L’Histoire de Lou (4)


4ème partie : Le corps de Lou

« Mon corps n’est pas ce que je voulais qu’il fut …. Et même si je faisais tout ce qu’il y aurait à faire, je ne sais même pas s’il serait à la hauteur de ce que je voudrais qu’il soit. »
Ainsi me parlait parfois Lou de son corps …
Comme un plan raté d’avance, un fiasco pré-annoncé, une inutile quête ?
« Non ce n’est pas cela, mais quoique je fasse, je garderai en moi la trace de mes expériences masculines, jamais je n’aurai eu une adolescence de fille, jamais je n’aurai porté mes enfants, etc… Sur cela, il n’y a rien à faire … »

Parfois, dans ses mauvais jours Lou se mettait à douter de tout. Elle trouvait sa transition vaine, ses efforts inutiles, et tous ses succès dérisoires …
Dans ces cas là, je me taisais ; il fallait la laisser dire …

« Mon corps, bien sûr je lui fais des seins, (merci estréva), bien sûr je lui fais la peau lisse (merci androcur), bien sûr je lui ai enlevé toutes traces de barbe et de moustache (merci Laser man), bien sûr, bien sûr, bien sûr … mais jamais je n’aurai de hanches comme une cis, jamais j’aurai des épaules fines comme une cis, jamais je n’aurais la peau aussi douce que celle d’une cis, et je ne te parle même pas du sexe … »

« Comme une cis’ » était son expression favorite dans ces moments-là.
Mais derrière tout cela, la vraie question, la question fondamentale, la question existentielle de Lou était : « Pourrai-je un jour être aimée comme je suis dans ma globalité ? », évidemment …

Lou n’a jamais eu l’illusion de devenir cis ! Mais paradoxalement je crois qu’en son for intérieur, elle avait le souhait, le désir caché que son corps puisse comme « faire illusion ».
Avoir une relation amoureuse et sexuelle avec un homme et conserver le choix, la liberté de lui dire ou de ne pas lui dire sa transidentité, telle était finalement son aspiration profonde.

Ainsi, c’est à l’époque lors de laquelle Lou s‘interrogeait encore sur l’opportunité ou non de la chirurgie génitale que ses doutes furent les plus présents, les plus lancinants.

« A quoi ça servirait d’aller à l’autre bout du monde, de prendre le risque d’une opération lourde, de me taper six mois, voire un an de galères post-op, si au bout du compte, ça continue pareil ? L’insatisfaction de ne pas pouvoir vivre la femme que je suis parce que, seule, nue, devant mon miroir, dans ma salle de bain, je douterai encore … Ne verrai-je pas toujours les traces de cette masculinité dont je veux me débarrasser, les marques indélébiles d’une chromosomie inversée ?
Et puis, tu sais, la SRS, ça ne fait pas tout, je connais plusieurs filles qui doivent continuer les anti-androgènes parce que malgré l’opération ça testostérone toujours. Il est fort possible que je n’aie même pas la satisfaction d’arrêter l’androcur ou le finastéride dont les effets néfastes à long terme restent discutés. »
Oui, c’était un mauvais jour !

Mais parfois c’était tout le contraire !
J’appris à reconnaître chez Lou, les fluctuations, les mouvements, comme des sinusoïdes.

« J’ai tellement envie de me sentir unie dans mon corps. J’ai tellement envie de sentir cette harmonie. Me sentir complète, tu vois !
Et curieusement, vois-tu, je n’ai rien contre mon sexe. Je lis des témoignages de filles qui depuis toujours, ou tout au moins aussi loin qu’elles s’en souviennent, ont une espèce de rejet, d’aversion vis à vis de leur sexe mâle. Moi, non. J’ai juste envie d’être femme, entièrement femme.
Une femme avec un sexe d’homme c’est un gnome, ni homme, ni femme. Chaque fois que je regarde le reflet de mon corps dans le miroir, ce sexe me paraît incongru, inapproprié. Il me rappelle cette ambivalence, même si je ne lui veux pas de mal !
Et tu vois, je suis heureuse de savoir que c’est la transformation de celui-ci qui crée le sexe féminin ! Une inversion en somme, c’est du reste ainsi qu’ils l’appellent ! Mon sexe sera toujours mon sexe, il aura juste une forme différente, une apparence adaptée à mon genre !
Et puis, tu sais, ce n’est pas dans dix ans que je pourrai me décider. Dans dix ans ce sera trop tard ! Bien sûr l’opération c’est sans retour, inexorablement sans retour, mais la non opération également ! Si je ne me décide pas dans les quelques paires de mois qui viennent, après je ne pourrai plus le faire ; médicalement je ne pourrai plus le faire.. La « non décision » est donc elle-même sans retour ! « Vaut-il mieux avoir des regrets ou avoir des remords ?» me questionnait Celia !! »

Dans ces moments-là Lou aurait été prête à prendre illico son billet pour Bangkok ou Montréal ! De mon côté, j’avais appris à la connaître, et je savais que même si elle n’en disait rien dans ces moments de doute ou ces moments d’enjouement, Lou attendait qu’à l’intérieur d’elle cela se calme. Il lui fallait trouver le juste apaisement. Elle savait qu’alors la solution émergerait. Et là-dessus, elle n’avait aucun doute !

Au-delà de l’apparence de son corps, au-delà du genre de son sexe, au-delà de ses choix, Lou cherchait à définir la Femme qu’elle voulait vivre, et donner à celle-ci le corps qui lui paraitrait le plus adapté en fonction de sa réalité propre et des possibilités qui s’offraient à elle. Lou était donc en chemin. Le chemin de sa trans-formation.

@ suivre

(pour contacter l’auteure : lou.edit at yahoo.fr)
La 5ème partie de « L’Histoire de Lou » sera mise en ligne le lundi 18 février à 10h.

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