une nostalgie alors que j’y suis encore !

Je suis tellement heureuse… Je ne voudrais pas avoir l’air de faire du prosélytisme pour la SRS ! Je ne parle que de ce que j’ai ressenti en le traduisant avec mes mots. Donc à prendre avec des pincettes !

Je complète mon témoignage par deux choses, pour ne pas tout repeindre en rose :
– La douleur : je n’en parle pas tellement mais la douleur me rattrape maintenant (heureusement qu’il y a des antidouleurs !)
– Les sensations « montagnes russes » juste après l’opé : Immédiatement après l’opé, à peine réveillée, mon premier sentiment fut une joie intense, mais ensuite, ramenée dans ma chambre, quand je me réveillais, j’oscillais entre « c’est génial » et « mon dieu, qu’ai je fait ? » et c’était vraiment dur à vivre. C’était surement lié aux drogues diverses, anesthésie, etc, mais c’était aussi forcément en moi, ça ne venait pas de rien.

***

On peut avoir des raisons sociales de vouloir changer de sexe, même si c’est intime. La politique de genre est présente dans notre intimité. Sinon pourquoi la jurisprudence imposerait-elle des opérations ? Avoir des papiers conformes à la norme peut faire partie des raisons d’une SRS. On peut le déplorer mais pas accuser les trans de faire une erreur si cela fait partie de leurs raisons. Nous vivons ici et maintenant et c’est au présent que nous voulons vivre normalement, et pas dans l’attente d’hypothétiques changements de législation. SI d’autres trans refusent d’entrer dans ce genre de raisons, j’approuve aussi leur détermination et je la soutiens, et je ferai tout ce que je peux pour qu’avoir des papiers en règles ne dépende pas du sexe.

Ce qui prime pour moi pour dire qu’une décision est bonne ou pas, c’est d’avoir conscience des choses qui nous déterminent et déterminent nos décisions. Notre ressenti, les conditions politiques, tout cela étant lié. On se décide après avoir pris conscience le plus possible de toutes les raisons, même celles qui pourraient sembler les moins valables car « conformistes ». C’est à cela qu’il faut travailler personnellement.

Le conformisme et le désir d’entrer dans la norme est un sentiment répandu. Pourquoi les trans devraient y échapper ? Certaines raisons touchant au conformisme m’ont poussée à faire une SRS, je n’en ressens aucune culpabilité. Ce qui m’étonne c’est plutôt de découvrir en moi d’autres raisons après SRS. Comme ce sentiment bien décrit par certaines d’être enfin « en entier ». C’est peut-être le sentiment le plus conformiste qui soit mais je le ressens à fond. C’est plutôt bizarre car avant SRS je ne me sentais pas divisée. C’est assez étrange de se dire que quelque soit la réflexion qu’on a mené avant, on peut découvrir des choses après… en positif ou en négatif d’ailleurs. Je pense que mon cerveau trouve de nouvelles raisons un peu comme après un achat important on a besoin de se rassurer pour être sûre qu’on a pas fait une connerie. Le bien-être que je ressens c’est peut-être juste la partie conformiste de mon cerveau qui m’envoit des signes rassurant pour oublier : la douleur ; que mon sexe est une plaie ; que j’ai claqué un pognon dingue ; que je me conforme à une norme qu’en même temps je rejette ; que toutes les opérations du monde possible ne changera pas une femme trans en femme bio ; que même si on pouvait changer les chromosomes avant puberté ou je ne sais quoi d’autre, il demeurera un écart qui fout en l’air le beau système de genre théorique à deux sexes ; etc.

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Ne le dites pas à mon psy j’ai fait un rêve il y a deux nuits de ça dans lequel j’étais en train de bander !

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Quand je fais pipi c’est marrant de sentir que ça sort avant. Ce qui est encore plus drôle c’est que je m’en f… partout ! Qu’est ce que je rigole à Bangkok !

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Je suis bourrée de contradictions. Je refuse et en même temps je suis un maillon du système dans lequel je vis. Je ne vais pas prétendre que ma SRS est un acte militant, mais je refuse de culpabiliser pour autant. Et d’ailleurs, ne pas faire de SRS alors qu’on en a envie (ou besoin, peu importe)  pour l’ériger en acte militant me dérange dans la dimension culpabilisante qu’elle provoque de fait envers les autres trans’. C’est comme de rester « sans papiers » pour se maintenir à la tête des associations et éduquer la piétaille au courage militant. Ce côté moraliste me gonfle terriblement.

***

Ça y est j’ai eu la dernière visite de l’infirmière. Elles étaient deux ce matin. L’une m’a expliqué la poire, pas avant deux mois, deux fois par semaine. 5 gouttes de bétadine jaune dans un demi verre d’eau.

Toutes les deux ont eu l’air de trouver que ça se passait bien pour moi, surtout la nouvelle qui ne vient pas d’habitude avait presque l’air positivement étonnée. « it’s looks good ! » ont-elles répété en cœur devant mon intimité pas trop intime ces temps-ci. J’ai dit « i’m happy and lucky i think ». Elles ont acquiescé.

Après elles ont voulu dire au revoir à Suki ma souris en peluche. On s’est toutes embrassées en se disant au revoir. J’étais émue et un peu triste aussi.

Je suis allée une dernière fois à la piscine. Pas de bol un gros orage s’est déclenché peu après. Le piscinier nous a demandé de partir. Y’a plus rien qui va. Je lui ai donné 200 baths de pourboire pour le séjour. Je sais pas trop combien il faut donner en fait.

Il pleut. Demain le resto et la piscine ne seront même pas accessibles car privatisés pour un mariage. Je m’en tape je serai dans l’avion, na.

Pff

***

Retour à Paris

J’ai été étonnée de l’attitude lourdingue des flics de l’aéroport au départ de Bangkok. je pensais qu’ils avaient une certaine habitude des trans et ben non pas du tout. Sur le retour, un connard de jeune flic m’a lancé devant la file d’attente qui prenait le même avion que moi : « Vous êtes un homme ? ». Un autre plus vieux m’a demandé combien ça m’avait coûté et comment j’avais fait pour enlever ma barbe… (j’en ai sur la photo de passeport). J’ai esquivé les réponses. Il m’ont encore pris en photo alors qu’ils m’avaient déjà prise à l’arrivée, un vrai cirque. Bon j’ai pris ça à la rigolade. C’est bizarre même quand je suis dans des situations qui me mettent mal à l’aise j’ai tendance à rigoler avec les connards qui m’emmerdent et c’est après coup seulement que je ressens l’abus qui a été commis et je m’en veux encore plus de ne pas savoir réagir et leur clouer le bec.

Sinon j’ai profité à plein de la possibilité qui m’était donnée de me faire trimballer en fauteuil roulant. Honnêtement j’aurais pu marcher mais c’est super bien le fauteuil car on a pas à chercher son chemin ni a pousser sa valise. A l’aéroport de Bangkok en attendant l’avion, mon assistant fauteuil adorable m’a aidé à faire mon shopping. J’ai acheté un tour de cou rose pour dormir dans l’avion mais qui au final ne m’a servit à rien car les sièges de la Thaï ont des appuis-tête très bien conçus. Ensuite il m’a conduite dans une salle réservée et j’ai pu m’allonger sur une méridienne en attendant l’embarquement. Je lui ai laissé un bon pourboire à la fin.

Le voyage s’est bien déroulé. C’est long 12 heures. J’avais prévu une trousse avec des serviettes hygièniques, le plus petit dilatateur et le lubrifiant. Je suis allée deux fois me faire des sessions de 10 minutes de dilatation dans les toilettes et changer la serviette hygiènique. Car la plaie suppure en permanence et ça fait du bien de se changer régulièrement. Ces dilatations « minute » ont facilité la grande dilatation que j’ai effectué sans problème une fois arrivée à Paris.

J’adore regarder les hôtesses dans l’avion. J’aimerais leur ressembler. Elles sont tirées à quatre épingles, pimpantes et souriantes. Pas un cheveu ne s’échappe de leur impeccable chignon. Et les hôtesses de la Thaï ont des uniformes pas du tout uniformes, des tenues absolument ravissantes, d’une élégance particulièrement recherchée. Les plus remarquables sont des sortes de kimonos de satin vert tendre et rose, avec des motifs floraux et des oiseaux, d’un stylisme alliant habilement tradition et modernité. Leurs mains sont fines et gracieuses lorsqu’elle me tendent le petit plateau pour que j’y dépose ma tasse de café afin de la remplir. Leurs ongles nacrés sont parfaitement manucurés et irréprochables. Je reprends ma tasse en leur souriant, non sans remarquer au passage les poils qui ont repoussés sur mes mains durant le séjour.  L’arrêt de l’Androcur y est sans doute pour quelque chose car je n’en avais presque plus des poils. Grr, pourquoi n’avais-je pas emporté mon Epilady® en Thaïlande ? j’aurais eu tout le temps nécessaire pour les éliminer.

Bon je ne suis pas hôtesse de l’air, je suis graphiste dans la pub. Et j’ai repris le travail dès le lendemain matin, sur les chapeaux de roues. Metro, boulot, dilato… J’ai enchainé les heures de boulot et c’est pas top. Ma foufoune me rappelle à l’ordre. J’ai mal et surtout j’ai peur de déconner et que la guérison se fasse moins bien. Ma copine m’engueule. Me dit que si je continue les cicatrices seront moches et distendues. C’est un peu tôt encore pour cavaler. Lundi, mardi, assise toute la journée sans le coussin « donut » que je n’emporte pas en agence, pas envie de raconter ma vie. C’était dur. Aujourd’hui repos. Ouf. je vous écris.

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