chère Christine Delphy, pourquoi raconter de telles bêtises sur les transidentités ?

ou quand la transphobie se matérialise dans un certain féminisme pendant que moi je me matérialise dans moi-même

Christine Delphy a publié sur son blog un entretien accordé à Politis où elle exprime une opinion sur « la transsexualité » particulièrement à côté de la plaque et délicatement transphobe.

Votre position sur  la transsexualité déclenche des réactions vives.  Cela vous surprend-il ?
La question de la transsexualité se pose beaucoup plus maintenant. Mais, dans cette démarche, on perd de vue la lutte féministe : pour la disparition du genre. Quand le mouvement a commencé, en 1970, c’était une réunion d’individus – on était féministe chacune dans son coin et on faisait ce qu’on pouvait –, qui est devenue une lutte  collective. Il semblerait qu’on abandonne l’idée de lutte collective pour une  transformation sociale. On parle d’actes de « subversion » individuelle ou de « résistance » individuelle. C’est le cas dans le mouvement queer. On a l’impression que tout ce qu’on  peut espérer, c’est mettre quelques grains de sable dans le système et non plus le défaire. Il reste bien des luttes collectives : contre la prostitution et les violences sexuelles, pour le respect du droit à l’avortement… Mais l’arrivée du queer me paraît rencontrer une  démarche individualiste pour que des personnes changent de catégorie, sans remettre en cause ces catégories.
Je m’intéresse aux subjectivités, et cette démarche doit être soutenue dans le cadre du droit à la dignité de chaque personne ; mais elle ne constitue pas un combat politique dans le sens où elle ne propose pas un changement des structures de la société.

Cela va d’ailleurs dans le sens d’autres propos de Christine Delphy, rapportés dans ce même article sur son blog, lors d’une conférence le 28 septembre 2013 à Paris :

« Je ne vois pas en quoi soutenir une femme qui veut devenir un homme, et donc passer dans le camp de l’oppresseur, est un combat féministe »

J’avais tenté une petite réponse en commentaire – mais on dirait que ce n’est pas passé – qui faisait suite à un autre commentaire d’une personne trans pointant la transphobie de Delphy, publié également dans son blog CHRONIK D’UN NÈGRE INVERTI, et qu’elle avait balayé d’un laconique :

« Nous sommes d’accord. Vous dites que les Trans luttent pour leur dignité, non pour changer le monde : c’est ce que je réponds dans l’entretien, dont je n’ai pas choisi les questions »

Voilà donc à mon tour mon modeste avis sur ce petit égarement transphobe pénible et qu’on retrouve malheureusement ici et là chez certainEs féministes…

* * * * * * *

Chère Christine Delphy,

pour revenir à ce petit passage sur les transidentités, votre réponse n’est-elle pas aussi bête que de dire « les femmes luttent pour leur dignité, pas pour changer le monde » ? Contrairement à ce que vous supposez, je ne crois pas que vous êtes d’accord avec la critique postée sur le blog « Chronik d’un Nègre Inverti« . Le problème, c’est qu’au lieu de vous préoccuper de ce qui opprime les Trans (et de vous apercevoir, peut-être, que ça ressemble fort à ce qui opprime les femmes, ce qui explique peut-être que beaucoup de vos écrits nous sont précieux en tant que trans), vous vous préoccupez de ce que serait une personne trans (vous n’en savez manifestement rien, au passage).

Comme si je vous disais « Votre position sur le voile déclenche des réactions vives. Cela vous surprend-il ? » et que vous répondiez « La question du voile se pose beaucoup plus maintenant. Mais, dans cette démarche, on perd de vue la lutte féministe : pour la disparition du genre. » c’est drôle, ce n’est pourtant pas ce que vous avez exprimé sur le sujet à de nombreuses reprises (et c’est tout à votre honneur), mais alors pourquoi raisonner différemment ici ?

Vous dîtes : « Quand le mouvement a commencé, en 1970, c’était une réunion d’individus – on était féministe chacune dans son coin et on faisait ce qu’on pouvait –, qui est devenue une lutte collective. » Et être trans nous empêcherait peut-être de passer d’une prise de conscience et de stratégies de survie individuelles à une lutte collective ? Est-ce du mépris ou de l’ignorance ? Peut-être que la prochaine fois qu’on vous interroge, il serait préférable de répondre simplement « oui c’est vrai, j’ai voulu donner un avis sur un sujet que finalement je ne connais pas, j’aurais mieux fait de me taire ».

Tenez, pour finir je vois que vous avez écrit un texte amusant ici :

« Vous croyez être « vous », mais vous vous trompez. Vous vous faites du mal, vous contrevenez au vrai vous. Qui est le vrai vous ? Vous croyez le savoir, pauvre vermisseau—ou vermicelle—mais c’est une illusion, et à la limite un délit. L’État, lui, sait ce que vous êtes. Avant de vous affubler de costumes trop serrés et de cravates bleu ciel, demandez conseil à l’État, directement. En téléphonant au ministre de l’Intérieur qui sait – c’est sa fonction – ce que chaque personne vivant sur son territoire (que vous croyez être le vôtre, pauvre abusé-e !) EST ou N’EST pas. Il l’a dit à propos du voile : celui-ci empêche les femmes d’être ce qu’elles sont. Il pourra donc poser un diagnostic et un traitement dans votre cas aussi. »

Est-ce que ça ne vous inspire pas pour nous donner un avis un peu plus pertinent sur les transidentités ? (vous voyez je suis gentille je vous aide un peu !)

Bon, et bien je vous laisse réfléchir à tout ça, si vous avez le temps, et nous expliquer à l’occasion de manière un peu plus convaincante comment « ce droit à la dignité de chaque personne » trans (que malgré tout vous défendez dans votre grande bonté) ne constituerait pas « un combat politique » qui repose sur « un changement des structures de la société »…

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pourquoi je suis trans (à grande vitesse) ?

est-ce qu’il suffit de le dire pour l’être ? (suivez le lien… merci yagg !)

une élucubration de plus de Rebecca, spéciale dédicace à toutes celleux qui tournent en rond à essayer de trouver qui elles sont alors que ce n’est qu’en le devenant qu’elles le sauront (je me comprends)

J’entends souvent ici et là dans le petit monde de l’autosupport trans réel ou virtuel : « voilà, je me pose des questions, je suis comme ci, je pense comme ça, je me demande si je ne suis pas trans, par hasard ? » Mais qui d’autre oserait prétendre répondre à une question aussi absurde que quelques charlatans experts en idées reçues ou pire encore ? A quel degré faut-il se mépriser pour se poser la question à soi-même comme au premier psy qui passe ?

 « On ne nait pas trans, on le devient »

Etre trans n’est pas un état, c’est un mouvement. Un mouvement vers nous même et vers les autres. Un mouvement de construction intime et sociale contre les apparences. Un mouvement de révolte contre des normes oppressantes qui voudraient nous empêcher d’exister. Seul ce mouvement est signifiant, le reste n’est rien. Etre soi-même n’existe pas, on le devient à vive allure, avant de disparaître sans crier garde dans un néant un peu angoissant (mais on l’espère très reposant).

Faudra-t-il que j’écrive mes Mémoires d’un jeune homme rangé pour que tu comprennes enfin Beauvoir ? (qui s’appelle Simone, comme ma grand mère, ouais ouais)

L’essayer c’est l’adopter !

Bref, je m’égare… Mais quelque soit la puissance magique qui nous pousse sans répit à être nous-même, seuls nos actes nous définissent aux yeux des autres comme à notre propre perception. Et j’ai donc l’impression assez amusante que la seule manière fiable de savoir si on on est trans ça reste encore de le devenir, je veux dire par là que la seule manière de savoir si on est femme (par exemple), c’est de le devenir, ce qui n’empêche pas de le contester aussitôt – et on ne sera pas la première -, mais c’est une autre histoire !

Et je te vois venir : ne me demande pas les actes authentiquement trans homologués par l’Ordre social, j’ai jeté la veille notice périmée en attendant la mise à jour qui n’arrive pas, du coup je suis un peu démunie, mais je te tiens au courant.

En conclusion, parce que toute cette démonstration laborieuse commence à m’ennuyer un peu, je ne peux donc que déduire à la vue de mon itinéraire fatal de femme© que je suis Transe à Grande Vitesse tant que le rail défile, ne me demande pas pourquoi, je peux juste essayer de te dire comment.

les joies de la « sortie du placard » : échanges et réactions #5

CINQUIÈME PARTIE : et pour finir en beauté, la famille…

Une fois prête et sure de moi je me suis débrouillée pour inviter ma sœur à Paris, avant d’envoyer un petit mot à mes parents… Je lui ai quand même envoyé un mail la veille de sa venue pour ménager l’effet de surprise, qui m’inquiétait surtout parce qu’on ne s’était pas vues depuis plus de deux ans, avant que je ne commence vraiment à changer.

D’abord concernant l’apparence j’avais pris soin de lui envoyer une photo récente au moment de l’inviter. Cette photo, qui se voulait assez neutre, a été reçue par ma sœur comme un témoignage de changements suffisamment visibles pour qu’elle ne me reconnaisse pas immédiatement, et trouve mon apparence très féminine… Tant mieux, c’était un peu l’effet recherché. En en discutant plus tard avec elle, j’ai su que mes parents avaient évoqué avec ma sœur le fait que je « ressemblais à une fille » sur les dernières photos reçues de moi, et même sur une coupure de presse évoquant le départ de mon ancien travail en juillet, ce qui m’a rassurée parce qu’il ne m’avaient tellement rien dit que je me demandais s’ils avaient su mettre des mots sur le trouble que leur avait suscité mon apparence !

Ce trouble avait été vécu en direct avec eux puisque je les avais déjà vus en mai rapidement, mon père ne m’avait pas reconnue à la gare, ma mère m’avait fait des remarques désagréables sur mes cheveux longs, puis de nouveau fin décembre, où j’avais fait comme si de rien n’était à l’aide d’un jean censé masculiniser vaguement mon apparence ! J’ai essuyé à cette occasion de nouvelles remarques de ma maman surtout sur mes cheveux et mon apparence en général qui visiblement les perturbait…

Mais pour revenir à ma petite sœur, elle avait donc vu une ou deux photos, échangé deux trois mots avec mon père à propos de mes changements d’apparence, et finalement eu l’intuition de mon annonce en disant à une collègue : « si ça se trouve l’invitation à venir le voir c’est pour me dire qu’il est une femme !!??? » Mais comme elle me l’a dit c’est sorti comme ça, sans qu’elle y pense vraiment, juste une idée comme ça…

Bref, on s’est retrouvées à la gare, on s’est embrassées, puis on a commencé à marcher sans rien se dire de spécial, se concentrant sur l’itinéraire à emprunter pour rejoindre agréablement à pieds la place de la Bastille. Avec quelques hésitations j’avais enfilé un pantalon léger d’été, une tenue jolie et gentiment féminine adaptée à cette douce journée de printemps. Après quelques minutes j’ai fini par lui demander si elle avait bien lu mon mail de la veille, comment elle ressentait tout ça, comment elle me reconnaissait ou pas… Elle n’a pas été très bavarde, mais ce n’était pas vraiment une surprise, la connaissant ! Ce qu’elle m’a dit d’abord c’est que ça lui posait plein de questions sur ce que ça signifie « être une femme », comment elle-même se sent femme ou non, comment à l’inverse elle essaie pour sa part de déconstruire cette évidence du genre féminin, de s’en échapper pour tenter d’être un peu plus libre, un peu plus elle-même. C’est une réaction que j’ai retrouvée chez de nombreuses femmes d’ailleurs, qui se posent beaucoup plus de questions que les hommes sur le genre, sur leur genre, sans doute parce qu’en temps que femme c’est plus difficile de faire abstraction du sexisme ambiant !

Après on a bavardé de tout et de rien, pour finalement évoquer ses petits problèmes à elle qu’elle n’osait pas trop aborder franchement mais a fini par partager en long et en large jusqu’à la fin du repas de midi… Pendant tout ce temps j’avais l’impression que la raison de sa venue à Paris avait complètement disparu, vite rattrapée par la normalité de retrouvailles entre frangines après une longue période sans se voir. On s’est promenées tout l’après-midi dans les petites rues de la capitale, profitant du temps estival avant l’heure, jusqu’au mur des fédérés où on a un peu pensé à Louise Michel, et à ses camarades de la Commune… On a enchaîné sur un joli concert dans le cadre du festival « les femmes s’en mêlent » et on a terminé par une petite tisane et discussion intime dans le lit avant de dormir un peu quand même.

Le lendemain, on est de nouveau reparties en promenade après un petit déjeuner partagé avec notre colocataire (à ma copine et moi). Je les ai laissées un peu toutes seules toutes les trois le temps de me doucher, histoire de mettre ma sœur en position de parler de moi au féminin en mon absence, pas facile pour elle mais elle a bien respecté ça , m’a-ton rapporté. En tout cas en ma présence elle a évité au maximum de me « genrer » utilisant autant que possible des formules neutres. Je lui ai bien expliqué la nécessité du changement de prénom, du changement de genre pour me définir, elle a bien compris et respecte ce besoin évident mais c’est compliqué pour elle après ces années d’habitude, de penser à moi comme « sa grande sœur ». Mais ce qui est important, c’est qu’elle m’a bien retrouvée fidèle à son souvenir de moi, quoique un peu différente en apparence, et c’est même je crois ce qui est le plus troublant pour elle, de me ressentir aussi « naturellement » fille tout en voyant bien que je ne suis pas devenue quelqu’un d’autre, et qu’il y a bien une continuité entre moi et moi !

Mais plutôt que donner ma propre vision des choses, voilà ce que m’a écrit ma sœur après ce week end passé ensemble, avec un peu plus d’émotion affichée que ce qu’elle a su exprimer quand elle était avec moi :

salut salut !

oui, c’était bien de se voir, et important, et ça m’aide à mieux comprendre et appréhender ces changements.

mais c’est pas facile tu sais, je me sens toute boulversifiée…

tu as fait ton chemin, tu l’as suivi, tu l’as senti, mais pour moi, et pour les parents, c’est une information qui tombe d’un coup et à laquelle nous ne sommes pas du tout préparés… Ils auront besoin de temps, tu sais, pour admettre …

j’ai du mal à te dire au féminin, « Coline » « soeur » ou « elle »… j’ai répété ces mots ce matin tout au long de ma descente sur mon vélo…

Mais à un moment où je parlais de toi, j’ai dit « on s’est couchées tard », et je l’ai dit en le pensant conjugué au féminin, naturellement… c’est peut-être plus facile pour commencer sur les conjugaisons qui ne s’affirment pas trop, (surtout quand on les parle !)…

j’ai discuté de tout cela avec ma collègue-amie V**, et ça m’a fait du bien aussi d’en parler, ça m’aide à avancer… je crois que je vais avoir besoin d’en parler beaucoup, et peut-être aussi de te voir et de vivre des choses avec toi, dans cette nouvelle identité, pour intégrer, petit à petit…

des fois, ça me fait peur, ça me donne envie de pleurer…

c’était peut-être plus facile à vivre qu’à réfléchir…c’est ce que j’ai dit à papa et maman dans le mail que je leur ai envoyé… je leur ai dit aussi comme j’ai senti que c’était naturel, et serein pour toi, et que tu étais bien, et que vous étiez bien, dans une vie « normale » où, étrangement pour nous qui avons vécu autre chose avec toi, on te reconnait comme une fille…

j’ai finalement préféré ne rien dire de suite aux enfants, pour d’abord en discuter avec ***, et puis après je me suis dit aussi que je devrais peut-être attendre que Papa et Maman arrivent à se mettre face à ce changement.

ça sera plus simple pour [mes enfants] que pour eux, mais je ne veux ni brusquer papa et maman, ni dire « un secret » à [mes enfants], qu’ils ne pourraient pas parler avec leur grands parents…

V** me disait tout à l’heure qu’elle aussi pensait que c’était important de ne pas leur cacher ce qui se passait, c’est dur de vivre derrière des non dits, c’est dur pour nous, et c’est dur pour toi ; mais je crois qu’il faut attendre un peu que les parents arrivent à voir.

Je pense que c’est une évidence pour eux qu’ils t’aiment, qu’ils seront toujours là pour toi, mais que dans un premier temps, ça va leur fait peur et qu’ils ne soient pas prêts avant un certain temps à oser être face à un changement aussi important, une remise en cause aussi bouleversante pour eux, qui t’ont accompagner et aider à te construire et n’ont pas senti venir…

moi, je peux te le dire, je t’aime !, mais je suis me sens toute remuée, toute déstructurée…

pardon de te faire partager mes difficultés, que je ne veux pas faire peser sur tes épaules !

à tout bientôt

sœurette ***

reçu de mon papa :

Bonjour ***,

Nous sommes bouleversés tous les deux. c’est dur d’être ainsi passés à côté, n’avoir pas compris, n’avoir pas deviné. Jusqu’à notre rencontre à Paris, sans une seule interrogation, une seule question alors que l’évidence aurait dû nous crever les yeux.

Nous avons peur de te perdre, alors que bien sûr ce n’est pas la question. Tu ne nous perdras pas. Nous sommes tes parents. Nous t’aimons.

Bises à *** et à toi.

et de ma maman :

***,

Je voudrais m’excuser de ne pas avoir répondu plus tôt à ton mail de ce dimanche. Il m’a laissée sonnée et sans voix, sans mots…Sans possibilité d’aligner deux mots, deux lignes, deux idées…

Je voudrais aussi que tu me pardonnes d’avoir été aussi peu attentive, réceptive, et de ne t’avoir pas permis d’exprimer plus tôt ton malaise, ton mal-être, de ne pas l’avoir perçu.

Comment est-ce possible de passer à côté ? Je me sens inexcusable… Question sans réponse et sans intérêt sans doute…

Merci de ton mail, des mots que tu as trouvés avec ta sensibilité et ta pudeur, de leur justesse.

Je mentirai si je te disais que cette annonce ne me bouleverse pas. Comme toute maman,  je souhaite profondément le bonheur de mes enfants. Comme toute maman, j’ai dû me faire une représentation de ce que pouvait être votre bonheur, votre vie, votre avenir, même si je savais bien qu’il n’y a pas qu’une seule façon, qu’un seul modèle, tu le sais bien.  Mais j’avoue que je ne m’étais pas imaginé ton choix, surtout après ton histoire avec ***, ni après avoir fait connaissance de ***…Tu nous dis que ton bonheur est là. J’ai du mal à accepter cette réalité mais ce dont je suis sûre c’est que c’est ton choix, ta vie, que tu es le premier concerné et je le respecte.

J’ai du mal aussi à ne pas être inquiète de ce que ce choix implique de chemin long, difficile, de rejet et d’incompréhension, bien que tu évoques quelque chose de simple, naturel.

Je veux être franche avec toi. Mon chemin à moi sera long aussi. Il est douloureux. Je ne te le reproche pas : je te l’ai déjà dit, tu es le premier concerné, c’est ton histoire avant tout, c’est ta vie, tu as le droit d’être heureux, et je te le souhaite de tout mon cœur.

Sois assuré de tout mon amour, de toute mon affection et de tout le soutien que je pourrais t’apporter si tu en as besoin.

Je t’embrasse fort,

maman

Ouf ! D’abord ça m’a soulagée de me dire que cette étape était enfin franchie, depuis le temps que j’avais enfermé ça et que je me demandais comment l’aborder… En fait aussitôt le message envoyé, alors que j’avais demandé une réponse d’abord écrite avant de tenter des échanges plus directs, au téléphone par exemple, je n’avais qu’une envie, c’est de les appeler pour leur dire « alors, quoi, qu’est-ce qu’on fait maintenant, qu’est-ce qe ça vous inspire, on se voit bientôt ? » Comme les obstacles paraissent parfois insurmontables quand ils sont devant nous, et deviennent ridiculement minuscules quand ils sont derrière !

Ensuite ça m’a beaucoup émue, je crois qu’en recevant leur réponse j’ai vraiment pour la première fois réalisé et ressenti que j’étais « la fille ainée de mes parents », que je me vivais comme ça, et ça m’a fait un drôle d’effet…

Sinon les réponses de mes parents me rassurent plutôt, je les reconnais bien dans leurs réactions et ils m’ont quand même dit des choses importantes et bienveillantes pour commencer, même s’ils semblent pour le moment un peu confus sur le genre et plus largement sur la compréhension de ce que je leur raconte… Il va me falloir insister sur le fait que ce n’est pas vraiment un choix, que ça s’est imposé à moi et que je ne pouvais pas faire semblant d’être quelqu’un d’autre éternellement. Il faut qu’ils acceptent qu’ils n’ont pas vu que j’étais une fille (auraient-ils seulement pu voir ce que je cachais si soigneusement et était si invisible dans mon apparence ?) et que maintenant qu’ils le savent, ils doivent « juste » s’y adapter.

Mais en même temps c’est la première fois qu’on en parle depuis 33 ans, c’est un peu normal que ce ne soit pas limpide en 5mn ! ça ne me choque pas qu’ils aient besoin d’un peu de temps pour s’habituer, réorganiser leur perception de moi, et sans doute aussi me voir et me ressentir « fille » dans nos prochaines rencontres pour que tout ça semble encore plus évident.

En tout cas, je ne regrette pas d’avoir attendu d’être bien installée dans ma vie au féminin avant de partager ça avec eux, je crois que j’aurais eu du mal à affronter ce moment plus tôt, avant d’être à l’aise, confiante, de me sentir légitime comme « femme » sans plus me poser trop de questions.

j’ai répondu à mon père aussi sobrement que lui m’a écrit :

oui vous êtes passés à côté, mais comme je l’ai dit à maman, j’ai tout fait pour… De toute façon on ne va pas changer le passé, occupons-nous donc plutôt du présent et de l’avenir !

Bien sur qu’on ne va pas se perdre, au contraire vous allez vraiment pouvoir me retrouver maintenant, débarrassée de toute cette pudeur excessive, enfin libre de partager avec vous ma réalité, mes sentiments, sans vous donner une image tronquée pas tout à fait sincère.

En tout cas merci pour ce petit message rassurant et réconfortant.

et un peu plus longuement à ma mère :

coucou maman

j’avais hâte de recevoir ta réponse, mais je comprends bien que tu avais besoin de digérer un peu mon message avant de retrouver tes mots…

Bien sur tu es bouleversée, difficile de ne pas l’être face à ce renversement inattendu dans la perception que vous avez de moi depuis toutes ces années !

Ce que je voudrais d’abord te dire, c’est que tu n’as rien à te reprocher, si tu es passée à côté de mon malaise et de mes ressentis, c’est avant tout parce que j’ai pris grand soin de les enfermer et les cacher au mieux, et que sans doute ça a plutôt bien marché. Je ne crois pas qu’il faut s’attarder sur le passé, sur le pourquoi du comment, moi aussi j’ai passé bien du temps à me débattre avec ces questionnement sans fin, avant de conclure que ça ne me servait à rien pour avancer. Ce qui est important maintenant, c’est ce que je vis, qui je suis, et comment on se retrouve avec tout ce chamboulement.

Sinon, je voudrais aussi que tu te débarrasses de tes peurs sur ce que tu imagines comme un « chemin long, difficile, de rejet et d’incompréhension ». Tu sais, ce chemin il est en réalité plutôt derrière moi, et aujourd’hui je n’ai à faire face à aucune incompréhension, aucun rejet, tout se passe au mieux dans ma vie, avec mes amis, au travail, tous les gens que je rencontre ne se doutent de rien, et ceux qui me connaissaient avant n’auraient pas idée d’aller me reprocher mon parcours atypique. J’ai même de la chance finalement, […] ce que je n’aurais pas parié il y a quelques années.

Je crois que [ma sœur] vous a envoyé un petit mot pour évoquer notre week-end et comment elle m’a perçue ces deux jours, comment elle réagit à tout ça. Je ne doute pas que son impression participera à vous rassurer aussi, c’est ce que je souhaitais en l’invitant ici ! Que votre bouleversement inévitable ne soit pas pollué par des inquiétudes hors de propos. Et aussi j’espère qu’elle a pu insister sur le fait que malgré ces changements, elle m’avait bien retrouvée comme elle me connaît, que je ne suis pas devenue une autre personne à travers ces évolutions, que je reste moi-même ! En tout cas c’est ce qu’elle m’a dit…

Enfin tu me dis que ton chemin à toi sera long et douloureux… Surtout je voudrais que tu en parles avec moi, que tu ne gardes pas tout ça pour toi, que tu me dises ce qui est douloureux et qu’on évacue cette douleur ensemble. Je voudrais tellement que ce soulagement pour moi ne soit pas un problème compliqué pour vous, même si je savais bien que ce ne serait pas simple à accepter.

Quoiqu’il arrive tu restes ma maman, je reste ton enfant, et bien sur je suis rassurée de savoir que je peux compter sur toute ton affection et ton amour.

moi aussi je t’embrasse !

et j’en ai profité pour leur dire à tous les deux :

Bon j’ai compris que pour [ma sœur] c’était très troublant de constater que j’utilise un nouveau prénom d’usage et que je parle au féminin, en même temps c’est un peu inévitable si je veux évoluer « normalement » dans ma vie sociale et professionnelle. J’ai donc choisi de m’appeler Coline, j’espère que ça te plait et que tu t’y habitueras bientôt, c’est le plus joli prénom féminin proche de *** que j’ai trouvé, et c’était important pour moi que ça ne soit pas trop différent, pour moi comme pour vous d’ailleurs !

du coup j’ai une nouvelle adresse mail que je te demanderai d’utiliser plutôt que celle-ci qui ne servait plus qu’à vous.

Et la suite ? je crois que je vais la garder pour moi ! D’ailleurs je ne connais pas encore la fin de l’histoire moi non plus…

les joies de ma « sortie du placard » : échanges et réactions #4

QUATRIÈME PARTIE : Bienvenue chez les goudous !

On entend souvent que la « communauté lesbienne » serait fermée aux femmes trans et aurait tendance à les rejeter et à les discriminer dans des élans de transphobie intempestifs et d’essentialisme primaire.

Heureusement ce n’est pas toujours le cas ! J’en avais déjà fait l’expérience auparavant, et sans vouloir généraliser à l’inverse à partir de ma seule modeste expérience, j’ai eu un grand plaisir à découvrir les messages reçus d’un couple de copines, une amie de mon amoureuse et sa compagne, en réponse à mon petit mail de « coming out » :

« Salut R*** ! Mme *** !

Enchantée! Mais je pense qu’on se connaît un peu déjà 🙂

Moi ça ne fait aucune différence pour moi ! Je me sentais d’ailleurs très mal parce que je ne savais pas par quel pronom passer pour te référencer et j’avais pas le courage de te le demander directement. Je sais – je suis lâaaaaaaache! Mais bon, je suis soulagée de connaître ton vrai nom et je projette ne plus commettre ce genre de gaffes 🙂

C’est cool, c’est brave et je te félicite parce que je suis sûre que ça ne doit pas être facile pour toi au niveau recherche de boulot, ou anciens amis, ou peut être même famille (?), etc. Mais moi je suis ravie que tu nous considère assez importantes pour officialiser ton coming out entant que fille (femme même?) auprès de nous. Je pense que je parle pour moi et *** quand je dis qu’on est, du coup, vachement touchée que tu nous envoies ce mail. J’espère d’autant plus que tu sens bien le respect et le soutien que l’on porte à ton égard. Vous êtes un super couple et vous êtes de belles personnes.

Bon et bien en ce moment, on bosse pas mal comme des malades et j’aimerais bien vous revoir pour dîner ou apéro. Pour l’instant, je pense pas que ça soit avant le mois de mai ! Sinon, je suis assez dispo les matinées quand je ne suis pas en train de faire des démarche administratives […] (ouf c’est lourd…)

Si jamais tu veux m’appeler, passe-moi un coup de fil au ***

bises! »

et le deuxième :

Quel beau jour pour choisir d’officialiser ce qui nous semblait une évidence !

Bravo et merci R*** de ton courage pour nous annoncer cela.

Comme je te le dis, on sentait bien cette identité qui poussait sous la surface.

Et franchement ça ne me trouble nullement (je suis quasi sure que *** te dira la même chose) bien au contraire ce sera plus simple. Je m’excuse d’avance si parfois ma langue s’empatouille et que je t’appelle de ton ancien prénom, j’ai toujours été très nulle avec les prénom…

Et on sera là pour toi off course, pour vous.

Et yes buvons nous un pot !

On est de sortie demain soir, concert  […]Si ça vous tente ?

Je t’embrasse. Et Welcome au club des goudous !

je précise que j’ai beaucoup tardé à leur annoncer tout ça, comme à d’autres d’ailleurs, laissant s’installer une féminité très affirmée depuis plusieurs mois sans apporter d’explication particulière, et sans qu’on m’en demande d’ailleurs. Voilà mon message :

juste un petit mot simple pour officialiser une situation qui n’a pas pu vous échapper complètement… Je vis et travaille depuis que je suis installée à Paris sous une identité féminine, que je ressens depuis toujours mais que mon apparence prenait un malin plaisir à nier jusqu’à ces derniers mois. Bref, je compte sur vous pour me considérer comme une fille, comme « la copine de *** », malgré l’ambigüité relative entretenue jusqu’à aujourd’hui en attendant que *** et moi soyons suffisamment à l’aise avec tout ce que ça implique pour elle et pour nous.

Donc mon prénom, c’est R***, et mon mail *** L’ancien prénom dont j’étais affublée jusque là, bien sur vous pouvez l’oublier, je crains qu’il ne serve plus à grand chose dans ma vie actuelle.

Si vous voulez qu’on en parle un peu plus que ça, n’hésitez pas, de préférence peut-être autour d’un verre plutôt que par mail (ce qui serait d’ailleurs une bonne idée un soir à l’occasion, non ?)

Mais vous aurez peut-être d’avantage envie d’en discuter avec *** dont vous – enfin surtout *** – êtes plus proches, ce que je comprendrais bien !

Voilà donc pour la nouvelle, j’espère qu’elle ne vous trouble pas trop… Je voulais sinon vous dire que je suis très contente de vous avoir rencontrées par le biais de ***, et en dehors du fait que je vous aime bien toutes les deux, […] c’est assez agréable et rassurant pour moi d’avoir des exemples autour de nous de (beaux) couples de filles comme vous, puisque ni moi ni *** n’avons jamais eu auparavant a affronter le regard pas toujours bienveillant de la société, des gens, de nos familles, sur un couple lesbien, et que ça peut être parfois difficile à assumer. Plus on est de folles, moins on se sent dangereusement « déviantes », et moins on a peur du regard des gens sur nous ! donc merci !

les joies de ma « sortie du placard » : échanges et réactions #3

TROISIÈME PARTIE : Comment annoncer sa transition à ses amis dans une petite ville de 16000 habitants où on a passé 6 ans… ? Angoisses et libération !

À la faveur de la venue d’un ami à Paris que j’ai été « contrainte » d’informer de ma « féminitude » nouvelle pour le voir, j’ai envoyé sans préméditation un petit message à tous mes proches abandonnés lâchement dans la petite ville de province où j’ai passé ces dernières années avant de venir m’installer à Paris…

Chers amis de ***,

J’espère que vous allez tous très très bien dans vos vies respectives !

Voilà bien longtemps que je n’ai pas remis les pieds au ***, au *** ou à ***, et bavardé avec vous près d’une cheminée ou en se réchauffant tant bien que mal de verre en verre… J’avoue que ça me manque un peu de ne pas vous retrouver dans vos salons, vos jardins, dans nos bars favoris, le soir après le boulot, ou le samedi en fin de marché, mais je mentirais si je vous disais que je regrettais mon exil volontaire vers la belle vie parisienne et les bras doux de *** !

Enfin j’aurais bien prévu quand même un petit passage à *** à l’occasion pour vous revoir un peu puisqu’il semble que vous vous soyez mis d’accord pour boycotter Paris, sauf *** qui est gentil, lui. Mais j’ai un petit quelque chose étrange tout autant que bizarre qui me gêne aux entournures avant de revenir me déhancher avec vous à ***.

Donc je ne vais pas vous faire languir trop longtemps, je sens que je vais pouvoir nourrir les potins *** pendant au moins un bon semestre… En guise de nouvelles, il y a surtout une nouvelle : c’est moi ! Une grande nouvelle même, devrais-je dire. Contrairement aux apparences passées, je suis donc une fille, et c’est devenu un peu plus visible aujourd’hui (si si je vous assure)… Comme on ne s’est pas vus depuis un petit moment, j’imagine que c’est peut-être dur à visualiser, même si mon apparence depuis deux ans était progressivement devenue suffisamment androgyne pour qu’il soit difficile de ne pas le remarquer. Ce qui est certain c’est que j’ai encore un peu changé depuis l’été dernier ! Bref, tout ça pour dire que j’ai décidé – enfin – de ne plus cacher ce que je ressentais depuis longtemps sans trop savoir quoi en faire. Je me sens aujourd’hui mieux que jamais, heureuse et apaisée, et je me demande surtout pourquoi j’ai eu si peur de moi jusqu’à aujourd’hui.

Voilà je n’ai pas trop envie d’en raconter plus pour l’instant dans ce mail collectif, on en reparlera plus individuellement par la suite si vous en avez envie, je voulais juste que vous sachiez que je m’appelle désormais R*** (ça doit être un peu étrange à lire mais enfin c’est comme ça…) et que vous ne sautiez pas au plafond la prochaine fois qu’on se croisera, ou au moins un peu moins haut que si je n’avais rien dit.

Tout ça ne doit bien sur rien changer à nos amicales relations et je serai ravie de partager encore de bons moments avec vous, à l’occasion de votre prochain passage à Paris ou lors d’une visite expresse à *** si j’ose y affronter les regards inquisiteurs de la population locale… Quoique déclinée plus ouvertement au féminin, je reste bien la même personne que vous connaissez !!! Enfin plus ou moins…

Merci d’avance pour votre compréhension et si vous voulez en parler un peu plus avec moi, n’hésitez donc pas ! […]

Mais j’en oubliais presque de donner des nouvelles un peu plus ordinaires, pour celles et ceux à qui je n’en ai pas donné depuis longtemps… Depuis juillet, je vis comme vous le savez à Paris, je suis installée avec *** […], en collocation avec *** […]. Je travaille depuis quelques mois avec *** […] ça m’a fait grand bien de changer un peu d’air quoique j’ai beaucoup apprécié mon petit séjour à ***, grâce à vous entre autres, il était temps de voir ailleurs si j’y étais ! Et puis c’est sur que mon passage au féminin est largement plus facile à vivre ici dans la grande ville que sous les regards indiscrets […] en quête de commérages à colporter de bistrot en bistrot…

je vous embrasse, en espérant vous voir bientôt,

R***

PS j’allais oublier ma nouvelle adresse mail, plus adaptée à la situation (que vous pouvez tout de suite mettre à jour en supprimant celle-ci que j’utilisais pour la dernière fois)

Quelle idiote d’avoir eu si peur de leur annoncer tout ça ! Evidemment je n’ai récolté que des réponses généreuses et bienveillantes, avec plus ou moins de surprise selon les personnes, mais (presque) toujours beaucoup de compréhension et de pudeur.

Voilà quelques bribes de ces messages amicaux suite à l’annonce de mon passage « officiel » au féminin :

Le tout premier à me répondre m’a fait un message très touchant, simple et sincère !

« Salut R***, merci pour ton mail il nous a vraiment touché, surpris quoi que pas tant que cela nous avions bien remarqué le changement progressif que tu a as effectué, au passage, c’est je pense une bonne méthode pour te faire au changement sans que cela ne soit pas trop brutal pour tous le monde. C’est sur on essaye toujours de ce dire le regard des autres c’est pas important mais au fond de nous on ce mens un peut, enfin c’est ce que je croit. Bref tu nous a fait une belle preuve de courage, chapeau et je suis très heureux pour toi et *** au passage merci de nous avoir mis dans ta liste ça touche vraiment. Je vous embrasse a bientôt de vous revoir. Amitiés »

Ce qui ressort des messages reçus, c’est souvent que les personnes sont touchées par ma « confidence », avec plus ou moins d’enthousiasme cependant, ici beaucoup beaucoup, c’est toujours bon à prendre ! (c’est mon ancien employeur, président de l’association pour laquelle je travaillais…)

« Salut R***,

Je t’envoie juste un petit mot avant un plus grand, pour te dire que je suis très touché par ton mail et par cette nouvelle. Je suis très fier de toi et j’ai l’impression que tu te plais à fond dans ta nouvelle vie. C’est bon ça!

Je te souhaite une bonne journée mon ancienne directrice et à bientôt. Bises

Ps : bises à *** bien évidement! »

Une autre amie, un peu moins proche que d’autres, mais qui faisait partie des premières personnes qui m’ont accueillie là-bas… Malgré la surprise, sa réaction est des plus chaleureuse. Quelques personnes s’inquiètent des « railleries » auxquelles je suis supposée être confrontée, je ne leur en veux pas, mais je les ai systématiquement rassurées ! Je pense (j’espère) que leurs craintes s’évanouiront quand ils m’auront vue.

« Bonjour R***,

Pour une nouvelle c’est une nouvelle !!… Personnellement je n’y ai vu que du feu pourtant ce n’est pas faute d’avoir été alertée par quelques personnes qui trouvaient que tu changeais physiquement … Bon bref …En tout cas  bienvenue chez les filles Coline !!  C’est très courageux d’affronter les railleries qui vont surement se déchainer . L’essentiel est que tu ailles bien et que tu sois heureuse de cette transformation. Je suis au travail donc pas trop le temps de discuter mais je t’écrirai plus tard .

Je t’embrasse   et à bientôt »

Là encore, la surprise est plus que modérée de le part de cette amie. Quelques unEs ont manifesté comme elle une curiosité un peu impudique (mais compréhensible) sur « jusqu’où je suis prête à aller », et j’ai pris le parti en général de botter en touche, et de répondre que l’essentiel que je souhaitais partager est le fait que je sois socialement une femme, ce qui est déjà le cas, et que pour le reste nous verrons bien si l’occasion se présente de partager notre intimité dans de futures discussions…

« Coucou,

Bien reçu ton message, ça fait plaisir d’avoir un peu de tes nouvelles, et je suis  contente de savoir que ça se passe bien pour toi  à Paris avec *** et dans ton nouveau boulot ! Contente aussi de savoir que tu as fait un gros travail sur toi même (loin d’être évident….) que tu te sentes plus fille que garçon ne me surprend pas, et au vu de tes transformations progressives,  comme tu l’as si bien souligné dans ton mail, on ne pouvait pas ne pas voir que tu changais déjà beaucoup avant de partir de ***…c’est important pour toi d’assumer à fond ce changement et je suis ravie de voir que tu es sur le bon chemin….en informer tout le monde comme tu le fais, c’est assez courageux ! même si c’est une décision énorme à prendre, j’imagine que tu y réfléchis depuis longtemps et la question qui me vient à l’esprit, assez indiscrète, pas obligé d’y répondre, c’est jusqu’où est tu prêtE à aller ? mais dans tous les cas je ne peux que t’encourager et te soutenir dans ce que tu as décidé, il n’y a que toi qui peut savoir ce qui est bon ou pas pour toi ! on a qu’une vie  et il faut en profiter !

Sinon pour info ici tout se passe bien […] !!!

Préviens nous si vous venez dans le coin

Des bisous à vous deux et a bientôt »

…heureuse pour toi…

« Salut R***,

tout d’abord merci de ce message sincère et touchant, qui, je l’imagine, a dû être bien difficile à rédiger, et à envoyer.

Je suis touchée de recevoir ainsi de tes nouvelles. Je suppose que vivre et annoncer tout cela est le fruit d’un long cheminement. Sache que je suis heureuse pour toi, l’important étant de trouver la manière de vivre heureux, chacun à sa façon. N’aie donc aucune crainte sur notre regard (le mien et celui de *** en tout cas, je pense pouvoir inclure également sans grand risque celui de ***, de ***, de ***, de ***, de ***…). Nous serons tous ravis de te revoir en terres bretonnes (il est vrai que nos passages parisiens se font un peu plus rares depuis ***, et surtout plus remplis!).

Bonne continuation à toi!

A bientôt! »

Cet ami-ci a pris le temps d’aller chercher des informations sur les transidentités après mon message, n’ayant jamais été confronté à une telle situation autour de lui, et je constate avec plaisir qu’il a bien compris l’essentiel, c’est à dire la multiplicités des ressentis et des parcours ! C’est rassurant…

« R***, bonjour,

cette entame, résolument pour le changement, me laisse, malgré tout,il faut bien le dire, un gout étrange mais pas désagréable. Il faut le temps de s’habituer, c’est tout,tu as bien mis 30 ans toi ! »

Bon, j’espère que le ton de ton courriel reflète bien ton état d’esprit et que tu vas bien. J’espère aussi que tu es bien entourée et que ce changement de ton image se passera le plus tranquillement possible. J’ai été un peu chercher et je me suis rendu compte que la mutiplicité des changements de genre, de sexe, était beaucoup plus vaste que dans ma toute petite imagination ; je suis sur que tu touveras la place qui te convient.

En attendant de se voir à paris ou ailleur,je t’embrasse et la minette aussi. »

(Ma petite minette que j’ai abandonnée là-bas avant de déménager à Paris… je crois que tout ça lui passe un peu au dessus de la tête, même si elle a suivi de près les débuts de ma transition !)

Cette amie-là ne manifeste carrément aucune surprise, juste la confirmation qu’elle a bien pris en compte le changement de prénom et de genre… Il faut dire que j’ai fait sa connaissance assez tard dans mon séjour là-bas, et qu’elle m’a essentiellement connue déjà très féminine.

« Coucou!

Très contente d’avoir de tes nouvelles, avec plaisir pour te voir bientôt… C***.

J’avoue je suis passée rapidement à Paris sans t’appeler, traitresse que je suis… J’arrive pas à gérer le temps là-bas (j’viens de là-bas…)

Appelle moi quand tu es dans le coin

des bisous »

…bien sur que cela ne change rien…

« Salut R***

Merci pour ces petites nouvelles Parisiennes, et bien sur que cela ne change rien…je pense qu’il est important d’assumer ce que l’on est et en cela respect.

En ce qui me concerne, j’ai eu un petit coup de mou en ce début d’année, mais ca va mieux, les choses avancent. […]

A bientôt, sur *** ou Paris. »

…épanouissement…

Coucou à toi,

c’est avec un grand plaisir que nous recevons de tes nouvelles, Paris semble de toute évidence synonyme d’épanouissement tant sur le plan professionnel que personnel […] ;

il faut bien dire que ce n’est pas sans une certaine émotion que nous avons pris connaissance de ton message

nous sommes très heureux pour toi que ce changement d’air t’ait permis de franchir, de passer le pas et de vivre ce que tu souhaitais

nous sommes aussi assez admiratif (tant de femme et d’homme ne parviennent pas à le faire)

c’est donc avec joie tu l’auras compris que nous t’accueillerons à la maison en compagnie de *** lors de ton prochain passage à ***, avant pourquoi pas d’aller guincher

de notre côté nous attendons un nouvel et heureux évènement pour le mois d’août une petite fille devrait se pointer […]

nous ne savons pas quand nous allons passer à Paris mais il est sûr que nous tenterons de se voir enfin, R*** !!

il faudra nous excuser si *** sort encore de notre bouche, cela sera sans aucun doute inévitable dans les premiers temps !!

dans l’attente de te voir et revoir à *** Paris ou ailleurs on t’embrasse bien fort

…que tu sois heureuse…

« salut R***,

on vient a paris le vendredi 23 avec ***. tu serais dispo pour dejeuner avec nous, ou prendre un café ? on peut te rejoindre…

ca me ferait vraiment plaisir de te voir, même si on n’a pas bcp de temps.

Sinon, je voulais te dire combien j’admirais ton courage et ta franchise. J’imagine que tu dois te sentir soulagée. L’idée que tu sois heureuse et la seule qui compte à mes yeux. Je souhaite vraiment que nous restions ausi proches que ce que nous avons pu l’être.

Je t’embrasse fort, ainsi que ***,

à tres vite »

…à moitié surprise…

« Salut R***,

j’ai mis un peu de temps pour répondre mais y’avait l’anniversaire de *** qui m’a amené quelques jours en Provence. Je sais que les amis se sont occupés de te rassurer sur le respect que nous portons sur ta décision. Je laisse le nous pour prendre le Je. J’ai été à moitié surprise, cependant la moitié qui a été surprise a, au fur et à mesure, réalisé combien c’était pas facile de te penser au féminin. On y arrivera, tu m’aideras 😉.

Avec ***, on trouve que c’est un beau prénom que Coline.

Porte toi bien,

A très bientôt,

P.S. Entre filles, je peux te dire que les garçons… »

(les mots gentils sur mon prénom ont été nombreux, et même si ça peut paraître bête, ça m’a fait très plaisir à chaque fois, me confortant ainsi dans mon choix ! Et puis pour moi aussi, ce n’est pas si facile de m’habituer à mon nouveau prénom, être encouragée pas ce genre de petits mots m’a fait beaucoup de bien…)

…tu penses donc repasser dans le coin…

« Salut R***

Désolé pour la réponse tardive […]

Effectivement ta nouvelle va pouvoir alimenter les potins pendant au moins… un mois (un trimestre je parierais pas quand même…)

En tout cas c’est courageux de nous l’annoncer comme ça à tous mais j’imagine que ça devenait important pour toi de le faire et j’en conclue que tu penses donc repasser dans le coin un jour… ?

Compte sur nous pour préparer le terrain ! Je te propose pas une invitation à *** : j’ai bien compris que c’était un peu tôt 😉

Mais nous nous croiserons sûrement pas hasard à Paris puisque c’est notre spécialité !

A bientôt »

…pas si surprise…

Salut R***,

c’est chouette d’avoir de tes nouvelles, surtout des bonnes!

Je ne suis pas si surprise, à la différence de ***, par cette nouvelle…Et vu que je suis maintenant à ***… et bien je ne sais même pas si ça a fait le tour de ***… même si y’a des chances! Hehehe!

En tout cas je suis sincèrement ravie pour toi et saches aussi que j’ai été très touchée que tu souhaites me faire parvenir ce très beau mail que tu as écris, drôle, juste, essentiel.

Il ne me reste plus qu’a te souhaiter de ne pas trop rouler du cul, de pas faire ta crâneuse, ta bêcheuse, ta pintade, ta grognasse, ta pétasse, ta blondasse, ta conasse, ta niaise, ta radasse, ta pouffiasse, ta vieille vache..mais surtout de bien prendre soin de toi.

J’espère sincèrement te recroiser un de ces 4, sur une piste de danse, un café ou ailleurs.

Bienvenue dans la bande, bises à toi et ***, tendrement. »

…comment est ce possible d’être le même personne… (échange de mails après une première revoyure)

« ola R***

moi aussi j’étais très contente de te voir

[…] pour de premières retrouvailles je trouve qu’on s’en est bien sorties non?

ta transformation est étonnante car tu es effectivement tout à fait crédible

ce qui reste compliqué pour moi est : comment est ce possible d’être le même personne tout en vivant une transformation aussi essentielle ? »

les joies de ma « sortie du placard » : échanges et réactions #2

DEUXIÈME PARTIE : Les collègues, ou comment annoncer de grands changements l’air de rien…

Dans la suite logique des annonces officielles de ma féminitude actuelle, j’ai envoyé un mail collectif à d’anciens collègues (j’ai quitté mon ancien travail l’été dernier) que je serai sans doute amenée à croiser encore dans ma nouvelle activité professionnelle… ça devenait un peu urgent, depuis plus de 6 mois que je vis comme ça ! J’ai déjeuné avec l’un deux début janvier, on nous a appelés « messieurs dames » malgré mes vagues efforts de neutralité vestimentaire mais il n’a pas relevé et je n’étais bêtement pas encore prête à en parler avec lui.
Et j’ai reçu d’agréables réponses en retour, assez peu de surprise exprimée en fait, j’ai vraiment de la chance d’évoluer dans ce milieu professionnel plutôt ouvert ! (mais il faut dire aussi que je n’ai écrit qu’aux plus sympathiques – ou supposés – de mes collègues)
En tout cas c’est bien la preuve que parfois tout se passe très bien, la « sortie du placard » n’est pas forcément une horrible torture !
« Chère  R***
…. Car autant en prendre l’habitude tout de suite
Je dois dire que j’ai ete plus surprise de te savoir a Paris, et encore plus travaillant avec L., que de ton annonce de ton passage definitif au feminin…que l’on pouvait déjà pressentir lors de ta venue à *** [en décembre 2010]. »
…ça ne change rien…
« Sinon, bien sûr que ça ne change rien ! Effectivement, je ne suis pas vraiment surprise, je me demandais durant les derniers temps si tu n’osais pas nous le dire ou si tu ne savais pas toi-même jusqu’où tu souhaitais aller dans ce « changement ». Et en même temps, je comprends que ce n’est pas quelque chose de simple à dire, qq chose qu’on peut balancer sur une terrasse {…] au moment du petit déj avant d’aller [travailler] (par exemple).
En tous cas, je trouve ça super. Tu es un bel exemple de liberté et de courage. Je pense qu’il y a pas mal de gens qui passent à côté de leur vie car ils ne peuvent assumer un tel changement, ou plus exactement ne peuvent assumer le regard des gens sur ce changement. Ce n’est pas toujours simple d’être soi-même finalement, il est souvent plus facile – même si c’est parfois douloureux- de museler ses désirs profonds et de bien rester dans le moule qu’on nous a préparé… donc bravo et bienvenue à ton « nouveau toi », à ton « vrai toi » ! Et pour le prénom, bien joué, tu as évité [censuré], ouf… »
…elles avaient vu juste les bougresses…
« Hello R***,
Tout d’abord, très content que ça se passe bien du côté de ***… […]
Pour ton changement d’identité la surprise est certes là mais j’avais été préparé à Cannes par les suppositions de *** et ***. Alors que je les charriais et les traitais d’affabulatrices, elles avaient vu juste les bougresses !
Ca va peut-être être difficile pour moi de t’appeler R***les premiers temps (et de passer de la poignée de main à la bise !) [un des rares garçons que je fréquente qui ne fait jamais la bise à des « hommes », et à qui je serrais donc la main…, note de R.], mais sache que ce ne seront que des couacs dus à l’habitude ! Tu as tout notre soutien, *** et moi, ça ne doit vraiment pas être évident de l’annoncer à tes proches et on trouve ton mail très touchant.
Bises de nous deux et peut-être à paris mardi prochain ? »
…soit j’affabulais, soit tu n’étais pas prête…
« Salut R***,
Désolée, j’avais envie de te répondre car je savais ton message important.
Mais il est vrai que je suis débordée et bien plus que d’habitude, […] Je ne vais plus au *** [réunions à Paris…]. Je ne sais donc quand nous nous verrons. Concernant ta position actuelle et celle au moment de ***, aucun souci. Je m’étais dit à l’époque que, soit j’affabulais, soit tu n’étais pas prête. C’était la deuxième option. Je trouve que c’est courageux, mais aussi simplement nécessaire que tu affirmes que tu es devenue ce que tu étais déjà (c’est un peu tordu, mais tu dois suivre). C’est très très bien que tu vives en accord avec toi-même, beau travail d’accomplissement. Après, bon, évidemment, te dire que je suis tout à fait habituée à ce genre de situation ou que je puis comprendre ce qu’il se passe en toi, serait mentir, c’est une situation tout à fait inédite que cette nouvelle. Après, c’est loin d’être un problème, rassure-toi.
Donc, en gros, ben, j’espère qu’on se verra bientôt, mais je ne sais où. […]
En attendant, je te souhaite bon vivre à Paris sur tous les plans,
Je t’embrasse »
…merci de ta confiance…
« Ce mail est courageux […]
Oui, bien sûr, j’avais noté et été troublée de ton côté de plus en plus féminin, donc voilà, tu as franchi une étape qui doit te mettre plus en phase avec ta nature profonde tout en imaginant bien ce qu’il t’aura fallu de réflexion, de courage et de détermination pour franchir le cap. Mais, rassure-toi, ton mail est magnifiquement clair et pudique et merci de ta confiance en livrant ainsi à chacun de nous ce changement de vie mais pas… de personnalité, cela j’en suis bien sûre! »
…très heureux…
« donc moi je n’étais au courant de rien. Je suis très heureux si toi tu es heureuse dans ta nouvelle vie professionnelle et personnelle. » [puis il ne me parle que boulot comme si de rien n’était, note de Coline]
…t’épanouir…
« Bonjour R***,
Je suis ravi d’avoir de tes nouvelles et me doutais un peu de ton changement. Je suis content que tu puisses t’épanouir dans cette nouvelle identité. J’espère te croiser à l’occasion de ***.
A très bientôt, »
…La coupe de cheveux…
« Je te « pardonne » ton mail collectif et je dois te dire que je trouve très courageux de nous faire part de cette manière de ton changement de vie
Contrairement à ce que tu semble penser, en ce qui me concerne, je ne m’attendais pas du tout à cette nouvelle.
La coupe de cheveux ne fait pas partie pour moi de signes révélateurs d’un changement de genre.
Sois sûre que je reste très attachée à notre amitié , que même si, te connaissant depuis maintenant 10  ans (ça ne rajeunit guère ) je vais avoir un peu de mal à m’habituer à cette transformation et que je ferai sûrement des erreurs.
J’ai bien envie qu’on discute de vive voix ce qui me permettra de m’habituer plus facilement à ta nouvelle identité (c’est comme ça qu’on dit ?)
Tu es bienvenue à *** si tu passes par là et sinon je t’appelle en allant à Paris, probablement en avril.
Je t’embrasse »
…très touchée…
salut salut
quel plaisir d’avoir de tes nouvelles! et oui j’espère bien que l’on pourra prendre un peu de temps ensemble autour d’un verre… ou d’un film.
Je savais par *** que tu avais décidé de grands changements pour te lancer dans une nouvelle vie, parisienne, en production, mais effectivement je ne savais pas que ton existence était à ce point en révolution. Je suis très touchée de ton attention, ta confiance et de ton désir de partager ta vitalité!  donc à bien vite j’espère. »
*********
…heureuse…
« Eh ben quand tu donnes des nouvelles tu donnes des nouvelles hein!!!
heureuse de te savoir bien dans ta nouvelle vie, je te souhaite plein de belles choses et au plaisir de te revoir bientôt
Bises! »
…tout le bonheur…
« Bonjour R***,
Merci tout d’abord de ton petit mot que j’ai trouvé touchant, pudique et courageux. Je tenais simplement à te souhaiter tout le bonheur possible dans ta « nouvelle » vie au féminin.
En espérant que nous aurons l’occasion de nous recroiser dans le cadre de tes nouvelles fonctions au sein de ***, ou à d’autres occasions.
Je t’embrasse également, […] je suis heureux de savoir que tu suis ton chemin….
A bientôt surement. »
…on s’en doutait…
« Bonjour R***,
Oui on s’en doutait un peu mais delà à ce que tu fasses le grand saut, pas complétement. En tous les cas j’espère que cela te rendra heureuse et épanouie. Et bien sûr pas changement de mon côté en ce qui concerne nos relations professionnelles, puisque même si l’on change d’identité sexuelle, on ne change pas d’esprit ni de valeurs pour autant,  c’est pas comme si tu nous annonçais que tu avais rallié le FN, là par contre je ne t’aurai pas suivie.
Au plaisir de te revoir, peut-être à *** ?
Bises et à bientôt »
…pas d’inquiétude…
« Salut R***,
Désolé de ne pas t’avoir écrit plus tôt mais ici c’est imminence de l’ouverture des *** et j’ai la tête en vrac ! Merci pour toutes ces nouvelles […]. Concernant la raison principale de ton message, pas d’inquiétude à avoir de mon côté. Maintenant je ne suis pas à l’abri (la force de l’habitude) de te prénommer *** sans le faire volontairement quand nous nous reverrons, mais le temps aura raison de cela. […]
Au plaisir de se revoir un de ces jours.
Bises »
…je trouvais que ça t’allait bien…
« Bonjour R***,
Voici un changement dont, pour ma part, j’avais eu le pressentiment. En plus, je trouvais que ça t’allait bien. La vie étant ce qu’elle est, tu as fait le choix le meilleur, ç’aurait été idiot de ne pas le faire.
Je me connais, je vais mettre un peu de temps à adopter ton nouveau prénom (ça m’est déjà arrivé avec une amie qui a changé de nom de famille parce que celui d’origine de lui convenait vraiment pas). Mais ça va venir. […]
Je t’embrasse »
…en douceur…
« Hello  R***,
J’avais cru ressentir un changement lors de notre dernière rencontre. Tu me semblais effectivement plus féminine. J’espère simplement que toute cette transformation s’opère pour toi en douceur et je te souhaite plein de belles choses avec tes nouveaux habits ou plutôt ta nouvelle peau. […]
Je dois passer à Paris prochainement (je ne sais trop quand) et ça me ferai également plaisir de t’y croiser. Je t’embrasse. A bientôt. »

les joies de ma « sortie du placard » : échanges et réactions #1

ou comment vérifier qu’on ne s’est pas trompée en choisissant son amoureuse, ses amiEs ou en nouant des relations privilégiées avec certainEs collègues, et que sa famille n’est pas si arriérée que ça… un exposé intime de Coline, spéciale dédicace à toutes celles et ceux qui m’ont accompagnée ces derniers mois et écrit des mots gentils ces dernières semaines, à ma petite sœur et à mes parents.

PREMIÈRE PARTIE : les proches proches et les proches moins proches mais pas si loin non plus

1 – d’abord en parler à mon amoureuse…

Comme je l’ai déjà expliqué par ici, mon « coming out » s’est fait assez progressivement, en laissant s’installer une féminité de plus en plus assumée dans mon apparence bien avant d’informer mes proches de mon changement de prénom pour un passage officiel au genre féminin.

Au tout début du début, en dehors d’échanges et confessions par ci par là sur des forums, j’ai commencé par échanger il y a presque deux ans avec mon amoureuse d’aujourd’hui sur des ressentis que je n’avais plus envie de cacher, un malaise lancinant dans ma relation à mon corps et mon apparence, autant que dans la manière dont les gens percevaient mon identité de genre à l’opposé de la perception que j’ai de moi même. Ces échanges m’ont libérée d’un poids énorme et donné le courage d’avancer à la découverte de moi et d’une apparence dans laquelle je me reconnaitrais mieux.

La seconde informée fut une copine genevoise à qui j’imposai ma première tentative de vie au féminin pendant une petite semaine de vacances devancée  d’une petite épilation du visage à la cire histoire d’être plus à l’aise… ça permit quelques discussions timides sur mes sentiments transidentitaires, cette sensation d’être une fille dans un corps qui se développait pour le moins étrangement. Je ne savais pas vraiment à cette époque jusqu’où m’emmenait ce chemin, et je n’avais donc pas su exprimer avec clarté la revendication d’être considérée au féminin, d’autant que mon apparence n’était pas encore vraiment convaincante à mes yeux (et malheureusement aux yeux de beaucoup !).

Un couple d’amis suivit, à qui je confiai mes ressentis et leur prise en compte pour une évolution qui ressemblait déjà à un début de transition : après quelques épilations à la cire, mon visage fut débroussaillé avec plus d’efficacité par la douce chaleur du laser, mes oreilles percées depuis peu accueillaient parfois des boucles d’oreilles discrètement « féminines », et mes cheveux poussaient, poussaient, poussaient…

J’ai commencé il y a un peu plus d’un an à faire face à des remarques sur mon apparence, à être de plus en plus souvent vue comme une femme par des enfants à mon travail, par des postiers, des commerçants, des anonymes… mais la plupart de mes proches restaient très discrets sur la question, et sauf deux collègues intriguées et intrépides, personne n’a osé me poser de question directe du genre : « mais dis-nous, tu ne serais pas en train de devenir une fille, par hasard ? »

J’essayais tant bien que mal à l’époque de faire illusion comme garçon malgré une apparence de plus en plus clairement féminine (androgyne ?) et personne ne s’en est mêlé… Puis j’ai quitté mon travail et déménagé pour Paris, adoptant au passage une allure sans ambigüité sauf avec mes amis et connaissances. C’est alors devenu un drôle de manège où je me débrouillais pour enfiler un pantalon et reprendre un « déguisement » peu convaincant de garçon à chaque fois que je les croisais, mais progressivement je me suis laissée aller avec certainEs d’entre eux, en vacances à l’étranger d’abord, puis à Paris, timidement d’abord, joyeusement par la suite. Bizarrement comme ces changements furent somme toute assez progressifs, personne n’a jugé utile (ou pas osé ?) de me questionner sur cette apparence si peu masculine, au point que j’ai commencé à travailler sous une identité féminine, et vivre avec presque tout le monde dans cette apparence de genre, mais toujours sans donner d’explications ou de consignes sur la manière de me considérer, et sans qu’on ne me harcèle de questions indiscrètes.

Mais je dois dire qu’après plusieurs mois de cette schizophrénie subie, je commençais à ressentir un sérieux besoin de mettre les choses au clair, pour ne plus avoir à camoufler maladroitement un aspect non négligeable de ma personne, et organiser soigneusement ma vie pour éviter toute rencontre imprévue dans le mauvais « costume de genre ». Même si Paris est grand et les rencontres avec des têtes connues plus hasardeuses que dans une petite ville de 16000 habitants, ça commençait à peser exagérément sur mon moral et mon humeur, d’autant plus qu’après trois mois d’hormones mon corps commençait à changer visiblement, les traits du visage, subtilement mais surement, et surtout les seins, encore très modestes, mais déjà difficiles à cacher sans artifices compliqués.

2 – Deuxième étape : l’acceptation de mon genre féminin par mon ex-compagne (que d’angoisses pas vraiment justifiées !)

« Merci pour le courage de me dire tout ça »

Une des premières étapes franchie dansma sortie du placard, dépassant ainsi une vieille peur bien ancrée, fut d’écrire une « petite » lettre évoquant mes ressentis et ma vie au féminin à mon ex. Au moment de notre séparation il y a deux ans et des poussières, et sans que ce soit explicite à l’époque j’avais un grand besoin d’enfin assumer qui je suis, mais une très grande peur de l’avouer, pensant que je serai moquée et incomprise (ce qui ne semblait pas complètement faux à l’époque après quelques essais timides d’expression de ma féminité) et qu’il me faudrait me libérer de cette relation pour m’épanouir. Mais il y avait bien un épuisement général de notre relation amoureuse, lié ou pas à ce refoulement de genre, qui justifiait aussi notre séparation.

Sa réponse prit d’abord la forme d’un petit mail très court me remerciant pour ma lettre et « le courage de [lui] dire tout ça »… rien de bien terrifiant en somme ! Je me suis alors sentie libérée d’un poids considérable, non seulement par la possibilité ouverte de renouer une relation amicale plus sereine et sincère, mais aussi dans l’encouragement évident porté par cette réponse compréhensive : j’allais enfin oser revoir certaines personnes en contact à l’époque avec notre couple et que j’évitais un petit peu depuis quelques mois pour ne pas avoir à expliquer ma « transition », même s’ils avaient plus ou moins vu évoluer mon apparence. La lettre annoncée dans son mail, très émouvante pour moi, ne fit que confirmer qu’elle avait bien tout compris, sans que nous ayons d’ailleurs eu besoin de prononcer le mot « trans », me laissant ainsi un peu plus reconnue telle que je suis, et un peu plus libre d’avancer… Nous nous sommes finalement vues dans un café après ce petit échange de lettres. On s’était revues de temps en temps ces deux dernières années, mais mon allure était plus timidement androgyne que clairement féminine, donc c’était vraiment la première fois qu’elle me voyait telle que je suis aujourd’hui, sans masque. Elle a particulièrement bien réagi, c’était assez troublant pour moi tellement j’avais peur de sa réaction ! Elle ne s’attendait pas du tout à une telle révélation de ma part, mais en même temps elle n’était pas vraiment surprise, difficile à expliquer… Disons qu’elle m’a confortée dans le ressenti durement conquis d’une certaine continuité et cohérence dans ma vie malgré une apparence longtemps masculine, et aujourd’hui enfin féminine.

3 – Troisième étape : information individuelles à quelques amis proches

Tout ça m’a permis d’informer dans la foulée quelques amiEs que je n’avais pas vus depuis longtemps ou en tout cas pas clairement au féminin. J’ai reçu en réponse beaucoup de compréhension et de respect, pas vraiment de surprise de ce côté non plus… Les premiers furent la copine genevoise de mes débuts, et un ami proche de ma copine avec qui nous avions eu l’occasion d’échanger un peu aussi, et qui me connaissait déjà dans une allure complètement féminine non cachée.

La réponse de ce dernier fut simple et efficace (après un premier mail non reçu qui a donné lieu à un amusant quiproquo…) :

“Oui je l’ai.
Je lis tout ça attentivement.
Je t’appelle R*** alors ?
C’est joli
🙂
Bisou”

Et la copine m’a répondu de son côté :

« Je lis tard ton message, qui me touche et je lirai, à tête reposée, les liens que tu partages avec moi. Je te remercie de ta confidence et de ta confiance. *** est une amie chère et tu es devenuE, par association affective, quelqu’un qui appartient désormais à ma constellation. Je souhaite donc que tu t’épanouisses, pas à pas, dans ta reconquête. Je souhaite aussi que vous trouviez, toutEs deux, un équilibre et conserviez cette complicité et cette tendresse qui semblent vous unir.
Nous nous verrons demain et je me réjouis déjà de vous retrouver, *** & toi.
Je t’embrasse »

ils répondaient à mon message tout simple :

« coucou *** !
Tu as assisté depuis presque deux ans à la révélation hésitante et parfois maladroite de mon identité de genre (un peu) décalée et de mon évolution vers de plus en plus de féminité assumée. Merci au passage pour ta compréhension et ta bienveillance, et pour le très gentil petit mot écrit hier à *** et qu’elle m’a fait lire.
Pour t’en dire un peu plus sur moi, même si tu en sais déjà beaucoup je crois, je t’invite à lire deux petits articles que j’ai publiés tout récemment.
Bonne lecture, et n’hésite surtout pas à me poser des questions si ça te démange (et tu me pardonneras j’espère si parfois j’ai du mal à répondre…)
bises »

à un autre ami proche, pas vu depuis un petit moment, mais qui avait déjà fait des allusions (gentilles) à mon apparence de plus en plus féminine au début de mes épilations laser, j’ai fait la surprise de le retrouver « au naturel » dans un bistrot, pour lui expliquer où j’en étais… Je lui ai ensuite écrit un tout petit mot pour qu’il ait ma nouvelle adresse mail :

ça m’a fait très plaisir de te retrouver hier soi J’espère que tu t’habitueras vite à me voir au féminin, ça doit être un peu bizarre pour toi, mais pas trop j’espère… N’hésite pas à m’appeler pour une sortie, boire un verre, manger quelque part, faire un tour dans Paris, un petit ciné ou un concert ! Ce serait bien de se voir un peu plus souvent qu’une fois par an… […]

à très bientôt !!!

Voilà sa réponse :

Coucou R***,
je te confirme la bonne réception de ton adresse mail, […]
Je suis également bien content de t’avoir revue et « découverte » en même temps… je tiens à te remercier de la confiance que tu m’as accordé hier soir, ça me touche.
Je ne te cache pas que ça me trouble un peu, mais je suis rassuré de retrouver en toi la personne que j’ai toujours apprécié au fond, qu’elle soit *** ou désormais Coline. En tout cas je suis bien ravi de te savoir en accord avec toi-même, que tu puisses enfin te réaliser.
Il va me falloir un peu de temps je pense pour que mon cerveau fasse le changement (il lui faudrait une sorte de reformatage)… j’espère juste que tu ne te formaliseras pas trop si je me trompe. […]

une autre amie m’a fait parvenir ce mail. On y retrouve une inquiétude souvent exprimée sur ma relation avec mon amoureuse, et sa place dans tout ça…

Chère R***,
Et bien à vrai dire tout ça n’est qu’à moitié une surprise car la dernière fois que nous nous sommes vu, je t’avais déjà trouvé fort feminine.
C’est une bonne nouvelle de savoir que tu te sens mieux ainsi. Mais du coup qu’en est il avec *** ?
De notre coté on est pas très sociables ces temps ci car la réalisation de notre film nous absorbe entièrement. En tout cas, tu peux être sûre de nous voir réapparaitre un de ces jours et ça pourrait être l’occasion de porter un toast à ta nouvelle enveloppe charnelle. Peut être un week end de ce printemps…
En attendant de célébrer tout ça je te bise.
Au plaisir.
PS : Et s’il te prend de vouloir venir te mettre au vert, saches que tu es toujours la bienvenue.

 

Ils avaient auparavant reçu ce message de ma part (extrait) :

Donc la nouvelle, c’est moi ! En fait, contrairement aux apparences passées, je suis une fille, mais c’est devenu un peu plus visible aujourd’hui je pense… j’imagine que vous vous étiez déjà plus ou moins aperçus de mes petits changements d’apparence cet été ? […] Bref, tout ça pour dire que j’ai décidé – enfin – de ne plus cacher ce que je ressentais depuis longtemps sans trop savoir quoi en faire. Je me sens aujourd’hui mieux que jamais, heureuse et apaisée, et je me demande pourquoi j’ai eu si peur de moi jusqu’à aujourd’hui.

Voilà je n’ai pas trop envie d’en raconter plus, on en reparlera à l’occasion si vous voulez, je voulais juste que vous sachiez que je m’appelle désormais Coline (ça doit être un peu étrange à lire mais enfin c’est comme ça…) et que vous ne sautiez pas au plafond si vous me croisez dans une apparence ouvertement féminine. »

Tout ça ne change bien sur rien au fait que je vous apprécie beaucoup tous les deux et que je serai toujours ravie de partager de bons moments avec vous. Quoique déclinée plus ouvertement au féminin, je reste bien la même personne que vous connaissez !!! Enfin j’espère…

4 – « Glen or Glenda » ? Parfois, l’incompréhension… (mais ça passe vite)

Il y a aussi une copine un peu moins proche que je n’ai informée que récemment. C’est drôle parce qu’elle me connaît déjà dans une apparence clairement féminine depuis quelques mois, mais je ne lui avais jamais expliqué ce que je vivais et jamais demandé de me parler au féminin auparavant. Et du coup le fait que je lui dise « je suis une fille, je vis comme ça, je travaille comme ça », l’a troublée d’une manière un peu absurde : elle se demandait ce qui allait changer, si j’allais me « travestir » et porter désormais des pulls angora roses à la manière d’Ed Wood… comme si mon apparence féminine actuelle ne suffisait pas, comme s’il fallait que j’enfile un improbable déguisement pour bien marquer le changement. Alors que le fait que les serveurs nous appelaient systématiquement « mesdemoiselles les dernières fois qu’on s’est vues ne la faisait pas réagir ! Bizarre réaction qui m’a d’abord un peu chagrinée, mais je lui ai bien expliqué ce que je ressentais, que je me sentais juste comme elle, ni plus ni moins, et je crois qu’elle a fini par comprendre un peu mieux… C’est fou les préjugés idiots qu’on se trimballe, mais je ne lui en veux pas tellement parce que je sais que moi aussi j’ai mis longtemps à comprendre que j’avais le droit d’être juste « au féminin » comme n’importe quelle autre (mais à ma manière !), et pas condamnée à rester « un homme qui imiterait maladroitement ce qu’il imagine être une femme ». Elle a cependant vite compris sa petite erreur d’appréciation, et la pauvre était toute gênée à notre rencontre suivante…

Finalement ce qui est drôle, c’est que certaines personnes me connaissaient déjà depuis quelque temps dans une expression de genre féminine clairement affichée, mais sans revendication exprimée par moi de changement de prénom et de passage au féminin. Du coup j’ai l’impression qu’ils ont plus de mal à comprendre pourquoi tout à coup ça devrait être différent, puisqu’il n’y a aucun changement soudainement visible qui le justifierait… Alors que d’autres qui ne m’ont pas vraiment vue évoluer si nettement ces deux dernières années semblent paradoxalement plus à l’aise avec tout ça !

Une autre copine à Berlin, pas vue depuis des lustres, m’a envoyé un gentil petit mot suite à mon message :

ben putain ça fait trop plaisir de te lire depuis le temps!!!!
je suis ravie pour toi, c’est peut être pas le bon mot car j’imagine que tu as du traverser un sacré chemin, sans doute bien douloureux,
tu peux être fière de toi, et je te souhaite plein de bonnes choses pour ce nouveau départ!
merci beaucoup pour ton mail, j’espère qu’on aura bientôt l’occasion de se voir, ici ou ailleurs…
de notre côté ça se passe plutôt bien, […]
ce serait bien mieux de parler de tout ça autour d’une grosse bière!
je t’embrasse »

et enfin un autre ami installé depuis peu près de la ville que je viens de quitter… Je note qu’il est quasiment le seul je crois, parmi les personnes informées, à avoir utilisé le terme de « changement de sexe », mais je crois que c’est juste une maladresse par méconnaissance d’un vocabulaire adapté… Et son message reste très gentil et respectueux aussi !

« Hello R*** !
Merci de ces nouvelles, qui m’ont bien sûr beaucoup ému. Pardonne moi si des erreur d’accord au féminin subsistent dans ces phrases, après tout il est difficile pour le cerveau de restructurer rapidement un concept aussi fondamental que l’identité sexuelle d’un semblable. Je ferai de mon
mieux, promis 🙂
On lit dans ta lettre une grande sincérité avant tout, et je te remercie de ça. Bien sûr, je t’accepte toujours, comme tu désires être; et si ton changement de sexe est une étape vers une plus grande authenticité envers les autres, et bienveillance envers toi-même, tu n’en es qu’encore plus la bienvenue.
Ce qui peut nous éloigner est une différence dans les valeurs, pas dans le chemin.
Sans doute que je serais confus la prochaine fois que nous nous verrons, à baragouiner et à rougir ; je serais juste embarrassé, en grand timide, par une situation peu familière, et des difficultés culturelles à m’ajuster à la nouveauté (ça s’appelle être petit-bourgeois, en fait). Enfin on verra bien.
J’ai aussi bien noté ton changement d’adresse mail. Ce qui est intéressant, c’est que ton mail va m’inciter à t’appeler, à un prochain passage à Paris. […]
Passe le bonjour à ***. […] Dis lui qu’Ariane et moi l’embrassons et espérons qu’elle va bien (*** t’embrasse aussi).
J’espère qu’on pourra parler un jour de ce que tu vis, si tu le souhaites, à cœur ouvert, sans fard, autour d’une bière. Je m’en réjouirais, en tout cas 🙂
Porte-toi bien R***,
Avec des bises »

Et pour finir un petit mot d’une copine québécoise qui remporte la palme dans la catégorie « simple et efficace »…

« Coucou!
Je trouve que c’est un très joli nom, R***!
Oui, j’espère que nous nous verrons cet été, ça me ferait vraiment plaisir ! J’espère que la vie parisienne est bonne pour toi et aussi pour ***
À bientôt j’espère !
xx »

queeriser sexe et genre sans queeriser les trans !

une nouvelle variation semi-obsessionnelle, comme une suite possible à God save the queers ? ou à l’article tout récent de Célia sur l’apotemnophilie et le profond mystère de la TransChose…

qu’ils aillent se faire queer un œuf, et la poule avec… (Existrans, paris, oct 2010)

Dans mes échanges déconstructifs avec un certain monde politicotrans aussi dénormé que borné, je me suis demandé une fois de plus pourquoi modifier son corps – ses caractères sexuels secondaires, primaires et plus si affinités – deviendrait, selon une certaine (il)logique n’évitant pas une naïve confusion sexe/genre, l’équivalent de « modifier l’expression de son identité de genre« …

Dans ce parcours aujourd’hui tartiné d’œstrogènes, j’admets volontiers me conformer à mon ressenti plutôt binaire de mon « identité sexuée », tout en ayant conscience de la multitude de nuances biologiques entre ce qu’on appelle communément « mâle » ou « femelle ».

Mais plutôt que de me fatiguer à écrire un long texte déjà écrit par d’autres avant moi, je me contenterai de dire que je suis en accord total avec ce principe défendu par l’organisation internationale des intersexuéEs, qu’on pourrait à mon sens très bien reprendre à notre compte (en tant que trans et/ou féministes) :

Nos sociétés ont accepté une construction binaire entre le sexe masculin et le sexe féminin qui ne reflète pas la réalité naturelle et la grande variété de sexes possibles qui s’échelonnent sur un spectre de façon graduelle où l’un chevauche imperceptiblement l’autre. Cette notion arbitraire de la binarité du sexe rend toute détermination précise du sexe d’un individu impossible et problématique. Ni les organes génitaux, ni les chromosomes ne nous aident à déterminer le « vrai » sexe d’un enfant.  Les gonades, les hormones et l’appareil reproducteur interne de l’enfant ne sont pas fiables non plus comme indicateurs concluants du sexe de l’individu.  Chaque enfant est né avec une combinaison unique de tous ces facteurs et les différentes combinaisons possibles sont très nombreuses, ce qui rend toute assignation de sexe d’un enfant une simple conjecture.
Nous militons contre tous les traitements de normalisation sans le consentement éclairé des enfants intersexués qui ne soient pas nécessaires et nous militons pour le droit de chaque enfant de déterminer sa propre identité sexuée une fois que l’enfant peut nous la communiquer et nous conseillons aux parents de respecter l’identité de leur enfant et de faire tout ce qui est nécessaire pour que l’enfant puisse vivre selon son choix.
Une fois que l’enfant nous a communiqué clairement son identité sexuée, il est essentiel que son identité soit respectée et par les parents et par tous les médecins et thérapeutes qui soignent l’enfant.  On devrait  l’aider en lui donnant accès aux hormones à la puberté et aux autres soins médicaux nécessaires pour faciliter le choix d’identité sexuée qui lui semble la plus appropriée à l’enfant.
Par conséquent, nous militons en faveur d’un changement du protocole médical en ce qui concerne les traitements de normalisation sans le consentement éclairé des personnes concernées et contre le diagnostic de dysphorie de genre souvent nécessaire si une personne intersexuée n’est pas en accord avec le sexe qu’on lui a attribué.  L’Organisation Internationale des Intersexué-e-s postule que le vrai sexe de l’enfant est déterminé par son propre vécu psychologique et d’autres facteurs importants.  Pour l’OII, toute imposition d’identité sexuée sans le consentement de la personne intersexuée est une violation fondamentale des droits humains. 
et encore avec celui-ci :
La création d’une nouvelle catégorie qu’on désigne comme intersexuée pose plusieurs problèmes. D’abord, comment définir l’intersexualité? OII croit qu’il n’y aura jamais une définition claire et en même temps que ce n’est pas nécessaire d’avoir une définition juridique pour l’intersexualité. Nous n’avons pas de définitions claires pour ce qu’est une femme ou un homme. Nous supposons seulement que c’est le cas.
Le but de l’OII est de travailler en faveur des droits humains pour les intersexué-e-s en aidant les gens à comprendre qu’il n’y a pas seulement deux sexes préexistants. Il y a une combinaison infinie de possibilités sur le spectre du sexe et du genre.
La création d’une catégorie spécifique pour les intersexué-e-s risque de marginaliser encore plus une catégorie déjà mal comprise. Nous fondons nos arguments juridiques sur le droit de chaque personne de déterminer sa propre identité dans le système binaire actuel dans l’espoir de pouvoir éventuellement mettre fin au fait d’imposer un sexe juridique aux individus.
Autrement dit, la volonté personnelle de « normalisation » choisie, en fonction de notre ressenti et pour atteindre un certain apaisement, n’exclut pas l’intérêt politique de « queeriser » sexe et genre pour construire dès à présent un imaginaire collectif débinarisé en terme d’identité de genre et d’identité sexuée, et libérer le ressenti et la conscience de nos corps du piège essentialiste. Le bénéfice de cette débinarisation est ici et maintenant, et demain plus encore, pour nous éviter une spirale infernale médicalement assistée qui ne nous permet pas forcément de trouver un apaisement toujours repoussé à l’opération suivante. Mais cela n’implique pas nécessairement que cet apaisement recherché par les hormones et/ou la chirurgie disparaissent complètement, puisque notre corps nous appartient et que nous sommes les mieux à même de déterminer ce que nous ressentons comme un « problème » à résoudre ou pas.
Donc, nous n’avons pas à devenir « par essence » ou « par culture » des agents subversifs destinés à débinariser le genre, tout en étant les bénéficiaires innocentes (ou pas) de cette subversion, à condition peut-être que la subversion du sexe et du genre par multiplication/éradication ne devienne pas une nouvelle norme théorique pénible et oppressive !!!

Moi, ma vie, mon sexe, mon genre, …

Alors voilà, si vous permettez, je souhaitais aujourd’hui vous parler de mes fesses, du moins de mon nombril, ou plus précisément de ce qui se passe entre les deux, en passant par le bas ou par le haut… Je vais essayer de montrer comment, dans mon parcours personnel, la conscience du « sexe » à précédé l’expérience du « genre » qui n’a elle même fait qu’amplifier cette conscience du « sexe » et confirmé ma décision de démarrer un traitement hormonal. (vous suivez toujours ?) Comment pour moi – comme pour beaucoup d’ailleurs – la transition « médicale » n’est venue qu’après l’acceptation et l’expérimentation de mon genre – que j’espérais pouvoir être un aboutissement – pour m’aider à un moment où je ne pouvais plus avancer seule face à des caractères sexuels primaires, secondaires et plus si affinités me laissant perplexe.

Au commencement, il y avait donc un enfant, que tout laissait supposer mâle, et qu’on éleva consciencieusement comme un petit garçon, de moins en moins petit à vrai dire, mais ce n’est pas le plus important dans l’histoire, ne nous égarons pas.

Intersexuée ? Dégenrée ?

Comme je l’ai déjà écrit ici j’ai depuis toujours eu le sentiment confus d’être « intersexuée » malheureusement sans que personne ne semble se douter de ce malaise coupable que je ressentais. Ce sentiment étrange ne m’a jamais quittée, mais j’ai paradoxalement tout fait pour l’étouffer, le renier, l’enfouir au plus profond de moi, et n’en laisser rien paraître. [Note de 2017 : bien que je ne sois pas très à l’aise pour me définir comme « intersexuée » aujourd’hui, j’ai subi quand j’avais dix ans des injections de gonadoptropes puis une opération visant à faire descendre dans les bourses mes gonades restées au chaud dans l’abdomen, au niveau où on trouve habituellement les ovaires], J’ai ainsi pendant longtemps pris garde de ne pas arborer de signes d’une féminité qui aurait pu trahir la « vérité », laisser penser que j’étais « une fille ». Je crois, mais il faudrait demander à mon entourage, avoir été un « garçon » plutôt réservé et calme, solitaire et vaguement efféminé. J’ai passé un temps fou dans la cour de récréation – quand je ne lisais pas – à jouer à la marelle, à la corde à sauter et à l’élastique (pendant que ma petite sœur s’épuisait volontiers à jouer au foot avec ses copains…), et à farfouiller dans les armoires à vêtements de ma mère et dans ses réserves de maquillage, sans que personne ne m’embête avec ça et sans que je ressente une gêne particulière.

En grandissant [un peu après les traitements et l’opération évoqués plus haut] il m’est arrivé – inévitablement – ce qu’on appelle communément puberté. Mais bizarrement au lieu de mes seins, ce sont mes poils qui se sont mis à pousser un peu partout, bientôt même sur le visage… C’est à cette époque je crois que j’ai piqué pour la première fois le rasoir de mon père, et tenté en toute logique de me raser les jambes. Je ne me souviens pas exactement de la raison de ce geste – probablement par mimétisme, inspirée par les jambes épilées de ma mère ou des autres femmes croisées ici ou là. Ce dont je me souviens en revanche, c’est que je me suis assez vite coupée, ce qui m’a mise dans tous mes états et stoppée net dans mon entreprise au milieu de la première cheville. J’ai eu si honte de cet épisode anodin que je ne me suis plus jamais rasée ou épilé les jambes pendant près de 20 ans, malgré mon complexe de femme poilue qui n’a même pas le droit d’être complexée parce que personne ne sait qu’elle est une femme. Bref… C’était vraiment n’importe quoi. Je pateaugeais lamentablement en pleine binarité déréglée.

Je vous passe les détails de l’éveil de ma sexualité, mélange de malaise profond et de besoin irrépressible d’assouvir des pulsions sous fortes influences hormonales. Je dois juste préciser que la manière de me masturber que j’ai développée à l’époque « instinctivement » et qui ne m’a plus quittée ne semble correspondre à aucune technique masculine conventionnée, d’après les multiples témoignages de mâles interrogés – ou pas – au fil des ans.

Homo, ça coince ?

sexe, genre, sexualité… comment s’y retrouver ? (on ne voit plus bien le minou, mais vous avez compris ?)

A cette époque, j’éprouvais un dégout grandissant devant mon corps qui se masculinisait à vue d’œil, doublé d’un complexe paradoxal face à mon allure fine et mes attitudes maniérées régulièrement raillées par les plus bêtes des petits mâles me servant de camarades de classe. Evidemment, et ça ne s’est atténué qu’avec mon passage à une féminité complètement assumée, on m’a souvent pensée « homosexuel » – y compris du côté d’au moins deux de mes petites amies, un comble -, ce que j’ai transformé assez rapidement en une espèce de posture ironiquement provocante, prenant un malin plaisir à essayer d’entretenir le doute chez les gens – y compris mes parents – sans que jamais se concrétise un flirt avec un garçon, malgré les quelques occasions qui ne manquèrent pas de se présenter. En réalité, je crois que secrètement, j’aurais bien voulu être un garçon homo, mais ça ne venait vraiment pas ! Dommage, car ça m’aurait peut-être permis de vivre plus librement mon genre en le camouflant astucieusement derrière une orientation sexuelle, mais heureusement aussi parce que je m’y serais peut-être perdue comme tant d’autre à compenser ma frustration de n’être pas celle que je ressentais dans une sexualité folle furieuse, à tord et à travers… Enfin ça ne s’est pas produit !

A la fin de l’adolescence et un peu après, j’ai eu quelques années où j’ai continué de fouiller dans les merveilleuses armoires maternelles, avec de plus en plus de honte je dois dire, mais sans pouvoir maîtriser ce besoin de me reconnaître comme une fille en camouflant mon physique grotesque derrière robes, jupes et maquillage. J’ai vaguement tenté de poursuivre l’expérience avec la complicité de ma première petite amie, qui s’est empressée d’en faire part à mes quelques amiEs de l’époque, ce qui a motivé quelques moqueries sans grande conviction mais que tout le monde a bien vite oublié, sauf moi !

Le Ouèbe : des mots sur mes ressentis…

C’est à cette même période, un peu après la fin du lycée, que remontent mes premiers souvenirs de pérégrinations webesques à la recherche de témoignages et d’information avec des mots clefs probablement du genre : « changer de sexe », « je me sens femme », « je me travestis » ou encore « je suis intersexuée » (je me souviens entre autres du site d’Ester à l’époque « simple » travestie, à mon avis un peu dépassé mais source de mille infos utiles en faisant le tri, ou encore quelques années plus tard du forum trans in the city, disparu aujourd’hui, et de Doctissimo aussi où j’ai lu pas mal d’âneries…) Je faisais ainsi la connaissance d’un monde étrange et méconnu, des témoignages divers et variés un peu inquiétants, soit parce que l’évocation des transformations hormonales ou chirurgicales me semblaient « monstrueuses » et « contre nature » (décidément !) et bien imparfaites (récits terrifiants d’opérations ratées, photos de micro-seins après plusieurs années d’hormones, …), soit parce que je tombais sur de pathétiques travestis fétichistes du string en dentelle et du bas de soie qui se montraient vulgairement dans leur salon affublés d’affreux portes jarretelles et qui me semblaient à dix mille lieues de ce que je vivais. Face à ces témoignages, au lieu de me dire que j’étais évidemment « trans » et que j’avais juste la trouille de cette réalité, j’ai préféré retenir l’idée que je n’avais décidément rien à voir avec ces pervers dégoutants (pardon pour les clichés réducteurs, mais c’est vraiment l’effet que ça m’a fait à l’époque) et qu’il fallait vraiment que je me débarrasse de ces « fantasmes » stupides : je n’étais pas une femme, et je n’en serais jamais une…

J’ai connu plus tard une autre fille dont je suis tombée amoureuse (si on peut dire) et avec qui j’ai passé quelques années. Ces années furent très belles, et en même temps un enfer progressif, parce que mes moindres tentatives de faire exister ma féminité étaient systématiquement raillées et découragées (en tout cas c’était mon impression). Loin de m’enlever ces idées de l’esprit, ça ne faisait que renforcer l’impression désagréable que j’allais vieillir comme ça, malheureuse et incomprise, avec des traits de moins en moins fins, des cheveux qui se faisaient la malle, et c’est devenu impossible à supporter seule.

quand le genre se libère : cheveux longs et oreilles percées !

Quand nous nous sommes quittées, je me suis sentie libérée d’un poids énorme et prête à vivre ma vie sans mentir, enfin. J’ai rencontré quelqu’un, qui n’a pas vu d’un mauvais œil mes cheveux pousser, mes oreilles bientôt percées, et nous avons discuté assez rapidement de tout ça. De mon ressenti, de mes interrogations sur l’avenir, sur mon besoin d’exprimer mon genre, mais aussi d’un malaise avec mon corps qui ne faiblissait pas, et au contraire même grandissait… Je déballais tout, pour la première fois, à une personne qui m’aimait et me respectait – ce qui n’empêchait pas sa légitime inquiétude sur notre avenir amoureuxx – et ça m’a définitivement convaincue de cesser tout compromis frileux et fuyant pour me fier enfin à mon instinct, et voir où ça me porte !

A propos des oreilles percée, ça a été pour moi comme un mur qui tombait. J’en avais rêvé tellement longtemps, sans jamais oser, alors que j’avais quand même autour de moi quelques hommes aux oreilles percées, mais rien n’y faisait, je restais bloquée. Après cette première  – et partagée – acceptation, tout est devenu plus simple, faute d’être plus limpide. Et j’ai commencé à affirmer et assumer de plus en plus ma féminité, dans ma petite ville de province et avec un boulot m’exposant quotidiennement à un public large et varié.

hirsutisme…

Après des années de recherches timides sur les avantages et risques de l’épilation laser et ses alternatives, j’ai fini par me décider sur une première tentative d’arrachage de barbe à la cire. Pas exactement une partie de plaisir, mais la possibilité de passer une petite semaine imberbe chez une copine compréhensive quoique intriguée, et qui m’a d’ailleurs gentiment prêté une jolie petite robe pour l’occasion !

J’avais besoin de me rassurer sur mon apparence, ma capacité à assumer le regard des gens sur moi, sans avoir trop l’air d’un « homme déguisé » tartiné de fonds de teint… et puis je n’osais pas me lancer dans l’épilation laser, j’avais besoin de vérifier avant si c’était bien ce que je voulais. J’étais encore à ce moment là en questionnement sur mon identité, même si pour moi c’était vraiment une étape importante dans ma « transition », et que la nécessité de faire ce chemin devenait de plus en plus évidente pour moi ! Je crois que j’avais peur une fois cette étape franchie, de mettre les pieds dans un engrenage impossible à arrêter… Mais inutile de dire qu’une fois que j’ai su le plaisir d’être débarrassée de ma pilosité sur le visage, l’envie de la supprimer définitivement n’a fait que grandir ! J’ai encore fait quelques épilations à la cire, mais c’était une période assez douloureuse parce que ça demandait de laisser pousser la barbe assez longtemps pour pouvoir épiler… (même si ça m’a permis de passer de nouveau quelques jours par ci par là « au féminin ») Donc j’ai fini par me rendre dans un cabinet médical d’épilation laser, fin 2010, et commencé les épilations en janvier 2011, après un petit test sur quelques poils.

En même temps que le visage, j’ai demandé l’épilation de la poitrine et de l’abdomen, même si je n’étais pas très poilue, ça demandait quand même des épilations à la cire régulières et pénibles, d’autant que j’ai une peau assez sensible et sujette aux poils incarnés après épilation malgré les gommages et autres soins préventifs… ça m’a permis rapidement de n’avoir quasiment plus aucune pilosité visible, en permanence, sauf juste après les premières séances d’épilation où les poils brûlés mettent quelques jours à sortir et sont assez difficiles à cacher.

Féminité, quand tu nous tiens…

A partir de cette époque, on a commencé à régulièrement m’appeler madame quand mon habillement était suffisamment neutre, au travail, au marché, … J’ai commencé à me sentir plus à l’aise pour m’habiller de manière plus androgyne au quotidien, et de temps en temps ouvertement féminine, plus à l’aise aussi pour entrer dans les magasins, essayer et acheter des vêtements féminins, et de moins en moins à l’aise pour jouer « l’homme ». Globalement c’est devenu de plus en plus compliqué pour moi de jongler entre une prise de conscience de plus en plus limpide et assumée de ma transidentité, et une vie sociale au masculin l’air de rien, au travail, avec mes proches et amis, … Après une cinquième séance de torture laser (mais non ce n’est pas si terrible !) en juin, j’ai quitté mon travail pour venir habiter à Paris et rejoindre mon amoureuse. Et je suis partie presque aussitôt pour de longues vacances avec une valise soigneusement débarrassée de tout résidu de mon ancienne garde robe masculine (garde pantalon donc). Ces quelques semaines, malgré d’inévitables petits moments de stress, ont été tellement agréables pour moi ! Je ne me sentais pas comme un an auparavant dévisagée en permanence par des suspicieux, mon visage parfaitement imberbe et l’assurance que j’avais prise en un an me permettait enfin de passer à peu près inaperçue…

J’ai commencé à ce moment là à vivre publiquement au féminin ma vie de tous les jours, avec de rares exceptions (quelques anciennes connaissances que je n’étais pas prête à informer, des démarches administratives, des anciens collègues, …). En même temps, malgré mes efforts dans certaines circonstances pour garder une apparence neutre et passer pour « un homme », c’est devenu vraiment difficile, et il arrivait régulièrement que les personnes que je ne connaissais pas me considèrent comme une femme devant des personnes que je connaissais et ne voulais pas informer. Mais je n’ai jamais eu aucun commentaire méchant à ce sujet, à peine quelques très rares questions un peu intimes mais mais j’ai préféré, prudemment, botter en touche ! Il faut dire que même « neutre », je gardais des tenues le plus androgynes possibles, d’abord parce que je n’avais pas gardé grand chose de mes vêtements trop masculins, ensuite parce que je ne supportais plus de me « déguiser » en homme, je n’avais pas vraiment envie qu’on me prenne pour un homme, donc je faisais en sorte que le doute soit toujours possible, par exemple avec des effets de flou au niveau de la poitrine qui ne laissent pas deviner son absence…

J’avais ainsi réussi, en une petite année, à assumer au mieux ma « féminité » (j’ai bien dit « ma » je n’ai pas de grandes théories sur « la » vraie féminité) dans ma vie de tous les jours, à vivre mon genre en toute liberté. Et j’ai tenté quelque temps de continuer comme ça, l’air de rien, sous le regard plus ou moins compréhensif mais toujours respectueux de mes proches (sauf peut-être ma mère, complètement perplexe, mais je garde ça pour une prochaine chronique). Donc grosso modo, tous les inconnus m’appelaient « madame », et toutes les personnes qui me connaissaient me considéraient au masculin malgré les apparences, et tout allait presque bien dans le presque meilleur des mondes…

« Enfin voilà, je me sens très bien en assumant de plus en plus publiquement mon ressenti intérieur et en donnant de moi cette image qui me correspond mieux. Mais paradoxalement mieux je me sens, plus mon corps trop masculin me semble incongru et déplacé, et plus je ressens le besoin de corriger les choses. » sur un forum, juin 2011

Quand le sexe se libère : place aux hormones !

En réalité, une fois cette étape franchie, et même si je restais hésitante, il m’a semblé de plus en plus inévitable de passer au traitement hormonal si je voulais me sentir mieux avec mon corps, mieux peut-être aussi dans ma légitimité féminine (c’est binaire ? mais c’est comme ça !), et plus à l’aise face aux regards des autres (même si j’avais apparemment des traits suffisamment fins pour être à peu près crédible en fille avant les hormones). J’en avais peur, peur de la métamorphose, peur de perdre le fil de ma vie, qu’on ne me reconnaisse plus, mais je crois finalement que j’avais déjà bien plus changé d’un point de vue extérieur avant ce traitement hormonal que je n’allais changer après. Surtout, personne n’attendait de moi que je prouve quoi que ce soit sur mon sexe pour justifier mon genre. Je crois bien qu’ils se disaient pour la plupart « tiens, il a changé, il est plus épanoui, il se permet des fantaisies vestimentaires, c’est sympa… ». Je me retrouvais ainsi de nouveau face à moi même et à mes ressentis, si inexplicables pour quelqu’un qui ne les vit pas, et face à une décision que moi seule devait prendre.

Depuis des mois, des années, j’avais lu beaucoup de témoignages sur les forums et les sites d’information, donc je savais plus ou moins comment ça se passait, même si ça m’inquiétait encore un peu. J’ai donc appelé une endocrinologue réputée au courant de nos traitements spécifiques et respectueuses de ses patient(e)s trans, et pris rendez-vous. Et très vite, j’en suis venue à m’étaler quotidiennement ma petite dose de gel d’œstrogènes pour entamer – enfin – une seconde puberté tant attendue : hallelujah !

questions de vocabulaire…(où l’on reparle de binarité !)

« Brouiller les cartes. Masculin ? Féminin ? mais ça dépend des cas. Neutre est le seul genre qui me convienne toujours. S’il existait dans notre langue, on n’observerait pas ce flottement de ma pensée. Je serais pour de bon l’abeille ouvrière. »

Claude Cahun

Transgenre, transsexuelle, transsexuée ? Comment s’y retrouver dans cette jungle lexicale ? Une petite réflexion sémantico-politique de Rebecca

Je lisais récemment une intervention sur un forum qui m’a posé des questions de fond mais aussi des questions sur le vocabulaire utilisé pour nous définir dans notre « transidentité » :

« Je me suis aussi posée la question de savoir si je suis transgenre ou trans et je sais très bien que je suis trans car mon sexe n’a aucune utilité pour moi. Je ne me branle jamais. Donc je revendique haut et fort que je suis bien une FEMME avant même d’être une TRANSSEXUELLE »
J’ai souhaité y répondre d’abord pour ne pas laisser d’ambiguité sur ces questions de masturbation et de plaisir sexuel avant opération génitale que je trouve souvent malmenées sur nos forums ! Je ne crois évidemment pas que le critère de se masturber ou pas (et, au delà, de « faire l’amour » avec un ou une partenaire) avant une opération de réassignation sexuelle soit pertinent pour faire une quelconque classification entre les personnes trans ! La plupart des femmes se masturbent et font l’amour, et je ne vois pas pourquoi on n’aurait pas le droit de prendre nous aussi du plaisir jusqu’à l’orgasme sous prétexte que notre sexe ressemble plutôt à un sexe masculin. Ce n’est pas parce qu’on stimule les zones érogènes de notre région génitale qu’on est plus ou moins femme, plus ou moins trans. Certaines d’entre nous ont un vrai blocage à ce niveau là, un rejet si profond de leur anatomie qu’elles ne parviennent pas à jouir sans que leur anatomie n’ait été transformée par la chirurgie, pour ma part je trouve à ça plutôt triste même si je le comprends bien. Je crois avoir réussi à me libérer de cette gêne en partie par l’imagination et c’est très bien comme ça. Ce qui ne veut pas dire non plus que je ne me sentirais pas mieux avec un vagin et un clitoris « comme tout le monde » !
Ceci étant dit, passons aux questions plus complexes de vocabulaire : il est fréquent que des malentendus s’installent dans les discussions des forums transbidules© pour de bêtes raisons lexicales, et une petite mise au point me semble bien utile pour essayer d’y voir plus clair.
Sur la différence suggérée dans les propos cités plus haut entre transgenre et trans(sexuée) il faudrait en effet s’entendre sur le sens précis qu’on donne à ces mots et qui ne va pas de soi. A priori, j’ai le sentiment qu’il n’existe pas une contradiction entre les deux, transgenre englobant en principe toutes les nuances de transidentité dont les personnes trans comme moi qui souhaitons mettre en conformité notre corps avec notre ressenti par les hormones et éventuellement la chirurgie. Nous serions ainsi transgenres ET plus précisément trans(sexuées). Surtout je ne pense pas qu’on puisse hiérarchiser la transidentité selon le critère de celles (ou ceux) qui font une opération de réasssignation et celles (ou ceux) qui ne le souhaitent (ou peuvent) pas. Il s’agit d’une simple question intime et personnelle que chacun(e) doit trancher en son âme et conscience, et ça ne change rien au fait que nous soyons des femmes, ou des hommes (au final plus ou moins « intersexuées » dans nos caractères sexuels visibles mais ça n’a pas nécessairement de conséquence fondamentale sur notre identité !)

Je n’aime cela dit pas trop le terme de transgenre parce qu’il laisse entendre que nous avons un problème avec notre genre et que nous voulons en changer (ce n’est pas mon cas, mon genre est – plutôt – féminin et ça me va très bien, merci), ce qui n’est pas tellement plus juste que les termes de transsexualité / transsexuelle qui confondent bêtement transidentité et orientation sexuelle (sexualité). Sur ces derniers termes, il faudrait souligner en outre qu’ils portent un regard strictement médical sur notre identité alors que le médical n’est finalement qu’une conséquence de notre ressenti et de notre vécu, un outil à notre disposition pour nous sentir mieux avec nous même, et que nous ne sommes pas « autres » après un traitement hormonal ou une opération… Notre parcours de vie trans est toujours là, avant comme après nos transformations physiques, il est simplement plus ou moins invisibilisé après que notre corps ait pris une apparence plus « conforme » à l’expression de notre identité.

Pour mieux se comprendre, je trouve globalement assez intéressant le glossaire proposé sur le site de Support Transgenre Strasbourg qui parle plus volontiers de « transsexuée » plutôt que « transsexuelle »(même si je me serais bien passée de cette « dysphorie du genre »qui n’apporte rien à la définition…) :

“TRANSSEXUÉ(E)

Personne transgenre qui souffre d’une dysphorie du genre au point de ressentir le besoin de modifier, d’une façon ou d’une autre, son corps (son identité sexuée physique), afin de le rapprocher de son ressenti (de son identité sexuée psychique). Terme que nous utilisons à la place de ‘transsexuel(le)’ (voir aussi ce terme) parce qu’il nous semble beaucoup plus adapté à la réalité des choses. Une personne transgenre est avant tout une personne dont le genre ne coïncide pas avec son sexe, et son orientation sexuelle n’intervient en rien dans cette question d’identité personnelle. Elle cherche avant tout à vivre en harmonie avec son genre, qu’elle ne choisit pas et ne peut pas changer, et si cette personne fait des démarches afin de modifier son corps pour le mettre en accord avec son genre, nous parlons d’une personne transsexuée.”

[voir aussi l’intégralité de la définition proposée sur le site de STS67]

Mais je suis par ailleurs d’accord avec la nuance apportée dans ce blog déjà cité dans un autre article. Je recommande vraiment – une fois de plus – la lecture de ce texte que je trouve très pertinent. Il se réfère par ailleurs lui même à d’autres définitions données sur le blog Un bruit de grelot, à lire aussi sans tarder !

Voilà donc ce que dit Butch Cassidyke, l’auteure de ce fameux texte, que j’aurais d’ailleurs presque pu écrire moi-même me semble-t-il tant il colle à mes propres ressentis et cheminements intellectuels (voir ce que je raconte ici par exemple) :

“Quand j’ai découvert les questions trans, et les différents mots pour parler de ça, le mot «transgenre» me parlait plus que «transsexuel·le», qui me semblait plus médical, plus «binaire», tout ça. C’était aussi le moment où je découvrais le queer, que je trouvais trop bien, le «non-binarisme», qui me parlait vachement, etc.

Aujourd’hui, […] le moins qu’on puisse dire est que j’ai changé d’avis. Parce que, ouais, le terme «transsexuel·le» a une origine médicale. Certes, et c’est bien pour ça que je lui préfère le mot plus simple «trans». Sauf qu’au moins, si le mot «transsexuel·le» a des défauts, il au moins l’avantage d’avoir un sens. Ce qui n’est pas vraiment le cas du mot «transgenre», qui peut être utilisé pour tellement de choses qu’il ne veut plus rien dire. D’ailleurs, c’est un peu ce qui est revendiqué : on veut pas faire de «hiérarchie», il n’y a pas besoin de «différencier», c’est un terme «parapluie» pour regrouper tout le monde.

Si on est queer, on peut voir dans cet usage une volonté de «non-binarisme», de «déconstruction». Sinon, on peut trouver que ça ressemble quand même un peu à notre bon vieil universalisme républicain.”

On a déjà les bases d’une réflexion (à l’ordre du jour me semble-t-il par chez nous aussi si j’en crois les quelques textes publiés jusqu’à présent), mais voyons où veut en venir Butch Cassidyke :

“Un peu de terminologie

Bon, il faut être honnête : dans la galaxie trans-pouet-pouet, il n’y a pas vraiment consensus sur les sens à donner à chaque mot. Personnellement, je suis assez d’accord avec les définitions données sur Un bruit de grelot[…] où «transsexuel·le» désigne le fait d’être d’un genre différent de celui assigné à la naissance, tandis que «transgenre» désigne le fait d’avoir une expression de genre qui n’est pas conforme aux critères du genre dans lequel on vit. À l’inverse, «cissexuel·le» désigne le fait de ne pas être «transsexuel·le» (donc être du même genre que celui assigné à la naissance) et «cisgenre» désigne le fait de ne pas être «transgenre» (donc d’avoir une expression de genre correspondant à peu près à la norme du genre dans lequel on vit).

On peut donc être à la fois cissexuel·le et transgenre, ou à l’inverse transsexuel·le et cisgenre, voire être très insipide et cumuler cissexuel·le et cisgenre.”

C’est là qu’on arrive à mon avis à un point particulièrement intéressant qui permet de repenser la transidentité en intégrant la notion d’identité de genre, mais surtout pas en les confondant, ce qui est selon moi une grossière erreur, un contre-sens malheureusement fort répandu dans notre petit monde source de bien des confusions et autres dialogues de sourdes.

“Voilà, ça c’est les définitions qui seraient reconnues dans un monde idéal. Cela dit, comme on n’est pas vraiment dans le monde idéal, le sens de ces mots n’est pas toujours aussi bien défini, et s’il y a à peu près consensus pour le mot «transsexuel·le» (à part quelques crétin·e·s qui pensent que la différence transsexuel·le/transgenre est une question d’opération), le moins qu’on puisse dire est que le mot «transgenre» est devenu un terme «parapluie» qui peut désigner à peu près tout et n’importe quoi (et si vraiment on rentre pas dedans, il suffit de mettre un peu de rouge à lèvres ou une moustache postiche pour le devenir).

Comme cet élargissement du terme ne suffisait pas à ce qu’il ne veuille plus rien dire, certaines personnes pensent qu’il faut viser encore plus large, et parler non plus de «trans» (ça veut encore dire quelque chose, c’est chiant) mais de «trans*» […] histoire de signifier que ça inclut un peu tous les mots qui commencent par trans[1] : transgenre, transidentitaire[2], transsexuel·le, transformiste, tra(ns)vesti, transfuge, transylvanien·ne, translucide, transport·eur·rice, transistor, etc.

(Néo?)-essentialisme

Les autres sigles à la mode étant Ft* et Mt*, pour Female-to-N’importe-Quoi ou Male-to-N’importe-quoi. Une grande avancée censée être «non-binaire» et «déconstruire le genre», qui, quand on y réfléchit trois secondes, revient surtout à ne définir des personnes que par… leur genre assigné à la naissance. Mais non, c’est pas essentialiste, c’est queer, on t’a dit. Du coup, hop, tou·te·s les Mt* dans la même catégorie, que ce soit les mecs qui vivent à 99,9% du temps en tant que mec mais mettent une jupe de temps en temps, ou les meufs qui, ben, vivent tout le temps en tant que meufs ; hop, tou·te·s les Ft* idem, de la nana qui s’habille parfois de façon vaguement androgyne au gars, qui vit à temps plein en mec.

Moi, je crois que je suis une Matérialiste qui Trouve ça Foireux.”

et moi aussi ! Ce n’est pas parce qu’on revendique l’égalité des droits humains appliqués à toutes les expressions possibles de l’identité de genre, qu’il faut à tout prix prétendre que tout se vaut… C’est la porte ouverte à la négation de nos différences, dans une logique universaliste et anti-communautariste que la République française affectionne particulièrement et dont les conséquences pour les personnes « différentes » concernées sont rarement positives !

Invisibilisation trans

Par ailleurs, ce qui est bien dans l’élargissement du mot trans*, c’est que du coup, tout le monde peut être «un peu trans», c’est cool, c’est hype, youpi. Du coup, ça permet que les personnes qui sont vraiment trans, et pour qui c’est pas un truc fun qu’on peut enlever quand on rentre de soirées LGBT, sont complètement invisibilisées. Ça permet aussi d’avoir plein de cis qui parlent au nom des trans parce qu’ils sont «un peu trans» ou «trop transgenres, tu vois», ou «bio-trans», etc.

Voilà effectivement un des problèmes que ça pose et qui peut aboutir à de grandes incompréhensions quant aux revendications politiques portées par notre « communauté ». Car s’il est juste (foncièrement et stratégiquement) d’intégrer les besoins spécifiques de toutes les personnes à l’identité de genre « atypique » dans nos revendications, il serait dommage d’oublier in fine les besoins particuliers exprimés par les personnes trans demandeuses de traitements médicaux et/ou de changement d’Etat civil, etc. Cela peut paraître évident, mais c’est malheureusement une dérive constatée au fil de certaines discussions qui sous prétexte de nous libérer de la « binarité » (bonne idée !) finissent par nous enfermer dans une « non binarité » où n’ont pas lieu d’exister les ressentis farfelus des personnes trans comme moi qui se complaisent dans leur binarité médicalement assistée… Et cette dérive déjà largement évoquée dans mes deux articles précédents sur ce blog prend peut-être source dans ce langage, imposé avec force dans les échanges parce que les termes que nous utilisons parfois seraient soi-disant « discriminant » et/ou « préhistoriques ». Mais je laisse le mot de la fin – en m’y associant sans réserves – à Butch Cassidyke qui le mérite bien !

Bref, tout ça pour dire que cette nouvelle politique du «non-binarisme» à tout crin mais qui ne veut strictement rien dire (ou tout, c’est selon) a, à mon sens, les mêmes travers que le queer.

Cela dit, ça veut pas dire que je méprise les personnes qui sont vraiment sur une identité non-binaire, intergenre, ou transgenre (selon la définition que je trouve pertinente donnée plus haut) qui vivent en permanence des trucs sans doute super complexes […].