Chettawut : SRS sans faute, SAV peut mieux faire !

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Le Dr Chettawut déclare, dans une interview publiée en français, qu’il garde le contact avec ses patientes : à la question de Marina (« gardez-vous le contact avec vos patientes ?), il répond  (http://www.transidentite.fr/interviews.html)

Dr Chettawut : Oui, nous avons de très bonnes relations. Nous gardons contact par e-mail car je souhaite avoir un suivi. Je veux que mes opérations apportent de la satisfaction aussi je veux avoir un feed-back sur la suite.

Dans la réalité, le Dr garde peut-être « de bonnes relations » par mail mais concrètement met un temps fou à répondre aux mails qu’on lui adresse au sujet du suivi médical en France de l’opération de réassignation sexuelle. Autrement dit, autant les patientes sont merveilleusement traitées tant qu’elles sont en Thaïlande, autant, quand elles rentrent en France, ça donne l’impression « débrouille-toi Lola ».

Que faire ?

Rester trois mois en Thaïlande et négocier un complément de contrat, un suivi infirmier payant ? Pas si bête : il suffit de changer d’hôtel, peut-être, et idéalement d’avoir un travail en free-lance qui permette de bosser depuis la Thaïlande (non sans compétitivité, de surcroît, grâce au décalage horaire…). En Thaïlande, iels connaissent leur affaire, pas de doute… un point positif. En tous cas, ne pas raccourcir son séjour « légal » !

Prendre RV avec un.e gynéco friendly AVANT son départ en Thaïlande, vu qu’il faut trois mois pour en obtenir un ? Une précaution absolument nécessaire.

Et en tous cas prévoir dès son retour un suivi par son médecin de ville ? Mais il ou elle saura-t-iel juger si tout se passe bien, au-delà des choses les plus courantes, douleur, nécroses, infections ? Il faut trouver un.e médecin à qui on puisse oser montrer son sexe.

Il est clair en tous cas que pendant les trois mois qui suivent l’opération, la patiente est en convalescence, que les infections (plus ou moins graves : cela va de l’infection urinaire proliférante à l’infection superficielle de peau, qui se traite à la Bétadine et à l’eau de Dakin) sont très fréquentes. La protection antibiotique du Dr Chettawut ne dure, au retour, qu’une semaine ou deux ; s’ensuivent des ennuis divers, difficiles à évaluer soi-même quand on n’a pas de diplôme médical. Quant à la douleur, elle est récurrente, pas très forte, survenant par à-coups mais très fatigante. Au bout de deux mois, la patiente ne gambade absolument pas.

Mon avis d' »entourage proche » d’une patiente du Dr Chattawut est que l’opération est vraiment très bien, magique, dentellière : les cicatrices disparaissent (ne pas hésiter à y mettre du Cicalfate au bout d’un mois environ, ça aide !), l’aspect asymétrique du début s’estompe, les choses guérissent manifestement. Mais les souffrances et difficultés post-opératoires liées aux infections sont insuffisamment prises en compte dans le pack-opération ; il faut donc les prévoir et les anticiper. Se bourrer d’antidouleurs en automédication n’est peut-être pas la meilleure solution. On regrette tout de même que les papiers du Dr ne comportent pas un protocole de suivi post-op plus précis.

Contrairement à une opération de réduction mammaire, par exemple, où on va nettement mieux au bout de deux mois, dans le cas de la SSR la guérison est très lente, entravée d’infections, d’épuisement, de douleurs ; la patiente reste longtemps dans un état de handicap certain ; une virée en métro l’épuise ; un restaurant sans coussin l’accable. A propos, nous avons caché le coussin dans une housse carrée standard de couleur brune, plus discrète que la rondelle rose vif arborant fièrement le sigle de la surgery ; fourré dans un grand sac, il se trimballe partout. Discret et élégant !

Que tout cela ne décourage pas les candidates : le travail est magnifique et tous ces petits soucis seront bientôt oubliés. Mais justement pendant qu’on les vit, parlons-en, afin que d’autres ne se laissent pas « surprendre » par les difficultés du retour en France.

(Aller vivre définitivement en Thaïlande ? Tentant, n’est-ce pas ?)

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Joyeux noël ! un carton entier de lubrifiant à bougie !

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Les bougies de noël, http://carrefourbruyere.blogspot.fr/2011/12/vers-noel-3-decembre.html

Bougie ! Eh oui, c’est ainsi que la Dr S…-B… appelle les délicieux dilatateurs d’une émouvante transparence que le bon docteur de Bangkok donne à ses patientes dans une jolie trousse de voyage. Or qui dit bougie dit gelée spéciale pour lubrifier l’engin. Prononcez kawaï ! K-Y pour les intimes, lesdits intimes étant les amateurs de bons produits traditionnels de l’Amérique de toujours (un peu collant, le gel, selon l’avis des experts, mais baste !).

Et puisque les dilatations risquent de durer un certain nombre d’années (l’activité est de moins en moins prenante au fil du temps, mais ça commence fort !) n’hésitons pas à offrir à nos proches le cadeau de noël de leurs rêves : un coffret entier de Lubricating Jelly !

Certes, c’est moins bien présenté que chez Marionnaud…

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mais ça fait son petit effet sous le sapin. Et puis c’est discret, comme colis. Tout le voisinage est au courant quand le livreur essoufflé braille dans l’escalier en demandant à tout le monde où est-ce qu’il crèche le bâtiment A :

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C’est écrit en plusieurs langues pour être sûr.es que tout le monde comprenne bien !

Ouvrons le cadeau :

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Jésus-Marie, c’est ravissant. Et bien protégé en cas de choc !

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Chaque tube contient 82 grammes, deux fois plus qu’à la clinique de Bangkok ! Stop affaire ! Et si vous en achetez plein, sur un site médical bien sûr, parce que sinon on retombe sur les tarifs « le Marais des copains », vous n’aurez pas à payer les frais de port !

Voilà, n’hésitez pas à vous faire livrer au bureau pour un fou-rire garanti avec vos collègues !

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Thaïlande bien-aimée

Nadine a raison : on va la regretter, la Thaïlande  – je pars en réalité demain, puisqu’après minuit, pas d’erreur, c’est déjà le lendemain… j’ai failli me tromper, heureusement que j’ai mailé à la compagnie…

Voici la vue qu’on a depuis la salle de restaurant du centre commercial, snif, elle va me manquer, cette vue !

Mon opérée chérie dort tout le temps. C’est bien paisible, tout ça ! J’ai passé l’après-midi à la regarder dormir – tout en crochetant de la laine kawaï, corrigeant des textes et recherchant des articles sur Internet. 3 h et 45 minutes comme ça ! Elle a dû cumuler 7 minutes de réveil, pendant lesquelles elle m’a dicté quelques réponses à des mails. Puis, ma foi, elle s’est rendormie.

Pendant qu’elle dort, étudions le thaï. C’est pas gagné. Voici des tableaux de concordance entre les lettres (qui se lisent dans le même sens que chez nous, c’est déjà ça de gagné, de gauche à droite et de bas en haut – paraît-il).

 

Le but serait d’arriver à lire le nom des rues !

Sinon, voici des photos de dépliants pour la banque K – K comme kattoey ? En effet, si les enfants, la famille et même les retraités dans leur jardin (iels sont bien jeunes !!!) affectent un look quasi mondialisé…

…il n’en va pas de même pour le dépliant qui promet monts et merveilles aux jeunes qui viennent d’entrer dans la vie active.

Vous l’avez vu, en haut à gauche ?

Je l’ai remis à l’endroit pour qu’on le voit mieux… Oui, lui, là ! Le kattoey ! Zoom !

Alors un métier comme un autre, en Thaïlande ? On est kattoey comme on est serveuse ou cuisinier ?

Les aventures d’une accompagnatrice de SRS à Bangkok, suite

Je continue à raconter une opération de SRS chez le docteur C* à Bangkok du pur point de vue de l’accompagnatrice, ce qui manque sur le web où figurent seulement des témoignages d’opérées.

Je vous avais laissé.es la veille de l’opé de ma camarade (le guide de l’accompagnatrice, voir plus haut !)  ; ladite opé s’est bien passée, mais je n’ai eu le droit de voir mon opérée que le lendemain après-midi de l’opération. Ici les mœurs thaïes diffèrent largement des nôtres. Si nous trouvons normal d’avoir des nouvelles et de passer embrasser l’opérée dès qu’elle sort du coltar, il n’en va pas du tout de même ici.

Le docteur C* m’avait dit de passer après 18 h, pourtant, ce qui semblait plausible pour une opération à 13 h et quelques, mais il est vrai qu’il n’avait pas semblé apporter beaucoup d’attention à cette information, pour lui mineure. J’ai pris un taxi depuis l’hôtel vers 19 h pour arriver 20 minutes plus tard, dans l’espoir de pouvoir attendre sur place si nécessaire. Cela n’a pas été possible : j’ai dû reprendre illico un taxi dans l’autre sens et rentrer à l’hôtel, avec la promesse qu’on m’appelerait vers 10 h du soir.

Personne n’a appelé avant minuit moins le quart et j’ai vécu queques heures d’angoisse larvaire (tout en me disant le plus sereinement possible que si on ne m’appelait pas, c’est qu’on n’avait rien à signaler).  Je n’ai guère été rassurée par les témoignages, compulsés pour passer le temps, qui racontaient des cas d’émergence à 20 h, avec assez de clarté d’esprit pour donner des nouvelles sur facebook. Heureusement, il y avait un cas de réveil à 23 h, ce qui a rendu l’attente moins inquiétante jusqu’à cette heure-là.

Alors disons-le tout net : c’est long, très long. La future opérée part pour la clinique à 13 h mais n’est opérée qu’au moins deux heures plus tard. L’opération dure cinq ou six heures – ici, ce fut six heures largement comptées. Le réveil peut être très lent : ici, près de trois heures.  On obtient par téléphone des informations minimales : dans mon cas, on m’a seulement dit qu’elle était réveillée, et dans mon émotion je n’arrivais même plus à demander « Is she fine ? », ce qui est pourtant d’une simplicité élémentaire : je répétais : « Is she well ? », ce qui ne veut rien dire, et on me répondait seulement : « she is awaked now ».  Et même si on est la compagne de l’opérée, on ne peut la voir que le lendemain, en début d’après-midi.

Tout cela m’a passablement stressée. Il faut donc savoir que l’activité de la clinique, centrée sur l’opérée et son opération, fait peu de cas de l’entourage, qui n’est pas personna grata sur les lieux. J’avais accompagné ma future opérée pour sa visite médicale, le premier jour ; on lui avait proposé un café, pas à moi. Je ne sais pas si les brunes comptent pour des prunes mais les accompagnateurs comptent pour du beurre !

Faut-il pour autant renoncer à accompagner une personne à Bangkok ? je crois que non. Il faut savoir que tout ce qui tourne autour de la clinique tient l’accompagnateur très à l’écart, encore que j’ai le droit, à présent, d’aller voir mon opérée l’après-midi aussi longtemps qu’elle voudra (hier ma visite était contingentée à une heure max). Pour le reste, l’accompagnateur reste utile : on est plus fortes à deux devant Bangkok si on n’est jamais allées en Asie, moins fragiles devant la mégalopole ! On est utile en cas de malaise vagal (cela peut arriver avec la purge pré-opératoire qui se fait à l’hôtel, c’est arrivé dans le cas de ma compagne et heureusement, comme j’en avais l’expérience car elle est sujette à ce genre de problème à vrai dire assez rare, je n’ai pas paniqué. On ne nous avait rien dit à ce sujet, je pense qu’il vaudrait mieux être prévenue quand même).

Avec une compagne, la future opérée est moins solitaire à l’hôtel. Certes, nous avons eu la chance de rencontrer une Allemande qui se faisait opérer la poitrine mais les occasions de parler à quelqu’un sont quand même très rares : le Dusit Princess est un hôtel magnifique et luxueux mais les opérées et futures opérées du docteur C* ne constituent pas une clientèle repérée, elles sont très peu nombreuses, le docteur ne pouvant opérer tout le monde en même temps. A l’hôtel le personnel n’est pas du tout au courant de tout cela et il faut s’expliquer pesamment (que l’une part, que l’autre reste…). Nous étions « seules » ; il est possible que sur la longue période de convalescence qui l’attend à présnt, mon opérée trouve quelqu’un d’autre avec qui échanger, mais elle peut très bien se retrouver très solitaire tout aussi bien. C’est une expérience riche mais éprouvante, être deux n’est pas un luxe. Pour ma part je dois rentrer travailler, mon opérée restera donc seule quelque temps. Ai-je choisi la meilleure période pour l’accompagner, compte tenu de ma vie professionnelle et de ma faible disponibilité ? Aurait-il mieux valu venir plus tard, pendant sa convalescence à l’hôtel ? Je ne sais. Il faudrait là-dessus confronter des expériences !

Au départ, je ne voulais pas venir du tout ; j’ai beaucoup hésité. Parce que c’est un acte « personnel », je me sentais un peu de trop. Mais ma future opérée flippait à l’idée d’arriver seule à Bangkok, avec l’avion, la langue inconnue, la graphie non lisible pour nous, l’appréhension de l’inconnu et le peu d’habitude des grands voyages (elle n’en avais jamais fait, n’étant absolument pas baroudeuse). J’ai donc choisi de venir et je pense avoir bien fait, quand même. Il faut avoir un petit projet pour soi-même, en parallèle : dans mon cas, nager et avancer un travail qui peut se faire à distance, avec l’ordinateur. Nous avons emporté un ordinateur chacune.

Je pars le jour où elle rentre à l’hôtel pour sa convalescence : j’espère avoir le temps de l’aider à s’installer (elle n’aura pas le droit de bouger de son lit d’un poil pendant une semaine) avant de reprendre l’avion.

Petit manuel de l’accompagnatrice à Bangkok

Il fait froid en novembre à Bangkok ! C’est peut-être paradoxal, mais dans l’hôtel DusitPrincess où sont logées les patientes de Chattawuk, la clim, poussée à fond, oblige parfois à porter gilet, écharpe et châle. Dans les chambres, on peut la couper.

Ne pas espérer acheter un maillot au centre commercial immense, tout proche ; le 3 XL et à peine un S de chez nous, et les modèles, supergenrés, à fanfreluches et petits volants, empêchent de nager.

Penser à emporter une sorte de gilet de natation qui couvre les épaules : non parce que l’eau serait froide (elle ne l’est pas) mais parce que le soleil, même voilé, tape dur. Une demi-heure de natation = gros coup de soleil en maillot de chez nous. Les Thaïs se baignent avec des costumes très couvrants, on comprend pourquoi !

Prévoir des chaussures fermées avec chaussettes à cause de la poussière et de l’irrégularité des rues (+ oiseaux morts, cailloux, détritus…). Eviter les sandalettes. Les Thaïs ne marchent pas à pied : on prend un transport à tout bout de champ. Pour faire environ 4 km à pied (et même moins, d’après Google : 3 km 600) on prend un taxi. La clinique de Chattawuk n’est pourtant qu’à cette distance de l’hôtel DusitPrincess.

L’hôtel est vraiment très bien : pas la peine d’emporter sa brosse à dents, son séchoir à cheveux, sa charlotte de bain, ses savons, dentifrice, shampoing, lotions, coton-tiges, peignoir, serviettes et pantoufles : tout cela est fourni, ainsi que l’eau potable dans des bouteilles cachetées et du papier à lettres. Il y a Internet et c’est pratique, pas la peine de rebouter tout le temps. Serviettes de plage à la piscine, et ils vous apportent un verre d’eau !

La grosse difficulté des premiers jours est la diète liquide de la personne que vous accompagnez. Voici une future opérée séparant le bon grain de l’ivraie. Les légumes seront mangés par sa compagne (miam !)

Quelques idées :

–       Au petit déjeuner, à l’hôtel, soupe miso, diverses soupes chinoises (vous pouvez puiser uniquement le jus, vous vous servez vous-même), des jus de fruits, et même un délicieux jus de lime que vous pressez vous-même. On trouve aussi du sirop d’érable (à mettre dans une petite coupelle, très énergétique) et des yaourts, autorisés les deux premiers jours.

–       À midi, il y a la soupe aux champignons, possible pour les deux premiers jours mais pas les deux derniers où la diète est uniquement « claire ». Ils ont aussi une soupe du jour, à la tomate ou à la pomme de terre, délicieuse et crémeuse, pour ces deux premiers jours.

–       Pour la diète claire il suffit de prendre deux soupes aux légumes « veggie » : l’accompagnatrice mange ce qu’elle peut du tofu et les légumes et la future opérée boit le jus des deux soupes. Attention, l’autre soupe, aux crevettes, est très épicée.

–       Inutile d’expliquer votre histoire à quiconque : les serveur.ses comprennent très mal l’anglais et en ville c’est encore pire. De plus il est ancré dans les idées que la soupe se mange avec des légumes et de la viande. Laisser tomber, prendre la soupe normale et laisser le solide me paraît la solution la plus simple.

–       A l’hôtel la soupe est à 140-170 baths (100 baths = 2 euros 50), en ville elle est à 40 baths.

–       Le pourboire est entre 20 et 50 baths pour une addition de 1000-2000 baths, on peut monter à 100 pour une addition genre 4000 baths.

Excursion

On ne peut réellement en faire qu’une seule : le premier jour la visite à 17 h rend problématique tout désir de s’aventurer loin (il faut être rentrée à temps et comme les encombrements sont monstrueux à Bangkok, à moins d’être très matinale et la championne du jetlag, évitons…). Les deux derniers jours, les soins préparatoires à l’opération sont trop prenants (mais on ira avec fruit au centre commercial à côté !). Reste le 2e jour, libre et idéal.

Prendre un taxi pour le fleuve Chao Praya, un mot qui signifie quelque chose comme « rivière divine ». Viser la station dite « Central Pier », à Sathon ou Sathorn. Bien demander « the boat », mais il y a aussi une station de BTS juste à côté, en correspondance (c’est le Châtelet de Bangkok, pour risquer une comparaison parisienne). Le taxi vous y mène en une heure et quelque, pour une vingtaine de kilomètres, et cela coûte au total (avec l’autoroute ou les autoroutes : 45 + 30 baths et le pourboire) un peu moins de 300 baths. Oui, tout ça à l’intérieur de la ville, dont on n’aura pas parcouru une grande distance en fin de compte (pour la traverser entièrement c’est au moins 8 à 10 fois ça, voire plus…).

Là, deux options : les klongs, c’est-à-dire les petits canaux (mais n’est-ce pas un peu trop touristique ?) ou le bateau qui remonte le fleuve, et qui est un moyen de transport commun pour les gens. Nous avons choisi ce bateau. Ils font payer 150 baths aux farangs, contre 15 pour la population, mais nous, les touristes, avons le droit de descendre et de remonter où nous voulons.

Nous nous sommes arrêtées au 8 (Wat Pho) et au 30. Il y aurait eu aussi de possible deux autres arrêts intéressants, celui du Palais royal et celui du wat (temple) qui est de l’autre côté du fleuve. Mais déjà ainsi la promenade nous a beaucoup plu. Nous n’étions pas très concentrées sur le tourisme et c’était bien suffisant pour nous. Mais cela dépend sans doute des personnes.

Au 8, Wat Pho, nous avons vu un temple immense et magnifique avec l’un des plus grands Bouddhas couchés du monde : impressionnant. Des stupas partout (mini-wats ?). Au 30, le terminus, un marché qui vendait de tout (y compris des poissons séchés dégageant une odeur très forte)vdans lequel nous avons flâné. Pas un touriste ! Nous avons mangé la soupe rituelle (40 bths) dans un restaurant local, délicieux. A l’embarcadère des toilettes à 3 bths (sans papier), et d’étonnants poissons en pagaille dans le port. On peut acheter pour 10 bths un grand sac d’expèce de pop corn coloré que ces poissons adorent.

La promenade en bateau nous a révélé toute la ville, ses maisons genre « maisons des klongs » à demi-écroulées, ses constructions modernes, ses temples partout… Les Thaïs se fichent manifestement tant du design urbain que de la mode (maisons peu reluisantes, vêture simple et standard) mais en revanche ne le cèdent en rien pour la nourriture, délicieuse, variée, pas si épicée que ça quand on le demande.

Au centre commercial, régime à deux vitesses : des objets locaux euphoriques et pas chers du tout (dont des montres « kawaï » japonaises rose vif qui font fureur dans nos contrées) et des objets farangs au prix habituel (et même plus cher qu’au Décathlon de la porte de Montreuil, importation oblige, pour les maillots Speedo par exemple !). Pas de chaussures femme en 41, sauf côté importation des « marques »

Sinon bonjour se dit soadi khaaaa (phonétiquement ; pour une fille, dire ce kaaaa et redescendre mélodiquement sur aaaa) et merci se dit kop koun khaaaa (pareil, c’est phonétique !). Distinction de genre très importante dans la langue entre les hommes qui finissent toutes leurs phrases par Klap et les femmes qui finissent par Khaaa.

Les kattoeys forment ici un « troisième genre ». Ils ne posent pas à la féminité, sinon en termes d’exhibition de genre, et gardent leur voix grave et certains poils au menton sans problème. L’un d’eux est serveuse dans un restaurant du centre commercial (le grill où les plats tournent sur un rail dans des petites coupelles, comme dans certains restaurants japonais en France, au 2e étage). Elle porte de hauts talons, est fine comme l’ambre, superbement maquillée et coiffée, et parle d’une douce voix très masculine. C’est complètement intégré dans la société qui d’ailleurs est décomplexée par rapport au corps, contrairement à notre pays pétri de vieux papes racornis et de religiosité catho larvaire : ici, au centre commercial, on peut se faire refaire le visage à côté d’une boutique de fringues d’importation. La chirurgie esthétique a sa boutique aux vitres brillantes, tout comme les téléphones portables ou le Starbuck (où on peut avoir du café noir).

Ne vous perdez pas dans le centre commercial, il est immense !

Pour se repérer avec les taxis il faut apprendre par cœur les mots de passe : Seacon Square (le nom du centre commercial géant, Vélizy II à côté c’est minus) et le nom de la rue, très important : Srinakarin (porter l’acent sur la fin : « r‘in). L’hôtel fournit un petit plan (qui d’ailleurs n’a pas dit grand-chose au chauffeur, lequel a téléphoné direct à l’hôtel de son taxi pour en savoir plus !).

Quelques remarques pour finir à propos des questions matérielles de ces quatre jours « pré-op » :

–       la valise : emporter un maillot, un bonnet de bain épais (contre les coups de soleil), une veste de natation bien couvrante. Je n’ai pas eu de problème de coups de soleil avec les jambes, mais les Thaïs ont en plus un bermuda collant jusqu’aux genoux. Un jogging, des chaussures de jogging (il y a une salle de fitness dans l’hôtel). Je conseille une chemise de soie très couvrante par-dessus un tee-shirt à manches longues, contre le soleil, et un chapeau ou un bob pour les visites. Robe longue ou pantalon flottant idéals. Une veste et une écharpe pour le restaurant où il fait très froid (en fait ça dépend de la température extérieure : les premiers jours il ne faisait pas très chaud et la clim transformait le restau en vrai frigo. Le 4e jour la température a monté et la clim du resto était plus suportable). Une paire de chaussures de marche ou baskets fermées + chaussettes, culottes et soutien-gorges. Inutile d’emporter peignoir, paréo, pantoufles, ça n’a servi à rien. En revanche une espèce de sac de plage en tissu a été très utile pour mettre un livre, l’appareil photo…

–       ce serait un beau travail militant d’apprendre le thaï (tant l’oral que le déchiffrement de l’écrit) pour accompagner les futures opérées qui n’ont pas d’accompagnatrice. Ce serait encore mieux que d’être accompagnatrice à Arts et Vie ! En effet, très vite la connaissance de l’anglais des Thaïs se trouve dans la majorité des cas limitée (pas pour l’équipe de Chattawuk, où tout le monde parle bien la langue) et ce serait pratique de savoir comment on dit, par exemple, « uniquement de la soupe claire, du consommé » en thaï. Par ailleurs, si chez Chattawuk on peut vous adjoindre un Français traducteur de l’anglais, il suffit de le demander, c’est compris dans la prestation de l’opérée, c’est en général un étudiant friendly mais qui ne sait pas dire « corps caverneux » en anglais, car c’est trop spécifique ! Ben quoi, c’est pas du vocabulaire de base ?

–       Argent : on peut en prendre à l’aéroport, et beaucoup à la fois car la commission de 150 baths est la même quel que soit le montant du retrait ! Après, les distributeurs sont rares et certaines cartes sont limitées en plafond – du coup, si on a tiré trop d’euros avant de partir, ce qui était mon cas, on se retrouve avec une carte qui refuse de donner des baths. Heureusement on peut changer ses euros, par exemple à l’embarcadère de Sothron Central Pier, on trouve une boutique de change. Il y a des distributeurs dans le centre commercial Seacon, tout proche.

–       Pour aller au centre commercial, sortir de l’hôtel par la piscine, à l’étage G (groundfloor). On se retrouve dans un parking qu’on traverse vers la rue. On traverse la rue au passage protégé (qui n’est absolument pas protégé : attendre que quelqu’un qui sait faire traverse, et lui emboîter le pas ; gare aux voitures qui roulent à gauche comme à Londres !) et entrer dans le centre par la porte latérale. En ce moment, c’est en travaux, il faut suivre le chemin près de la tôle ondulée.

–       Nos meilleurs achats au centre commercial : des montres charmantes, des pinces à cheveux pas chères du tout, des tissus magnifiques et pas chers non plus (grande boutique peu après l’entrée latérale par où nous arrivions de l’hôtel), des gilets au premier étage, pas en bas – uniquement pour les petites tailles, vendus sur des stands de marché au milieu, pas dans les boutiques –, des boîtes de biscuit en fer magnifiquement décorées, des pochettes « kawaï » (beaucoup de design japonais pour faire des cadeaux aux plus jeunes !)

–       A propos de l’aéroport : le chauffeur qui vous attend n’est pas à l’arrivée même (un grand hall, appelé B, autour de la sortie duquel se pressent derrière des barrières métalliques à gauche les gens qui attendent les groupes, à droite les chauffeurs des hôtels pour farangs), il est plus loin sur le chemin. En sortant du hall B il faut tourner à droite pour rejoindre la sortie : votre chauffeur est sur ce chemin. A noter que le passage des passeports peut être très long (une demi-heure, une heure) selon l’affluence.

Pour finir : l’accompagnatrice peut avoir un peu l’impression qu’elle est en thalasso, si elle est très proche de sa future opérée et qu’elle ne la quitte pas d’une semelle. Elle vit comme elle à l’intérieur de l’hôtel et les incursions en ville peuvent être rares dans ce cas (elle peut aussi mener sa vie toute seule dans la grande ville, c’est selon !). Du coup moi j’ai choisi de nager beaucoup, matin et soir, et de me calquer sur le rythme de ma future opérée, mangeant beaucoup moins que d’ordinaire (le décalage horaire aide, car au début, le jour c’est la nuit et le corps garde ses habitudes de diète nocturne). On ne s’ennuie pas !

De Bangkok, la veille du jour J pour ma future opérée.

Pourquoi ne suis-je pas trans ?

 

Pourquoi ne suis-je pas trans ? C’est une vraie question à la Marcel Duchamp !Depuis Duchamp, l’artiste, c’est celui qui dit qui l’est. Il suffit de se déclarer soi-même artiste pour l’être.

Trans, c’est pareil ?

J’ai rencontré une fille qui s’appelait Sophie. Mon beau-frère l’aurait prise pour un homme : habits d’homme, look d’homme, apparence sociale totalement masculine. Barbe, calvitie. Juste une fine chaînette dorée autour du cou – un homme peut en porter, c’est dans les limites de la tolérance sociale. Mais cette personne disait qu’elle s’appelait Sophie. Alors on l’a genrée comme elle le voulait. Alors c’était une trans.

Car il faut être cohérent.e. Si chacun.e décide des normes de sa propre apparence trans, si être trans c’est s’autodéterminer comme tel.le avec une grande latitude (merci Butler !) pour la gestion de son apparence sociale, alors il suffit de le dire pour l’être. Aucun signe de rallliement ne peut être requis : ni vêtement, ni talons hauts, ni opération génitale, ni réassignation d’aucune sorte. Que les juges aillent se rhabiller. Que les psys, valets de la norme sociale, s’écartent de notre chemin.

Personne ne dit vaiment à quel point la psy,  c’est de la scolastique. Le sottisier des psys se transmet pourtant par la tradition avec la même constance que les idées de Vincent de Beauvais au Moyen Âge : la Terre au centre, les trois esprits de l’homme et autres croyances dures comme fer qu’à l’époque comme maintenant on transmettait sans jamais les tester. Le problème n’est pas que Freud et Lacan ait dit des monceaux de conneries : le problème est qu’il s’est trouvé des cohortes d’ânes pour les véhiculer comme parole d’Evangile. C’est une honte pour la pensée.

Je reviens aux trans. Suis-je trans ? J’ai des petits signes : je ne supporte pas les chaussures « féminines », par exemple, et j’aimerais bien ne plus avoir de seins (ça sert à rien et j’aime pas les choses inutiles). Et pourtant non. La médecine a bon dos, qui m’empêche de prendre quoi que ce soit comme hormones du fait d’une maladie chronique. Elle a bon dos, mais dos quand même. Le docteur qui me suit depuis plus de trente ans pour ma maladie chronique n’est pas une saleté de psy vendu à l’hétéronormalité, comme ils le sont tous après avoir lu dévotement Trois Essais sur la théorie sexuelle. C’est devenu un ami, à force. « Gare au système cardio-vasculaire », c’est conseil d’ami. Inconsciemment, tu en tiens compte, fillette !

Alors si certain.es voudraient être trans mais ne peuvent pas, médicalement : on en fait quoi, de ces gens ? Où se placent-iels sur la ligne de l’autodétermination ?

Ce genre de cas d’école révèle la puissance inquiétante et la fragilité éblouissante du libre-arbitre. En dernier ressort, être trans ne dépend que de la personne concernée, qui s’autodétermine par rapport à tout un tas de facteurs, loin des psys, des juges et des censeurs de tout poil. Il suffit de le dire pour l’être. Rien de plus simple ? Un petit pas si vite franchi ?

Je ne crois pas : la frontière n’est pas mince entre le dire et ne pas le dire. Ettre trans, c’est un engagement qui donne certains droits – voter, décider pour soi-même, faire des réunions sans les proches, parler pour sa communauté sans laisser la parole se faire capturer par des non-trans. En restant cisgenre, on est concerné.e, mais alentour.

A moins qu’une catégorie encore plus vaste en englobante que trans ne surgisse très prochainement à la faveur de l’agonie du système patriarcal. Si on suit, comme je le fais, une ligne symbolique qui va de L’Anti-Œdipe (comme son nom l’indique) au Manifeste cyborg, il est clair que ce que nous sommes aux portes de ce que j’appelle « ère cyborg ». Pas des Terminator mais des Aimée Mullins : une complexe histoire de nouveau look. Pas de la vieille SF machiste avec vis et boulons, pas du burette d’huile dans les rouages marchandisés de la bête, pas de Robocop à la décharge, dépassé par un nouveau modèle ; mais l’humain qui tranquillement fait éclater ses catégories de genre, d’apparence et de beauté. La SF féministe existe depuis longtemps, de Vonda Mc Intyre à Samuel Delany, de James Tiptree.Jr à Octavia Butler, de John Varley à Anne McCaffrey. En parler, c’est être déjà un peu trans ? Peut-être. Sans doute.

 

 

L’autre rive

Lu en exergue du Parrain de Katmandou de John Burdett : « Rares sont les hommes à êtres allés sur l’Autre Rive ; le reste de l’humanité ne fait que courir en tous sens sur la berge ».

Siddharta Gautama, Le Dhammapada

Je recommande les polars de Burdett intitulés Bangkok 8, Bangkok Tatoo et Bangkok psycho en ce qu’ils mettent en scène des kattoeys et particulièrement le personnage de Lek, flic transsexuel thaï. Ces trois romans font partie, à mes yeux, de la bibliographie de base sur les trans, outre leurs vertus préparatoires à tout voyage en Thaïlande.

Aux presses de la cité, traduction de l’anglais.

Vraie femme malade

En fait les « vraies femmes » que le bon docteur de la SOFECT a soignées (elles étaient malades ! elles avaient la dysphorie ! on les as sauvées !) c’est un peu comme les hystérique du docteur Charcot : qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour faire plaisir à l’objectif pourtant fondamentalement sadique du docteur qui lui, sait ce qui est bon pour vous (et surtout pour lui…)

Comment peut-on intérioriser à ce point les violences qu’on subit ? Pourquoi les « hystériques » de Charcot ont-elles accepté ce jeu immonde ? Ecrasées sous quel pouvoir atroce ? C’est donc la même chose pour les « vraies femmes » sofectisées ? Violence symbolique,violence tout court !

de la « renaissance » à… la régénération

Donna Haraway et sa chienne Cayenne.

Adieu à la « nouvelle naissance » et à toutes ces métaphores ? Voici un extrait de la traduction française du Manifeste cyborg de Donna Haraway : à noter que « monstrueux » est bien évidemment à entendre, ici, dans un sens positif.

« Je dirais que les cyborgs ont plus à voir avec la régénération et qu’ils se méfient de la matrice reproductive et de presque toutes les mises au monde. Chez les salamandres, la régénération qui suit une blessure, par exemple la perte d’un membre, s’accompagne d’une repousse de la structure et d’une restauration des fonctions avec possibilité constante de production, à l’emplacement de l’ancienne blessure, de doubles ou de tout autre étrange résultat topographique. Le membre qui a repoussé peut être monstrueux, dupliqué, puissant. Nous avons tou(te)s déjà été blessé(e)s, profondément. Nous avons besoin de régénération, pas de renaissance, et le rêve utopique de l’espoir d’un monde monstrueux sans distinction de genre fait partie de ce qui pourrait nous reconstituer. »