Tu seras une Femme, mon fils

© Tu seras un homme mon fils, film de George Sydney (1956)

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou, perdre d’un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amante sans être folle d’amour,
Si tu peux être forte sans cesser d’être tendre
Et, te sentant haïe sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leur bouche folle,
Sans mentir toi-même d’un seul mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tou(te)s tes ami(e)s en soeur
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’une penseuse ;

Si tu peux être dure sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudente,
Si tu sais être bonne, si tu sais être sage
Sans être morale ni pédante ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors, les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,

                            Tu seras une Femme, mon fils.

librement adapté de Rudyard Kipling

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Ma vie de trans

© The Islet of Asperger

En ce moment, j’ai pas la grande forme comme on peut le voir sur mon dernier statut Facebook. J’ai plutôt envie de tout fermer car j’ai vraiment l’impression de n’y rien comprendre. Et c’est là une des caractéristiques du Syndrome d’Asperger, dont je suis atteinte, qui est de ne pas connaître (et comprendre) les codes sociaux. En fait, le Syndrome d’Asperger fait de nous des handicapés sociaux. Je dirais plutôt que le Syndrome d’Asperger est la catégorisation des handicapés sociaux plutôt que que d’en être la conséquence. On classe généralement les Aspies (surnom des gens « atteints » du syndrome d’Asperger) comme des autistes légers, facilement intégrables, quasiment invisibles. C’est un handicap invisible, et quand on en révèle notre cas, les gens ont énormément de difficultés à nous croire.

D’un côté, mon syndrome d’Asperger et de l’autre ma transidentité et ma transition font qu’il peut y avoir téléscopage et tout cela est mélangé. J’ai donc toujours vécu avec les deux et parfois il m’est difficile de faire le distinguo entre les deux dans mon histoire. D’autant que ce n’est que récemment que j’ai découvert qu’on pouvait également me classer dans le syndrome d’Asperger. Aussi, j’envisage de faire confirmer mon auto-diagnostic par une équipe spécialisée à l’hôpital de Créteil.

Cela fait plus de 40 ans que je suis en transition et ce n’est que depuis quelques années que je prends les choses en main. Je ne me rappelles plus exactement à quel âge, mais ça devait être vers 12/13 ans que j’ai décidé de devenir une femme, un soir en voyant passer une étoile filante. Mais mon manque de courage, voire ma lâcheté, m’en a empêché et me faisant louvoyer, atermoyer entre deux périodes de travestissement et mise dans la poubelle de ma garde-robe féminine. Sans vraiment assumer ce que je suis et ce que j’avais décidé de ce que serait ma vie.

Depuis mon adolescence, je n’ai jamais vraiment eu une sexualité masculine épanouie et normale. Ce qui me valut au service militaire d’être violée (bite au cirage). Et comme une conne, à la sortie, je me suis sentie obligée de chercher une sexualité masculine normale. Et ceci, tout en ayant mes périodes de travestissement. Ce que j’ai finit par tout mélanger et ne plus comprendre qui j’étais. Il m’a fallu atteindre ma quarantaine pour enfin coucher avec une fille. Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi j’avais autant de difficultés à avoir des relations avec les filles. Il est possible que mon Asperger autant que mon identité féminine en ait perturbée plus d’une !

Et pour faire comme tout le monde, pour être une personne rangée, bien comme il faut, je me suis mariée une première fois. Mariage qui dura peu de temps et qui fut suivi par ma première prise en main de ma transition. Et qui elle aussi ne dura qu’un certain temps, m’étant totalement déballonnée par la réflexion d’une voyante (ayant pourtant bien vu mon instabilité sexuée) me dit « plutôt que de changer de sexe, pourquoi ne pas être homo ». Il est possible que la relative meilleure acceptation de l’homosexualité par rapport à la transexualité m’ayant inconsciemment fait prendre conscience de la difficulté de la tâche me fit retrouver ma lâcheté. A l’époque, j’étais suivi par une psychothérapeute spécialisée dans le rêve éveillé et fut dans le déni complet par rapport à mon identité féminine, elle n’admettait pas que je puisse dire que dans ma famille, je me mettais dans le « clan » des filles (ma mère et mes sœurs) en opposition à mon père. Déni qui participa aussi au rejet de ma propre identité féminine.

Et, toujours, pour faire comme tout le monde j’ai cherché à me remarier, et j’y suis arrivé grâce à un site de rencontre. Ce n’est qu’après quelques années de mariage (je me suis mariée en 2006), que mon identité féminine et le désir de faire une transition me sont ressortis comme le nez en plein milieu de la figure. Cela, quelques mois après le décès de ma tante (la soeur de ma mère). Peut-on y voir un lien de cause à effet, comme le voit ma femme, je n’en sais rien ? Toujours est-il que c’est dans un train, en voyant une femme lire un livre intitulé « Elle est partie » que tout m’est ressorti. Au début de notre relation avec ma femme, j’avais parlé de mon désir « perdu à jamais » de me travestir. Elle vit quelques photos, qui furent vite jetées à la poubelle, et récupéra ma garde-robe féminine, mes produits de maquillage et bijoux. Quand mon désir de devenir femme se réveilla, elle en fut bouleversée et était loin de comprendre tout ce qui pouvait se cacher derrière. Elle fut longtemps dans le déni total et me proposa de rencontrer sa psychothérapeute en hypnose, dans le secret désir que cette dernière me guérisse de mon désir. Et ce fut tout le contraire. Au cours d’un entretien de 2 heures, elle me conseilla plutôt de réaliser mon souhait. Quand j’ai raconté que j’avais pris la décision de faire une transition, elle fut abattue.

A l’époque, j’étais fortement troublé par certaines femmes que je croisais dans la rue. Leur liberté d’être, de s’habiller, faisait comme un écho en moi, et j’avais alors beaucoup de mal à l’accepter. J’étais, si on peut dire, jalouse d’elles parce qu’elle pouvaient être et se comporter en femme alors que moi… J’ai essayé au début de contrôler mes émotions en parlant à ma femme de m’habiller en jupe comme le font certains hommes (association HEJ). Puis petit à petit, j’ai repris mes habitudes de m’habiller en femme au vu et au su de ma femme. Chose qu’elle accepte de plus ou moins bonne grâce. Et plus, le temps passait, plus je déprimais ; aucune envie de faire quoi que ce soit en dehors de la routine métro-boulot-dodo. Et côté sexe c’était aussi la déroute (éjaculation précoce). Surtout, pour ma femme ; je n’ai aucun plaisir particulier à faire l’amour avec elle en particulier et avec les femmes en général, bien que je n’ai aucune attirance particulière pour les hommes.

Malgré tout, je vais voir mon médecin traitant pour lui faire part de ce que je suis et de ma décision de faire une transition. Lui aussi m’accepta telle que je suis. Voilà bien du changement en seulement 6 ans. Il m’a fait une lettre de recommandation pour le confrère qui voudra bien me prendre en charge. J’ai pris un rendez-vous avec un psychiatre à Paris pour le 14 janvier 2010 (nom trouvé dans la liste qui m’a été fournie par Tom Reucher). Plus d’un an après, j’ai commencé l’hormonothérapie, d’abord avec l’androcur, puis l’estreva et enfin la progestérone. Depuis le début de cette année, je vais à des réunion d’une association dénommée Outrans. Et en juin, et juillet j’ai fait deux séances de relooking, apprentissage du maquillage. Dont tu peux voir le résultat dans mes albums photos sur Facebook. Avec le peu de confiance que j’ai en moi, il m’a été difficile de voir la féminité que je pouvais dégager. Même des amis de longue date me trouvèrent très féminine, c’est peu dire. Et il faut aussi que je change les croyances que j’ai sur moi.

Du temps de ma première tentative de transition, je m’étais approchée d’une association, le CARITIG, qui n’existe plus. Et avec le recul, je trouve que l’accueil qui m’avait été fait était plutôt froid. Il ne m’avait jamais été conseillé quoi que ce soit de chemin à suivre, ni d’aller voir un psy, un endocrinologue. Et pourtant, je connaissais le protocole pour avoir visiter le site web transsexualisme.info (site qui d’ailleurs m’effraya au plus haut point). A l’époque, le CARITIG proposait des ateliers, et celui auquel je suis allée était celui sur les perruques. Mais, à chaque fois que je suis allée au centre LGBT de l’époque, j’y suis allée avec une barbe de quelques jours. Comprenne qui pourra!

C’est en écrivant ce texte que je prends conscience du terme “identité féminine“ quant à définir ce que j’ai toujours ressenti. Jusqu’à maintenant quand je parlais de mon désir de devenir femme certaines personnes me rétorquaient que je pouvais exprimer la féminité qui est moi de manière différente, par exemple, reconnaître et accepter mon intuition. Mais, justement d’intuition, j’étais en plein dedans, mais comme souvent avec cette bête là, il est difficile d’une part de savoir l’exprimer (d’autant plus si on est Aspie), et d’autre part il est aussi difficile d’argumenter puisque basé uniquement sur un ressenti. D’où fatalement les quiproquos et incompréhensions.

Métissage des genres

Garçon manqué ou garçon efféminé ; c’est mon genre. Et nul besoin d’être trans pour affirmer une identité de genre telle que définie dans la principes de Yogyakarta « comme faisant référence à l’expérience intime et personnelle du sexe faite par chacun, qu’elle corresponde ou non au sexe assigné à la naissance, y compris une conscience personnelle du corps (qui peut impliquer, si consentie librement, une modification de l’apparence ou des fonctions corporelles par des moyens médicaux, chirurgicaux ou divers) et d’autres expressions du sexe, y compris l’habillement, le discours et les manières de se conduire » et reprise par Thomas Hammarberg dans ses recommandations sur les droits de l’homme et l’identité de genre. Et mon genre dans ce cas, je ne l’ai pas forcément choisi. Ce sont les autres qui me l’ont donné (la société, quoi) en me nommant ainsi. Car, je n’ai pas choisi d’être un garçon manqué ou un garçon efféminé. Mais j’aurai pu, si nous n’étions pas dans un système où la référence à l’homme est dominante, être ou me désigner comme une fille manquée ou une fille masculine. Je n’ai pas choisi d’être ce que je suis et pourtant, on peut me considérer comme hors norme, voire sous-humain. On peut me mettre dans des cases que je n’ai pas choisi et être considéré comme un(e) pestiféré(e). N’importe qui peut me juger de manière négative et me condamner à mort, sans aucune forme de procès. Si je suis un garçon manqué (ou femme masculine), je peux très bien être valorisé car il semblerait que les dits garçons manqués soient mieux acceptés que les garçons efféminés (ou fille manquée). Et encore…

Dans ce monde binaire strictement compartimenté, on ne laisse nulle place à un entredeux. Et pourtant, au vu de ce que le langage populaire, dont on a vu quelques exemples ci-dessus, il semblerait bien qu’il y ait (toujours ?) eu de la place pour cet entre-deux. Même, si cela n’est pas accepté par tout et par tous. Aussi, pourquoi la société ne reconnaîtrait-elle pas officiellement, en édictant des lois qui protègeraient efficacement toutes les personnes ayant une identité de genre qui ne rentrerait pas dans les cases hermétiquement fermées de la binarité sexuelle. La société reconnaît et autorise les unions mixtes donnant naissance à un métissage multicolore. Qu’en aurait-il été si nous étions encore défini en fonction de notre couleur de peau et que la mention soit marquée tant dans notre acte d’état-civil que sur notre carte d’identité ? Aurions-nous décrit les enfants issus de ce métissage de la même manière que cela fut dans les colonies du temps de l’esclavage, notamment aux Antilles ? Aurions-nous dit, en fonction de leurs couleurs, que nos enfants seraient nègre, mulâtre, métis, quarteron, mamelouque ou câpre comme on les désignait en Martinique ? Non, certes pas, et il en est bien ainsi ! Alors, pourquoi devrions-nous garder ces appellations de garçon manqué, de garçon efféminé, d’androgyne, de travesti, de travgenre, de transgenre, de transsexuel, etc. parce que certaines personnes sont à un stade particulier de transition, et si transition il y a (car une transition n’est pas obligatoire) ! Et, de là, établir un classement, une hiérarchie comme cela fut le cas en Martinique aux jours mauvais. Même, si en Martinique, il demeure toujours une sorte de hiérarchie au niveau de la couleur de peau, je souhaite qu’il n’en soit pas ainsi et que l’identité de genre accepte son métissage sans hiérarchie ni désignation discriminante. Vive les T !

J’ai rechuté, j’ai mis la culotte de ma femme

Dans un moment de désespoir, il reprit un verre de whisky et entre deux moments d’ivresse, il dit à sa femme qu’il avait décidé de se soigner. Il ajouta qu’il avait déjà assisté à plusieurs réunions d’une association de soutien aux personnes désireuses d’arrêter. Sa femme n’y croyait pas un seul instant car  cela faisait trop longtemps qu’il vivait avec son problème. Il avait même fait une crise qui faillit casser son couple tellement elle n’en pouvait plus de supporter ce qu’il était devenu. Il ressemblait alors plus à une vieille de 70 ans qu’à un mec dans la force de l’âge.

Enfin, il avait décidé d’arrêter et avait pris contact avec une association qui s’occupent des personnes comme lui et qui veulent reprendre une vie normale. Il l’avait fait pour sauver son couple. A la première réunion, malgré l’obligation de se présenter, il n’avait pas pipé un mot. Il venait pour découvrir. Il fut tout d’abord surpris d’y retrouver quelques têtes qu’il avait connu lors de certaines soirées dans les bars du Marais. Il n’aurait jamais pensé les retrouver là car elles semblaient bien parties pour un aller simple à l’hôpital.

Et ce n’est pas sans une certaine amertume qu’il avait annoncé à l’assistance qu’il avait décidé de renoncer à tout ce qui avait fait sa vie jusqu’à maintenant. Mais arrêter n’est pas aussi simple que cela, et c’est en pleurs qu’il annonça qu’il avait rechuté :

– J’ai mis la nouvelle petite culotte de ma femme ! C’était plus fort que moi, elle était trop mignonne !

Et chacune et chacun de compatir et de l’encourager à continuer. Et une personne de le rassurer en disant :

– Au début, c’est toujours difficile, mais on y arrive ! Regarde moi, cela fait 3 ans que j’ai décidé d’arrêter et l’année dernière, j’ai même fait une mammoplastie ! Euh ! Mais qu’est-ce que je raconte, moi, une mammectomie !

Personnalité et transidentité

La personnalité est l’ensemble des comportements qui constituent l’individualité d’une personne.  (caractérisent une personne dans son unité, sa singularité et sa permanence et ceci vis-à-vis de son entourage et d’elle-même)   Le genre n’est pas un trait de caractère composant la personnalité. Mais de quelle manière le fait de changer de genre peut-il modifier notre comportement et donc notre personnalité ? Est-ce uniquement au niveau du genre ou alors à d’autres aspects de notre personnalité ? En quoi les éléments que l’on désire modifier pour se conformer (et à ce que nous pensons appartenir) au nouveau genre influent-ils sur notre personnalité ? Le fait d’avoir dissimulé certains aspects de notre personnalité et de les révéler (exprimer) change-t-il notre personnalité. Le fait de les cacher n’était-il pas aussi un aspect de notre personnalité, et que dès lors que nous n’avons plus rien à cacher (du moins de ce côté-là) changent automatiquement notre personnalité ? Ce sont des questions que je me pose actuellement, non pas par crainte du résultat, puisqu’en cours de « transition », mais plutôt par curiosité parce que, récemment, je me suis amusée à essayer de féminiser ma voix, et que dès lors j’ai eu l’impression que celle-ci faisait écho à la femme que je suis. Que d’une certaine manière, cette voix, même « horrible », donnait également corps à cette féminité. J’avais l’impression également, qu’en plus des choses que je m’autorisent maintenant, cela modifiait quelque peu ma personnalité. Et que cela donnait sens à ma transition.

 

En allant chercher le sens premier du terme « personnalité » on s’aperçoit qu’il provient du latin « persona » dérivé du grec ancien προσοπων, il désignait le masque du théâtre antique grec. Il était l’interface entre l’acteur, le rôle et le public. Cet artifice présentait les 3 particularités suivantes :

  • grâce au masque, le public devait pouvoir prédire l’action du comédien,
  • il y avait un nombre défini de masque possibles, douze,
  • chaque acteur n’avait le droit de n’utiliser qu’un seul masque par représentation.
Ainsi, si on s’en réfère à l’origine du mot, la personnalité serait donc un artifice (masque) que nous utilisons pour jouer notre rôle social. Si la vie est un spectacle (tragique ou comique), il nous est donc facile, dès lors, de jouer le rôle que nous voulons et de porter le masque (personnalité) adéquat. Le spectacle est aussi soumis à des règles (comme nous l’avons vu ci-dessus) qu’il nous faut respecter dès lors que nous voulons y jouer un rôle. Nombre de personnes transidentitaires, et ce pour diverses raisons, ne souhaitent (veulent) pas jouer le rôle qui leur a été attribué à la naissance (à cause de la dissociation sexe/genre). Et à des moments différents de leur vie (plus ou moins tôt), elles ont ressenti un désaccord entre le rôle imposé et celui qu’elles veulent jouer. Ce désaccord se trouve au niveau du genre du personnage. Elles trouvent qu’elle se sentiraient mieux dans leur personnage, si celui-ci était du genre opposé (binarité quand tu nous tiens). Elles veulent donc jouer un personnage différent plus en accord avec ce qu’elles ressentent. Et pour ce faire, elles veulent changer ce masque qu’elle ne supportent plus. Mais ce n’est pas aussi simple que cela car, généralement, on considère, à tort, qu’on a droit qu’à une seule représentation dans toute sa vie.
Et qu’en est-il des personnes transidentitaires et de leur masque, puisqu’elles ont décidé de choisir le leur ? Se limite-t-il seulement à l’aspect physique, tant par une transformation hormonale que par une modification chirurgicale (et je ne parle même pas de qu’il y a entre les jambes) ? La voix, comme on a pu le voir avec mon exemple ci-dessus est-elle aussi une composante importante dans le changement de masque ? Pour la gestuelle, vient-elle, de fait naturellement ou faut-il y donner un petit coup de pouce ? Est-ce que leur personnalité change-telle de concert avec toutes ces modifications physiques et comportementales ? Ou alors, qu’est-ce qui fait que leur personnalité change en même temps qu’elles changent de masque ? Et le nouveau rôle qu’elle veulent jouer en quoi cela modifie-t-il leur personnalité ?
Beaucoup de questions qui doivent apporter beaucoup de réponses, non ? Et si on n’en avait pas ?

L’Enfant dans le placard

« L’enfant dans le placard » est le titre d’un livre écrit par Othilie Bailly, en 1987. Il raconte l’histoire d’un petit garçon de 5 ans qui se retrouve soudain enfermé dans le placard de la cuisine après avoir fait pipi au lit. Au début, maman essaie de le faire sortir, mais le papa qui n’est pas le papa se fâche et les tentatives vont en s’espaçant. Dans le placard, petit Jean apprend la Peur. La peur d’être enfermé, la peur de ne plus jamais sortir, la peur d’avoir été abandonné par sa maman qu’il aime tant. Et voilà que maman va faire une petite sœur. Et petit Jean a la certitude qu’il pourra enfin sortir du placard quand la petite sœur sortira de maman. Et les mois passent… Tous les rêves et tous les espoirs de petit Jean s’effondrent. Maman ne l’aime plus, elle a donné tout son amour à la petite sœur et refuse de le laisser sortir du placard. Maman a même menti à mémé qui téléphonait pour prendre des nouvelles de petit Jean. Maman l’a abandonné. Petit Jean est enfermé dans la solitude et l’horreur de son placard.
Heureusement l’histoire se termine bien. Et si je raconte cette histoire c’est pour essayer d’y voir un parallèle entre cet enfant qui a été mis dans un placard et notre transidentité que nous avons également mise dans un placard à un moment de notre vie. Cette comparaison peut se comprendre dans le sens où nous avons tous un enfant intérieur si l’on se réfère à Jung (Dans les années 1940, le psychiatre Carl Gustav Jung avait remarqué que, dans les mythologies, bien des sauveurs sont des enfants-dieux. Rien de plus normal, explique-t-il, puisque, par nature, l’enfant est porteur de transformation.) et que dans le monde de la transidentité, le terme « placard » est généralement utilisé lorsque nous faisons notre « coming out », c’est-à-dire « sortir du placard ». Et ce parallèle m’est apparu évident quand, dans son article intitulé « La responsabilité des victimes », Célia écrit « je me transformais en mon propre oppresseur pour garder le bénéfice du sentiment de “rester dans la norme” ». Cela me fit revenir en mémoire ce qu’une psychothérapeute m’avait dit il y a plusieurs années : « soyez un bon père pour votre enfant intérieur ».
Aussi, on peut dire que chaque fois que nous m’assumons pas notre propre transidentité, nous mettons cet « enfant intérieur » dans un « placard ». Et cela peut être d’autant plus vrai, si nous en avons eu conscience lors de notre enfance et que nous l’avons refoulée. Nous n’apparaissons pas alors comme un parent compatissant envers cet « enfant intérieur », et, même envers cet enfant que nous avons été. Dans ce cas, selon l’Analyse Transactionnelle (AT), nous nous comportons comme un parent normatif car il croit qu’il ne lui faut pas exprimer son ressenti car il est contraire à ce qu’exige la société de lui. Nous pouvons aussi nous comporter comme un parent persécuteur dans le sens où nous nous interdisons tout comportement, de près ou de loin, que l’on pourrait attribuer au genre opposé à celui de notre naissance. Pourrait-on, dès lors, dire que les séquelles de cette placardisation soient celles que l’on retrouve dans la dysphorie (de genre) : caractérisée par un sentiment déplaisant et dérangeant de tristesse, d’anxiété, de tension, d’irritabilité.
Lorsque nous faisons notre coming out, c’est-à-dire sortir du placard, nous nous comportons comme un parent bienveillant envers cet « enfant intérieur ». Et cela lui permet de grandir car nous prenons notre vie en main et que nous assumons notre transidentité. Nous apprenons à voler de nos propres ailes. Nous nous donnons notre propre reconnaissance (j’existe), de l’affection (je suis aimable et estimable) et de la protection (je prends soin de moi), bref tout ce que nous n’avons pas donné à cet « enfant intérieur ». Nous sommes dorénavant la seule personne à pouvoir nous aimer, nous respecter et à nous faire respecter. Hors du nid, nous pouvons agiter nos petites ailes et voir que nous pouvons voler, au lieu de tomber en piquet vers le sol.
En espérant ne pas me faire taper dessus parce que je fais référence à la psy…

Quand une oisillonne apprend à voler

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Cet article fait suite à mon précédent, intitulé « 40 ans de transition« . En fait, ces 40 années n’ont été qu’une très longue transition entre la décision et la réalisation. Et d’où il ressort que cette transition ne correspond pas à ce qu’on entend généralement dans le monde trans. Cela donnerait plutôt 40 ans de transition pour commencer à exprimer mon genre ressenti.

Et ce, malgré mon ancienneté, toute relative, ne me rends pas plus expérimentée dans mon genre féminin. Il me semble que tu le vis socialement tous les jours et tu vis avec une personne qui t’accepte telle que tu es. A l’inverse, je le vis plutôt en pointillé car je ne me sens pas aussi libre que je le souhaiterais. Ce qui fait que je me sens encore comme une oisillonne qui apprend à voler. Et à me décourager parfois lorsque je n’y arrive pas. Il est possible que je m’y prenne mal car je ne fais peut-être pas les bons efforts aux bons endroits. Et ce n’est pas les 40 années de lâcheté qui vont m’encourager.

Je peux dire que j’ai réellement tenté quelque chose de positif lorsque je suis venue pour la première fois à la réunion Outrans, où j’ai rencontrée, Coline, Célia et les autres… A ce moment-là, j’étais vraiment comme une oisillonne qui vous observait et essayait d’y voir votre manière de voler.

Quarante ans de transition me semblent être aussi comme un handicap à mon envol. Plus on tarde à se lancer, et plus c’est difficile à s’élancer. Ai-je trop tardé ? J’en ai parfois l’impression. Alors pourquoi m’être lancée ? Tout cela n’a-t-il pas été un peu trop précipité à cause de ces fichues 40 années. N’y aurait-il pas eu alors quelque fébrilité liée à mon impatience ? Et parce que j’ai reçu un accord favorable ? En quoi ce « Top départ » donné par une personne extérieure à ma décision a-t-il fait que je me sois autorisé à me lancer ? Pourquoi fallait-il qu’une personne me le donne ? Aurais-je passé mes 40 ans à attendre une autorisation ? Et pourquoi ne me la suis je pas donnée ? Manque de confiance ? Meilleures conditions environnementales ? Est-ce aussi cela qui fait que j’ai l’impression d’avoir loupé quelque chose ? Faudrait-il alors que je change mon fusil d’épaule ?

Si je m’étais lancé en temps et en heure, que serais je devenue ? Aurais je fui ma famille et me serais-je prostituée comme j’en ai eu plusieurs fois l’idée ? Aurais-je alors finie par mourir du SIDA ? Serais-je devenue une vieille pute transsexuelle aigrie par les duretés du métier ? Aurait-ce été une situation meilleure que celle que je vis actuellement ? Personne ne peut le dire, pas même moi !

40 ans de transition

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Si je puis dire, ma transition a débuté il y a plusieurs années, entre mes 13 et 15 ans. Aussi, je n’ai plus aucun souvenir de cette prise de décision. Je ne me rappelles même plus dans quelles conditions, j’ai pu la prendre. Et je n’ai pas souvenir d’avoir eu une quelconque pression de la part de mes parents et de ma famille. Tout ce que je peux me rappeler est que j’avais conscience que ce désir était plutôt subversif et ne serait pas accepté tant pas ma famille que par la société. Mais, il y avait comme un désir pressant de devenir ce que je suis. Cette décision a été prise un soir d’été alors qu’une étoile filante passait devant mes yeux. Ceci dit cela fait 40 ans que j’essaie de transitionner, principalement à cause de la peur du rejet des autres et de la famille. J’ai toujours eu du mal à assumer ce que je suis. Ainsi on peut dire que la pression de la société a été plutôt un frein à ma transition.

Il est possible qu’à l’époque, il y ait eu un évènement déclencheur, quoique ! J’ai le souvenir d’un moment où je jouais avec ma soeur cadette (5 ans de différence) et des voisines ayant plus ou moins le même âge que celui de ma soeur. Nous jouions dans la maison des petites voisines, et c’est alors qu’apparu leur mère pour me dire que je n’avais plus l’âge de jouer avec ses filles. J’ai clairement compris la principale raison : je suis un garçon ! Cela fait peu de temps que j’essaie de savoir si cet évènement dont j’ai le souvenir ai pu avoir un impact quant à ma décision. D’autant que je ne sais pas mettre de chronologie entre ces deux évènements.

Qu’est-ce qui a fait qu’aujourd’hui et seulement aujourd’hui, je « transitionne ». A vrai dire, j’en sais pas grand chose. Seulement, j’ai l’impression que c’est maintenant ou jamais et que, peut-être, les conditions tant personnelles que sociétales sont réunies. Il y a 8 ans j’en avais commencé une, mais je m’étais retrouvé avec des personnes hostiles à toute transition et qui ne comprenaient rien à ce que je ressentais, notamment ma psychothérapeute de l’époque qui trouvait « débile » que dans ma famille je me classais dans le « clan » des filles. Par contre, plus récemment, je me suis retrouvé avec une psychothérapeute qui comprenait tout et m’invitait à réaliser mes rêves. Il en a été de même avec mon médecin traitant lorsque je lui ai annoncé ma décision. Je n’en revenais pas ! Je pense aussi que la maturité et ma (si) longue réflexion en sont aussi pour quelque chose.

Entre mon adolescence et aujourd’hui, je trouve qu’il y a eu un changement important quant à la somme d’information dont nous pouvons disposer et communiquer entre personnes trans. Notamment gràce à Internet, à ses forums et ses réseaux sociaux. Je me souviens qu’à l’époque de mon adolescence, on avait parlé d’un cas de transsexualité à la radio et que je m’étais senti concernée. Aussi, j’ai consulté quelques magazines « Union » dans la catégorie « courrier du lecteur » pour y lire des demandes d’aide de la part de personnes qui se questionnaient sur leur transsexualité. Passé mes 18 ans, je suis allée dans les sex shop de ma ville de province pour y acheter des magazines où il était également question de transsexualité. Je me souviens même avoir lu un article sur Coccinelle. Je crois que si j’avais eu les mêmes moyens à mon époque, je n’aurais pas autant attendu.

Transidentité et agressivité

Célia a récemment émis le souhait « à [sa] copine que si les trans continuaient à [l’emmerder] (les femmes trans agressives qui gardent tellement de trace de leur passé et éducation de mec), je ferais une transition FtM ! ». Cela sous-entendrait que les « femmes trans » devraient renoncer, en même temps, à leur comportement masculin inculqué par leur éducation. Aussi, je me pose la question du pourquoi la transition, en plus d’être physique, devrait-elle être obligatoirement d’abandonner des comportements dits masculins tels que l’agressivité. Il me semblait, par contre, que l’on transitait tout en restant soi-même. Ce qui veut dire que l’on gardait même nos mauvais côtés de macho mal dégrossi (si tant qu’on l’ait été !).
Qu’étions nous avant de transiter ? Étions nous, nous même, lorsque nous adoptions une posture purement « masculine » et que nous enterrions le peu de féminin en nous ? Bien que la transition soit justement d’abandonner cette « posture » pour déterrer notre féminin, n’en reste-t-il pas quelque chose de masculin en nous, notamment notre structure physique ? Notre agressivité était-elle alors une composante de notre posture « masculine » ou de notre structure masculine ? Pour ma part, je ne peux pas dire que j’ai eu un comportement particulièrement agressif (sauf quelques cas rares) ; je dirais plutôt que j’avais un comportement, de manière générale, de soumission. En quoi, cette soumission serait-elle plus acceptable d’un point de vue « féminin » que l’agressivité ? Serait-ce à dire que la soumission serait plus féminine que l’agressivité ? Ou comment ne pas être agressive sans être soumise ?
Cette agressivité ressentie chez certaines personnes trans-identitaires est-elle vraiment due à l’éducation ou, alors, au combat qu’elles ont mené pour réaliser cette transition ? Ainsi, les efforts fournis pour être soi-même et reconnue comme telle n’en seraient-ils pas la cause ? Car, pour se faire accepter, il est possible pour certaines personnes qu’elles aient eu à déployer plus d’efforts que d’autres. Il semblerait aussi que les conditions pour transiter soient moins difficiles au fur et à mesure que la société « accepte » la notion de « genre » et la transidentité. Aussi celles ayant transité il y a plusieurs années ont pu développé cette agressivité à cause des difficultés alors rencontrées. Et que celles, bénéficiant d’une certaine manière de ces efforts, n’aient plus (ou à un moindre niveau) à fournir la même quantité d’efforts pour se faire accepter dans la société.
Mais l’agressivité est-elle quelque chose qui se cultive ? Ou alors, est-elle biologique ? « Bien qu’il y ait une corrélation entre la testostérone et le comportement, ce fonctionnement n’est pas très clair. Des études ont été menées sur des parties du cerveau qui semblent être associées aux effets sur le comportement. Beaucoup d’hormones, en fait, sont impliquées dans l’agressivité comme l’hormone adrénocorticotropique, la prolactine, l’oestrogène, la progestérone, l’adrénaline et donc la testostérone. Tandis que la plupart des études sur l’agression se sont concentrées sur les mâles et la testostérone, il semblerait raisonnable de suggérer une interaction avec le système produisant l’adrénaline. » (http://www.feministes.net/testosterone.htm).
Eh ben, voilà, je n’ai pas trouvé la réponse à ma question. Quelle est-elle déjà ? Ah oui ! Transidentité et agressivité.

Cf. aussi l’article Sur « Dr. Jekyll & Ms. Hyde » (David Price, 1995)

Être l’auteur et l’acteur de sa vie

© LES REVENANTS, AMS Théâtre de l’Orme.

Par Nadine

J’ai découvert le théâtre il y a quelques décennies. Et il me fallut un stage en week-end pour m’ouvrir complètement à cet art. J’y découvrais un l’art dans lequel je semblais exceller, aux dires de mes professeurs. Au point que le dernier était déconcerté de me voir arrêter les cours de théâtre. Il essaya tant bien que mal de m’en dissuader lors d’un repas qu’il m’offrit. Et ce n’est que plusieurs années plus tard qu’il m’offrit un rôle dans une pièce qu’il était en train de monter. Après ces représentations, j’espérais un peu maladroitement que nous allions continuer ensemble avec d’autres pièces. Mais ce ne fut qu’une illusion de plus.

Etre l’auteur et l’acteur de sa vie, voilà peut-être le meilleur rôle que je puisse m’offrir ! Après avoir longtemps joué tant bien que mal un rôle de garçon, je décides de jouer mon propre rôle de femme. Que j’avais mis de côté, car je craignais que les critiques ne soient trop vives pour moi qui suis si sensible : « Pas crédible dans son rôle de femme ! », « Eh quoi, pourquoi employer un homme pour jouer ce rôle, et de plus qu’est-ce qu’il joue mal ! », etc…

Il m’a toujours été difficile de jouer un garçon qui joue d’autres rôles. Cela a toujours été comme un poids, malgré mes soi-disantes qualités. Je comprends mieux maintenant cette difficulté que j’avais à jouer plusieurs rôles à la fois. Déjà, jouer un rôle de garçon pour une personne qui se sent femme, c’est pas évident. Mais en plus, s’il faut jouer un autre rôle par-dessus, c’est vraiment pesant. Si au début, cela semblait amusant, à la fin je n’en pouvais plus de supporter ce double poids. Maintenant, il m’est impossible de savoir si je pourrais reprendre le théâtre en tant que femme, mais il m’importe plus que tout de bien jouer mon rôle de femme dans la société. Et que les critiques soient bonnes !

PS : Autres questions qui me viennent à l’esprit après l’écriture de cet article. Nous, personnes transidentitaires, qui avons longtemps joué un rôle, serions nous pour cela de bons comédiens ? Le fait d’avoir joué un rôle aussi longtemps nous a-t-il donné un don d’acteur ? Le fait d’avoir été considéré comme un bon acteur était-il lié au fait que j’ai longtemps joué la comédie ? Tant de questions que je me pose aussi !