Transition douce

 

Roman Opalka

Roman Opalka

Pour ce qui est du rythme de nos transitions nous avons deux façons différentes d’avancer, qui nous correspondent. C’est très bien comme ça. Ma façon à été très rapide et ma copine me l’a reproché. Ça aurait pu bouziller notre relation inutilement. Donc aller vite ce n’est pas la panacée, mais au final, c’est « passé » ! (enfin le final on ne le connait pas, les choses ne sont jamais figées tant que nous sommes vivantes !)

Je pense qu’en fait je n’ai rien à dire sur le rythme que tu choisis d’adopter. Mais poser les choses clairement à tes proches peut se faire sans bousculer ton rythme, c’est plutôt ça que j’avais envie de te dire.

Et puis c’est compliqué d’impliquer les autres dans nos décisions. J’ai le sentiment que de leur laisser une part de décision, c’est aussi leur transmettre une part de responsabilité. Et je ne pense pas que cela puisse bien fonctionner pour ce qui est de modifications de notre apparence de genre qui nous concernent. Je suis pour annoncer les choses posément, expliquer ce qui peut se produire concrètement, préciser grosso modo l’échéance et dire ce qu’on souhaite pour la suite de la relation (donner l’état de ses sentiments).

Pour ce qui te concerne, tu entames un procesus avec les hormones mais ne souhaite pas en parler pour l’instant. Tu penses que c’est trop violent (tout dépend comment c’est annoncé, mais effectivement ce n’est pas anodin, tu le sens bien). Les modifications corporelles liées à la prise d’hormone sont très différentes selon les personnes. Bien souvent toutefois, les changements sont assez visibles à partir de 3 et 6 mois. Si tu es quelquefois dévétue devant ta femme, il peut devenir assez vite difficile de faire semblant de rien !

Je pense que tu as raison d’acculturer ta femme par des lectures choisies (encore faut-il qu’elle ai envie de les lire, ce qu’elle pourrait ressentir comme une acceptation qu’elle n’est pas prête à accorder maintenant). Tu espères la convaincre que pour votre enfant de 15 ans ça ne posera pas de problème. Est-ce que tu en es convaincue toi-même ?

Je pense que des problèmes peuvent se poser liés aux modifications de l’apparence. Ces problèmes ce n’est pas nous qui les posons mais les tas de gens qui ne sont pas prêts à accepter cette fluidité du genre. Il est difficile de savoir à l’avance quelles personnes nous soutiendront, quelles personnes seront indifférentes, et quelles personnes vont s’opposer et quelquefois même tenter de nous nuire. C’est en avançant dans la transition qu’on peut agir quand les problèmes surviennent avec les autres (l’enfer c’est toujours les autres !), mais je pense qu’il est la plupart du temps impossible de prévoir ces problèmes. Ils sont inévitables, quelque soit le temps que l’on prenne à transitionner. Il ne faut pas s’en faire une montagne. On a parfois tendance à les imaginer plus importants et plus nombreux qu’ils ne le seront. Ce qui fait peur c’est leur potentialité. Une fois qu’ils sont là ils ne font plus peur. On gère.

Moi je pense qu’un enfant de 15 ans à qui on parle avec pédagogie est capable de comprendre et d’accepter. Comme ta femme d’ailleurs. Tout le monde peut comprendre. Mais tout le monde ne veut pas forcément le faire, ou bien n’a pas toutes les cartes en mains pour comprendre, souvent par manque d’information correcte.

Ça veut dire quoi parler à son entourage ? Pour moi le message à mon entourage proche fut très simple, je l’avais construit comme ça :

1 – J’AI quelque chose à te dire qui me tient à cœur : JE vais faire une transition et changer d’apparence physique. JE vais devenir une femme. Ça va prendre du temps mais c’est en route.

2 – TU N’ES PAS EN CAUSE, ce n’est pas de ta faute, tu n’as rien à voir avec cette décision que j’ai prise. j’ai pris cette décision car ça me correspond (message positif) je ne supporte plus de vivre en homme (en négatif). Quoi qu’il en soit tu n’es pour rien dans cette situation ET dans cette décision de changement. J’assume tout.

3 – JE T’AIME de la même façon car je suis et je reste la même personne. Pour moi notre relation ne va pas changer. On parle de modification extérieure, pas de sentiments intérieurs. (pour ma copine j’ai ajouté qu’elle se sente libre de stopper la relation si cette modification ne lui allait pas, mais que moi je ne souhaitais pas stopper la relation de mon côté car mes sentiments pour elle étaient toujours là)

4 – (Conclusion) : COMMENT TE SENS-TU avec cette information ? Je ne te demande pas de décider pour moi, mais je peux t’aider si tu as des difficultés à comprendre, à accepter car je me suis documentée. On peut en discuter, je comprends que dans le contexte ce n’est pas facile à avaler, le genre étant une norme tellement importante, bla bla bla (fournir infos, aller sur les bons sites, faire rencontrer d’autres personnes trans, etc… pédagogie quoi !)

Peut-on éviter cette étape du coming-out en menant une « transition douce » ? Une transition qui ne heurterait plus la sensibilité des autres, qui se ferait « naturellement ». Nous serions donc reconnues de façon « naturelle » par nos proches, qui accepteraient notre nouvelle évidence. Oui bien sûr dans la rue, avec des inconnus c’est possible, et ça nous fait plaisir cette absence de passé, cette essentialisation de notre identité ! Comme tout le monde quoi ! Mais avec les proches c’est autre chose. ceux qui connaissent notre passé ne sont pas prêts à nous accorder la naturalisation de notre identité si facilement !

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