La culpabilité verrou de la transidentité

150525_CulpabilitéLa culpabilité est un verrou de la transition. Nous sentons que si ce verrou saute, un processus pourra démarrer, avec sa part d’inconnu qui fait souvent reculer a priori. O préfère oublier. On préfère culpabiliser. Culpabiliser c’est confortable. C’est un terrain connu. Si bien connu ! La culpabilité, c’est LE point de blocage en ce qui me concerne qui a sauté à l’instant précis ou j’ai pris conscience que cette culpabilité ne reposait sur rien, que mon désir de féminité ne faisait de tort à personne. Quand bien même ce désir puissant d’être une femme dans le monde n’aurait été que pure fantasme sexuel il ne faisait de tort à personne.

J’ai un jour arrêté de culpabiliser envers mes proches et la terre entière sur la question de ces pulsions. Ouf ! je n’avais pas de fantasme impliquant de faire souffrir d’autres personnes (enfants, animaux, extra terrestre) au contraire j’étais plutôt la victime non consentante dans mes scénarios fantasmatiques. Ce fut déjà un soulagement de pouvoir vivre peu ou prou mes fantasmes sans me dire « c’est mal ». Je jouissais déjà beaucoup mieux !

La culpabilité concernant la transition est une autre paire de manche. C’est l’obstacle le plus difficile à franchir. La démarche de transition est un acte forcément public et la plupart du temps considéré comme égoïste par l’entourage et par les personnes trans elles-mêmes. Alors on recule devant ce jugement terrible de l’égoïsme. On culpabilise avant même de démarrer, on vit son genre féminin en catimini, dans le secret de son chez-soi, sur Second Life en ce qui me concerne, seule si possible, ou bien avec d’autres avatar virtuels. D’autres se permettent un jour de sortir, la nuit. D’autres attendent comme cela, vivant de furtifs expédients. Attendent la majorité de leurs enfants pour ne pas perturber leur études, puis attendent la retraite, la mort de leurs parents, de leur conjoint (ou la séparation). Bien des personnes trans intériorisent la transition comme un acte égoïste. Elles ne sont pas les seules.

Le terme égoïsme contient une dimension péjorative de jugement. C’est pourquoi je ne le retiens pas comme élément de langage. Je préfère parler de démarche personnelle, d’accomplissement personnel. Cette démarche n’est pas orientée contre les autres, qui peuvent même en récolter quelques fruits. Je n’irais pas pour autant prétendre qu’elle serait faite POUR les autres. Elle est juste pour SOI, mais pas égoïste car ce n’est pas parce que l’on prend soin de soi que l’on cesse de prendre soin des autres

En résumé c’est ce que j’expliquais à mes enfants : Ce n’étais pas parce que je décidais sans discussion possible que je cessais la mascarade de mon rôle masculin dans l’espace public autant que privé, ce n’était pas parce que j’allais faire une transition vers une apparence féminine, et ce, sans leur demander leur avis que j’allais pour autant cesser de les aimer, de les considérer comme mes enfants. Ils n’étaient pour rien dans cette décision. Ils n’étaient ni responsables, ni décisionnaires. Et ma promesse (que je tenais déjà faut-il le dire) était de ne jamais je me mêler de leurs « oignons » dès lors qu’il s’agissait de la réalisation de leurs désirs.
Les autres peuvent considérer que c’est CONTRE eux que l’on transitionne. Ce n’est pas le cas bien entendu mais rien n’aide à ce que ce ressenti négatif n’apparaisse pas à un moment ou un autre. Il faut leur expliquer autant que possible (pas toujours possible) que la démarche n’est ni pour eux, ni contre eux, mais que l’idéal si ils ou elles acceptent cette transition le parcours peut se faire AVEC eux, en les informant honnêtement de ce qui se passe et probablement se passera comme changements corporels et d’apparence. D’autres forces obscures leur souffleront sans doute des idées du genre : « IL est égoïste », «  IL ne pense qu’à lui », voire : « mais que fait tu donc à rester avec UN égoïste pareil » ? On ne peut pas contrôler toutes ces mauvaises influences externes, alimentées et confortées par le discours ambiant, la non considération des personnes trans par le pouvoir (la france ne reconnait pas cette liberté individuelle de transitionner et de vivre dans le genre que l’on souhaite, ou dans le « non-genre » que l’on souhaite). La norme de genre puissante se présente comme le seul schéma possible (et « naturel ») : l’hétéro patriarcat triomphant. On gobe ça. Trans ou pas. Et c’est avec ces idées qu’on culpabilise quand ça ne colle pas à nos désirs. Pas besoin d’être trans pour ne pas être à l’aise dans la norme, mais être trans ne signifie pas rejeter cette norme. C’est souvent l’inverse. Bien souvent les personnes trans veulent juste vivre cette norme en jouant l’autre rôle ! C’est problématique. En tous cas lorsqu’on cherche à comprendre comment cette norme est à la fois une oppression, et la source d’un désir de la vivre autrement. Il ne faut juste veiller à gober soi-même ces normes sans y réfléchir, comme on prend une ovule de progesterone. Si on a intégrées ces normes, ce qui est presque toujours le cas, il faut « juste » les relativiser, penser que d’autres normes sont possibles, existent, sont légitimes, qu’on a le droit aussi de « choisir sa case » dans cette norme. Mais ça passe par la prise de conscience, et la fin de la culpabilité. Cette prise de conscience peut prendre du temps ! Plus de temps qu’une transition ! Mais c’est le seul moyen de passer ensuite à l’acte de la transition. SI l’on ne sort pas de la culpabilité on avance pas.
OUI on peut être un bon parent, et pourquoi pas une bonne compagne si l’autre le souhaite. Et comme j’ai déjà dit, l’AUTRE à le droit de dire aussi « je n’ai pas passé ce contrat, je ne poursuis pas la relation » ou bien plus soft «  je ne poursuis pas la relation telle qu’elle était ». C’est normal, c’est légitime, c’est pas de la transphobie, c’est le simple exercice de sa liberté individuelle. Aller avec qui on veut (qui le veut aussi), quand on veut (et quand on peut). Venir, partir, changer d’avis, transitionner, un peu, beaucoup, dé-transitionner… Tout est possible sans la culpabilité, et sans faire de tort à quiconque. Mais cette liberté que l’on prend, il faut aussi l’accepter en retour de la part de ses relations, familles compagne, enfants… On est pas seul (seule) à décider. On décide pour soi. C’est aussi du ressort de l’autre de décider pour lui. C’est aussi sa part possible « d’égoïsme » pour autant que ce terme soit compris en positif, comme liberté de choisir pour soi, et pas contre les autres.
Et puis dussent les autres en souffrir, nous ne sommes pas responsables de cette souffrance. C’est la non-conscience de la norme qui est responsable de cette souffrance. On ne peut pas en tant que trans éduquer tout le monde. On peut essayer un peu de pédagogie avec l’entourage, on ne peut pas tout régler.
La culpabilité est donc un obstacle à la transition. Ce n’est pas le seul. Il y a aussi l’abandon des privilèges cis-genre qui peut rebuter. Mais c’est une autre histoire. L’histoire de l’abandon des privilèges octroyés aux hommes dans le système patriarcal et qu’il va falloir abandonner.

Transition douce

 

Roman Opalka

Roman Opalka

Pour ce qui est du rythme de nos transitions nous avons deux façons différentes d’avancer, qui nous correspondent. C’est très bien comme ça. Ma façon à été très rapide et ma copine me l’a reproché. Ça aurait pu bouziller notre relation inutilement. Donc aller vite ce n’est pas la panacée, mais au final, c’est « passé » ! (enfin le final on ne le connait pas, les choses ne sont jamais figées tant que nous sommes vivantes !)

Je pense qu’en fait je n’ai rien à dire sur le rythme que tu choisis d’adopter. Mais poser les choses clairement à tes proches peut se faire sans bousculer ton rythme, c’est plutôt ça que j’avais envie de te dire.

Et puis c’est compliqué d’impliquer les autres dans nos décisions. J’ai le sentiment que de leur laisser une part de décision, c’est aussi leur transmettre une part de responsabilité. Et je ne pense pas que cela puisse bien fonctionner pour ce qui est de modifications de notre apparence de genre qui nous concernent. Je suis pour annoncer les choses posément, expliquer ce qui peut se produire concrètement, préciser grosso modo l’échéance et dire ce qu’on souhaite pour la suite de la relation (donner l’état de ses sentiments).

Pour ce qui te concerne, tu entames un procesus avec les hormones mais ne souhaite pas en parler pour l’instant. Tu penses que c’est trop violent (tout dépend comment c’est annoncé, mais effectivement ce n’est pas anodin, tu le sens bien). Les modifications corporelles liées à la prise d’hormone sont très différentes selon les personnes. Bien souvent toutefois, les changements sont assez visibles à partir de 3 et 6 mois. Si tu es quelquefois dévétue devant ta femme, il peut devenir assez vite difficile de faire semblant de rien !

Je pense que tu as raison d’acculturer ta femme par des lectures choisies (encore faut-il qu’elle ai envie de les lire, ce qu’elle pourrait ressentir comme une acceptation qu’elle n’est pas prête à accorder maintenant). Tu espères la convaincre que pour votre enfant de 15 ans ça ne posera pas de problème. Est-ce que tu en es convaincue toi-même ?

Je pense que des problèmes peuvent se poser liés aux modifications de l’apparence. Ces problèmes ce n’est pas nous qui les posons mais les tas de gens qui ne sont pas prêts à accepter cette fluidité du genre. Il est difficile de savoir à l’avance quelles personnes nous soutiendront, quelles personnes seront indifférentes, et quelles personnes vont s’opposer et quelquefois même tenter de nous nuire. C’est en avançant dans la transition qu’on peut agir quand les problèmes surviennent avec les autres (l’enfer c’est toujours les autres !), mais je pense qu’il est la plupart du temps impossible de prévoir ces problèmes. Ils sont inévitables, quelque soit le temps que l’on prenne à transitionner. Il ne faut pas s’en faire une montagne. On a parfois tendance à les imaginer plus importants et plus nombreux qu’ils ne le seront. Ce qui fait peur c’est leur potentialité. Une fois qu’ils sont là ils ne font plus peur. On gère.

Moi je pense qu’un enfant de 15 ans à qui on parle avec pédagogie est capable de comprendre et d’accepter. Comme ta femme d’ailleurs. Tout le monde peut comprendre. Mais tout le monde ne veut pas forcément le faire, ou bien n’a pas toutes les cartes en mains pour comprendre, souvent par manque d’information correcte.

Ça veut dire quoi parler à son entourage ? Pour moi le message à mon entourage proche fut très simple, je l’avais construit comme ça :

1 – J’AI quelque chose à te dire qui me tient à cœur : JE vais faire une transition et changer d’apparence physique. JE vais devenir une femme. Ça va prendre du temps mais c’est en route.

2 – TU N’ES PAS EN CAUSE, ce n’est pas de ta faute, tu n’as rien à voir avec cette décision que j’ai prise. j’ai pris cette décision car ça me correspond (message positif) je ne supporte plus de vivre en homme (en négatif). Quoi qu’il en soit tu n’es pour rien dans cette situation ET dans cette décision de changement. J’assume tout.

3 – JE T’AIME de la même façon car je suis et je reste la même personne. Pour moi notre relation ne va pas changer. On parle de modification extérieure, pas de sentiments intérieurs. (pour ma copine j’ai ajouté qu’elle se sente libre de stopper la relation si cette modification ne lui allait pas, mais que moi je ne souhaitais pas stopper la relation de mon côté car mes sentiments pour elle étaient toujours là)

4 – (Conclusion) : COMMENT TE SENS-TU avec cette information ? Je ne te demande pas de décider pour moi, mais je peux t’aider si tu as des difficultés à comprendre, à accepter car je me suis documentée. On peut en discuter, je comprends que dans le contexte ce n’est pas facile à avaler, le genre étant une norme tellement importante, bla bla bla (fournir infos, aller sur les bons sites, faire rencontrer d’autres personnes trans, etc… pédagogie quoi !)

Peut-on éviter cette étape du coming-out en menant une « transition douce » ? Une transition qui ne heurterait plus la sensibilité des autres, qui se ferait « naturellement ». Nous serions donc reconnues de façon « naturelle » par nos proches, qui accepteraient notre nouvelle évidence. Oui bien sûr dans la rue, avec des inconnus c’est possible, et ça nous fait plaisir cette absence de passé, cette essentialisation de notre identité ! Comme tout le monde quoi ! Mais avec les proches c’est autre chose. ceux qui connaissent notre passé ne sont pas prêts à nous accorder la naturalisation de notre identité si facilement !

Faux cheveux, vraie tête

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© recuphair.com
Ce matin, j’ai reçu ce mail d’une amie : 

« … comme je commence vraiment a en avoir marre de mes faux cheveux, eh bien je ne les ai pas mis. Decision tres courageuse, car j’ai commencé a croiser une voisine dans l’escalier !! puis un immense groupe d’hommes saouls rue R., mais j’ai courageusement fait face et tout s’est bien passé

Je crois bien que c’était la premiere fois que je sortais avec ma vraie tete. Bon je n’etais pas completement depaysée car depuis 1 mois maintenant, je vis ainsi chez moi, et mes visiteurs ont l’obligation de me voir telle que je suis, que ca leur plaise ou non »

Ma réponse à cette amie :
Pour ce qui est de la question des cheveux (et du reste) ce qui compte c‘est que tu te sentes bien, que tu fasses les choses qui te font te sentir à l’aise.
Je me questionne sur ce que tu dis, les faux cheveux, la notion de courage… et voici le fruit de ma réflexion, sans doute trop rapide j’en conviens !
Si tu es plus à l’aise sans cheveux additionnels tu as raison de ne plus en porter, mais pour moi ce n’est « moralement » pas mieux ou moins bien d’en porter ou pas.
Comme tu es bien placée pour le savoir, la féminité se construit, qu’on soit une personne trans ou cisgenre ne change rien à cette affaire. Moi je me colore les cheveux, je les coupe et fais des brushing. On pourrait très bien voir là quelque chose de « faux ». Je ne le ressens pas comme tel. C’est pourquoi je n’associerais pas forcément le port ou pas de cheveux (additionnels ou pas d’ailleurs) comme quelque chose de vrai ou de faux (tu parles de faux cheveux, de ta vraie tête). C’est ce que tu ressens cette fausseté mais pour moi dès lors que tu les portes ils font partie de toi, ils sont aussi vrais que tout ce qui constitue l’expression véritable de ton apparence.  Féminité, masculinité, féminité masculine, masculinité féminine, etc. Pour toi ou moi disons plutôt une féminité binaire traditionnelle hé hé… Pas de fausseté pour moi dans tout ce que nous pouvons utiliser pour nous sentir bien avec notre apparence, dans tout ce que nous utilisons pour exprimer notre « identité de genre » de façon conforme à la façon dont nous voulons être perçues : coupe de cheveux, manucure, maquillage, vêtements, bijoux, tatouages, travail de la voix, attention portée à sa posture, démarche, épilation, transformation corporelles via hormones, opérations chirurgicales… rien de faux dans tout ça. Construction consciente et réfléchie de son apparence mais pas triche ou imposture (lire Julia Serano à ce sujet : Manifeste d’une femme trans). Cette construction n’est pas le fait des seules personnes trans mais de tout le monde, et personne n’aurait l’idée de dire qu’une femme cisgenre exprimant sa féminité devient fausse (n’est plus une femme) si elle s’ajoute des cheveux.
Après avoir dit cela, il est vrai que les efforts consentis pour construire notre apparence peuvent représenter plus ou moins de contraintes ressenties. Ces contraintes peuvent être plus ou moins pénibles, plus ou moins supportables, plus ou moins RENTABLES j’ai envie de dire. Dans le cas de cheveux additionnels je suppose que le port quand il fait chaud par exemple peut être pénible, ou bien l’entretien peut être fastidieux… C’est cet aspect purement fonctionnel que je retiens. Ce pur aspect matériel constitue un critère de « rentabilité « ou d’éfficacité (ce qu’on dépense d’énergie et ce que ça rapporte), qui permet de juger qu’on a envie de s’en passer car le bénéfice d’apparence s’avère moins élevé que le déficit de soucis matériel que cela donne. Au dela donc de cet aspect pragmatique, j’évacue en ce qui me concerne tout jugement de vérité sur les modifications d’apparence (de genre ou autre).
En gros ce que tu « performes » devient vrai à la seconde ou tu le co-produis avec le « spectateur ». Cette « performance » n’est pas que TA production, tu n’es pas la seule sujet agissante car les « regardeurs » agissent aussi et ce sont eux qui te « font femme » . Ce sont eux qui agissent principalement puisque ce sont eux qui produisent ton genre, soit en t’assignat correctement, soit en te « mal-genrant » (cf Julia Serano)
Voilà le fond de ma pensée, tirée de mon expérience et de quelques maigres lectures. j’espère n’être pas trop séche dans la forme car je n’éprouve que de la bienveillance pour tout ça, et pour toi en particulier. 🙂

Modifier mon corps pour modifier mon genre

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Jim Broadbent in Brazil (1985). Photograph: Ronald Grant Archive

Je ne suis pas née dans le mauvais corps, mais j’ai été assignée dans le mauvais genre, parce que j’avais les organes génitaux visiblement mâles. J’entends souvent dire « je suis née dans le mauvais corps », je veux préciser qu’en ce qui me concerne, le mauvais corps, c’est par rapport au genre (rôle de genre ?) que je souhaite socialement incarner, et pas rapport à mon esprit. Car franchement, je ne me sens pas un “genre” particulier. Je sens que je respire, que je sens, que je touche, que j’entends, etc. Je sens que j’existe, et qu’on m’a fait jouer un rôle que je déteste, et que j’ai voulu changer cela à un moment donné de ma vie.
Je souhaite être classée au quotidien dans le genre féminin, c’est pourquoi j’ai modifié mon corps et mon apparence par les hormones et la chirurgie, le travail de la voix, les vêtements, le comportement social, la démarche, la gestuelle,… tout cela se transformant quelquefois sans même y penser. Ces transformations ne sont pas là pour faire correspondre mon corps à mon “esprit” ou ma « nature féminine ». Je ne répare pas une erreur de la Déesse Nature, je répare une erreur de l’état civil. Pour réparer, je modifie mon corps pour être identifiée dans le genre féminin que je désire. C’est dans ce genre que je me sens bien.
Tout cela pour dire que sans remettre en question les différences biologiques entre les sexes (reproduction toussa…), je suis la preuve vivante que c’est mon apparence et non ma biologie qui détermine mon genre. La société détermine mon genre en fonction de ce qu’elle voit, sur moi et aussi sur mes papiers, et par conséquent avec un peu de chance, d’argent et pas mal d’énergie (peu de courage au final) j’ai pu faire quelques retouches d’apparence pour modifier mon corps et ensuite mes papiers, et être enfin identifiée dans le genre que je désire !

Pré-Hop ! Quelques réflexions avant une SRS

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D’abord, je ne suis pas née dans le mauvais corps

Je suis une femme trans. Je suis une trans pré-op. C’est à dire pas encore opérée. On dit pré-op ou post-op pour dire où l’on en est de l’opération de changement de sexe, la réassignation sexuelle, la vaginoplastie en ce qui me concerne, la SRS, Sex Reassignation Surgery. On peut dire non-opé quand on a pas l’intention de se faire opérer. Abus de langage car je ne suis pas pré-op de partout. Je suis déjà post-op du visage. J’ai fait une opération de féminisation faciale, FFS, Facial Feminisation Surgery. Et le visage ça peut sérieusement vous coller une étiquette homme ou femme. C’est important pour le genre le visage. Mais bon, quand on parle d’une trans opérée ou pas, on ne parle pas du visage on parle du sexe. Il faut croire que même pour les trans le plus important c’est le sexe 😉

Je pars à Bangkok la semaine prochaine pour faire cette vaginoplastie. Pourtant, je ne considère pas être “née dans le mauvais corps”, mais j’estime plutôt avoir été assignée à la naissance dans le mauvais genre, en fonction de la loi qui aligne systématiquement sexe et genre. J’entends souvent des trans témoigner en avançant cette idée d’être “née dans le mauvais corps”, ou bien d’être depuis toujours “prisonnière de leur corps”. Ce n’est pas ce que je ressens.

C’est la volonté de m’adapter et de me fondre dans mon environnement qui fait que je modifie mon corps et mon apparence. Dans les moments où je suis seule, je ne me sens pas de genre particulier. C’est bien socialement que je ne supporte pas le rôle d’homme, et que je me sens comme une poissonne dans l’eau en tant que femme. Ce n’est pas un conflit entre mon corps et mon esprit, mais un conflit entre le rôle social qu’on m’a collé et celui que je veux jouer. La pensée queer qui m’accompagne m’aura aidé à comprendre que le genre est une performance réitérée : je me maquille presque tous les jours ! Je me ressens femme socialement et pas biologiquement. Je n’attends aucune transformation biologique de mes opérations et de mon traitement hormonal, juste une apparence. Mon taux féminin d’estradiol dans le sang, ma testo à zero ne me mettent pas en joie. L’évolution de mes seins ou des courbes de mes hanches, si. Les traits de mon visage transformé m’ont aussi changé la vie. La notion de passing ne me gêne pas. Je me fais passer pour femme comme les métisses se faisaient passer pour blancs dans les régimes racistes (c’est l’origine du terme passing). Et c’est en me faisant passer pour femme que je  deviens femme. C’est performatif.

J’ai divers outils à ma disposition pour réaliser cette performance : la prise d’hormone et d’anti-androgène, des interventions chirurgicales sur mon visage et mon sexe, l’épilation définitive de ma barbe, la rééducation de ma voix, le remplacement total de ma garde robe, la construction d’un comportement social différent, d’une démarche différente, de gestes différents, voire d’un état d’esprit différent. Les transformations s’opérent quelquefois sans même y penser. Les habitudes se prennent. C’est comme d’apprendre à conduire une voiture. Au début on se concentre et on perd les pédales et après on fait ça sans même y penser. Tous ces efforts, conscients ou pas, je ne les produis pas en vue de faire correspondre mon corps à une vérité intérieure. Je n’ai pas dans l’idée que mon essence féminine serait contredite par mon corps, la faute au Créateur en somme. Non, je ne répare pas une erreur de la nature, je répare une erreur de l’état civil à mon égard. Comme il faut tout faire soi même pour réparer les conneries des autres, je modifie mon corps pour le conformer autant à mon attente qu’à l’attente sociale. Je veux être considérée comme une femme, car c’est dans ce genre que je me sens bien. Je ne prétends pas pour autant pouvoir complètement expliquer mon aspiration au genre féminin, ou le sentiment de rejet profond que j’ai de mon genre masculin. Tout cela est lié à mon histoire et je ne me souviens pas de tout les détails. La mémoire m’en revient progressivement, je retrouve des petits cailloux que j’avais laissé sur mon chemin, des traces de mon désir de quitter la sphère masculine et de rejoindre la sphère féminine jalonnent mon parcours depuis l’enfance.

Je ne crois pas que la biologie me détermine, mais que la société a déterminé mon genre en fonction de ce qu’elle a su de ma biologie et que c’est très violent de devoir obéir à cette injonction quand ça ne vous correspond pas. Genre et sexe c’est pas pareil, on est d’accord là dessus j’espère ? Sinon renseignez-vous avant de continuer à me lire !

“être née dans le mauvais corps” ne peut se traduire pour moi que comme “être née dans un corps (mâle) qui a conduit l’état à m’assigner dans un mauvais genre (homme)”. Je n’ai pas de ressenti d’une femellitude intérieure. Même après vagino je ne pense pas que je l’aurais ! J’ai possédé les traits sexués mâles suffisants pour jouer un rôle mâle dans le mécanisme de la reproduction. Je ne nie pas cela. Il ne s’agit pas pour moi d’un déni biologique, mais de considérer que ma biologie ne me détermine pas.

Ne me demandez pas de croire que je suis vraiment une femme, je n’ai jamais été vraiment un homme.

Une trans opérée avec laquelle j’ai discuté récemment me disait que depuis toujours son corps mâle lui posait problème et lui en pose encore post-op, parce que ce corps mâle ne lui permettait et ne lui permet toujours pas de vivre dans le genre féminin qu’elle désire. Elle a résolu le problème en partie avec sa SRS. En partie seulement. Elle est une femme maintenant pour tout le monde, y compris pour ses amants tant qu’elle ne se oute pas, sauf peut-être pour elle-même. Pour elle, le genre féminin ne s’arrête pas à être une femme en apparence et dans la sexualité, mais s’accomplit aussi dans la maternité. C’est un absolu. Celui de la reproduction. Que cela soit son malheur en cela elle rejoint nombre de femmes stériles pour diverses raisons.

Pourtant, le fait de ne pas pouvoir avoir d’enfant ne la rend pas moins femme, sauf si elle est convaincue du contraire. Pour éviter d’en souffrir, nous renonçons à tout ce que permet un corps féminin cisgenre fertile et que nous n’aurons jamais. Nous essayons de profiter de ce sur quoi nous pouvons agir, l’apparence, le social, un corps féminin trans. Enjoy ! Les boudhistes disent “Quand il n’y a pas de solution, il n’y a pas de problème”. J’essaie de ne pas me rendre malheureuse à tenter de changer des trucs que je ne peux pas. Il y a assez de problèmes avec les choses sur lesquelles on peut agir. C’est vrai qu’on peut se rendre malade quand on ne parvient pas à être satisfaite dans le genre que l’on ressent, parce qu’on ne posséde pas le corps idéalisé que l’on désire. Que l’on considère que pour avoir le genre, il faut avoir le corps, ok, mais dans la limite du techniquement possible.

Pourquoi se rendre malade en désirant des trucs qui n’existent pas en réalité ? Personne ne sait définir ce qu’est vraiment un corps mâle ou un corps femelle, à part le Bureau central de contrôle de la féminité du Comité international olympique qui prétend déterminer à coup sûr qui est femme et qui est homme, c’est beau la science ! Les intersexes sont la preuve vivante de l’infinité des variations possible entre les corps sexués. Nous sommes tous des intersexes dans le sens où nos caractéristiques sexuées sont une affaire de dosage, pas une affaire de polarité.

En vérité je vous le dit : ni le corps mâle, ni le corps femelle n’existent, ni le genre masculin, ni le genre féminin n’existent. Tout ce qu’on peut observer sur le corps, ce sont des traits sexués à dosage variables, et pour le genre une différenciation exacerbée artificiellement, pour faire croire qu’il y en a deux et qu’on doit choisir. Moi, je suis gentille et j’ai pas envie de m’expliquer en permanence, alors je choisis femme parce que je le vaux bien et que ça correspond profondément à l’endroit où je me sens à ma place, peace, zen, bien dans mes baskets. Mais ne me demandez pas de croire que je suis vraiment une femme, je n’ai jamais été vraiment un homme (je reprends ça de Kate Bornstein). Je ne sais pas me définir, je suis pas médecin du C.I.O. , moi. Croire à la réalité de la nature qui fait les garçons et les filles, quand on est trans, c’est des coups à se rendre malade effectivement.

Même les trans normatifs explosent la norme de genre

C’est la loi naturelle qui s’applique aujourd’hui. Non écrite mais largement acceptée comme norme, la loi naturelle dit qu’on est homme ou femme, êtres complémentaires créés par la Nature ou Dieu, c’est la même chose, altérité magique douée de la capacité de se reproduire, born to reproduce. La loi naturelle passe sur le fait biologique même. Le contre exemple flagrant des personnes intersexe vient la contredire en pleine poire.

Avec les intersexes, les trans dérangent la loi naturelle qui proclame le sexe et oublie le genre. Cette fusion sexe et genre créé par la culture explose avec les trans, qui refusent le lien entre leur corps sexué et leur genre. Tous les trans sont mal à l’aise avec le genre social qu’on leur a assigné à la naissance, en fonction de leur appareil génital visible. A partir de ce constat, les raisons que les trans invoquent sont diverses : certaines refusent de parler de genre (Note : par commodité de rédaction, je vais employer “elle” et parler des trans filles car c’est ce que je connais mieux, mais ça peut s’appliquer aux garçons s’ils se reconnaissent dans ce que je raconte). Celle qui me dit : “Je suis mentalement une femelle dans un corps de mâle” estime que son corps mental ne correspond pas à son corps réel. D’autres comme moi estiment plutôt que leur corps masculin ne correspond plus au genre féminin désiré. Quoi qu’elles avancent comme causes de leur transidentité, les trans remettent de fait toujours en question ce lien entre corps et genre.

Mais les trans ne vivent pas hors du temps et de la culture. Elle n’échappent pas à cette loi naturelle. Elles-mêmes sont bien souvent perturbées par l’absence du lien entre leur sexe et leur genre. Elles cherchent donc parfois à recréer le lien entre leur genre et leur corps, pour être reconnues dans le genre qu’elles ressentent ou désirent, par les autres et par elles mêmes.

Quand on est trans, on ne nait pas femme, on décide de le devenir

Quand on est trans on décide de devenir femme et c’est là que ça coince. Car cette décision, une femme cisgenre n’a pas à la prendre. Elle devient femme sans le décider. Il lui suffit d’accepter le genre qu’on lui a assigné. De suivre le mouvement qui s’impose de l’extérieur et qu’accompagne son développement biologique. Par contre, le genre ne survient jamais par défaut quand on est trans, malgré l’espoir de certaines qui ont eu pendant leur enfance l’illusion qu’elles allaient devenir femmes à la puberté de façon magique. Cela n’arrive pas et la prise de conscience est parfois douloureuse. La voix qui mue, les poils qui poussent et tous les effets de la montée de testostérone vous mettent alors le moral dans les chaussettes. Il faut agir consciemment pour devenir “celle que l’on est”. La performance de genre on sait ce que c’est quand on est trans. Et c’est parfois difficile de sentir cette différence avec les cisgenres qui ne se posent pas la question de la légitimité de leur genre. Les trans décident de changer de genre – et parfois de sexe – en fonction de perceptions plus ou moins conscientes, de ressentis intérieur plus ou moins reliés à des évènements identifiés. Mais expliquées ou pas, ces perceptions extrêmement fortes les poussent à décider un jour d’entamer une transition. C’est souvent une affaire de survie, et il faut bien ça pour se lancer dans une telle course d’obstacle. Il reste une insatisfaction difficile à combler : les trans ne vivent pas toujours très bien l’obligation qu’elles ont eu de devenir femmes par la force de leur volonté. Elles apprécieraient que le genre soit un truc qui les dépasse, magique, essentiel, transcendental, naturel, divin ! Marre de porter le chapeau, de devoir se justifier par la raison quand il s’agit de ressenti. Leur parcours de transition s’achève avec le soulagement de n’avoir plus à déployer une telle énergie pour devenir femme, et cette quête d’un aboutissement, souvent représenté par la quête du vagin, correspond à une envie de vivre l’inconscience tranquille des femmes cisgenres. Je n’ai jamais été jalouse du corps des femmes, mais je jalouse encore leur inconscience à s’incarner dans un corps féminin.

Vouloir un vagin, c’est essentialiste ?

Quand on est trans et que l’on croit aux fadaises naturalistes d’atteinte d’un idéal féminin par la vaginoplastie, pourquoi alors se lancer dans la fabrication de cet ersatz ? Et quand on y croit pas, pourquoi vouloir un vagin le plus naturel possible ? Est-ce que ce désir de vagin est une forme de soumission aux thèses essentialistes ? La volonté de rejoindre une essence féminine dont le symbole le plus fort serait le vagin ? La plupart des femmes ont un vagin. De là, s’est ancrée dans les consciences l’idée fausse que quand il n’y a pas de vagin, il n’y a pas de femme. Est ce que je veux un vagin parce que je pense qu’une vraie femme en a un ? Non, car il faudrait aussi que je crois qu’un néo-vagin est un vrai vagin, alors qu’on voit assez vite que ça reste un bricolage de chirurgien. Il y a a une autre idée fausse qui surgit alors :  “Si je ne suis pas naturelle, biologique, je ne suis pas une vraie femme donc je n’ai rien à faire d’un faux vagin”. Mais toutes ces idées sur la nature induisent qu’il existe de vraies femmes, et nous replonge dans le récit essentialiste. Une trans n’est pas plus vraie ou fausse qu’une femme cisgenre, dès lors qu’on considère le genre feminin comme le résultat socialement visible d’une détermination sociale, si l’on part du principe qu’il n’existe pas d’essence feminine qui trouverait sa vérité dans le vagin. Le vagin ne fait pas la femme, une femme – qu’elle soit trans ou cisgenre d’ailleurs – peut avoir ce qu’elle veut ou ce qu’elle peut entre les jambes, elle n’en sera pas moins femme. Il s’agit seulement d’autodéfinition de son genre. Je vous déclare que suis une femme, et cela rend la chose vraie, sans autre preuve à fournir. Je pourrais en rester là et je n’en serais pas moins une femme. Mais je décide de m’approprier certains traits de la féminité que je désire pour moi. J’aide cette acceptation de mon genre désiré pour moi et pour les autres en travaillant mon apparence. Je pioche et je m’approprie certains codes de genre convenus. J’autodétermine mon genre et me construis socialement comme je le ressens.

Je veux que l’on me fabrique un truc qui ressemble à sexe féminin, qui fonctionne à peu près pareil. Je sais qu’un néo-vagin a peu à voir avec un appareil reproducteur femelle, je ne le fais pas pour la reproduction mais pour construire à cet endroit de mon corps la féminité que je désire.

Je n’attends pas de l’opération qu’elle me rende plus femme que je ne le suis déjà. Avec mon vagin, je ne serais pas plus femme que je n’ai été homme avec mon pénis. J’ai été masculine et même très virile, avec des poils partout. Je serai féminine dans un type de féminité que je décide et qui pourra évoluer.

Ma transition est une construction consciente et je suis preneuse de toute la technologie disponible. De la même façon que j’ai composé ma garde robe féminine, composé mon comportement féminin, cherché, trouvé et travaillé ma voix féminine, je construirai mon vagin.

Je ne sacralise pas spécialement cette partie de mon corps plutôt qu’une autre. Je souhaite que mon corps corresponde à ce que j’ai envie d’exprimer et de vivre socialement par mon apparence.

Non à l’abolition de la transidentité

Pour certaines, si la transidentité était reconnue socialement, si on pouvait librement exprimer son genre, on n’aurait plus besoin de faire des transitions, plus besoin de procéder à une quelconque modification de son apparence, plus besoin de recourir à la chirurgie ou aux hormones, la transidentité disparaîtrait. Le genre disparaîtrait. Comme disait ma mère : “Si ma tante en avait on l’appellerait mon oncle”.

Dire que les normes et les lois nous imposent des parcours de transition au fond non désirés, c’est nier la capacité d’agir de chaque personne. Même si le genre est social, il y a une part de représentation de soi à soi qui compte. J’ai besoin d’être une femme pas seulement pour les autres, mais aussi pour moi, pour le seul plaisir de décider de la case dans laquelle je me mets. Je déclare être une femme. Je le décide. J’abolis non pas le genre mais je refuse d’être placée dans le mauvais genre, la mauvaise case. Je construis une certaine féminité trans, qui est la résultante d’un parcours de vie, d’un passé masculin. C’est un parcours singulier, à côté d’autres qui créent de nouveaux genres, nous construisons n genres et ne souhaitons en abolir aucun. Je ne crois pas et n’appelle pas à la disparition du genre, même si la disparition de sa mention binaire sur les papiers d’identité ne me tirerait pas de larmes.

On ne connait pas la source de la transidentité, ce besoin de transformation. C’est un sentiment profond. Dire qu’on y peut rien et que la société doit l’accepter, nous respecter par l’égalité des droits, je suis d’accord. OK. D’accord c’est pas  notre faute si nous sommes trans. C’est un machin qui vient d’on ne sait où. Mais ça n’explique pas la part de refus des normes qui nous anime. Quelle est la part de jeu, de désir et de plaisir de sentir la liberté humaine de conduire sa vie, d’agir sur son corps ?

La justification du désir

Il y a des personnes, qui aspirent à l’ablation d’une partie saine de leur corps. Il s’agit souvent d’un besoin impérieux d’être amputé d’un membre ou de plusieurs pour faire correspondre son corps à une identité corporelle ressentie. La médecine bien entendu en a fait une maladie mentale classée dans les perversions sexuelles. Une paraphilie parmis d’autres. Philie, c’est que ces personnes aiment ça, que c’est un choix, un fétichisme. Quand la médecine condescent à admettre que ça correspond à un besoin vital c’est parce que la personne qui souhaite l’opération leur pipote que le truc les dépasse, que la pulsion est plus forte que leur volonté. C’est énorme de vouloir se faire sauter une jambe. Ça fait froid dans le dos. Les psys voudraient supprimer le désir plutôt que de supprimer le membre, et là on a tendance à se dire que ça serait quand même mieux au fond. Mais ces personnes ne sont pas plus malades que les trans, et ne ressentent pas la suppression d’un membre comme une mutilation, mais comme le retour à un schéma corporel dans lequel ce membre n’a pas sa place. Pour eux comme pour les trans il s’agit d’un besoin puissant d’atteindre un corps désiré. Ils vont devoir convaincre les médecins car se défaire d’une jambe de trop en solo c’est pas gagné. Certains vont jusqu’à provoquer des lésions au membre qu’ils veulent voir disparaître, en le faisant geler dans la neige par exemple, alors que ce sont des personnes saines d’esprit.

On sait que des trans ont quelquefois des parcours qui passent par l’automutilation, des désirs de pénectomie, et les trans sont pourtant des personnes tout aussi saines d’esprit (enfin en moyenne pas moins que les cisgenres). Ces gestes désespérés ne sont pas le symptome d’une pathologie, mais la conséquence du refus des médecins d’opérer. Pourquoi doit-on justifier le besoin vital d’une opération par des argumentations essentialistes : “Je ne sais pas d’où cela vient”, “C’est inné”, etc. ? Pour convaincre les médecins, nous devons reproduire ce discours qui raconte que nous sommes impuissants devant l’action d’une puissance supérieure qui contrôle nos désirs, et que seule la force de leurs super-pouvoirs de médecin sera capable de la vaincre pour nous. Finissons-en avec les justifications mystiques de nos désirs de changements corporels, alors que notre raison peut expliquer ce désir simplement par l’exploration de notre vécu, de ce que nous avons acquis et compris. La transidentité n’est que désir, c’est le refus du désir par ceux là même qui peuvent le satisfaire qui provoque les souffrances qui ensuite nous rendent malades, dépressifs ou suicidaires. Un désir peut-être impérieux et doit être reconnu. Un apotemnophile – on dit comme ça dans la nosologie – opéré est un apotempnophile heureux ! S’il est trans en plus il a de quoi s’amuser !

Je n’ai pas de problèmes existentiels à avoir une bite plutôt qu’une chatte, mais des problèmes pratiques

Au début de ma transition j’étais tellement anti-essentialiste que pensais pouvoir rester une femme à bite. L’idée ne me dérangeait pas, voire me séduisait. Je ne trouvais pas de raisons valables à mon désir de changement de sexe. J’intériorisais en quelque sorte l’essentialisme puisque les raisons pratiques ou le désir que j’éprouvais ne me suffisaient pas à prendre la décision. Après réflexion, j’envisage la chirurgie. Je vais lister les quelques raisons qui me poussent à la vaginoplastie :

–       Pour moi qui recherche à terme l’invisibilité, je considère que d’avoir un vagin rend ce désir plus accessible. Je n’aurai plus à pratiquer le tucking, technique consistant à repousser les testicules dans le corps et à replier le pénis en arrière entre les jambes. Ce n’est pas toujours archi-confortable, et il reste toujours une bosse disgracieuse entre les jambes. Enfiler une culotte est malcommode, car pas conçue pour contenir tout ce matos, et il y a nécessité de maintenir l’ensemble par divers moyens, moi j’utilise un panty moulant, ce qui en été est pénible. Quelquefois la compression se fait douloureuse et on a pas toujours le moyen d’y remédier très vite : il faut aller aux toilettes pour remettre les choses en place. J’ai été obligée l’été dernier de comprimer mon sexe à chaque fois que je voulais enfiler un maillot de bain pour aller à la plage ou à la piscine, et encore des parties de testicules apparaissaient à l’aine, je n’étais pas à l’aise.

–       Avoir un vagin c’est retrouver une libido satisfaisante. Je prends aujourd’hui des œstrogènes féminisantes et des anti-androgène dévirilisantes, qui bloquent la production de testostérone. Le problème des anti-androgènes c’est qu’ils suppriment complétement la libido. La production de testostérone se fait dans les testicules. La vaginoplastie en supprimant mes testicules supprimera aussi la nécessité de l’anti-androgène et du coup je retrouverai une libido et, cerise sur le clito… un organe sexuel fonctionnel, du moins je l’espère.

–       Avec une vagino j’obtiendrai un état civil conforme à mon genre. La procédure est en cours et la présidente du tribunal à clairement posé comme condition la réalisation de cette opération. Je décide d’obéir aux ordres.

Construire mon corps, fabriquer ma sexualité

Avec mon opération, je veux construire une nouvelle sexualité avec ma partenaire puisque c’est possible. La relation sexuelle est aussi une relation sociale, et elle se s’élabore comme le reste. J’essaie de ne pas mettre de la magie dans ma transition. De ne pas fantasmer le vagin. Je n’attends pas d’une SRS qu’elle soit un aboutissement, l’atteinte d’un état extatique, l’accession au bonheur. Mon bonheur d’avoir un vagin ressemble plutôt au bonheur de la possession d’un nouvel objet matériel convoité. Si il est question de magie comparons cela à la magie de Noël ! J’ai le sentiment d’être la veille de noël quand j’étais enfant et que j’attendais mes cadeaux. J’espère que j’aurais toujours les moyens de m’offrir les meilleurs jouets. Un néo-vagin c’est quand même un super sextoy, hors de prix d’ailleurs, sur ce plan purement commercial aussi on pourrait progresser afin de réduire les coûts !

Même si je dis que je ne suis pas née dans le mauvais corps, ça ne veut pas dire que je n’ai pas eu des problèmes avec mon corps mâle. J’ai rejeté ce corps masculin tout au long de ma vie sexuelle, et c’est le trouble dans le sexe qui m’a finalement amené à réfléchir à la question de mon genre, après bien des errements. Maintenant que je suis une femme socialement et que ça va beaucoup mieux merci, il me gêne de plus en plus ce pénis.

L’envie d’avoir un vagin correspond aussi à un désir de sentir un creux plutôt qu’un plein dans les jeux de pénétration, d’être pénétrée vaginalement plutôt que de pénétrer. Je veux, si c’est possible, jouir de cette sensation. Bien avant de découvrir ma transidentité, j’inversais le sens de la pénétration dans ma tête et ce n’est qu’en m’imaginant pénétrée que je jouissais. C’était très cérébral comme exercice, et assez frustrant. Je voudrais quitter un tant soit peu cette cérébralité pour l’éprouver dans mon corps. Mais la pénétration n’est pas ce qui me préoccupe le plus. Je veux sentir mon clitoris à l’intérieur de moi, au plus près de mon corps et pas au bout d’un appendice, loin de moi.

Je n’ai certainement pas inventé ces désirs, ces fantasmes, pourtant ils sont en moi. J’ai intériorisé des schémas excitants de relation sexuelle en étant une femme dans ma tête. Je veux l’être le plus possible dans mon corps.

La technologie de changement de sexe

Tout n’est pas possible. Les technologies sont balbutiantes et aucun effort n’est fait pour rechercher des solutions un peu plus performantes pour les changements de sexe et c’est encore pire pour les mecs trans, comme par hasard. Beaucoup de parties du corps restent marqués par l’action de la testo. Les hormones permettent de revenir en arrière jusqu’à un certain point, mais il y a des limites. Il y a une foule de choses qu’on ne sait pas modifier, du moins quand la testostérone a fait son effet après la puberté. Le squelette c’est compliqué, même si certaines retouches sont possibles : on peut retirer des côtes, on peut retoucher la structure osseuse de la face, on ne peut pas réduire la taille des mains. Aucune recherche n’est faite pour mener des recherches afin d’améliorer les techniques. Tout est bricolage. Les endocrinologues prescrivent des traitements hormonaux qui en réalité ne sont pas fait pour cela, mais pour les femmes ménauposées et les délinquants sexuels.

L’ampleur du business de changement de sexe en Thaïlande fait qu’ils sont moins à la traine là-bas qu’ailleurs dans le monde. Concurrence oblige. Mais même le meilleur de la technologie disponible est aujourd’hui très limité. On ne sait pas recréer l’appareil de reproduction : la vagino crée la salle de jeu, mais pas la nurserie ! Il s’agit donc d’être réaliste et d’agir dans un contexte donné, de composer avec une réalité assez pauvre, de faire avec l’état de l’art et de la science, c’est à dire pas grand chose. Il faut voir ce qui est faisable et peser les risques. Je ne donne à un chirurgien le droit de transformer mon corps que si j’ai confiance et que je peux raisonnablement avoir une idée du résultat à l’avance. J’essaie de garder le contrôle sur mon corps et de ne pas devenir un objet dans les pattes des médecins. J’ai la chance de pouvoir échapper à la transphobie de classe représentée par les équipes hospitalières prétendument officielles. J’échappe à leurs parcours psy d’une violence inouïe et à la médiocrité – pour ne pas dire plus dans certains cas – de leurs résultats opératoires.

L’opé

Ça consiste à transformer mon sexe mâle en sexe femelle. Selon la compétence du chirurgien l’aspect et la fonctionnalité de ce néo-vagin sont bonnes. Presque tout est utilisé et on peut dire que le pénis est démonté puis remonté en vagin. L’opération pourrait se comparer dans la phase de démontage au retour à un stade embryonnaire d’indifférentiation sexuée, au stade des gonades, quand l’action des hormones n’a pas encore influencé le développement de l’appareil génital dans une direction ou l’autre. Le gland peut alors devenir clitoris, la peau rose et tendre de l’intérieur du prépuce devient capuchon du clito et petites lèvres, la peau plissée du scrotum devient grandes lèvres. C’est un vrai travail de dentelière. La majeure partie du corps caverneux est balancé, mais je ne doute pas qu’un jour on en fasse quelque chose, peut-être lorsqu’on aura admis qu’un clitoris est autre chose qu’un petit bouton et que les femmes elles aussi ont un corps caverneux érectile. Exit aussi l’éjaculation, alors qu’une femme cisgenre à cette possibilité. On jette aussi les testicules, quel dommage ! à quand des greffes pour les FtM, qui refileraient d’autres trucs aux MtF, dans une grande bourse d’échange biocompatible ?

J’ai lu pas mal de témoignages sur les opés, les chirurgiens, les techniques. Une copine m’a montré sa néo-foufoune. Ça va, je me lance.  Ce que j’aurais techniquement sera un néo-vagin, pas un vagin, mais si j’ai envie de l’appeler mon vagin je vais pas m’en priver. Ça fait belle lurette que je n’ai plus un gland, mais un clito, mal placé, mais un clito quand même.

Je suis out “si je veux, quand je veux”.

Je ne suis pas née dans le mauvais corps mais je vais faire une vagino. J’ai dit pourquoi. Ma copine se ferait bien enlever les seins parce que c’est lourd et encombrant. Elle ne se sens pas mec donc elle a pas le droit de les enlever complètement, elle a juste pu les faire réduire mais les enlever c’est interdit pour une femme qui n’a pas un cancer. Il faut entrer dans le circuit « trans » et elle n’a pas envie. Moi de mon côté j’ai mille fois plus envie d’être fille socialement qu’elle a envie d’être un mec.

Mais revenons à ma bite. Ou plutôt mon ante-vagin. Je vais faire remodeler ma bite en forme de vagin pour des raisons pratiques : passing en maillot de bain, arrêt de production de testostérone, construire une autre sexualité, avoir des papiers. Alors certes, cette envie de passing, ce désir d’une apparence féminine du corps par les hormones, la sexualité comme-ci ou comme-ça, je ne l’ai pas inventé toute seule. Au début, à ma naissance je n’y pensais pas tellement. Je ne dirais pas que c’est le méchant état binaire qui me l’a imposé (quoique c’est vrai en partie car avoir des papiers conformes ça me branche bien aussi), mais c’est pas le vilain état qui a décidé pour moi.

Je ne dirais pas non plus que c’est un truc inné. C’est plutôt ce qui est “dans l’air”, l’ambiance générale, la norme que j’accepte consciemment ou pas, ce que j’ai acquis depuis toute petite. Les normes ne sont pas les lois. Il y a des lois jamais respectées du fait de la puissance des normes, et pourtant les normes on peut les transgresser sans aller en prison. On ne le fait pas. Pourquoi ?

Les normes ça passe partout, et ce n’est pas un truc imposé d’en haut, c’est horizontal. Elle sont en nous, intériorisées. Nous, les trans, à défaut d’enfreindre les lois, on bouscule un peu les normes. Et on est pas toujours à l’aise avec ça. Du fait de l’intériorisation. Et puis, il faut bien le dire aussi, du fait de la transphobie. L’acceptation des trans est inversement proportionnelle au passing. C’est tout de même plus peinard pour beaucoup de rester au chaud dans le système de genre actuel. Y renoncer full-time c’est un positionnement radical, ou l’impossibilité de faire autrement. On a pas toujours le choix. On a pas toujours le passing que l’on voudrait, mais celui que l’on peut. Après quand on l’a, on peut choisir. On peut décider l’ambiguïté, l’entre deux genre. Niquer les normes, l’annoncer en un acte militant inscrit dans son corps est une posture que je n’ai pas envie de vivre. Faut assumer d’avoir un Post-it collé en permanence sur le front avec écrit “Je fucke le genre”. Moi je veux même des papiers en règle ! Merde alors ! J’ai marché pour ça à l’Existrans !

Foucault disait “Ne me demandez pas qui je suis et ne me dites pas de rester le même : c’est une morale d’état civil ; elle régit nos papiers. Qu’elle nous laisse libres quand il s’agit d’écrire”. C’est de Foucault, qui était pédé placard tout de même faut pas oublier ça. Pour moi il ne s’agit pas seulement d’écrire et si Foucault était placard ne m’emmerdez pas, j’ai le droit moi aussi à mon passing. Je suis out « si je veux, quand je veux ». Car j’assume aussi d’être publiquement femme trans à certains moment, c’est mon p’tit geste pour la cause… Si on me le demande, je suis une femme, ou une femme trans selon la situation et la personne à qui je m’adresse.

Je vous laisse, mon avion pour Bangkok décolle dans peu de temps. On en reparle… post hop !

Le 29 octobre 2012

Post-hop ! Retour sur une SRS

femalgenitalorgans

Check Out

J’ai fait mon « check out  » avec le Dr Chett hier. Il n’a rien retouché ouf ! j’avais très peur de ça ! Je pense que je suis dans les cas où ça se passe très bien. J’arrive déjà à m’assoir un long moment, je ne prends plus aucun anti douleur et dors très bien. Les dilat’ sont OK. Rien à signaler de notable sauf mon immense bonheur d’avoir franchi cette étape. Je rentre dans 4 jours, c’est bientôt la fin. J’ai presque déjà une nostalgie alors que j’y suis encore !

Je suis tellement heureuse… Je ne voudrais pas avoir l’air de faire du prosélytisme pour la SRS ! Je ne parle que de ce que j’ai ressenti en le traduisant avec mes mots. Donc à prendre avec des pincettes !

Je complète mon témoignage par deux choses, pour ne pas tout repeindre en rose :
– La douleur : je n’en parle pas tellement mais la douleur me rattrape maintenant (heureusement qu’il y a des antidouleurs !)
– Les sensations « montagnes russes » juste après l’opé : Immédiatement après l’opé, à peine réveillée, mon premier sentiment fut une joie intense, mais ensuite, ramenée dans ma chambre, quand je me réveillais, j’oscillais entre « c’est génial » et « mon dieu, qu’ai je fait ? » et c’était vraiment dur à vivre. C’était surement lié aux drogues diverses, anesthésie, etc, mais c’était aussi forcément en moi, ça ne venait pas de rien.

***

On peut avoir des raisons sociales de vouloir changer de sexe, même si c’est intime. La politique de genre est présente dans notre intimité. Sinon pourquoi la jurisprudence imposerait-elle des opérations ? Avoir des papiers conformes à la norme peut faire partie des raisons d’une SRS. On peut le déplorer mais pas accuser les trans de faire une erreur si cela fait partie de leurs raisons. Nous vivons ici et maintenant et c’est au présent que nous voulons vivre normalement, et pas dans l’attente d’hypothétiques changements de législation. SI d’autres trans refusent d’entrer dans ce genre de raisons, j’approuve aussi leur détermination et je la soutiens, et je ferai tout ce que je peux pour qu’avoir des papiers en règles ne dépende pas du sexe.

Ce qui prime pour moi pour dire qu’une décision est bonne ou pas, c’est d’avoir conscience des choses qui nous déterminent et déterminent nos décisions. Notre ressenti, les conditions politiques, tout cela étant lié. On se décide après avoir pris conscience le plus possible de toutes les raisons, même celles qui pourraient sembler les moins valables car « conformistes ». C’est à cela qu’il faut travailler personnellement.

Le conformisme et le désir d’entrer dans la norme est un sentiment répandu. Pourquoi les trans devraient y échapper ? Certaines raisons touchant au conformisme m’ont poussée à faire une SRS, je n’en ressens aucune culpabilité. Ce qui m’étonne c’est plutôt de découvrir en moi d’autres raisons après SRS. Comme ce sentiment bien décrit par certaines d’être enfin « en entier ». C’est peut-être le sentiment le plus conformiste qui soit mais je le ressens à fond. C’est plutôt bizarre car avant SRS je ne me sentais pas divisée. C’est assez étrange de se dire que quelque soit la réflexion qu’on a mené avant, on peut découvrir des choses après… en positif ou en négatif d’ailleurs. Je pense que mon cerveau trouve de nouvelles raisons un peu comme après un achat important on a besoin de se rassurer pour être sûre qu’on a pas fait une connerie. Le bien-être que je ressens c’est peut-être juste la partie conformiste de mon cerveau qui m’envoit des signes rassurant pour oublier : la douleur ; que mon sexe est une plaie ; que j’ai claqué un pognon dingue ; que je me conforme à une norme qu’en même temps je rejette ; que toutes les opérations du monde possible ne changera pas une femme trans en femme bio ; que même si on pouvait changer les chromosomes avant puberté ou je ne sais quoi d’autre, il demeurera un écart qui fout en l’air le beau système de genre théorique à deux sexes ; etc.

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Ne le dites pas à mon psy j’ai fait un rêve il y a deux nuits de ça dans lequel j’étais en train de bander !

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Quand je fais pipi c’est marrant de sentir que ça sort avant. Ce qui est encore plus drôle c’est que je m’en f… partout ! Qu’est ce que je rigole à Bangkok !

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Je suis bourrée de contradictions. Je refuse et en même temps je suis un maillon du système dans lequel je vis. Je ne vais pas prétendre que ma SRS est un acte militant, mais je refuse de culpabiliser pour autant. Et d’ailleurs, ne pas faire de SRS alors qu’on en a envie (ou besoin, peu importe)  pour l’ériger en acte militant me dérange dans la dimension culpabilisante qu’elle provoque de fait envers les autres trans’. C’est comme de rester « sans papiers » pour se maintenir à la tête des associations et éduquer la piétaille au courage militant. Ce côté moraliste me gonfle terriblement.

***

Ça y est j’ai eu la dernière visite de l’infirmière. Elles étaient deux ce matin. L’une m’a expliqué la poire, pas avant deux mois, deux fois par semaine. 5 gouttes de bétadine jaune dans un demi verre d’eau.

Toutes les deux ont eu l’air de trouver que ça se passait bien pour moi, surtout la nouvelle qui ne vient pas d’habitude avait presque l’air positivement étonnée. « it’s looks good ! » ont-elles répété en cœur devant mon intimité pas trop intime ces temps-ci. J’ai dit « i’m happy and lucky i think ». Elles ont acquiescé.

Après elles ont voulu dire au revoir à Suki ma souris en peluche. On s’est toutes embrassées en se disant au revoir. J’étais émue et un peu triste aussi.

Je suis allée une dernière fois à la piscine. Pas de bol un gros orage s’est déclenché peu après. Le piscinier nous a demandé de partir. Y’a plus rien qui va. Je lui ai donné 200 baths de pourboire pour le séjour. Je sais pas trop combien il faut donner en fait.

Il pleut. Demain le resto et la piscine ne seront même pas accessibles car privatisés pour un mariage. Je m’en tape je serai dans l’avion, na.

Pff

***

Retour à Paris

J’ai été étonnée de l’attitude lourdingue des flics de l’aéroport au départ de Bangkok. je pensais qu’ils avaient une certaine habitude des trans et ben non pas du tout. Sur le retour, un connard de jeune flic m’a lancé devant la file d’attente qui prenait le même avion que moi : « Vous êtes un homme ? ». Un autre plus vieux m’a demandé combien ça m’avait coûté et comment j’avais fait pour enlever ma barbe… (j’en ai sur la photo de passeport). J’ai esquivé les réponses. Il m’ont encore pris en photo alors qu’ils m’avaient déjà prise à l’arrivée, un vrai cirque. Bon j’ai pris ça à la rigolade. C’est bizarre même quand je suis dans des situations qui me mettent mal à l’aise j’ai tendance à rigoler avec les connards qui m’emmerdent et c’est après coup seulement que je ressens l’abus qui a été commis et je m’en veux encore plus de ne pas savoir réagir et leur clouer le bec.

Sinon j’ai profité à plein de la possibilité qui m’était donnée de me faire trimballer en fauteuil roulant. Honnêtement j’aurais pu marcher mais c’est super bien le fauteuil car on a pas à chercher son chemin ni a pousser sa valise. A l’aéroport de Bangkok en attendant l’avion, mon assistant fauteuil adorable m’a aidé à faire mon shopping. J’ai acheté un tour de cou rose pour dormir dans l’avion mais qui au final ne m’a servit à rien car les sièges de la Thaï ont des appuis-tête très bien conçus. Ensuite il m’a conduite dans une salle réservée et j’ai pu m’allonger sur une méridienne en attendant l’embarquement. Je lui ai laissé un bon pourboire à la fin.

Le voyage s’est bien déroulé. C’est long 12 heures. J’avais prévu une trousse avec des serviettes hygièniques, le plus petit dilatateur et le lubrifiant. Je suis allée deux fois me faire des sessions de 10 minutes de dilatation dans les toilettes et changer la serviette hygiènique. Car la plaie suppure en permanence et ça fait du bien de se changer régulièrement. Ces dilatations « minute » ont facilité la grande dilatation que j’ai effectué sans problème une fois arrivée à Paris.

J’adore regarder les hôtesses dans l’avion. J’aimerais leur ressembler. Elles sont tirées à quatre épingles, pimpantes et souriantes. Pas un cheveu ne s’échappe de leur impeccable chignon. Et les hôtesses de la Thaï ont des uniformes pas du tout uniformes, des tenues absolument ravissantes, d’une élégance particulièrement recherchée. Les plus remarquables sont des sortes de kimonos de satin vert tendre et rose, avec des motifs floraux et des oiseaux, d’un stylisme alliant habilement tradition et modernité. Leurs mains sont fines et gracieuses lorsqu’elle me tendent le petit plateau pour que j’y dépose ma tasse de café afin de la remplir. Leurs ongles nacrés sont parfaitement manucurés et irréprochables. Je reprends ma tasse en leur souriant, non sans remarquer au passage les poils qui ont repoussés sur mes mains durant le séjour.  L’arrêt de l’Androcur y est sans doute pour quelque chose car je n’en avais presque plus des poils. Grr, pourquoi n’avais-je pas emporté mon Epilady® en Thaïlande ? j’aurais eu tout le temps nécessaire pour les éliminer.

Bon je ne suis pas hôtesse de l’air, je suis graphiste dans la pub. Et j’ai repris le travail dès le lendemain matin, sur les chapeaux de roues. Metro, boulot, dilato… J’ai enchainé les heures de boulot et c’est pas top. Ma foufoune me rappelle à l’ordre. J’ai mal et surtout j’ai peur de déconner et que la guérison se fasse moins bien. Ma copine m’engueule. Me dit que si je continue les cicatrices seront moches et distendues. C’est un peu tôt encore pour cavaler. Lundi, mardi, assise toute la journée sans le coussin « donut » que je n’emporte pas en agence, pas envie de raconter ma vie. C’était dur. Aujourd’hui repos. Ouf. je vous écris.

Bang bang le cock à Bangkok !*

Jamie McCartney, The Great Wall of Vagina, 2011.

Jamie McCartney, The Great Wall of Vagina, 2011.

31 octobre, départ pour Bangkok pour ma réassignation de sexe prévue le 6 novembre. Ça a été un peu compliqué à l’aéroport du fait de l’écart entre ma photo de passeport et mon apparence actuelle. C‘était le branle bas. La femme de l’enregistrement ne savait que faire de mon cas. Pourtant un vol pour Bangkok ils devraient avoir l’habitude que l’avion soit bourré de trans ! Une responsable est venue. Elle a prévenu la compagnie aérienne et les flics. Elle était là à l’embarquement pour être bien certaine que je pourrais monter dans l’avion. Elle m’a même fait passer devant tout le monde pour que personne ne voit mon passeport à l’embarquement ! M’a demandé si j’avais choisi mon prénom, j’ai dit Célia. Elle trouvait tout très bien.

Sex Reassignation Surgery : SRS.

En français c’est bof, ça donne CRS : Chirurgie de Réassignation Sexuelle. C’est une expérience humaine extraordinaire. Pouvoir changer de sexe ! C’est incroyable toute cette énergie engagée dans cet acte, cet avion, cette infrastructure hôtelière, cette clinique équipée, ces infirmières, ce chirurgien, ce chauffeur, tous unis pour changer mon sexe ! La réassignation demande une somme de technologies colossale. Pour moi, ce sera dans 20 petites heures maintenant, au bout de quatre jours de diète vécus agréablement à l’hôtel, en compagnie de mon « accompagnatrice ».

Wake up Miss Célia ! 

« Miss Célia, wake up, its finish ! » Je me réveille doucement dans le bloc. Je vais bien. Je suis heureuse au-delà de ce que ma raison raisonnable pouvait imaginer. Je répète béatement « i’m happy, so happy ». J’ai du boulot pour analyser tout ça !

Je pensais n’avoir pour la SRS quasiment que des objectifs pratiques liés à l’arrêt de l’Androcur® et ce genre de choses, mais pas de raisons magiques ; En fait je ressens le même bien être que j’avais ressenti la première fois que je me suis baladée habillée en femme dans la rue. Un soulagement intense. La sensation d’avoir réglé un problème énorme. Je ressens la même chose avec la vagino, tout en faisant la différence sexe/genre, binarité, etc.

Et puis ça doit être aussi la décompression qui suit. Car tant que ce n’est pas fait, on a toujours la possibilité de renoncer et c’est épuisant. On a beau avoir décidé, envoyé de l’argent, pris les billets d’avions… Il y a toujours cette possibilité de faire machine arrière. De ne plus avoir ça à gérer est un grand soulagement. C’est fait. Et c’est bien fait ! Quoique enflée, je vois déjà que c’est réussi, par rapport aux photos de neo-vagins trouvés sur internet et par rapport à ceux que j’ai pu voir “en vrai”. Le mien à un bon aspect, quoique très boursouflé. De plus il est très sensible en plein d’endroits, clito, petites lèvres me font sauter au plafond lorsque le Dr Chettawut titille avec une sorte de grand coton tige.

J’ai eu un passage difficile limite panique le lendemain de mon opé. Mal au ventre, au sexe, en sueur intense, je grelottais et envie de vomir sans pouvoir car ils m’avaient donné un antivomitif car je ne gardais rien. Enfin vraiment pas bien. Une infirmière (son nom se prononce « Noï » ) m’a tenu la main et chanté une chanson. J’ai pensé que c’était une chanson traditionnelle thaÏ. C’était doux. Je ne reconnaissais ni l’air ni les paroles. J’étais tellement mal Je n’avais pas le cœur à chanter. Mais avec sa gentille insistance elle reprenait la chanson en me caressant doucement les mains et le visage, en m’arrangeant les cheveux.

Et d’un seul coup, j’ai compris qu’elle me chantait « le travail c’est la santé, ne rien faire la conserver, les prisonniers du boulot, ne font pas d’vieux os ! ». Je n’ai pas pu m’empêcher de rire malgré mon état. Elle avait gagné la partie. On a chanté toutes les deux et cette fois c’est moi qui lui apprenait le vrai air de la chanson et elle notait les paroles en phonétique thaï. Elle me répétait des petits mots en français et en anglais « be strong, be strong », « One week, pain, mal, everybody ; Two week petit petit petit pain, no mal ; if you cry : mal ; if dont cry : petit mal, no pain ».

Après ils m’ont fait une injection et depuis ça ne fait qu’aller vers le mieux.

J’ai énormément dormi durant toute la clinique, qui m’a évité le syndrome de « l’horloge hantée ». Je ne me suis réveillée que pour les repas et je me forçais à manger je n’avais qu’une envie continuer à dormir. Je pense que je n’ai jamais autant dormi de ma vie en heures cumulées

Le pansement à été retiré hier soir, Il reste l’insert vaginal et une sonde urinaire. je suis très satisfaite mais on ne peut pas trop préjuger à ce stade c’est très enflé. La sensibilité est démente, le Dr Chett à testé avec un coton tige whaaaaou !

Une femme dans le miroir

Après quelques jours de clinique où je n’ai fait que dormir, nuit et jour, je suis revenue dans ma chambre d’hôtel à Bangkok, à l’hôtel Dusit c’est mieux que la chambre sans fenêtre de la clinique, même si le lit électrique qui bouge dans tous les sens c’était top !

Il y a un immense miroir dans l’entrée de ma chambre. J’ai du mal à décrire la joie que me procure le reflet de mon corps en entier (qui est objectivement loin des canons de la beauté). Je ressens le même bonheur que lorsque je suis sortie pour la première fois boulevard Haussman habillée en femme. J’éprouve un sentiment de plénitude, de n’être plus qu’un seul être, non divisé. Je ne me sens pas plus femme qu’avant, je me sens moins homme ! Et j’ai de la joie d’avoir pu le décider moi-même, de contrôler ce que je fait de mon corps, avec le concours de la technologie médicale la plus en pointe (enfin j’espère !)

Je suis étonnée de ça car ça ne correspond pas aux raisons plus pragmatiques de ma décision de faire cette SRS. Je ne pensais pas découvrir d’autres raisons après coup. Me reviennent juste maintenant énormément de détails de rejet de mon pénis depuis ma puberté.

Je ne parlerai pas de deuxième vie, mais d’une vie qui continue et va s’enrichir de cette expérience tout de même assez extraordinaire. Mon passé demeure, et il m’aide à comprendre bien des choses qui se passent maintenant.

Ni homme ni femme

Aujourd’hui je me sens un peu moins « cyborg » car m’a été retirée la sonde urinaire (aïe !) et tout le bazar de tuyauteries qu’il me fallait trimballer dans tous mes déplacements. Je n’ai donc plus aucun sparadrap. J’ai pu prendre une douche. Je regarde mon sexe avec le face-à-main fournit par la clinique. Je suis tout d’abord éberluée par la finesse des « coutures ». Les points de sutures sont tellement proches et minuscules qu’ils ne se voient déjà qu’à peine à certains endroits. Je pense qu’au delà des techniques opératoires différentes, si l’on compare avec ce qui est pratiqué en france notamment, cette finesse est presque un signe culturel de l’orient. Je pense que le temps passé sur ces sutures peut expliquer pourquoi il faut 6 heures en Thaïlande quand il n’en faut que 3 en France.

J’ai fait moi-même ma première dilatation ce matin, sous la surveillance de l’infirmière, ça s’est très bien passé. Je dois en faire une autre en fin de journée, seule.

Il faut tout de même se dire que cette transformation, comme toute opération chirurgicale, est d’une très grande violence. Sans anesthésie ce type d’intervention serait absolument impossible. Et si grâce à l’anesthésie on est absent lors de l’opération, le corps se souvient et gardera les marques de cette violence. C’est par l’ablation pure et simple de certaines parties (testicules, corps caverneux), en découpant les chairs et en les assemblant différemment que le résultat visuel et fonctionnel d’un vagin est obtenu. Mon nouveau sexe est né d’une plaie, pas d’un développement embryonaire. De plus, mon sexe ne sera et ne restera opérationnel pour la pénétration qu’à la condition de le dilater régulièrement. Comment oublier d’où l’on vient avec de telles conditions et contraintes ? Comment se sentir plus femme dans le sens commun naturalisant de femme cisgenre ? Pour moi ce n’est pas possible.

Cela ne veut pas dire que je n’éprouve pas une réelle satisfaction d’avoir mené à bien cette transformation. C’est plus que de la satisfaction, c’est une plénitude nouvelle. Elle me fait me sentir moins masculine, la chirurgie venant contredire en quelque sorte ma biologie d’origine. J’ai le sentiment d’avoir été « vaginifiée » plutôt « qu’émasculée », c’est une chose « en plus » plutôt que « en moins ». Et je peux de mes yeux et de mes sens palper cette réalité de ne plus avoir de pénis, et d’avoir à sa place un vagin.

Les mots femmes et homme recouvrant des concepts d’une infinie variété, et moi même ne croyant plus à cette bipolarisation de l’identité, les utiliser pour expliquer ce que je ressens fausse un peu ma pensée. Plus femme, moins homme, je ne me sens au fond ni femme ni homme car ces termes renvoient toujours à la problématique binaire. J’ai toujours ce sentiment d’avoir longtemps accepté sans réfléchir ce que m’indiquait ma biologie, d’en avoir incarné le rôle et d’avoir longtemps souffert de cette obéissance à ma biologie, sans connaître l’origine de mon mal-être, et c’est seulement une fois la cause parvenue à ma conscience, d’avoir mené selon mes moyens et l’état actuel de la science, une transformation de mon corps et de mon apparence dans le sens d’une féminité qui me convient et qui a fait disparaître tous mes problèmes existentiels.

Par rapport à l’idée de la construction de cette féminité, j’ai marqué une volonté farouche d’aller où je suis maintenant, et d’abandonner à tout jamais la place où j’étais, avec énormément d’énergie face aux obstacles réels et imaginaires qui se sont dressés devant ma décision. Cette volonté consciente m’éloigne aussi d’un « devenir femme » que vivent la plupart des femmes cisgenre, leur genre n’étant pas, la plupart du temps, contrarié par leur morphologie.

Un vagin pour devenir invisible ?

Vagin ou pas, je n’aurais pas droit à l’invisibilité de mon passé, autant l’intégrer tout de suite, car déjà Google me trahit depuis que j’ai adressé une bafouille à notre cher Président de la République. Acte manqué ? Oui, sans doute pour m’éviter d’avoir à le dire. Ceux qui cherchent des infos sur moi les trouveront sans que j’ai cet effort à faire.

Premiers pas de trans’

Gelitin La Louvre-Paris

Performance de genre : Gelitin
La Louvre-Paris, 2008

Je me dis que j’ai eu de la chance je n’ai pas vécu de période d’atermoiements. Le jour où j’ai pris conscience de ma transidentité correspond à peu de choses près au début de ma transition. Mais il aura fallut beaucoup de temps avant que ce jour ne vienne.

Je n’avais pas conscience des causes de mon mal-être trimballé depuis l’enfance. Je ne savais pas d’où venait cet ennui profond, ce peu d’appétit de la vie allant jusqu’au dégoût de moi-même. Cela me suivait depuis toujours. Pour moi c’était chimique. Ma chimie interne produisait des substances déprimantes et cela expliquait mon caractère dépressif.  Ah, quand le déterminisme biologique nous tient ! Je n’avais pas beaucoup cherché il faut dire, m’abrutissant d’activités diverses, de mariage, de paternité, de carrière, de relations relationnelles pour éviter d’avoir le temps de réfléchir. Le système mis en place à plutôt bien fonctionné tant que mes différents objectifs n’étaient pas réalisés. Puis ils le furent. J’ai « eu » (je peux même dire possédé) femme, enfants et réussite professionnelle (rapide en plus car j’y mettais toute mon énergie). Une fois parvenue à ce sommet, ce « climax » social, tout s’est effondré car malgré l’atteinte de mes objectifs, je ne me sentais pas comblée. Au contraire. Je me sentais vide comme une peau de chat mort. j’étais la plus malheureuse du monde (enfin de mon point de vue !).  Deux ans sur le divan d’une psy ne me permirent pas de comprendre le problème, au contraire ! Cet épisode contribua à augmenter le dégoût que j’avais de moi-même (encore un masque assez simple à mettre en œuvre, la culpabilité). Une « experte » de la psyché posait le diagnostic que j’acceptais sans sciller : j’étais pervers. Ça me convenait bien cette définition. Ça expliquait bien des choses. Alors bien sûr pour se sentir bien dans ses baskets c’est pas forcément l’idéal de se trimballer cette étiquette, mais d’un point de vue pragmatique les choses étaient à leur place. Le problème, c’est que même nantie de cette explication hautement scientifique, cela ne suffit pas à me sortir de la dépression. Certes j’ai arrêté de culpabiliser. J’étais pervers, so what ? Ça arrive à des gens très bien. J’acceptais d’être pervers, je me sentais capable d’assumer ce rôle qui peut être assez rigolo (le sado masochisme ça peut être festif). Mais cela ne me suffisait pas. je voulais être heureuse, ou du moins pas constamment déprimée sans raison. Et ce que je vivais c’était l’inverse. Perverse, sans culpabilité mais terriblement malheureuse. La limite de la thérapie psychanalytique se fit rapidement sentir, la dépression était toujours là.

Alors, pour échapper à cette depression (sans abandonner ma perversion), pour enfin « réussir ma vie » (comme on dit), mais toujours sans réfléchir aux raisons de ce profond malaise que rien ne semblait pouvoir annuler, j’ai détricoté le bel édifice, ce qui fut vite fait. Je démissionnais de mon super boulot directorial (non sans m’assurer un autre avenir professionnel), je divorçais (non sans entrer dans une nouvelle relation clairement plus amoureuse que la première), vendait maison et voiture (non sans… etc.) et je repartais pour de nouvelles aventures. La nouveauté de la situation servait de nouveau masque, et la joie de vivre revenait. La nouvelle construction a tenu quelques années avant de s’effondrer à nouveau. Au final elle avait tenu beaucoup moins longtemps que la première. Donc c’était un peu inquiétant pour l’avenir. De façon encore plus violente que la première fois la depression revint. J’étais desepérée car ce coup-ci, je pensais avoir réglé mes problèmes de relation amoureuse insatisfaisante, de boulot envahissant et de maison trop grande. Le problème n’était donc pas là. Il allait falloir réfléchir, quelle merde.

C’est donc sans en avoir véritablement le choix, histoire de pas me pendre par accident (c’est si vite arrivé!), que je pris la décision de mener un petit travail d’introspection un peu sincère, en solitaire, loin des divans des psys (je fonctionne mieux sans leurs avis tout empreints de leurs propres préjugés), devant mon clavier, où je joue les juges impitoyables de ma sincérité. Je n’essayais pas d’écrire pour d’autres, ce que j’avais à dire était débarrassé de tout enjeu de lisibilité par un quelconque lecteur. Comment être parfaitement sincère quand on sait que ce qu’on écrit sera lu par sa mère ou ses enfants ? Je ne suis pas Christine Angot ou Gullaume Dustan !

Ce travail me permit rapidement de faire surgir à ma conscience de façon très nette (écrite) ce que je savais déjà depuis toujours, sans mettre les mots dessus : j’étais plus que probablement trans’ (au début je disais « transsexuel »). Restait à faire un petit travail de documentation pas très compliqué sur internet, pour simplement dépathologiser ce sentiment, en gros sortir de l’idée que tout ceci n’était qu’un « malaise chimique », un dérèglement biologique interne. On y parvient vite lorsque l’on accepte de faire la différence entre sexe, genre et pulsions sexuelles ! Je n’étais pas malade, je n’étais pas pervers, j’étais trans’. C’était social. Restait surtout à valider cette autodéfinition, et aussi le caractère social et non sexuel de la chose. C’est ce que je décidais de faire rapidement, d’abord en sortant de chez moi habillé en femme, ce qui m’apportat la première confirmation d’un réel sentiment de bien être (ma « révélation » était plutôt une « confirmation »). Je fus en un instant fulgurant débarassée de tout sentiment de culpabilité, et l’idée de ma perversion me faisait désormais doucement rigoler.

Si j’ai pu démarrer aussi vite ma transition après cette prise de conscience, c’est parce que j’avais laissé des traces dans mon passé de mon désir d’appartenir au genre féminin. Une multitudes d’indices qui sur le moment étaient restés mystérieux, pour moi et pour les autres. Des écrits, des travaux plastiques, des souvenirs d’enfance et d’adolescence sont revenus comme autant de petits cailloux semés pour m’aider à refaire le chemin à l’envers, et remonter à l’origine de mon sentiment. Les choses ne survenaient pas brusquement, venues de nulle part. Cela était très rassurant. Et puis l’autre raison qui à permit d’aller vite, c’est que matériellement les conditions étaient à peu près réunies (malgrès la peur de foutre en l’air toute mon organisation de vie encore une fois, mais cela ne s’est pas produit)

Existrans 2012 : profiter du succès pour continuer à faire vivre l’unité !

Existrans 2012

Existrans 2012 : Derrière la banderolle, le regard déterminé d’un soldat ninja de l’armée trans’ 🙂

J’étais hier à la marche de l’Existrans, édition N°16.

J’ai adoré cette marche, notre nombre, les slogans, la diversité de nos identités représentées, hommes et femmes en tous genres et de toutes identités… sans oublier toutes celles et ceux qui les soutiennent. Cette marche à scellé dans un acte fort l’unité du mouvement et des associations trans’.

C’était une grande marche, non seulement par son nombre (plus d’un millier de personnes !), mais aussi et surtout parce que nous avons su nous mettre d’accord sur des revendications. Nous avons remporté une première victoire sur nous même, celle de l’unité retrouvée.

C’est le moment idéal pour continuer à faire exister cette unité, après la marche.

Ces jours-ci il y a des discussions au gouvernement qui portent notamment sur les discriminations subies par les trans’. On y parle entre autre du changement d’état civil et de sa facilitation. Le porte parole du gouvernement dans ce groupe propose le projet de loi Delaunay comme base pour la discussion du changement d’état-civil. Les associations se dressent chacune à leur tour contre cette proposition car elles refusent que le changement d’état civil continue à se faire au bon vouloir des juges et de la possibilité qu’ils auraient de recourir à cette notion « d’abus », contenue dans le projet Delaunay.

L’Existrans à marché pour le respect des droits humain, à commencer par un changement d’état civil libre et gratuit, sans aucune condition

Pourquoi ce qui est possible en Argentine serait impossible en france, pays des droits de l’homme ? (hem…). Le porte parole du gouvernement invoque en privé la différence des législations en France et en Argentine. Cette réponse de juriste timoré ne peut pas nous satisfaire : le pays des droits de l’homme aurait une législation ne permettant pas de respecter les droits humains ? Une législation qui ne permettrait pas d’appliquer la résolution 1728 ? Pourquoi avoir signé cette résolution alors ?

Pour que le Collectif de l’Existrans continue à porter la parole unitaire des trans’

Pour que la voix des trans’ pèse encore plus fort dans cette discussion et dans celles qui vont suivre, j’appelle de mes vœux que le Collectif de l’Existrans se maintienne au delà de la marche et fasse entendre nos revendications unitaires.