In Nomine JogJakartus, Hammarbergem, et Transidentitum, Amen.

Ladies and gentlemen, sous vos yeux ébahis : L'INDISCUTABLE VÉRITÉÉÉÉÉ !!!! (Et on l'applaudit bien fort merci.)

Ladies and gentlemen, sous vos yeux ébahis : L’INDISCUTABLE VÉRITÉÉÉÉÉ !!!! (Et on l’applaudit bien fort merci.)

Voila quelques temps maintenant que je me tiens confortablement à distance du « lobby trans » qui ne me manque pas spécialement. Mais la lecture récente d’un article couplé à l’écoute d’un podcast m’ont fait prendre conscience de quelque chose par rapport à ce petit milieu je crois. Je ne sais pas si c’est intéressant, mais je le partage quand même ici, puisque je pense que le lectorat de ce site est finalement directement concerné.

Je n’aime pas beaucoup les religions ; ce n’est que mon avis perso, donc à la rigueur on s’en fout. Pourtant, je viens de me faire la réflexion que pas mal d’entre nous (je ne m’en exclus pas) ont sans forcément s’en apercevoir une approche strictement religieuse des histoires d’identité de genre.

Au fil de mes lectures, je viens de tomber sur un pamphlet de style 100% religieux qui se targuait pourtant d’être une sois disant « analyse ». Du genre qui n’apporte rien et ne tolère rien d’autre que la croyance unique à laquelle il se rapporte, de façon assez intégriste. Un texte qui ne s’encombre pas vraiment d’argumentation, et qui ne s’appuie que sur des textes sacrés afin de justifier son propos, et de tenter vainement d’orienter l’avis des lecteurs (& auditeurs) qui pour la plupart n’ont rien lu de ces textes et ne les liront jamais parce qu’ils s’en contrefoutent. (Et ont bien raison).

Des versets prétendument clairs (mais pourtant parfaitement obscurs pour le commun des mortels) sont cités ça et là, dans l’espoir de prouver que celui ou celle qui le cite a indiscutablement raison. « Raison » en comparaison de tous ceux qui ne reconnaissent pas la légitimité dudit texte, et qui sont donc forcément soit dans l’ignorance soit dans l’erreur la plus absolue.

La dévotion totale de celui qui cite ces textes envers l’idéologie qu’ils sont sensée illustrer suffirait donc à conférer audit texte (et donc à ladite idéologie) un indiscutable véracité, et (donc) le droit d’influer « légitimement » sur l’ensemble de l’humanité au nom de cette foi.

Pourtant ces bibles pleines de bonne volonté, ont bel et bien été accaparées par des personnes humaines. Qui se les sont réappropriés afin de les transmettre, les inculquer, voire les imposer légalement aux autres en fonction de ce qu’ils en ont compris, et de la façon dont ils les ont interprétées. (Et sans doute en fonction d’intérêts inconsciemment personnels, mais pourtant sincèrement envisagés comme étant ceux de l’humanité entière).

Ce clergé bienveillant a de plus en plus de fidèles : Des gens divers dont certains souffrent beaucoup, dont d’autres sont un peu perdus, ou influençables, et qui ont besoin de croire que tout peut un jour aller mieux. Que leur monde sera sauvé. Mais la bonne parole prétend que ça doit bien entendu passer par la soumission de chaque humain à une « loi » ferme et unique sans laquelle rien ne peut fonctionner. Des fidèles qui – à la simple lecture de cette « loi possible » (terre promise?) qui leur donne tant d’espoirs, se prosternent sans plus poser (ni SE poser) la moindre question, puisque Dieu et l’élite de l’Église ont déjà réfléchi pour eux et à leur place.

Ces intouchables et indiscutables textes sacrés sont (par exemple) les principes de Jogjakarta, ou les 12 recommandations d’Hammarberg.

J’imagine fort bien que la récente doctrine qui s’appuie sur ces ouvrages n’a sans doute été conçue qu’à des fins honorables, pour aider l’humanité et la société toute entière. (À moins que ça n’ait pour unique objectif que de faciliter la vie à la poignée de trans qui se sentent concerné(e)s. Pour qu’elles se sentent enfin plus légitimes, protégées, libres, moins coupables d’être ce qu’elles sont, de penser ce qu’elles pensent, ou d’avoir le parcours qu’elles ont. Et ce, au détriment des convictions intimes de beaucoup d’autres gens – y compris d’autres trans qui par contre ne se sentent absolument PAS concernées).

Les douze commandements d’Hammarberg sont brandis par certain(e)s comme un éclairage absolument sans appel. Une avancée irréfutable d’une légitimité absolue.

Pourtant, la recommandation citée dans le texte qui a déclenché ma « réflexion » (en l’occurrence la 5 : Remboursement intégral de tous les soins attenants à une transition par la CPAM) me parait personnellement injuste pour les autres et donc très discutable – même si il est évident que ça m’arrangerait bien à titre personnel que cette loi soit en place. J’estime avoir le droit de penser objectivement que c’est injuste et discutable, et de l’exprimer.

Mais en fait, non. Si on ne croit pas au texte, le reste s’effondre, puisqu’il n’y a désormais même plus l’effort d’une argumentation. Du coup, toute remise en question desdits textes est devenue inconcevable et éliminatoire.

C’est donc en lisant et écoutant ce tas d’affirmations péremptoires ne reposant finalement que sur de la « foi », qu’un paquet de paradoxes m’ont sautés au visage : J’ai vu une doctrine qui prétend œuvrer pour la tolérance (et qui la réclame des autres à corps et à cris), mais qui se montre elle-même d’une intolérance et d’un dédain de l’autre incommensurables.

J’ai vu une Église minoritaire qui se réclame d’une ouverture d’esprit absolue, et qui pourtant est incroyablement cloisonnante et cloisonnée, tout en tentant à tout prix d’uniformiser la pensée des gens à l’image de la sienne.

Un clergé résolument manichéen, alors qu’il se défend généralement assez farouchement de toute « binarité ». Opposant ceux qui pensent comme lui (et qui ont donc « tout compris » et sont les « gentils », les garants de la liberté) à ceux qui pensent différemment (et sont donc automatiquement catégorisés comme des ennemis de la justice, les opposants aux droits humains : Des « coupables », à raisonner ou convertir. Voire à écarter ou à bannir).

C’est pourquoi j’ai eu l’impression de voir à travers la forme et le fond de ces discours une énième croyance qui divise en prétendant rassembler, au même titre que n’importe quelle autre religion.

Je précise que personnellement, je suis dans l’ensemble plutôt d’accord avec les recos d’Hammarberg, ou les principes de Jogjakarta, et avec celles et ceux qui portent ces textes. C’est par contre ce qu’est devenu notre façon de considérer ces textes et de les diffuser qui m’a amenée à ce constat un peu gênant.

Je m’estime (de façon certainement très prétentieuse) assez bien placée pour parler de cet état « d’illumination », puisque ayant longtemps été confite dans la doctrine en question, j’ai tenu sensiblement les mêmes discours quasi-religieux. (Au point d’accoucher d’un site sur la question que je ne laisse en ligne qu’afin de bien me souvenir de ce que j’ai été capable de penser et d’écrire sous l’emprise de ce que je considérais alors comme une inaltérable vérité absolue. J’avoue en avoir plutôt honte aujourd’hui).

Le problème est que celles et ceux qui estiment encore qu’Hammarberg reste « discutable » deviennent « personas non gratas » dans certaines confréries de trans sous prétexte qu’elles ont forcément raté des épisodes. Ou (si elle n’en ont manifestement raté aucun), elles sont donc ennemi(e)s de la liberté et des droits humains dans la tête de certain(e)s. C’est en cela qu’il me semble que tout ça n’a plus rien d’un débat constructif, ouvert et évolutif, mais que ça prend de plus en plus l’allure d’une guerre de religions scriptée, et de plus en plus fermée.

Pour résumer, je supporte de moins en moins de voir systématiquement certain(e)s (au même titre que les 3 monothéismes ou n’importe quel parti politique qui fonctionnent aussi comme ça) confondre leur foi intime avec un savoir qui devrait s’imposer à TOUS. De les voir sans plus rien argumenter se contenter de brandir des textes dans lesquels tout est déjà écrit, et auxquels il ne reste donc plus qu’à croire & obéir.

Vous vous demandez bien pourquoi je viens parler de ça ici  – dans la mesure où manifestement j’en ai plus grand-chose à foutre de ces problématiques, et qu’en plus je reconnais volontiers que je ne m’exclus même pas de ce triste fonctionnement ?

Je me demande aussi…

Sans doute parce qu’il est toujours très désagréable de s’apercevoir que si je ne parle plus de ma propre foi (qui ne vaut pas mieux que celle des autres – mais pas moins non plus), d’autres prendront mon tour pour dire leurs conneries à ma place, voire même prétendument « en mon nom ». Et que quand c’est fait d’une façon qui me déplait fortement, mon ego démesuré et mon esprit chafouin ne peuvent s’empêcher de s’en offusquer, et de faire une petite mise au point.

(Je crois que je suis une vilaine. Pardon).

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