L’histoire de Lou (3)

3ème partie : Le Dragon de Lou

Son sexe était « tout dur », tout tendu, une étrange sensation dans ce petit corps, il y avait  quelque chose d’un peu honteux, était-ce la nouveauté de la sensation ? Lou savait que c’était un truc de petit garçon, et elle se disait que tous les petits garçons devaient vivre cela.
Elle était alors en vacances à Aachen, dans une famille allemande. Elle partageait la même chambre que Wilfried. Un petit garçon qui devait avoir un ou deux ans de moins qu’elle. Un jour sur deux, elle l’accompagnait à son école et l’autre elle restait à la maison.

Elle aimait assez cette étrange tension en elle mais elle ne savait pas trop qu’en faire, « c’était assez embarrassant tout de même », une chose était sûre, celle-ci l’occupait tout entière. Ce jour-là, elle regarda cette petite chose roide au centre de son corps imberbe et déambula un temps ainsi toute nue dans la chambre, un peu désemparée.
Puis elle écrivit un long papier à Wilfried dans un allemand approximatif, dans lequel elle lui proposait les règles d’un jeu dans lequel il s’agissait de gages et de vêtements qu’on retirait. Cela lui prit un bon moment. Puis toujours nue et sans que la sensation cesse en elle, elle entreprit de cirer ses chaussures !

C’est lorsqu’elle se trouva ainsi nue, assise au bord de son lit, que Peter, le frère ainé de Wilfried pénétra dans la chambre ; il était de trois ou quatre ans son aîné. Elle fit comme si elle ne le voyait pas et continua impassiblement son entreprise.
Peter venait tout juste pour prendre quelque objet ou vêtement dans la penderie à côté du lit. Peter vit-il le sexe de Lou ? Lou, espérant et redoutant certainement qu’un événement survienne, se concentrait sur son ouvrage.
Peter quitta la chambre.

La famille de Wilfried et de Peter était des protestants fervents. A chaque repas la prière était dite, l’oncle des deux garçons, c’est à dire le frère de leur père, était pasteur.
Quelques jours après l’épisode ci-avant, Lou constata que le papier qu’elle avait écrit à Wilfried et laissé dans la chambre avec l’intension de lui remettre en main propre, avait disparu. Lou suspecta la mère de celui-ci d’être passée par là.
Lou quitta la famille quelques jours plus tard. Personne ne lui reparla de ces épisodes.
Lou, un peu honteuse, souriait toutefois à l’idée des parents jugeant « la petite française » !

Lou me raconta cette histoire, pour m’expliquer ainsi que ce souvenir ancien, elle avait onze ou douze ans, lui montrait que vivre ses pulsions sexuelles avait toujours été pour elle quelque peu problématique.
Ce qui lui était le plus pénible, à ses dires, n’était pas tant le ressenti corporel que la pulsion entraînait, mais plutôt le pouvoir de celle-ci sur sa propre volonté, sur la maîtrise d’elle-même.
« Ces pulsions m’ont toujours fait faire n’importe quoi. »

Plus en avant, elle se souvient, adolescente, de ces heures de marche nocturnes lors desquelles, comme une obsession, elle guettait les voitures sur la chaussée en espérant en son for intérieur, mais sans oser faire le premier pas, qu’un inconnu viendrait la cueillir.

Elle me conta comme, plusieurs années plus tard, s’était-elle agaillardie ? , elle se retrouva ainsi à plusieurs reprises à monter dans des véhicules pour « manger du merle en l’absence de grive » et s’abandonner à des ébats qui ne la satisfaisaient finalement guère et desquels elle ressortait toute aussi seule et tout autant sous l’emprise de sa pulsion que l’aventure n’avait pas su apaiser.

Plus récemment, elle me conta quelques expériences lors desquelles ce désir pulsionnel, « incontrôlable et tyrannique », ce sont ses mots, l’ont amenée à se trouver dans des situations dans lesquelles elle avait pu se mettre en danger. Non pas que le danger ait été alors un élément d’excitation particulier, mais plutôt que ses pulsions anéantissaient ses  propres facultés de discernement et mettaient au rancard ses instincts d’auto-protection.

La dernière en date, lors de laquelle elle se trouva seule à quatre heure du matin dans un terrain vague, loin de tout, avec un inconnu sous l’emprise manifeste de l’alcool, qui s’en prit à elle après qu’elle se soit donnée à lui, lui rappela la mort de Pasolini assassiné en octobre 1975 dans des circonstances non moins troublantes. Cette image du cinéaste qui s’imposa à elle, alors qu’elle s’enfuyait en courant, ses vêtements aux trois quarts arrachés fut comme un déclic pour elle.

Il lui sembla dès lors vital, de se protéger d’elle-même, de cette partie d’elle-même qui l’amenait de proche en proche à vivre des expériences toujours plus fortes, toujours plus risquées, toujours plus dangereuses. Il n’était plus question de ne plus voir cela. C’était tout comme si cet animal pulsionnel en elle prenait le contrôle sur tout son être et lui faisait perdre son libre arbitre.
« J’étais comme possédée, tu sais …. »

Concernant « l’affaire du terrain vague », elle conclut en ces termes : « Peut-être que cette pièce de 2 euros, qui trainait dans ma poche et que j’ai donnée au type me sauva la vie ? Elle me laissa un court répit pendant lequel j’ai pu me dégager et m’enfuir, je crois que là, j’ai vraiment eu peur pour ma vie, et je me disais que c’était trop con que je la finisse là. J’ai eu de la chance que le type ne possédât pas une lame … enfin, je ne crois pas.»

Si pendant quelques temps, après cette expérience, les souvenirs de celle-ci, et les sentiments attachés, lui permirent de ne plus se mettre dans de telles situations, elle était effarée, du nombre d’heures qu’elle occupait sur le net à chercher d’hypothétiques partenaires dont la présence physique ne lui apporterait aucun avantage et qu’elle évitait donc. Ses pulsions encore, étaient présentes. L’animal était là, absolu et exclusif, empiétant sur ses heures de sommeil ; elle émergeait de ces nuits lorsque harassé par la fatigue, l’animal s’endormait enfin, abattu mais pas repu. Lou s’endormait alors comme une masse.

Se dégager du pouvoir de l’animal sur elle fut certainement un élément non négligeable qui influença son choix de suivre un traitement hormonal.

« Une forme de soulagement ? », je lui demandai alors.
« – non, juste une forme de liberté retrouvée. »

@ suivre

(pour contacter l’auteure : lou.edit at yahoo.fr)
La 4ème partie de « L’Histoire de Lou » sera mise en ligne le 4 février

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