L’Histoire de Lou (7)

7ème épisode : Dysphorée du genre

La Toile d'araignée - Paul Newman

La Toile d’araignée – Paul Newman : http://www.toutlecine.com


«La dysphorie de genre, moi j’aime plutôt ! Y en a qui dise que ça fait pathos et tout ça, mais moi, j’aime plutôt ! Lorsque j’ai lu des études qui décrivaient – ou décrivent – la dysphorie de genre, eh bien je me suis dit, « Ah alors, ça existe donc, je ne suis pas toute seule à vivre cela, puisqu’y z’ont même créé un nom pour ça ! », donc, oui la dysphorie de genre, ça a plutôt été une bonne chose pour moi, une bonne révélation !
Tu sais, en fait c’est un peu comme l’homosexualité : une fille vivant dans un monde rempli d’hétéros qui constate qu’elle est attirée par les filles, c’est un choc ; mais si elle sait que cela s’appelle l’homosexualité et qu’il y a plein de filles comme elles qui aiment les filles, eh bien, là, ça va tout de suite mieux ! En tous les cas, c’est comme ça que ça s’est passé pour moi ! Dans les deux cas, du reste – j’ai fait la totale !

Bien sûr si après on dit que les trans c’est des malades et qu’il faut les soigner, là je ne suis plus d’accord ! Mais là aussi, je peux faire le parallèle avec l’homosexualité : se sentir dysphorée du genre c’est comme se sentir gay ou goudou, ça ne se soigne pas ! ça s’assume, ça se revendique, puis ça finit au palais Bourbon !

Là où y a un truc qui est vraiment différent de l’homosexualité, et qui pose un vrai dilemme, je trouve, c’est qu’il y a un vrai paradoxe dans la mise en œuvre de sa dysphorie de genre. Si tu es gay, à part le prix des capotes, tu n’as pas beaucoup de frais ! Les boites gays, ça coûte même moins cher que les boites hétéros, les bars idem, sauf si tu vas à bobo land, ça c’est sûr ! Et puis c’est tout comme frais ! Oh ! éventuellement un petit lifting pour passer la quarantaine mais ça c’est juste optionnel !

Etre dysphorée du genre, c’est autre chose, tu vois : entre le traitement, à vie, ma chère, l’épilation laser, les opérations diverses et variées et tutti quanti, c’est pas une cinécure cette petite histoire ! … Et donc … hein … qui c’est qui paye ? Et c’est là qu’il y a un paradoxe, tu vois : soit c’est la personne dysphorée du genre qui assume financièrement sa dysphorie et finalement ça devient un truc de riches, soit c’est la communauté qui paye, mais alors dans ce cas, il peut être logique de se demander pourquoi qu’elle paierait, la société ? La réponse aujourd’hui c’est qu’elle paye (en partie) si les dysphoréEs du genre sont considéréEs comme des malades ! Et le paradoxe est là pour moi : vouloir être considéréE, tout à fait légitimement, comme une Personne comme vous et moi d’une part, et vouloir que nos soins, traitements, opérations, soient prises en charge par la communauté, d’autre part.

C’est vrai que le paradoxe, comme je viens de le poser, repose sur le fait que si la sécurité sociale paye il va falloir cocher une case : la cause c’est quoi ? Est-ce des raisons de confort ? Est-ce que cela va toucher le processus vitale ? Est-ce préventif ? etc.. Là il y a un vrai débat et vues les restrictions tous azimuts actuelles, si le débat était clairement posé aujourd’hui, ce ne serait pas gagné ! Donc il y a un certain intérêt à être cochée comme malade de la dysphorie !

Bien sûr on peut arguer que si tu es dysphoréE du genre et que si tu ne transitionnes pas, alors ça va mal aller la vie et que du coup c’est mieux de payer pour la transition, qui rend guériE, que de payer des anti-anxiolytiques ou des anti-dépresseurs à vie ….

Ceci dit, n’exagérons pas non plus l’intérêt qu’il peut y avoir à être misE en case dysphoréE ! Les coûts vraiment les plus importants ça reste la chirurgie et notamment les chirurgies faciale et génitale : la chirurgie du visage, c’est classé directement comme esthétique, c’est plein pot pour toi, quant à la génitale, comme tu sais, en France, c’est même pas la peine d’essayer : si tu veux te retrouver avec un machin difforme après t’être fait malmenée par une bande de pseudo-psychiatres experts en dysphorie pouët pouët, tu auras tout bon. Donc y a que l’étranger : Thaïlande, Quebec, Belgique, disent certaines … et là, c’est aussi plein pot pour toi.

Et puis il y a le traitement … c’est pas très cher, peut-être 30/40 euros par mois. Mais bon c’est toujours bon à prendre ! Pour ma part, ça justifie en partie ma complémentaire santé en tous les cas ! Et puis il y a les rendez-vous chez le doc, les examens de sang etc … Pour ce qui est des épilations laser, moi j’ai décidé de les prendre à ma charge, – parce que je ne suis pas sur la paille, non plus ! – mais là où ça a commencé à me mettre en colère c’est que maintenant ils nous font payer la TVA : et hop 20% de plus ! … La séance à 100 euros, c’était pas donné, déjà, passe à 120 … moi, ça me gave ! Je veux bien payer, mais il ne faut pas me prendre pour une vache à lait non plus. Alors j’ai décidé pour l’épilation électrique de me faire classer ALD (Affection Longue Durée) et du coup, pouf, je retombe dans le paradoxe ! Donc d’un côté je crie haut et fort à ceux et celles qui veulent bien me lire « Je suis NORMALEment différente et pas une malade du ciboulot comme qu’on voudrait nous le faire croire» et d’un autre je me fais classer « Affectée pour un long moment », histoire de remettre un peu de justice à ma sauce !! …

Après il y a les filles et les gars qui sont pas aidées par papa/maman. Alors il faut qu’illes fassent avec les moyens du bord. Soit qu’illes rentrent dans les protocoles officiels et bonjour les dégâts, soit qu’illes trouvent des financements parallèles. Bien sûr il y a les mécènes. Mais les mécènes, ça ne court pas les rues. Les mécènes les plus courants des rues, c’est les mécènes qui consomment sur place et qui préfèrent le mécénat à répétition qu’une vraie, bonne et lourde action charitable. Remarque, j’en ai connu ou j’en connais des hommes qui s’en prennent pour une petite et qui l’aide à franchir les étapes. Ça peut même être plutôt sympa. Après, il ne faut pas forcément rechercher trop loin les motivations de la petite, mais bon, c’est une forme de contrat entre deux personnes de bon entendement, alors y a rien à dire, tu vois … Enfin, moi je n’ai rien à en redire.

Ceux et celles qui n’ont pas de sous et qui ne peuvent ou ne veulent s’assurer les services d’un mécène, doivent s’en remettre aux spécialistes de la transgenritude. Finalement le pouvoir qu’ils ont, – qu’ils ont pris – ceux-là, c’est à cause de l’argent. Tu sais, j’ai vu des jeunes nanas ou des p’tits gars, à qui il est arrivé des trucs à faire pleurer parce qu’ils étaient dans les mains de ces gens-là … Un jour je te raconterai.

Donc, tout ça pour te dire quoi ? Tout ça pour te dire que la question de la prise en charge de la transformation, c’est un vrai souci. Aujourd’hui une srs en Thaïlande, ça te coûte dans les dix douze mille euros et au Québec dans les dix huit mille, tout compris, voyage et tout. A ce prix là ce sont vraiment des artistes, mais ça reste vraiment très cher, tu vois. Bien sûr tu peux trouver moins cher mais le résultat, hum hum … La FFS, tu peux trouver sur Paris, genre six sept mille euros. Pour l’épilation faut compter peut-être deux mille euros pour le visage et le corps ça dépend du travail ! … Enfin, comme tu vois c’est une vraie rente cette petite affaire. Donc, question : qui c’est qui paye ? Tu me diras, ça coûte moins cher qu’un appartement et pas beaucoup plus cher qu’une BM !, une grosse BM, quand même ! … »

Oui, comme me le faisait remarquer Lou, « Qui c’est qui paye ? » !
Nous avions régulièrement, elle et moi cette discussion, autour de la prise en charge de la transformation. Lou me soutenait que si celle-ci était intégrée dans la société, les coûts pourraient être nettement diminués. De son côté, elle trouvait cela acceptable que son traitement soit payé par la communauté, comme elle disait, ainsi qu’une partie de l’épilation, mais elle aurait eu quelques scrupules à se faire payer la chirurgie génitale. « Moi, c’est comme ça que c’est juste pour moi. Et la FFS, je crois que je pourrai m’en passer …mais je ne parle que de moi …»

@ suivre

(pour contacter l’auteure : lou.edit at yahoo.fr)
Le 8ème épisode de « L’Histoire de Lou » sera mis en ligne le dimanche 17 mars à 10h.

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