Faux cheveux, vraie tête

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© recuphair.com
Ce matin, j’ai reçu ce mail d’une amie : 

« … comme je commence vraiment a en avoir marre de mes faux cheveux, eh bien je ne les ai pas mis. Decision tres courageuse, car j’ai commencé a croiser une voisine dans l’escalier !! puis un immense groupe d’hommes saouls rue R., mais j’ai courageusement fait face et tout s’est bien passé

Je crois bien que c’était la premiere fois que je sortais avec ma vraie tete. Bon je n’etais pas completement depaysée car depuis 1 mois maintenant, je vis ainsi chez moi, et mes visiteurs ont l’obligation de me voir telle que je suis, que ca leur plaise ou non »

Ma réponse à cette amie :
Pour ce qui est de la question des cheveux (et du reste) ce qui compte c‘est que tu te sentes bien, que tu fasses les choses qui te font te sentir à l’aise.
Je me questionne sur ce que tu dis, les faux cheveux, la notion de courage… et voici le fruit de ma réflexion, sans doute trop rapide j’en conviens !
Si tu es plus à l’aise sans cheveux additionnels tu as raison de ne plus en porter, mais pour moi ce n’est « moralement » pas mieux ou moins bien d’en porter ou pas.
Comme tu es bien placée pour le savoir, la féminité se construit, qu’on soit une personne trans ou cisgenre ne change rien à cette affaire. Moi je me colore les cheveux, je les coupe et fais des brushing. On pourrait très bien voir là quelque chose de « faux ». Je ne le ressens pas comme tel. C’est pourquoi je n’associerais pas forcément le port ou pas de cheveux (additionnels ou pas d’ailleurs) comme quelque chose de vrai ou de faux (tu parles de faux cheveux, de ta vraie tête). C’est ce que tu ressens cette fausseté mais pour moi dès lors que tu les portes ils font partie de toi, ils sont aussi vrais que tout ce qui constitue l’expression véritable de ton apparence.  Féminité, masculinité, féminité masculine, masculinité féminine, etc. Pour toi ou moi disons plutôt une féminité binaire traditionnelle hé hé… Pas de fausseté pour moi dans tout ce que nous pouvons utiliser pour nous sentir bien avec notre apparence, dans tout ce que nous utilisons pour exprimer notre « identité de genre » de façon conforme à la façon dont nous voulons être perçues : coupe de cheveux, manucure, maquillage, vêtements, bijoux, tatouages, travail de la voix, attention portée à sa posture, démarche, épilation, transformation corporelles via hormones, opérations chirurgicales… rien de faux dans tout ça. Construction consciente et réfléchie de son apparence mais pas triche ou imposture (lire Julia Serano à ce sujet : Manifeste d’une femme trans). Cette construction n’est pas le fait des seules personnes trans mais de tout le monde, et personne n’aurait l’idée de dire qu’une femme cisgenre exprimant sa féminité devient fausse (n’est plus une femme) si elle s’ajoute des cheveux.
Après avoir dit cela, il est vrai que les efforts consentis pour construire notre apparence peuvent représenter plus ou moins de contraintes ressenties. Ces contraintes peuvent être plus ou moins pénibles, plus ou moins supportables, plus ou moins RENTABLES j’ai envie de dire. Dans le cas de cheveux additionnels je suppose que le port quand il fait chaud par exemple peut être pénible, ou bien l’entretien peut être fastidieux… C’est cet aspect purement fonctionnel que je retiens. Ce pur aspect matériel constitue un critère de « rentabilité « ou d’éfficacité (ce qu’on dépense d’énergie et ce que ça rapporte), qui permet de juger qu’on a envie de s’en passer car le bénéfice d’apparence s’avère moins élevé que le déficit de soucis matériel que cela donne. Au dela donc de cet aspect pragmatique, j’évacue en ce qui me concerne tout jugement de vérité sur les modifications d’apparence (de genre ou autre).
En gros ce que tu « performes » devient vrai à la seconde ou tu le co-produis avec le « spectateur ». Cette « performance » n’est pas que TA production, tu n’es pas la seule sujet agissante car les « regardeurs » agissent aussi et ce sont eux qui te « font femme » . Ce sont eux qui agissent principalement puisque ce sont eux qui produisent ton genre, soit en t’assignat correctement, soit en te « mal-genrant » (cf Julia Serano)
Voilà le fond de ma pensée, tirée de mon expérience et de quelques maigres lectures. j’espère n’être pas trop séche dans la forme car je n’éprouve que de la bienveillance pour tout ça, et pour toi en particulier. 🙂
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