L’Histoire de Lou (9)

9ème épisode : L’expertise
L'histoire de Lou 09
En France en 2013, pour obtenir un changement d’état civil une Personne transgenre doit obtenir un certificat médical prouvant son transexualisme.

La cour de cassation de Paris dans un jugement du 13 février 2013 (1) rappelle cela : «attendu que, pour justifier une demande de rectification de la mention du sexe figurant dans un acte de naissance, la personne doit établir, au regard de ce qui est communément admis par la communauté scientifique, la réalité du syndrome transsexuel dont elle est atteinte (…)» . Pour ce faire, le recours à des experts, issus de la « communauté scientifique », s’avère donc nécessaire.

« Pour moi l’affaire est assez claire, voyez-vous. Les relations sexuelles que la malade a entretenues avec son père, démontrent clairement qu’elle était dans une forme assez particulière d’Oedipe inversé ; je vous rappelle à ce titre que le premier cas d’Oedipe inversé a été décrit dans un excellent ouvrage du Docteur Freud en 1935, et que celle-ci, l’inversion de l’Œdipe, je veux dire, provient incontestablement d’une identification inversée à la mère dans les toutes premières années.
Quand nous retraçons l’histoire de l’enfant nous constatons comme la mère, une femme énergique et autoritaire a pu exercer sur celui-ci ou celle-ci, on ne sait plus trop quoi dire !, un pouvoir castrateur et morbide qui l’a transformée, elle, aux yeux de l’enfant, en rivale.
Par ailleurs le désir de l’enfant pour son père, s’il peut surprendre au premier abord le néophyte, démontre clairement les tendances perverses de la malade qu’elle a développées, du reste, pendant le reste de sa vie.
Finalement son père n’a fait que répondre au désir pervers narcissique de l’enfant qui tentait de le séduire afin de prendre symboliquement la place de sa mère.
– Donc, pour vous, Docteur Block, les causes du transexualisme, sont par conséquent très claires et caractérisées ?
– Oui, oui, tout à fait, tout à fait … je dirais même, on ne peut plus claires et avérées. Il est même assez rare de trouver des cas pour lesquels nous nous entendons si rapidement pour rédiger un diagnostic ! N’est-ce pas Docteur Schprountz !
– Tout à fait Docteur Block ! Toutefois ….
– Toutefois ? …
– Oui … toutefois …
– Toutefois ?
– Je rajouterais volontiers un point supplémentaire.
– Ah … Faites … je vous en prie Docteur Schprountz.
– En fait, le cas de cette patiente me fait penser, à celui d’une autre que j’ai eu à traiter il y a quelques années, Dieu ait son âme, qui présentait un transexualisme aigue, comme notre patiente, et dont nous avions diagnostiqué des tendances hystériques fortement développées et par voie de conséquence je me demande, chez notre patiente, comment celle-ci traite ses propres pulsions hystériques ….
– Ah, mais Dc Schprountz, ceci est absolument évident … N’avez-vous pas remarqué les attitudes provocantes de la malade .. Elle gonfle sa poitrine, elle cherche à exciter les hommes avec des tenues affriolantes … (chuchotant soudain) Tenez, ne vous retournez pas, mais je suis certain qu’en ce moment-même, elle fait mine de nous écouter mais qu’en réalité elle cherche à nous séduire. Moi qui l’ai en face je peux vous dire que sa manière de me regarder est loin d’être celle d’une sainte nitouche ! (rehaussant le ton) si je peux me permettre, Docteur Schprountz.
– Je vois … je vois …
– Mais vous ne pouvez la voir, vous êtes de dos !
– Mais puisque je vous dis que je vois …
– Comment cela, vous voyez ?
– Mais dans le reflet de la fenêtre Docteur Block.
– Soit. Dans le reflet de la fenêtre … et vous conviendrez donc comme moi que nous pouvons sans conteste diagnostiquer un cas de transexualisme à tendance hystérico-perverse, n’est-ce pas ?
– Oui, oui .. tout à fait Docteur Block … tout à fait.
– Vous êtes donc d’accord avec moi, voilà qui me ravit, cette expertise n’aura finalement pas été trop longue !
– Toutefois ….
– Toutefois ? …
– Oui … toutefois …
– Quoi, toutefois ?
– Je rajouterais volontiers un point supplémentaire.
– Ah … mais … je vous en prie Docteur Schprountz.
– Eh bien Docteur Block, je ressens chez la patiente un état de découragement intense … Ne ressentez-vous pas la même chose Docteur Block ?
– Non, non … moi je ressentais plutôt une certaine joie que nous ayons pu ainsi achever notre expertise … et une petite faim aussi, peut-être !
– Mais je ne parle pas de vous Docteur Block.
– Ah, je l’espère bien !
– Je disais que je ressens, chez la patiente, comme un état de découragement profond … Voyez-vous, depuis qu’elle est ici, elle n’a pas dit un mot, elle nous regarde d’un regard vague, légèrement vitreux – vous avez observé son fond de l’œil ? – et semble profondément déprimée …
– Ah, j’ai compris Docteur Schprountz, vous voulez pointer le syndrome dépressif de la patiente … Alors là, Docteur Schprountz, je vous dis bravo ! .. ça allait précisément m’échapper … Donc je note : mhhh … transexualisme primaire à tendance hystérico-perverse … euh … je vais donc plutôt noter à « fortes » tendances hystérico-perverses présentant un syndrôme dépressif … caractérisé, oui, je vais rajouter « caractérisé », cela fait tout de suite plus … affirmé, n’est-ce-pas ?
– Oui oui …
– Bon alors, nous y sommes … Vous avez quelque chose à rajouter Docteur Schprountz ?
– Non, non …
– Toutefois ?
– Quoi toutefois ?
– Vous n’avez pas un petit toutefois ?
– Vous vous moquez, Docteur Block !
– Oui, je vous avoue, j’aime assez vous taquiner ! Où souhaitez-vous déjeuner Docteur Schprountz ? Je connais une petite brasserie pas très loin d’ici qui …

Bon, si vous avez fini, je peux la récupérer mon expertise ?

– Ah excusez-nous, nous vous avions complètement oubliée ! Que c’est drôle Docteur Schprountz !
– N’est-ce pas Docteur Block ! »

Lors de ce même jugement de février 2013, la cour de cassation rappelle la position répétée de la jurisprudence qui précise que la Demanderesse doit également établir « le caractère irréversible de la transformation de son apparence »
En l’absence de vérification visuelle par les juges, lors de l’audience, quant à la véracité de la transformation, une preuve médico-chirurgicale du changement de sexe doit être apportée.
Pour ce faire le recours à des experts, à la charge de la demanderesse (2) est alors ordonné.

« On regarde sa zézette maintenant, Docteur Schprountz ?
– Je vous en prie, Docteur Block.
»

Je ressens, à relater cette situation, un profond sentiment de honte envers ces Personnes, traitées de façon humiliante par ces binômes médico-judiciaire et ce en l’absence d’une législation claire et respectueuse des Personnes, sur le sujet.

Ces situations évoquent en moi d’autres expertises des parties génitales, en d’autres temps, qui déterminaient l’éventuel voyage sans retour de l’expertisé, vers des camps teutons éloignés.

@ suivre

(1) Arrêt n° 108 du 13 février 2013 (12.11-949) – Cour de cassation de Paris – Première chambre civile – ECLI:FR:CCASS:C100108
(2) Le coût de ces expertises peut être évalué entre 1200 € et 3000 € selon les dires des personnes concernées.

(pour contacter l’auteure : lou.edit at yahoo.fr)

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