Transition douce

 

Roman Opalka

Roman Opalka

Pour ce qui est du rythme de nos transitions nous avons deux façons différentes d’avancer, qui nous correspondent. C’est très bien comme ça. Ma façon à été très rapide et ma copine me l’a reproché. Ça aurait pu bouziller notre relation inutilement. Donc aller vite ce n’est pas la panacée, mais au final, c’est « passé » ! (enfin le final on ne le connait pas, les choses ne sont jamais figées tant que nous sommes vivantes !)

Je pense qu’en fait je n’ai rien à dire sur le rythme que tu choisis d’adopter. Mais poser les choses clairement à tes proches peut se faire sans bousculer ton rythme, c’est plutôt ça que j’avais envie de te dire.

Et puis c’est compliqué d’impliquer les autres dans nos décisions. J’ai le sentiment que de leur laisser une part de décision, c’est aussi leur transmettre une part de responsabilité. Et je ne pense pas que cela puisse bien fonctionner pour ce qui est de modifications de notre apparence de genre qui nous concernent. Je suis pour annoncer les choses posément, expliquer ce qui peut se produire concrètement, préciser grosso modo l’échéance et dire ce qu’on souhaite pour la suite de la relation (donner l’état de ses sentiments).

Pour ce qui te concerne, tu entames un procesus avec les hormones mais ne souhaite pas en parler pour l’instant. Tu penses que c’est trop violent (tout dépend comment c’est annoncé, mais effectivement ce n’est pas anodin, tu le sens bien). Les modifications corporelles liées à la prise d’hormone sont très différentes selon les personnes. Bien souvent toutefois, les changements sont assez visibles à partir de 3 et 6 mois. Si tu es quelquefois dévétue devant ta femme, il peut devenir assez vite difficile de faire semblant de rien !

Je pense que tu as raison d’acculturer ta femme par des lectures choisies (encore faut-il qu’elle ai envie de les lire, ce qu’elle pourrait ressentir comme une acceptation qu’elle n’est pas prête à accorder maintenant). Tu espères la convaincre que pour votre enfant de 15 ans ça ne posera pas de problème. Est-ce que tu en es convaincue toi-même ?

Je pense que des problèmes peuvent se poser liés aux modifications de l’apparence. Ces problèmes ce n’est pas nous qui les posons mais les tas de gens qui ne sont pas prêts à accepter cette fluidité du genre. Il est difficile de savoir à l’avance quelles personnes nous soutiendront, quelles personnes seront indifférentes, et quelles personnes vont s’opposer et quelquefois même tenter de nous nuire. C’est en avançant dans la transition qu’on peut agir quand les problèmes surviennent avec les autres (l’enfer c’est toujours les autres !), mais je pense qu’il est la plupart du temps impossible de prévoir ces problèmes. Ils sont inévitables, quelque soit le temps que l’on prenne à transitionner. Il ne faut pas s’en faire une montagne. On a parfois tendance à les imaginer plus importants et plus nombreux qu’ils ne le seront. Ce qui fait peur c’est leur potentialité. Une fois qu’ils sont là ils ne font plus peur. On gère.

Moi je pense qu’un enfant de 15 ans à qui on parle avec pédagogie est capable de comprendre et d’accepter. Comme ta femme d’ailleurs. Tout le monde peut comprendre. Mais tout le monde ne veut pas forcément le faire, ou bien n’a pas toutes les cartes en mains pour comprendre, souvent par manque d’information correcte.

Ça veut dire quoi parler à son entourage ? Pour moi le message à mon entourage proche fut très simple, je l’avais construit comme ça :

1 – J’AI quelque chose à te dire qui me tient à cœur : JE vais faire une transition et changer d’apparence physique. JE vais devenir une femme. Ça va prendre du temps mais c’est en route.

2 – TU N’ES PAS EN CAUSE, ce n’est pas de ta faute, tu n’as rien à voir avec cette décision que j’ai prise. j’ai pris cette décision car ça me correspond (message positif) je ne supporte plus de vivre en homme (en négatif). Quoi qu’il en soit tu n’es pour rien dans cette situation ET dans cette décision de changement. J’assume tout.

3 – JE T’AIME de la même façon car je suis et je reste la même personne. Pour moi notre relation ne va pas changer. On parle de modification extérieure, pas de sentiments intérieurs. (pour ma copine j’ai ajouté qu’elle se sente libre de stopper la relation si cette modification ne lui allait pas, mais que moi je ne souhaitais pas stopper la relation de mon côté car mes sentiments pour elle étaient toujours là)

4 – (Conclusion) : COMMENT TE SENS-TU avec cette information ? Je ne te demande pas de décider pour moi, mais je peux t’aider si tu as des difficultés à comprendre, à accepter car je me suis documentée. On peut en discuter, je comprends que dans le contexte ce n’est pas facile à avaler, le genre étant une norme tellement importante, bla bla bla (fournir infos, aller sur les bons sites, faire rencontrer d’autres personnes trans, etc… pédagogie quoi !)

Peut-on éviter cette étape du coming-out en menant une « transition douce » ? Une transition qui ne heurterait plus la sensibilité des autres, qui se ferait « naturellement ». Nous serions donc reconnues de façon « naturelle » par nos proches, qui accepteraient notre nouvelle évidence. Oui bien sûr dans la rue, avec des inconnus c’est possible, et ça nous fait plaisir cette absence de passé, cette essentialisation de notre identité ! Comme tout le monde quoi ! Mais avec les proches c’est autre chose. ceux qui connaissent notre passé ne sont pas prêts à nous accorder la naturalisation de notre identité si facilement !

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Faux cheveux, vraie tête

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© recuphair.com
Ce matin, j’ai reçu ce mail d’une amie : 

« … comme je commence vraiment a en avoir marre de mes faux cheveux, eh bien je ne les ai pas mis. Decision tres courageuse, car j’ai commencé a croiser une voisine dans l’escalier !! puis un immense groupe d’hommes saouls rue R., mais j’ai courageusement fait face et tout s’est bien passé

Je crois bien que c’était la premiere fois que je sortais avec ma vraie tete. Bon je n’etais pas completement depaysée car depuis 1 mois maintenant, je vis ainsi chez moi, et mes visiteurs ont l’obligation de me voir telle que je suis, que ca leur plaise ou non »

Ma réponse à cette amie :
Pour ce qui est de la question des cheveux (et du reste) ce qui compte c‘est que tu te sentes bien, que tu fasses les choses qui te font te sentir à l’aise.
Je me questionne sur ce que tu dis, les faux cheveux, la notion de courage… et voici le fruit de ma réflexion, sans doute trop rapide j’en conviens !
Si tu es plus à l’aise sans cheveux additionnels tu as raison de ne plus en porter, mais pour moi ce n’est « moralement » pas mieux ou moins bien d’en porter ou pas.
Comme tu es bien placée pour le savoir, la féminité se construit, qu’on soit une personne trans ou cisgenre ne change rien à cette affaire. Moi je me colore les cheveux, je les coupe et fais des brushing. On pourrait très bien voir là quelque chose de « faux ». Je ne le ressens pas comme tel. C’est pourquoi je n’associerais pas forcément le port ou pas de cheveux (additionnels ou pas d’ailleurs) comme quelque chose de vrai ou de faux (tu parles de faux cheveux, de ta vraie tête). C’est ce que tu ressens cette fausseté mais pour moi dès lors que tu les portes ils font partie de toi, ils sont aussi vrais que tout ce qui constitue l’expression véritable de ton apparence.  Féminité, masculinité, féminité masculine, masculinité féminine, etc. Pour toi ou moi disons plutôt une féminité binaire traditionnelle hé hé… Pas de fausseté pour moi dans tout ce que nous pouvons utiliser pour nous sentir bien avec notre apparence, dans tout ce que nous utilisons pour exprimer notre « identité de genre » de façon conforme à la façon dont nous voulons être perçues : coupe de cheveux, manucure, maquillage, vêtements, bijoux, tatouages, travail de la voix, attention portée à sa posture, démarche, épilation, transformation corporelles via hormones, opérations chirurgicales… rien de faux dans tout ça. Construction consciente et réfléchie de son apparence mais pas triche ou imposture (lire Julia Serano à ce sujet : Manifeste d’une femme trans). Cette construction n’est pas le fait des seules personnes trans mais de tout le monde, et personne n’aurait l’idée de dire qu’une femme cisgenre exprimant sa féminité devient fausse (n’est plus une femme) si elle s’ajoute des cheveux.
Après avoir dit cela, il est vrai que les efforts consentis pour construire notre apparence peuvent représenter plus ou moins de contraintes ressenties. Ces contraintes peuvent être plus ou moins pénibles, plus ou moins supportables, plus ou moins RENTABLES j’ai envie de dire. Dans le cas de cheveux additionnels je suppose que le port quand il fait chaud par exemple peut être pénible, ou bien l’entretien peut être fastidieux… C’est cet aspect purement fonctionnel que je retiens. Ce pur aspect matériel constitue un critère de « rentabilité « ou d’éfficacité (ce qu’on dépense d’énergie et ce que ça rapporte), qui permet de juger qu’on a envie de s’en passer car le bénéfice d’apparence s’avère moins élevé que le déficit de soucis matériel que cela donne. Au dela donc de cet aspect pragmatique, j’évacue en ce qui me concerne tout jugement de vérité sur les modifications d’apparence (de genre ou autre).
En gros ce que tu « performes » devient vrai à la seconde ou tu le co-produis avec le « spectateur ». Cette « performance » n’est pas que TA production, tu n’es pas la seule sujet agissante car les « regardeurs » agissent aussi et ce sont eux qui te « font femme » . Ce sont eux qui agissent principalement puisque ce sont eux qui produisent ton genre, soit en t’assignat correctement, soit en te « mal-genrant » (cf Julia Serano)
Voilà le fond de ma pensée, tirée de mon expérience et de quelques maigres lectures. j’espère n’être pas trop séche dans la forme car je n’éprouve que de la bienveillance pour tout ça, et pour toi en particulier. 🙂

Modifier mon corps pour modifier mon genre

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Jim Broadbent in Brazil (1985). Photograph: Ronald Grant Archive

Je ne suis pas née dans le mauvais corps, mais j’ai été assignée dans le mauvais genre, parce que j’avais les organes génitaux visiblement mâles. J’entends souvent dire « je suis née dans le mauvais corps », je veux préciser qu’en ce qui me concerne, le mauvais corps, c’est par rapport au genre (rôle de genre ?) que je souhaite socialement incarner, et pas rapport à mon esprit. Car franchement, je ne me sens pas un “genre” particulier. Je sens que je respire, que je sens, que je touche, que j’entends, etc. Je sens que j’existe, et qu’on m’a fait jouer un rôle que je déteste, et que j’ai voulu changer cela à un moment donné de ma vie.
Je souhaite être classée au quotidien dans le genre féminin, c’est pourquoi j’ai modifié mon corps et mon apparence par les hormones et la chirurgie, le travail de la voix, les vêtements, le comportement social, la démarche, la gestuelle,… tout cela se transformant quelquefois sans même y penser. Ces transformations ne sont pas là pour faire correspondre mon corps à mon “esprit” ou ma « nature féminine ». Je ne répare pas une erreur de la Déesse Nature, je répare une erreur de l’état civil. Pour réparer, je modifie mon corps pour être identifiée dans le genre féminin que je désire. C’est dans ce genre que je me sens bien.
Tout cela pour dire que sans remettre en question les différences biologiques entre les sexes (reproduction toussa…), je suis la preuve vivante que c’est mon apparence et non ma biologie qui détermine mon genre. La société détermine mon genre en fonction de ce qu’elle voit, sur moi et aussi sur mes papiers, et par conséquent avec un peu de chance, d’argent et pas mal d’énergie (peu de courage au final) j’ai pu faire quelques retouches d’apparence pour modifier mon corps et ensuite mes papiers, et être enfin identifiée dans le genre que je désire !

In Nomine JogJakartus, Hammarbergem, et Transidentitum, Amen.

Ladies and gentlemen, sous vos yeux ébahis : L'INDISCUTABLE VÉRITÉÉÉÉÉ !!!! (Et on l'applaudit bien fort merci.)

Ladies and gentlemen, sous vos yeux ébahis : L’INDISCUTABLE VÉRITÉÉÉÉÉ !!!! (Et on l’applaudit bien fort merci.)

Voila quelques temps maintenant que je me tiens confortablement à distance du « lobby trans » qui ne me manque pas spécialement. Mais la lecture récente d’un article couplé à l’écoute d’un podcast m’ont fait prendre conscience de quelque chose par rapport à ce petit milieu je crois. Je ne sais pas si c’est intéressant, mais je le partage quand même ici, puisque je pense que le lectorat de ce site est finalement directement concerné.

Je n’aime pas beaucoup les religions ; ce n’est que mon avis perso, donc à la rigueur on s’en fout. Pourtant, je viens de me faire la réflexion que pas mal d’entre nous (je ne m’en exclus pas) ont sans forcément s’en apercevoir une approche strictement religieuse des histoires d’identité de genre.

Au fil de mes lectures, je viens de tomber sur un pamphlet de style 100% religieux qui se targuait pourtant d’être une sois disant « analyse ». Du genre qui n’apporte rien et ne tolère rien d’autre que la croyance unique à laquelle il se rapporte, de façon assez intégriste. Un texte qui ne s’encombre pas vraiment d’argumentation, et qui ne s’appuie que sur des textes sacrés afin de justifier son propos, et de tenter vainement d’orienter l’avis des lecteurs (& auditeurs) qui pour la plupart n’ont rien lu de ces textes et ne les liront jamais parce qu’ils s’en contrefoutent. (Et ont bien raison).

Des versets prétendument clairs (mais pourtant parfaitement obscurs pour le commun des mortels) sont cités ça et là, dans l’espoir de prouver que celui ou celle qui le cite a indiscutablement raison. « Raison » en comparaison de tous ceux qui ne reconnaissent pas la légitimité dudit texte, et qui sont donc forcément soit dans l’ignorance soit dans l’erreur la plus absolue.

La dévotion totale de celui qui cite ces textes envers l’idéologie qu’ils sont sensée illustrer suffirait donc à conférer audit texte (et donc à ladite idéologie) un indiscutable véracité, et (donc) le droit d’influer « légitimement » sur l’ensemble de l’humanité au nom de cette foi.

Pourtant ces bibles pleines de bonne volonté, ont bel et bien été accaparées par des personnes humaines. Qui se les sont réappropriés afin de les transmettre, les inculquer, voire les imposer légalement aux autres en fonction de ce qu’ils en ont compris, et de la façon dont ils les ont interprétées. (Et sans doute en fonction d’intérêts inconsciemment personnels, mais pourtant sincèrement envisagés comme étant ceux de l’humanité entière).

Ce clergé bienveillant a de plus en plus de fidèles : Des gens divers dont certains souffrent beaucoup, dont d’autres sont un peu perdus, ou influençables, et qui ont besoin de croire que tout peut un jour aller mieux. Que leur monde sera sauvé. Mais la bonne parole prétend que ça doit bien entendu passer par la soumission de chaque humain à une « loi » ferme et unique sans laquelle rien ne peut fonctionner. Des fidèles qui – à la simple lecture de cette « loi possible » (terre promise?) qui leur donne tant d’espoirs, se prosternent sans plus poser (ni SE poser) la moindre question, puisque Dieu et l’élite de l’Église ont déjà réfléchi pour eux et à leur place.

Ces intouchables et indiscutables textes sacrés sont (par exemple) les principes de Jogjakarta, ou les 12 recommandations d’Hammarberg.

J’imagine fort bien que la récente doctrine qui s’appuie sur ces ouvrages n’a sans doute été conçue qu’à des fins honorables, pour aider l’humanité et la société toute entière. (À moins que ça n’ait pour unique objectif que de faciliter la vie à la poignée de trans qui se sentent concerné(e)s. Pour qu’elles se sentent enfin plus légitimes, protégées, libres, moins coupables d’être ce qu’elles sont, de penser ce qu’elles pensent, ou d’avoir le parcours qu’elles ont. Et ce, au détriment des convictions intimes de beaucoup d’autres gens – y compris d’autres trans qui par contre ne se sentent absolument PAS concernées).

Les douze commandements d’Hammarberg sont brandis par certain(e)s comme un éclairage absolument sans appel. Une avancée irréfutable d’une légitimité absolue.

Pourtant, la recommandation citée dans le texte qui a déclenché ma « réflexion » (en l’occurrence la 5 : Remboursement intégral de tous les soins attenants à une transition par la CPAM) me parait personnellement injuste pour les autres et donc très discutable – même si il est évident que ça m’arrangerait bien à titre personnel que cette loi soit en place. J’estime avoir le droit de penser objectivement que c’est injuste et discutable, et de l’exprimer.

Mais en fait, non. Si on ne croit pas au texte, le reste s’effondre, puisqu’il n’y a désormais même plus l’effort d’une argumentation. Du coup, toute remise en question desdits textes est devenue inconcevable et éliminatoire.

C’est donc en lisant et écoutant ce tas d’affirmations péremptoires ne reposant finalement que sur de la « foi », qu’un paquet de paradoxes m’ont sautés au visage : J’ai vu une doctrine qui prétend œuvrer pour la tolérance (et qui la réclame des autres à corps et à cris), mais qui se montre elle-même d’une intolérance et d’un dédain de l’autre incommensurables.

J’ai vu une Église minoritaire qui se réclame d’une ouverture d’esprit absolue, et qui pourtant est incroyablement cloisonnante et cloisonnée, tout en tentant à tout prix d’uniformiser la pensée des gens à l’image de la sienne.

Un clergé résolument manichéen, alors qu’il se défend généralement assez farouchement de toute « binarité ». Opposant ceux qui pensent comme lui (et qui ont donc « tout compris » et sont les « gentils », les garants de la liberté) à ceux qui pensent différemment (et sont donc automatiquement catégorisés comme des ennemis de la justice, les opposants aux droits humains : Des « coupables », à raisonner ou convertir. Voire à écarter ou à bannir).

C’est pourquoi j’ai eu l’impression de voir à travers la forme et le fond de ces discours une énième croyance qui divise en prétendant rassembler, au même titre que n’importe quelle autre religion.

Je précise que personnellement, je suis dans l’ensemble plutôt d’accord avec les recos d’Hammarberg, ou les principes de Jogjakarta, et avec celles et ceux qui portent ces textes. C’est par contre ce qu’est devenu notre façon de considérer ces textes et de les diffuser qui m’a amenée à ce constat un peu gênant.

Je m’estime (de façon certainement très prétentieuse) assez bien placée pour parler de cet état « d’illumination », puisque ayant longtemps été confite dans la doctrine en question, j’ai tenu sensiblement les mêmes discours quasi-religieux. (Au point d’accoucher d’un site sur la question que je ne laisse en ligne qu’afin de bien me souvenir de ce que j’ai été capable de penser et d’écrire sous l’emprise de ce que je considérais alors comme une inaltérable vérité absolue. J’avoue en avoir plutôt honte aujourd’hui).

Le problème est que celles et ceux qui estiment encore qu’Hammarberg reste « discutable » deviennent « personas non gratas » dans certaines confréries de trans sous prétexte qu’elles ont forcément raté des épisodes. Ou (si elle n’en ont manifestement raté aucun), elles sont donc ennemi(e)s de la liberté et des droits humains dans la tête de certain(e)s. C’est en cela qu’il me semble que tout ça n’a plus rien d’un débat constructif, ouvert et évolutif, mais que ça prend de plus en plus l’allure d’une guerre de religions scriptée, et de plus en plus fermée.

Pour résumer, je supporte de moins en moins de voir systématiquement certain(e)s (au même titre que les 3 monothéismes ou n’importe quel parti politique qui fonctionnent aussi comme ça) confondre leur foi intime avec un savoir qui devrait s’imposer à TOUS. De les voir sans plus rien argumenter se contenter de brandir des textes dans lesquels tout est déjà écrit, et auxquels il ne reste donc plus qu’à croire & obéir.

Vous vous demandez bien pourquoi je viens parler de ça ici  – dans la mesure où manifestement j’en ai plus grand-chose à foutre de ces problématiques, et qu’en plus je reconnais volontiers que je ne m’exclus même pas de ce triste fonctionnement ?

Je me demande aussi…

Sans doute parce qu’il est toujours très désagréable de s’apercevoir que si je ne parle plus de ma propre foi (qui ne vaut pas mieux que celle des autres – mais pas moins non plus), d’autres prendront mon tour pour dire leurs conneries à ma place, voire même prétendument « en mon nom ». Et que quand c’est fait d’une façon qui me déplait fortement, mon ego démesuré et mon esprit chafouin ne peuvent s’empêcher de s’en offusquer, et de faire une petite mise au point.

(Je crois que je suis une vilaine. Pardon).

« Mariage pour tous »

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Même si je trouve personnellement que l’homosexualité n’a strictement aucun rapport avec la « transidentité », je remarque que dans la mesure où un T et un I ont étés depuis peu accolés au LGB,  je me retrouve d’office étiquetée dans ce truc.

Et en tant que « transgenre », je me retrouverais possiblement par rebond à la même enseigne que les Gays d’un point de vue légal concernant le mariage si jamais j’avais eu le malheur d’être attirée par les mecs.

C’est pourquoi je me fends de ce petit article. (Qui est en fait trèèèès long, pardon).

***

Le 2 février 2013, la France a adopté le premier article de la loi pour le « mariage pour tous ». Cela a occasionné un certain nombre de manifestations et de réactions de la part de nombreux opposants. (Manifestations qui continuent pour que la loi soit supprimée alors qu’elle est désormais adoptée par l’Assemblée Nationale).

J’ai relevé 10 arguments récurrents des opposants à cette loi. (Le 10e est étrangement moins mis en avant, alors que c’est pourtant à mon humble avis le plus récurent de tous.)

1- Nous sommes TOUS issus d’un père et d’une mère.

2- Le mariage, ça signifie la FAMILLE et deux homos ne peuvent par essence PAS fonder de famille.

3- Marier deux personnes du même sexe est CONTRE-NATURE tout comme la PMA ! (négation d’une réalité biologique INCONTESTABLE).

4- Marier deux personnes du même sexe est MORALEMENT indéfendable.

5- L’enfant n’est pas un DROIT : Un enfant a absolument besoin d’un père et d’une mère pour s’épanouir NORMALEMENT et de façon ÉQUILIBRÉE.

6- Je ne veux pas que MES enfants soient incités à l’homosexualité par les manuels scolaires !

7- « Si on commence à marier des homos, on finira par marier des ANIMAUX ensemble », (d’après Me. Christine Boutin) ou pire : Les membres d’une même FAMILLE ! Le père et le fils !!!

8- Si on légalise le mariage pour tous, il n’y a pas de raisons qu’on ne légalise pas la polygamie ! (D’après M. Alain Soral).

9- Il n’y a pas eu de RÉFÉRENDUM ! Et c’est naturellement avant tout aux FRANÇAIS de décider de ce genre de changement qui va irrémédiablement bouleverser TOUTE la société !

10- Et (plus simplement) je suis CONTRE le mariage de deux personnes du même sexe car cela ME dérange profondément et viscéralement.

J’ai fais le choix d’énumérer les arguments les plus tangibles et d’éliminer les « bondieuseries » manifestes que n’importe quel enfant serait capable de démonter facilement. J’ai fini par comprendre que ça ne servait généralement à rien de tenter de débattre logiquement avec des religieux illuminés dont les repères sont Adam et Eve,  ou la vérité indiscutable d’un message prophétique entre autre pensées et superstitions magiques. Je laisse ça à ceux que ça amuse encore et qui en ont le temps. (Même si je tolère naturellement les gens qui ont besoin d’un dieu pour régir leur propre vie – tant qu’ils n’en font pas une loi pour régir également la vie des autres, et y compris celle des non-croyants.)

Personne ne m’a demandé mon avis à moi sur cette question du mariage pour tous. C’est très injuste dans la mesure où je subis les avis de tout le monde dès que j’allume Internet ou une télé. J’en suis fort agacée à la longue, et je vais donc m’empresser de vous infliger ma petite opinion!

Pour cela, je vais reprendre chacun des arguments que j’ai pris la peine de lister plus haut, avant de terminer par ma conclusion personnelle sur ce sujet qui me fatigue au plus haut point.

1- Nous sommes TOUS issus d’un père et d’une mère.

C’est indiscutable, même si cela n’a strictement aucun rapport avec le mariage, et que cela est donc complètement hors sujet.

Car nous étions déjà tous issus d’un père et d’une mère bien avant que l’idée même de mariage ne soit inventée par les prêtres ou la législation. C’était déjà le cas à la préhistoire, et même un peu avant, du temps ou nous mangions encore des bananes dans les arbres. C’est la société et la culture qui nous ont apporté le concept du mariage, et qui l’ont rendue indissociable de la reproduction et de l’idée de famille d’un point de vue purement moral et culturel. Ce prétendu argument qu’on voit sur les banderoles n’a donc strictement rien à voir avec le concept de mariage. Donc déjà, ça, ça dégage.

 

2- Le mariage, ça signifie la FAMILLE. Et deux homos ne peuvent par essence PAS fonder de famille.

C’est tout à fait exact. Et deux gays ou deux lesbiennes ne pouvaient par essence pas fonder de famille PRÉCISÉMENT parce que  la loi le leur avait interdit jusqu’ici, sinon, ça serait fait depuis longtemps. Mais à présent que le mariage est accessible à tous, rien ne les empêche plus de fonder une famille, à condition qu’on légalise également la PMA  et l’adoption d’enfants (pour celles et ceux qui n’en ont pas déjà). Cet « argument » va donc très possiblement devenir aussi faux que les autres dans le futur, et il ne reposait que sur la supposition qu’une situation d’injustice légale subie depuis toujours détermine l’essence et la normalité des choses.

 

3- Marier deux personnes du même sexe est CONTRE-NATURE tout comme la PMA ! (Négation d’une réalité biologique INCONTESTABLE).

La nature est toujours un argument SUPER pratique et intéressant, car elle est tellement variée et diverse que l’on peut toujours arriver à lui faire dire à peu près ce qu’on veut. L’homosexualité est observée chez nombre d’espèces animales dans la nature, ainsi que la masturbation, l’hermaphrodisme, l’infanticide, le parricide, l’inceste…

Et si jamais on s’amuse à regarder les végétaux (qui sont globalement la forme de vie DOMINANTE sur notre planète après les insectes), ça devient vite de la folie car on observe chez eux des modes de reproduction et une diversité des genres « sexués » encore plus variable et complexe.

Je ne vais pas jouer à lister tout ça auprès de gens qui (de toute façon) ne verront assurément que ce qu’ils ont décidé de voir. Mais l’homosexualité et la diversité des genre sexués est indéniablement présente dans la nature que ça nous plaise ou non.

Je veux bien – à la rigueur – me cantonner aux animaux les plus évolués pour faire le lien plus tangible entre l’humanité et la « nature », faute de quoi, je pourrai même expliquer qu’attaquer ses gosses (ex : lions), décapiter son partenaire après l’accouplement (mantes) ou le bouffer (araignées) peut être parfaitement observé comme comportement au sein de la « nature » dont il faudrait peut être s’inspirer?

Donc si on se réfère précisément aux comportements sociaux des grands singes, et des mammifères les plus évolués, (dont nous descendons le plus directement), on constate que les rapports homosexuels sont encore plus présents qu’ailleurs.

On constate aussi que bien souvent, les jeunes primates (abandonnés ou orphelins) sont adoptés, élevés, et socialisés par la communauté, qui n’est donc pas forcément constitué des deux parents biologiques.

Et pour aller plus loin sur cette histoire de trucs « naturels » et « pas naturels », je ferai remarquer que la médecine et la technologie en général, sont parfaitement « contre nature », et ce, quelle que soient les étiques qui les utilisent. (Et ça aussi c’est une réalité biologique incontestable : les chimpanzés les plus évolués de la terre n’ont jamais construit d’ordinateurs et n’ont pas recours à la péridurale pendant leurs accouchements : Ce n’est donc pas « naturel »).

Concernant la PMA, je mentionnerai bien volontiers le mode de reproduction de certaines fleurs, qui nécessite pour leur survie une exclusive pollinisation par les insectes. (Ce qui revient donc très exactement à une reproduction assistée « naturelle »). Mais comme les fleurs ne sont pas des grands singes, tout ça ne compte pas vraiment bien sur…

Il me semble donc, aux vues de ces constatations, que jouer à brandir « la nature » pour définir et déterminer ce que devraient être ou non NOS comportements est systématiquement très bancal. Et ce, quel que soit la position que l’on essaye de défendre. Car à moins de vivre à poil dans la forêt, sans vaccins ni assistance médicale lors des accouchements, et de crever à 25 ans du 1er virus qui traîne comme au « bon vieux temps », il me semble compliqué d’être vraiment cohérents avec l’idée de « nature » et de « réalité biologique incontestable ». Sans doute parce que l’humanité toute entière est justement un mouvement qui n’a eu de cesse que de chercher à s’éloigner de la nature pour se libérer de ses contraintes, (voire même de SA nature qui plus est) – jusqu’à justement décréter sans plus pouffer de rire que deux spécimens humains ne pouvaient dorénavant se reproduire en toute bienséance que dans les liens sacrés d’un mariage par exemple.

 

4- Marier deux personnes du même sexe est MORALEMENT indéfendable.

Tout comme marier une personne de 18 ans à une personne de 70ans d’ailleurs, mais j’imagine qu’il faudrait commencer à légiférer sur ces unions scandaleuses ? Car nombre de mariages totalement IMMORAUX sont aujourd’hui pourtant parfaitement légaux et célébrés quotidiennement sans que cela n’engendre aucune manifestation indignée.

Certains feront remarquer que la morale est relative à la culture. Dans certains pays, (effectivement) il est parfaitement moral et normal de marier une fillette de 12 ans avec un homme qui en a 30. Ou d’envoyer les bambins travailler à l’usine. De violer une femme impunément. Légiférer et opprimer au nom d’une divinité… Nous ne faisons d’interventions « morales » dans ces pays que si il y a un petit profit à la clé, auquel cas le « droit d’ingérence » se transforme soudain en « droits de l’homme ». C’est marrant comme la moralité occidentale est justement évolutive selon le profit personnel qu’il y a à faire ou non…

La culture française ayant indéniablement évolué durant le siècle dernier, il est peut être grand temps que la loi (et la morale attenante) évoluent de concert, afin de ne pas se retrouver complètement en décalage avec la réalité sociale tangible des gens ? Certes, cela sera probablement long et difficile à accepter pour les personnes restées bloquées à une époque antérieure, sur des idées et des principes d’autres temps, et dans certains milieux. (Ou aux personnes désireuses d’importer et imposer leur propre identité culturelle religieuse, morale et communautaire dans un pays aux mœurs différentes, au lieu de tenter de s’adapter aux lois et à la culture dudit pays.)

Je ferai remarquer que ces personnes qui manifestent encore dans les rues (bien que faisant incontestablement partie de la société) ne sont finalement PAS PLUS représentatives de la société que ceux contre lesquels ils se dressent si farouchement.

Par contre, dans la mesure où ils refusent délibérément de simplement constater et reconnaître l’évidente évolution sociale du pays au nom de leurs propres valeurs aveuglantes, il me semble que ce sont EUX qui se retrouvent finalement inadaptés, avec des comportements typiques d’indépendantistes communautaires en décalage TOTAL avec la réalité.

 

5- L’enfant n’est pas un DROIT : Un enfant a nécessairement besoin d’un père et d’une mère pour s’épanouir NORMALEMENT et de façon ÉQUILIBRÉE.

Je me pose souvent la question de la définition de l’enfant ? Ici, nous avons l’affirmation de ce qu’il n’est pas. Alors bien sur c’est bien joli de faire des phrases, et de les écrire sur des banderoles, mais ça veut dire quoi ? C’est quoi la définition de l’enfant ? Un devoir ? Une chance ? Un malheur ? Une ressource ?

Je trouve très intéressant (et paradoxal) de lire et d’entendre que l’enfant n’est pas un droit dans la mesure où l’enfant ouvre justement en France nombre de droits sociaux et fiscaux aux parents qui l’engendrent. (Tout comme le mariage). Ainsi qu’une distribution d’allocations prélevées à la communauté toute entière, y compris des homos. (Homos qui n’ont – de fait – aucun retour et passent leur vie à « financer » les enfants des autres).

Allocations « d’encouragement et de soutien » versées lorsque deux parents qui n’ont manifestement pas les ressources suffisantes pour faire un gamin décident malgré tout d’engendrer un énième chômeur au nom de je ne sais quoi. (La « nature » certainement – car ça ne peut décemment pas être au nom de la logique ou du bien de l’enfant).

Il me semble d’ailleurs que dans la mesure où l’enfant est une entité tellement « sacrée », il devrait être interdit au mâle et à la femelle qui l’ont engendré de se séparer. Le divorce me semble donc être une loi tout aussi contre nature que le « mariage pour tous », puisque ce sont les enfants qui trinquent, et qu’ils ont (parait il) ABSOLUMENT besoin d’être élevés dans les meilleures conditions qui soient, par un papa et une maman qui s’aiment, sans quoi ils deviendraient assurément fous ?

De plus, il est très important de souligner que ce n’est jamais facile d’être l’enfant d’un couple d’homos ! Imaginez un peu le jugement des autres, les quolibets à l’école, et la souffrance qui découle de se ressentir fondamentalement anormal ? Ce n’est pas une vie pour un enfant !

Alors bien sur, il pourrait être intéressant de faire remarquer que ces jugements, ces quolibets, ces moqueries et ce sentiment d’anormalité ne sont précisément relayés QUE par les gens qui ont justement un problème avec le concept de famille homo-parentale. Et qu’à partir de là, ce sont précisément CES personnes qui sont les SEULS et uniques facteurs de souffrance des enfants en question, tout en prétendant la dénoncer. (Mais mieux vaut les laisser continuer à croire qu’ils œuvrent pour le bien des petits enfants, en entretenant la haine et l’oppression sur la différence de leurs parents.)

 

6- Je ne veux pas que MES enfants soient incités à l’homosexualité par les manuels scolaires !

Car il est bien entendu évident que les manuels INCITERONT fortement les petits enfants et les ados à l’homosexualité du simple fait qu’il y sera inscrit que cette possibilité existe. Nos enfants sont forcément stupides : Ils deviendront automatiquement hétéros, gays ou trans parce que le terme et le concept est mentionné dans un livre, et non parce qu’ils se reconnaîtront intimement dans ces identité. D’ailleurs, toutes les personnes hétéros risquent de devenir soudainement homosexuelles depuis l’adoption de cette loi, et c’est justement sans doute pour ça qu’ils défilent dans la rue : ça commence à les travailler au niveau du slip j’imagine. QUE FAIT LA POLICE ?

Notons au passage qu’il suffirait de supprimer l’homosexualité et la théorie des genres des manuels scolaires pour les LGBTI soient également miraculeusement effacés de la réalité! (Hop, pensée magique!)

Les manuels scolaires n’ont pour fonction que d’essayer d’informer et d’apprendre la notion du respect de l’autre aux enfants. Vouloir préserver à tout prix la combinaison [ignorance + intolérance] en lieu et place de la combinaison [connaissance + tolérance] me parait aussi débile que ceux qui le proposent.

7- Si on commence à marier des homos, on finira par marier des ANIMAUX ensemble, (d’après Me. Christine Boutin) ou pire : Les membres d’une même FAMILLE !

Christine Boutin souligne avec brio à quel point ça va vraiment finir par devenir n’importe quoi l’institution sacrée du mariage. Bon, alors évidemment, certains rétorqueront (avec une certaine mesquinerie) que Me. Boutin s’est mariée à son propre cousin. Alors que normalement elle n’avait pas trop le droit, et que c’est pas très catholique tout ça.

Mais bon vous comprenez bien que pour elle, c’était bien sur différent. Eh oui ! C’est pourquoi notre bon clergé lui a probablement accordé une petite dérogation spéciale rien que pour elle, en remerciement de l’énorme service qu’elle rend à notre chère nation…

Qu’elle ne soit pas capable elle-même d’appliquer dans sa propre vie privée les principes DE BASE qu’elle veut absolument imposer dans la vie intime des autres n’est qu’un détail apparemment. Ce qui compte vraiment, c’est qu’elle incarne à elle seule tout le crédit de la moralité et de la religion pour légiférer sur le droit des français à disposer (ou non) de leur propres culs. En brandissant (s’il vous plait!) une bible dans notre Assemblée Nationale prétendument laïque, et ce, alors qu’elle a elle même engendré plus ou moins secrètement des enfants congénitaux avec un membre de sa propre famille.

Tout ça est manifestement très sain et d’une logique implacable !

 

8- Si on légalise le mariage pour tous, il n’y a pas de raisons qu’on ne légalise pas aussi la polygamie. (D’après M. Alain Soral).

Je pense que M. Soral a démontré dans cette phrase toute la tolérance et l’ouverture d’esprit dont il est secrètement capable de faire preuve. Et pour cela il mérite un gros bisou.

Il a d’ailleurs précisé qu’il avait apparemment plusieurs propositions d’admiratrices désireuses de devenir ses prochaines épouses secondaires, donc il me semblerait tout à fait naturel qu’il ait légalement le droit de les épouser en France. Je n’y vois personnellement rien de choquant.

Tout comme il me semblerait parfaitement naturel que la femme de M. Soral puisse bien évidemment en retour devenir polyandre, et épouser tous les messieurs qui lui plaisent, et consommer autant de mariages qu’elle veut, sans modération. Il y a fort à parier que ça leur ferait d’ailleurs réciproquement le plus grand bien de pouvoir varier les partenaires de façon bien assumée et en toute légalité.

La polygamie me semble donc être une loi tout à fait acceptable, à condition qu’elle ne soit pas à sens unique et qu’on la considère de façon cohérente : C’est-à-dire vraiment pour tous mais naturellement AUSSI pour TOUTES, c’est à dire accompagnée de la légalisation logique de la polyandrie).

 

9- Il n’y a pas eu de RÉFÉRENDUM ! C’est aux FRANÇAIS de décider de ce genre de changement qui va irrémédiablement bouleverser TOUTE la société !

Je crois effectivement qu’un référendum est nécessaire pour toutes les questions de société de cette ampleur !

Il m’aurait par exemple paru très très trèèès intelligent que les français soient consultés  le 27 avril 1848, lorsque le gouvernement (PROVISOIRE en plus !!!) de la deuxième république a décrété arbitrairement l’abolition de l’esclavage en France, alors que cela allait RUINER irrémédiablement nombre d’influents industriels et de bourgeois qui auraient certainement bien aimé s’exprimer là dessus ! Si les français (tellement pleins de bon sens) avaient eu leur mot à dire à ce moment là, il est certain que les choses ne se seraient peut être pas passées comme ça.

C’est pourquoi je pense que concernant le mariage pour tous, il serait normal de faire entièrement confiance à la grande intelligence du peuple français et à l’immense sagesse de nos compatriotes zélés, qui (bien cachés derrière le très pratique anonymat d’un vote secret) s’exprimeraient certainement volontiers à cœur ouvert sur le retour au droit gratuit d’opprimer le voisin.

Mais dans la mesure où le sujet serait la remise en question du « mariage de tous », il serait donc parfaitement naturel de réellement aborder la rectification du mariage POUR TOUS les français précisément, non ?

– Doit on laisser le droit de se marier à deux personnes de même sexe ?

Certes, c’est une chose. Mais en tant que « bon français » pensez vous également en votre for intérieur qu’on doive :

– laisser le droit de se marier à deux personnes incapables d’enfanter ?

– laisser le droit de se marier à deux personnes ayant plus de 25 ans d’écart ?

– laisser le droit de se marier aux handicapés ?

– laisser le droit de se marier aux pauvres ?

– laisser le droit de se marier aux moches?

– laisser le droit de se marier aux alcooliques et aux drogués?

– laisser le droit de se marier aux personnes ayant un casier judiciaire ?

– laisser le droit de se marier aux femmes qui ne sont plus vierges ?

– laisser le droit de se marier en France aux personnes de nationalité étrangère ?

– laisser le droit de se marier aux personnes de couleur ?

– laisser le droit de se marier aux juifs et aux musulmans ?

– laisser le droit de se marier aux hétéros ?

… etc.

(T’inquiètes, je vais t’en « proposer », moi, des référendums!)

Il y aurait PLEIN de sujets de société à aborder lors de cette révision globale du mariage de tous, et il est certain que les résultats d’un tel référendum seraient très intéressants à lire étant donné la diversité d’identités socioculturelles dont s’enorgueillit si souvent notre si beau pays. (Les réponses fleureraient bon la sagesse populaire à n’en point douter !) Et ça serait une bonne bouffée d’ « humanité » qui réchaufferaient surement le cœur de chacun !

Et ça serait même encore plus intéressant d’essayer d’ensuite APPLIQUER ces résultats! (Au nom du sacrosaint principe« démocratique » bien sur).

 

10- Je suis CONTRE le mariage de deux personnes du même sexe car cela ME dérange profondément et viscéralement.

Si une personne se trouve dégoûtée par l’idée de se marier avec une personne du même sexe, je lui conseille vivement de plutôt se marier avec une personne du sexe opposé. Car cela ne changera du coup strictement plus rien pour elle au final. (J’informe ceux à qui ça aurait échappé que le mariage hétéro reste justement inclus dans le mariage pour tous !)

Seulement la voila la seule VRAIE raison dont découlent toutes les autres : La petite haine sourde qui murmure dans les têtes, la vexation minable de voir une caste « d’anormaux inférieurs » accéder soudain aux mêmes droits que ceux des gens « normaux bien comme il faut ».

Que les « tolérés » accèdent aux droits des (prétendus) « tolérants ». Parce que finalement c’est bel et bien CA l’unique chose qui va changer pour eux en fait : Il devient plus difficile d’opprimer des gens dont les droits seront sensiblement les mêmes !

La peur de voir l’inférieur arriver à égalité. Parce que les voir soudain a égalité, ça donne l’impression « d’être rattrapés » et donc l’impression de perdre du terrain. Mais c’est faux. Il n’y a RIEN de perdu. Ce gâteau là, contrairement aux autres, il y en a pour tout le monde! Vous avez l’impression que vous allez en manquer parce que vous êtes habitués à ce qu’on ne vous le distribue qu’à vous… Mais il y en a une part pour chacun et chacune pourtant. (A moins qu’on ne puisse un jour devenir « plus égal » qu’un autre…)

***

Mon avis sur tout ce cirque ?

A titre strictement personnel, je trouve que ce sont les idées mêmes du mariage et de la fidélité qui sont « contre natures », ainsi que de continuer à dangereusement proliférer alors qu’on en a déjà 9 milliards d’humains sur Terre. La planète étouffe au sens propre, et on court à un désastre écologique sans précédent. (La plupart des scientifiques prédisent que l’humanité risque immanquablement de disparaitre définitivement si les naissances ne sont pas rapidement limitées).

Pourtant, je pense que les LGBTI doivent – comme n’importe qui – avoir le droit de choisir de ne PAS se marier. Et pour ça il faut au départ qu’ils et elles en aient la possibilité. Il me parait également primordial de leur reconnaitre le droit d’élever (aussi mal que n’importe que hétéro de base) leurs propres enfants, ou des enfants adoptés, ou obtenus par PMA. Le droit de contribuer pleinement au désastre planétaire ne doit pas rester le privilège de certains, qui s’auto-proclament « normaux », et qui défilent dans les rues au nom de leurs convictions et de leurs minuscules avis que personne ne leur demande. (Le « niveau » des griefs consterne immanquablement lorsqu’on perd le temps nécessaire pour y prêter attention : En effet: Si vous voulez lire certains de ces avis énoncés librement, beaucoup sont justement listés sur cette page.)

Ne perdez pas de vue qu’il y a même pas 1 siècle de ça, la plupart des parents des auteurs de ces posts incroyablement haineux, étaient globalement (de part leur origines), dans la même situation sociale & légale que celles et ceux sur lesquels ils crachent ouvertement et délibérément aujourd’hui. Alors qu’ils devraient se considérer comme frères et sœurs de souffrance, puisqu’ils sont exactement au même emplacement social – c’est à dire tout à la base de la pyramide.

Ce qu’il ne faut pas oublier non plus, c’est qu’on peut bien sur légiférer sur beaucoup de choses, mais pas sur la tolérance malheureusement… La tolérance ne s’impose pas au gens en faisant simplement des lois – elle se gagne. Elle se mérite. Elle se cultive ; et il me semble personnellement que certaines personnes sont indéniablement plus méritantes que d’autres dans leurs démonstrations de « civisme ». (Alors que d’autres me semblent très largement mériter la haine dont ils écopent mathématiquement en retour de leurs incessantes incivilités) – Mais je vous laisse naturellement en juger par vous même en parcourant ce petit lien.

C’est un peu tristounet d’observer ces minorités qui s’imaginent naïvement être suffisamment « tolérées » pour tenir des discours de juges offusqués, alors qu’ils étaient hier encore précisément dans le box de ceux qu’ils se croient aujourd’hui en position de condamner ! (Et qu’ils y sont toujours bien qu’ils supposent incompréhensiblement être ailleurs – tout comme moi – et tout comme vous).

D’après mon expérience intime, les homos, lesbiennes, et trans me semblent tout aussi faillibles insupportables et irresponsables que n’importe quel autre humain de base. Pas pires, mais certainement pas meilleurs non plus. Et c’est donc à ce titre, qu’il me parait indispensable qu’ils et elles se retrouvent à la même enseigne et avec le mêmes droits que le reste ! (Même si d’après moi cela n’a pas vraiment de sens de vouloir absolument bouffer la même merde que le voisin, mais bon…)

Je confesse également espérer que cette loi subsiste et se renforce, juste pour pouvoir bien jouir du profond ridicule des auteurs des tweets répertoriés sur le lien plus haut. Qui loin de nous faire l’immense plaisir de quitter le pays une bonne fois pour toutes (comme ils le promettent si souvent et si fallacieusement dans leurs laborieuses indignations), vont bien entendu rester en France pour continuer d’y être subis par tous.

Et je suis par contre bien certaine qu’eux ne manqueront jamais une seule occasion de s’énerver, d’insulter, ou de pleurnicher devant une inégalité de droits dont ils seraient victimes. (Ou devant « l’incompréhensible intolérance » dont ils sont si souvent l’objet – allez savoir pourquoi…)

Cette ambiance haineuse, teintée d’ignorance et de stupidité (et mêlée de cette si amusante pointe d’illettrisme dont sont coutumiers certaines des castes les plus pittoresques de notre société) devient assez insupportable et irrespirable pour moi. Je n’en peux plus de devoir supporter ce ramassis d’abrutis sur mes écrans d’ordi ou de télé.

Ces petits groupuscules agglomérés en rassurantes communautés dont chacune se suppose plus légitime que toutes les autres réunies, bien rangés en rang, par couleurs, par religions, par superstitions, par cultures, par sexualités… Dans des boites en formes de pays… Et qui s’insultent ouvertement, s’oppriment et se tabassent à longueur de temps – à tenter indéfiniment de s’écraser les uns les autres par manipulations, persuadés que leur insignifiant avis est le seul qui prévaut sur celui du reste du monde!

…Tout ça au lieu d’essayer de vivre ensemble et d’évoluer vers quelque chose de plus beau, de plus logique, et de meilleur.

Ma conclusion, c’est que l’humanité telle que je la subis en ce moment ne mérite (certes) pas vraiment de vie meilleure, (ni moi d’ailleurs – je ne m’exclus pas de ce triste constat.) Mais cela ne doit pas nous empêcher d’essayer de rester (ou de devenir) « justes » et « cohérents » autant que possible. Bien sur, j’ai très souvent honte d’être humaine. Particulièrement en ce moment, quand je vois les épuisants et pénibles comportements de certains.

Et c’est pourquoi je me suis permise de me délester un peu de mon très vif agacement de tout cela en vous infligeant ces interminables lignes.

Merci de les avoir lues, je vous donne mon bonsoir.

Pré-Hop ! Quelques réflexions avant une SRS

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D’abord, je ne suis pas née dans le mauvais corps

Je suis une femme trans. Je suis une trans pré-op. C’est à dire pas encore opérée. On dit pré-op ou post-op pour dire où l’on en est de l’opération de changement de sexe, la réassignation sexuelle, la vaginoplastie en ce qui me concerne, la SRS, Sex Reassignation Surgery. On peut dire non-opé quand on a pas l’intention de se faire opérer. Abus de langage car je ne suis pas pré-op de partout. Je suis déjà post-op du visage. J’ai fait une opération de féminisation faciale, FFS, Facial Feminisation Surgery. Et le visage ça peut sérieusement vous coller une étiquette homme ou femme. C’est important pour le genre le visage. Mais bon, quand on parle d’une trans opérée ou pas, on ne parle pas du visage on parle du sexe. Il faut croire que même pour les trans le plus important c’est le sexe 😉

Je pars à Bangkok la semaine prochaine pour faire cette vaginoplastie. Pourtant, je ne considère pas être “née dans le mauvais corps”, mais j’estime plutôt avoir été assignée à la naissance dans le mauvais genre, en fonction de la loi qui aligne systématiquement sexe et genre. J’entends souvent des trans témoigner en avançant cette idée d’être “née dans le mauvais corps”, ou bien d’être depuis toujours “prisonnière de leur corps”. Ce n’est pas ce que je ressens.

C’est la volonté de m’adapter et de me fondre dans mon environnement qui fait que je modifie mon corps et mon apparence. Dans les moments où je suis seule, je ne me sens pas de genre particulier. C’est bien socialement que je ne supporte pas le rôle d’homme, et que je me sens comme une poissonne dans l’eau en tant que femme. Ce n’est pas un conflit entre mon corps et mon esprit, mais un conflit entre le rôle social qu’on m’a collé et celui que je veux jouer. La pensée queer qui m’accompagne m’aura aidé à comprendre que le genre est une performance réitérée : je me maquille presque tous les jours ! Je me ressens femme socialement et pas biologiquement. Je n’attends aucune transformation biologique de mes opérations et de mon traitement hormonal, juste une apparence. Mon taux féminin d’estradiol dans le sang, ma testo à zero ne me mettent pas en joie. L’évolution de mes seins ou des courbes de mes hanches, si. Les traits de mon visage transformé m’ont aussi changé la vie. La notion de passing ne me gêne pas. Je me fais passer pour femme comme les métisses se faisaient passer pour blancs dans les régimes racistes (c’est l’origine du terme passing). Et c’est en me faisant passer pour femme que je  deviens femme. C’est performatif.

J’ai divers outils à ma disposition pour réaliser cette performance : la prise d’hormone et d’anti-androgène, des interventions chirurgicales sur mon visage et mon sexe, l’épilation définitive de ma barbe, la rééducation de ma voix, le remplacement total de ma garde robe, la construction d’un comportement social différent, d’une démarche différente, de gestes différents, voire d’un état d’esprit différent. Les transformations s’opérent quelquefois sans même y penser. Les habitudes se prennent. C’est comme d’apprendre à conduire une voiture. Au début on se concentre et on perd les pédales et après on fait ça sans même y penser. Tous ces efforts, conscients ou pas, je ne les produis pas en vue de faire correspondre mon corps à une vérité intérieure. Je n’ai pas dans l’idée que mon essence féminine serait contredite par mon corps, la faute au Créateur en somme. Non, je ne répare pas une erreur de la nature, je répare une erreur de l’état civil à mon égard. Comme il faut tout faire soi même pour réparer les conneries des autres, je modifie mon corps pour le conformer autant à mon attente qu’à l’attente sociale. Je veux être considérée comme une femme, car c’est dans ce genre que je me sens bien. Je ne prétends pas pour autant pouvoir complètement expliquer mon aspiration au genre féminin, ou le sentiment de rejet profond que j’ai de mon genre masculin. Tout cela est lié à mon histoire et je ne me souviens pas de tout les détails. La mémoire m’en revient progressivement, je retrouve des petits cailloux que j’avais laissé sur mon chemin, des traces de mon désir de quitter la sphère masculine et de rejoindre la sphère féminine jalonnent mon parcours depuis l’enfance.

Je ne crois pas que la biologie me détermine, mais que la société a déterminé mon genre en fonction de ce qu’elle a su de ma biologie et que c’est très violent de devoir obéir à cette injonction quand ça ne vous correspond pas. Genre et sexe c’est pas pareil, on est d’accord là dessus j’espère ? Sinon renseignez-vous avant de continuer à me lire !

“être née dans le mauvais corps” ne peut se traduire pour moi que comme “être née dans un corps (mâle) qui a conduit l’état à m’assigner dans un mauvais genre (homme)”. Je n’ai pas de ressenti d’une femellitude intérieure. Même après vagino je ne pense pas que je l’aurais ! J’ai possédé les traits sexués mâles suffisants pour jouer un rôle mâle dans le mécanisme de la reproduction. Je ne nie pas cela. Il ne s’agit pas pour moi d’un déni biologique, mais de considérer que ma biologie ne me détermine pas.

Ne me demandez pas de croire que je suis vraiment une femme, je n’ai jamais été vraiment un homme.

Une trans opérée avec laquelle j’ai discuté récemment me disait que depuis toujours son corps mâle lui posait problème et lui en pose encore post-op, parce que ce corps mâle ne lui permettait et ne lui permet toujours pas de vivre dans le genre féminin qu’elle désire. Elle a résolu le problème en partie avec sa SRS. En partie seulement. Elle est une femme maintenant pour tout le monde, y compris pour ses amants tant qu’elle ne se oute pas, sauf peut-être pour elle-même. Pour elle, le genre féminin ne s’arrête pas à être une femme en apparence et dans la sexualité, mais s’accomplit aussi dans la maternité. C’est un absolu. Celui de la reproduction. Que cela soit son malheur en cela elle rejoint nombre de femmes stériles pour diverses raisons.

Pourtant, le fait de ne pas pouvoir avoir d’enfant ne la rend pas moins femme, sauf si elle est convaincue du contraire. Pour éviter d’en souffrir, nous renonçons à tout ce que permet un corps féminin cisgenre fertile et que nous n’aurons jamais. Nous essayons de profiter de ce sur quoi nous pouvons agir, l’apparence, le social, un corps féminin trans. Enjoy ! Les boudhistes disent “Quand il n’y a pas de solution, il n’y a pas de problème”. J’essaie de ne pas me rendre malheureuse à tenter de changer des trucs que je ne peux pas. Il y a assez de problèmes avec les choses sur lesquelles on peut agir. C’est vrai qu’on peut se rendre malade quand on ne parvient pas à être satisfaite dans le genre que l’on ressent, parce qu’on ne posséde pas le corps idéalisé que l’on désire. Que l’on considère que pour avoir le genre, il faut avoir le corps, ok, mais dans la limite du techniquement possible.

Pourquoi se rendre malade en désirant des trucs qui n’existent pas en réalité ? Personne ne sait définir ce qu’est vraiment un corps mâle ou un corps femelle, à part le Bureau central de contrôle de la féminité du Comité international olympique qui prétend déterminer à coup sûr qui est femme et qui est homme, c’est beau la science ! Les intersexes sont la preuve vivante de l’infinité des variations possible entre les corps sexués. Nous sommes tous des intersexes dans le sens où nos caractéristiques sexuées sont une affaire de dosage, pas une affaire de polarité.

En vérité je vous le dit : ni le corps mâle, ni le corps femelle n’existent, ni le genre masculin, ni le genre féminin n’existent. Tout ce qu’on peut observer sur le corps, ce sont des traits sexués à dosage variables, et pour le genre une différenciation exacerbée artificiellement, pour faire croire qu’il y en a deux et qu’on doit choisir. Moi, je suis gentille et j’ai pas envie de m’expliquer en permanence, alors je choisis femme parce que je le vaux bien et que ça correspond profondément à l’endroit où je me sens à ma place, peace, zen, bien dans mes baskets. Mais ne me demandez pas de croire que je suis vraiment une femme, je n’ai jamais été vraiment un homme (je reprends ça de Kate Bornstein). Je ne sais pas me définir, je suis pas médecin du C.I.O. , moi. Croire à la réalité de la nature qui fait les garçons et les filles, quand on est trans, c’est des coups à se rendre malade effectivement.

Même les trans normatifs explosent la norme de genre

C’est la loi naturelle qui s’applique aujourd’hui. Non écrite mais largement acceptée comme norme, la loi naturelle dit qu’on est homme ou femme, êtres complémentaires créés par la Nature ou Dieu, c’est la même chose, altérité magique douée de la capacité de se reproduire, born to reproduce. La loi naturelle passe sur le fait biologique même. Le contre exemple flagrant des personnes intersexe vient la contredire en pleine poire.

Avec les intersexes, les trans dérangent la loi naturelle qui proclame le sexe et oublie le genre. Cette fusion sexe et genre créé par la culture explose avec les trans, qui refusent le lien entre leur corps sexué et leur genre. Tous les trans sont mal à l’aise avec le genre social qu’on leur a assigné à la naissance, en fonction de leur appareil génital visible. A partir de ce constat, les raisons que les trans invoquent sont diverses : certaines refusent de parler de genre (Note : par commodité de rédaction, je vais employer “elle” et parler des trans filles car c’est ce que je connais mieux, mais ça peut s’appliquer aux garçons s’ils se reconnaissent dans ce que je raconte). Celle qui me dit : “Je suis mentalement une femelle dans un corps de mâle” estime que son corps mental ne correspond pas à son corps réel. D’autres comme moi estiment plutôt que leur corps masculin ne correspond plus au genre féminin désiré. Quoi qu’elles avancent comme causes de leur transidentité, les trans remettent de fait toujours en question ce lien entre corps et genre.

Mais les trans ne vivent pas hors du temps et de la culture. Elle n’échappent pas à cette loi naturelle. Elles-mêmes sont bien souvent perturbées par l’absence du lien entre leur sexe et leur genre. Elles cherchent donc parfois à recréer le lien entre leur genre et leur corps, pour être reconnues dans le genre qu’elles ressentent ou désirent, par les autres et par elles mêmes.

Quand on est trans, on ne nait pas femme, on décide de le devenir

Quand on est trans on décide de devenir femme et c’est là que ça coince. Car cette décision, une femme cisgenre n’a pas à la prendre. Elle devient femme sans le décider. Il lui suffit d’accepter le genre qu’on lui a assigné. De suivre le mouvement qui s’impose de l’extérieur et qu’accompagne son développement biologique. Par contre, le genre ne survient jamais par défaut quand on est trans, malgré l’espoir de certaines qui ont eu pendant leur enfance l’illusion qu’elles allaient devenir femmes à la puberté de façon magique. Cela n’arrive pas et la prise de conscience est parfois douloureuse. La voix qui mue, les poils qui poussent et tous les effets de la montée de testostérone vous mettent alors le moral dans les chaussettes. Il faut agir consciemment pour devenir “celle que l’on est”. La performance de genre on sait ce que c’est quand on est trans. Et c’est parfois difficile de sentir cette différence avec les cisgenres qui ne se posent pas la question de la légitimité de leur genre. Les trans décident de changer de genre – et parfois de sexe – en fonction de perceptions plus ou moins conscientes, de ressentis intérieur plus ou moins reliés à des évènements identifiés. Mais expliquées ou pas, ces perceptions extrêmement fortes les poussent à décider un jour d’entamer une transition. C’est souvent une affaire de survie, et il faut bien ça pour se lancer dans une telle course d’obstacle. Il reste une insatisfaction difficile à combler : les trans ne vivent pas toujours très bien l’obligation qu’elles ont eu de devenir femmes par la force de leur volonté. Elles apprécieraient que le genre soit un truc qui les dépasse, magique, essentiel, transcendental, naturel, divin ! Marre de porter le chapeau, de devoir se justifier par la raison quand il s’agit de ressenti. Leur parcours de transition s’achève avec le soulagement de n’avoir plus à déployer une telle énergie pour devenir femme, et cette quête d’un aboutissement, souvent représenté par la quête du vagin, correspond à une envie de vivre l’inconscience tranquille des femmes cisgenres. Je n’ai jamais été jalouse du corps des femmes, mais je jalouse encore leur inconscience à s’incarner dans un corps féminin.

Vouloir un vagin, c’est essentialiste ?

Quand on est trans et que l’on croit aux fadaises naturalistes d’atteinte d’un idéal féminin par la vaginoplastie, pourquoi alors se lancer dans la fabrication de cet ersatz ? Et quand on y croit pas, pourquoi vouloir un vagin le plus naturel possible ? Est-ce que ce désir de vagin est une forme de soumission aux thèses essentialistes ? La volonté de rejoindre une essence féminine dont le symbole le plus fort serait le vagin ? La plupart des femmes ont un vagin. De là, s’est ancrée dans les consciences l’idée fausse que quand il n’y a pas de vagin, il n’y a pas de femme. Est ce que je veux un vagin parce que je pense qu’une vraie femme en a un ? Non, car il faudrait aussi que je crois qu’un néo-vagin est un vrai vagin, alors qu’on voit assez vite que ça reste un bricolage de chirurgien. Il y a a une autre idée fausse qui surgit alors :  “Si je ne suis pas naturelle, biologique, je ne suis pas une vraie femme donc je n’ai rien à faire d’un faux vagin”. Mais toutes ces idées sur la nature induisent qu’il existe de vraies femmes, et nous replonge dans le récit essentialiste. Une trans n’est pas plus vraie ou fausse qu’une femme cisgenre, dès lors qu’on considère le genre feminin comme le résultat socialement visible d’une détermination sociale, si l’on part du principe qu’il n’existe pas d’essence feminine qui trouverait sa vérité dans le vagin. Le vagin ne fait pas la femme, une femme – qu’elle soit trans ou cisgenre d’ailleurs – peut avoir ce qu’elle veut ou ce qu’elle peut entre les jambes, elle n’en sera pas moins femme. Il s’agit seulement d’autodéfinition de son genre. Je vous déclare que suis une femme, et cela rend la chose vraie, sans autre preuve à fournir. Je pourrais en rester là et je n’en serais pas moins une femme. Mais je décide de m’approprier certains traits de la féminité que je désire pour moi. J’aide cette acceptation de mon genre désiré pour moi et pour les autres en travaillant mon apparence. Je pioche et je m’approprie certains codes de genre convenus. J’autodétermine mon genre et me construis socialement comme je le ressens.

Je veux que l’on me fabrique un truc qui ressemble à sexe féminin, qui fonctionne à peu près pareil. Je sais qu’un néo-vagin a peu à voir avec un appareil reproducteur femelle, je ne le fais pas pour la reproduction mais pour construire à cet endroit de mon corps la féminité que je désire.

Je n’attends pas de l’opération qu’elle me rende plus femme que je ne le suis déjà. Avec mon vagin, je ne serais pas plus femme que je n’ai été homme avec mon pénis. J’ai été masculine et même très virile, avec des poils partout. Je serai féminine dans un type de féminité que je décide et qui pourra évoluer.

Ma transition est une construction consciente et je suis preneuse de toute la technologie disponible. De la même façon que j’ai composé ma garde robe féminine, composé mon comportement féminin, cherché, trouvé et travaillé ma voix féminine, je construirai mon vagin.

Je ne sacralise pas spécialement cette partie de mon corps plutôt qu’une autre. Je souhaite que mon corps corresponde à ce que j’ai envie d’exprimer et de vivre socialement par mon apparence.

Non à l’abolition de la transidentité

Pour certaines, si la transidentité était reconnue socialement, si on pouvait librement exprimer son genre, on n’aurait plus besoin de faire des transitions, plus besoin de procéder à une quelconque modification de son apparence, plus besoin de recourir à la chirurgie ou aux hormones, la transidentité disparaîtrait. Le genre disparaîtrait. Comme disait ma mère : “Si ma tante en avait on l’appellerait mon oncle”.

Dire que les normes et les lois nous imposent des parcours de transition au fond non désirés, c’est nier la capacité d’agir de chaque personne. Même si le genre est social, il y a une part de représentation de soi à soi qui compte. J’ai besoin d’être une femme pas seulement pour les autres, mais aussi pour moi, pour le seul plaisir de décider de la case dans laquelle je me mets. Je déclare être une femme. Je le décide. J’abolis non pas le genre mais je refuse d’être placée dans le mauvais genre, la mauvaise case. Je construis une certaine féminité trans, qui est la résultante d’un parcours de vie, d’un passé masculin. C’est un parcours singulier, à côté d’autres qui créent de nouveaux genres, nous construisons n genres et ne souhaitons en abolir aucun. Je ne crois pas et n’appelle pas à la disparition du genre, même si la disparition de sa mention binaire sur les papiers d’identité ne me tirerait pas de larmes.

On ne connait pas la source de la transidentité, ce besoin de transformation. C’est un sentiment profond. Dire qu’on y peut rien et que la société doit l’accepter, nous respecter par l’égalité des droits, je suis d’accord. OK. D’accord c’est pas  notre faute si nous sommes trans. C’est un machin qui vient d’on ne sait où. Mais ça n’explique pas la part de refus des normes qui nous anime. Quelle est la part de jeu, de désir et de plaisir de sentir la liberté humaine de conduire sa vie, d’agir sur son corps ?

La justification du désir

Il y a des personnes, qui aspirent à l’ablation d’une partie saine de leur corps. Il s’agit souvent d’un besoin impérieux d’être amputé d’un membre ou de plusieurs pour faire correspondre son corps à une identité corporelle ressentie. La médecine bien entendu en a fait une maladie mentale classée dans les perversions sexuelles. Une paraphilie parmis d’autres. Philie, c’est que ces personnes aiment ça, que c’est un choix, un fétichisme. Quand la médecine condescent à admettre que ça correspond à un besoin vital c’est parce que la personne qui souhaite l’opération leur pipote que le truc les dépasse, que la pulsion est plus forte que leur volonté. C’est énorme de vouloir se faire sauter une jambe. Ça fait froid dans le dos. Les psys voudraient supprimer le désir plutôt que de supprimer le membre, et là on a tendance à se dire que ça serait quand même mieux au fond. Mais ces personnes ne sont pas plus malades que les trans, et ne ressentent pas la suppression d’un membre comme une mutilation, mais comme le retour à un schéma corporel dans lequel ce membre n’a pas sa place. Pour eux comme pour les trans il s’agit d’un besoin puissant d’atteindre un corps désiré. Ils vont devoir convaincre les médecins car se défaire d’une jambe de trop en solo c’est pas gagné. Certains vont jusqu’à provoquer des lésions au membre qu’ils veulent voir disparaître, en le faisant geler dans la neige par exemple, alors que ce sont des personnes saines d’esprit.

On sait que des trans ont quelquefois des parcours qui passent par l’automutilation, des désirs de pénectomie, et les trans sont pourtant des personnes tout aussi saines d’esprit (enfin en moyenne pas moins que les cisgenres). Ces gestes désespérés ne sont pas le symptome d’une pathologie, mais la conséquence du refus des médecins d’opérer. Pourquoi doit-on justifier le besoin vital d’une opération par des argumentations essentialistes : “Je ne sais pas d’où cela vient”, “C’est inné”, etc. ? Pour convaincre les médecins, nous devons reproduire ce discours qui raconte que nous sommes impuissants devant l’action d’une puissance supérieure qui contrôle nos désirs, et que seule la force de leurs super-pouvoirs de médecin sera capable de la vaincre pour nous. Finissons-en avec les justifications mystiques de nos désirs de changements corporels, alors que notre raison peut expliquer ce désir simplement par l’exploration de notre vécu, de ce que nous avons acquis et compris. La transidentité n’est que désir, c’est le refus du désir par ceux là même qui peuvent le satisfaire qui provoque les souffrances qui ensuite nous rendent malades, dépressifs ou suicidaires. Un désir peut-être impérieux et doit être reconnu. Un apotemnophile – on dit comme ça dans la nosologie – opéré est un apotempnophile heureux ! S’il est trans en plus il a de quoi s’amuser !

Je n’ai pas de problèmes existentiels à avoir une bite plutôt qu’une chatte, mais des problèmes pratiques

Au début de ma transition j’étais tellement anti-essentialiste que pensais pouvoir rester une femme à bite. L’idée ne me dérangeait pas, voire me séduisait. Je ne trouvais pas de raisons valables à mon désir de changement de sexe. J’intériorisais en quelque sorte l’essentialisme puisque les raisons pratiques ou le désir que j’éprouvais ne me suffisaient pas à prendre la décision. Après réflexion, j’envisage la chirurgie. Je vais lister les quelques raisons qui me poussent à la vaginoplastie :

–       Pour moi qui recherche à terme l’invisibilité, je considère que d’avoir un vagin rend ce désir plus accessible. Je n’aurai plus à pratiquer le tucking, technique consistant à repousser les testicules dans le corps et à replier le pénis en arrière entre les jambes. Ce n’est pas toujours archi-confortable, et il reste toujours une bosse disgracieuse entre les jambes. Enfiler une culotte est malcommode, car pas conçue pour contenir tout ce matos, et il y a nécessité de maintenir l’ensemble par divers moyens, moi j’utilise un panty moulant, ce qui en été est pénible. Quelquefois la compression se fait douloureuse et on a pas toujours le moyen d’y remédier très vite : il faut aller aux toilettes pour remettre les choses en place. J’ai été obligée l’été dernier de comprimer mon sexe à chaque fois que je voulais enfiler un maillot de bain pour aller à la plage ou à la piscine, et encore des parties de testicules apparaissaient à l’aine, je n’étais pas à l’aise.

–       Avoir un vagin c’est retrouver une libido satisfaisante. Je prends aujourd’hui des œstrogènes féminisantes et des anti-androgène dévirilisantes, qui bloquent la production de testostérone. Le problème des anti-androgènes c’est qu’ils suppriment complétement la libido. La production de testostérone se fait dans les testicules. La vaginoplastie en supprimant mes testicules supprimera aussi la nécessité de l’anti-androgène et du coup je retrouverai une libido et, cerise sur le clito… un organe sexuel fonctionnel, du moins je l’espère.

–       Avec une vagino j’obtiendrai un état civil conforme à mon genre. La procédure est en cours et la présidente du tribunal à clairement posé comme condition la réalisation de cette opération. Je décide d’obéir aux ordres.

Construire mon corps, fabriquer ma sexualité

Avec mon opération, je veux construire une nouvelle sexualité avec ma partenaire puisque c’est possible. La relation sexuelle est aussi une relation sociale, et elle se s’élabore comme le reste. J’essaie de ne pas mettre de la magie dans ma transition. De ne pas fantasmer le vagin. Je n’attends pas d’une SRS qu’elle soit un aboutissement, l’atteinte d’un état extatique, l’accession au bonheur. Mon bonheur d’avoir un vagin ressemble plutôt au bonheur de la possession d’un nouvel objet matériel convoité. Si il est question de magie comparons cela à la magie de Noël ! J’ai le sentiment d’être la veille de noël quand j’étais enfant et que j’attendais mes cadeaux. J’espère que j’aurais toujours les moyens de m’offrir les meilleurs jouets. Un néo-vagin c’est quand même un super sextoy, hors de prix d’ailleurs, sur ce plan purement commercial aussi on pourrait progresser afin de réduire les coûts !

Même si je dis que je ne suis pas née dans le mauvais corps, ça ne veut pas dire que je n’ai pas eu des problèmes avec mon corps mâle. J’ai rejeté ce corps masculin tout au long de ma vie sexuelle, et c’est le trouble dans le sexe qui m’a finalement amené à réfléchir à la question de mon genre, après bien des errements. Maintenant que je suis une femme socialement et que ça va beaucoup mieux merci, il me gêne de plus en plus ce pénis.

L’envie d’avoir un vagin correspond aussi à un désir de sentir un creux plutôt qu’un plein dans les jeux de pénétration, d’être pénétrée vaginalement plutôt que de pénétrer. Je veux, si c’est possible, jouir de cette sensation. Bien avant de découvrir ma transidentité, j’inversais le sens de la pénétration dans ma tête et ce n’est qu’en m’imaginant pénétrée que je jouissais. C’était très cérébral comme exercice, et assez frustrant. Je voudrais quitter un tant soit peu cette cérébralité pour l’éprouver dans mon corps. Mais la pénétration n’est pas ce qui me préoccupe le plus. Je veux sentir mon clitoris à l’intérieur de moi, au plus près de mon corps et pas au bout d’un appendice, loin de moi.

Je n’ai certainement pas inventé ces désirs, ces fantasmes, pourtant ils sont en moi. J’ai intériorisé des schémas excitants de relation sexuelle en étant une femme dans ma tête. Je veux l’être le plus possible dans mon corps.

La technologie de changement de sexe

Tout n’est pas possible. Les technologies sont balbutiantes et aucun effort n’est fait pour rechercher des solutions un peu plus performantes pour les changements de sexe et c’est encore pire pour les mecs trans, comme par hasard. Beaucoup de parties du corps restent marqués par l’action de la testo. Les hormones permettent de revenir en arrière jusqu’à un certain point, mais il y a des limites. Il y a une foule de choses qu’on ne sait pas modifier, du moins quand la testostérone a fait son effet après la puberté. Le squelette c’est compliqué, même si certaines retouches sont possibles : on peut retirer des côtes, on peut retoucher la structure osseuse de la face, on ne peut pas réduire la taille des mains. Aucune recherche n’est faite pour mener des recherches afin d’améliorer les techniques. Tout est bricolage. Les endocrinologues prescrivent des traitements hormonaux qui en réalité ne sont pas fait pour cela, mais pour les femmes ménauposées et les délinquants sexuels.

L’ampleur du business de changement de sexe en Thaïlande fait qu’ils sont moins à la traine là-bas qu’ailleurs dans le monde. Concurrence oblige. Mais même le meilleur de la technologie disponible est aujourd’hui très limité. On ne sait pas recréer l’appareil de reproduction : la vagino crée la salle de jeu, mais pas la nurserie ! Il s’agit donc d’être réaliste et d’agir dans un contexte donné, de composer avec une réalité assez pauvre, de faire avec l’état de l’art et de la science, c’est à dire pas grand chose. Il faut voir ce qui est faisable et peser les risques. Je ne donne à un chirurgien le droit de transformer mon corps que si j’ai confiance et que je peux raisonnablement avoir une idée du résultat à l’avance. J’essaie de garder le contrôle sur mon corps et de ne pas devenir un objet dans les pattes des médecins. J’ai la chance de pouvoir échapper à la transphobie de classe représentée par les équipes hospitalières prétendument officielles. J’échappe à leurs parcours psy d’une violence inouïe et à la médiocrité – pour ne pas dire plus dans certains cas – de leurs résultats opératoires.

L’opé

Ça consiste à transformer mon sexe mâle en sexe femelle. Selon la compétence du chirurgien l’aspect et la fonctionnalité de ce néo-vagin sont bonnes. Presque tout est utilisé et on peut dire que le pénis est démonté puis remonté en vagin. L’opération pourrait se comparer dans la phase de démontage au retour à un stade embryonnaire d’indifférentiation sexuée, au stade des gonades, quand l’action des hormones n’a pas encore influencé le développement de l’appareil génital dans une direction ou l’autre. Le gland peut alors devenir clitoris, la peau rose et tendre de l’intérieur du prépuce devient capuchon du clito et petites lèvres, la peau plissée du scrotum devient grandes lèvres. C’est un vrai travail de dentelière. La majeure partie du corps caverneux est balancé, mais je ne doute pas qu’un jour on en fasse quelque chose, peut-être lorsqu’on aura admis qu’un clitoris est autre chose qu’un petit bouton et que les femmes elles aussi ont un corps caverneux érectile. Exit aussi l’éjaculation, alors qu’une femme cisgenre à cette possibilité. On jette aussi les testicules, quel dommage ! à quand des greffes pour les FtM, qui refileraient d’autres trucs aux MtF, dans une grande bourse d’échange biocompatible ?

J’ai lu pas mal de témoignages sur les opés, les chirurgiens, les techniques. Une copine m’a montré sa néo-foufoune. Ça va, je me lance.  Ce que j’aurais techniquement sera un néo-vagin, pas un vagin, mais si j’ai envie de l’appeler mon vagin je vais pas m’en priver. Ça fait belle lurette que je n’ai plus un gland, mais un clito, mal placé, mais un clito quand même.

Je suis out “si je veux, quand je veux”.

Je ne suis pas née dans le mauvais corps mais je vais faire une vagino. J’ai dit pourquoi. Ma copine se ferait bien enlever les seins parce que c’est lourd et encombrant. Elle ne se sens pas mec donc elle a pas le droit de les enlever complètement, elle a juste pu les faire réduire mais les enlever c’est interdit pour une femme qui n’a pas un cancer. Il faut entrer dans le circuit « trans » et elle n’a pas envie. Moi de mon côté j’ai mille fois plus envie d’être fille socialement qu’elle a envie d’être un mec.

Mais revenons à ma bite. Ou plutôt mon ante-vagin. Je vais faire remodeler ma bite en forme de vagin pour des raisons pratiques : passing en maillot de bain, arrêt de production de testostérone, construire une autre sexualité, avoir des papiers. Alors certes, cette envie de passing, ce désir d’une apparence féminine du corps par les hormones, la sexualité comme-ci ou comme-ça, je ne l’ai pas inventé toute seule. Au début, à ma naissance je n’y pensais pas tellement. Je ne dirais pas que c’est le méchant état binaire qui me l’a imposé (quoique c’est vrai en partie car avoir des papiers conformes ça me branche bien aussi), mais c’est pas le vilain état qui a décidé pour moi.

Je ne dirais pas non plus que c’est un truc inné. C’est plutôt ce qui est “dans l’air”, l’ambiance générale, la norme que j’accepte consciemment ou pas, ce que j’ai acquis depuis toute petite. Les normes ne sont pas les lois. Il y a des lois jamais respectées du fait de la puissance des normes, et pourtant les normes on peut les transgresser sans aller en prison. On ne le fait pas. Pourquoi ?

Les normes ça passe partout, et ce n’est pas un truc imposé d’en haut, c’est horizontal. Elle sont en nous, intériorisées. Nous, les trans, à défaut d’enfreindre les lois, on bouscule un peu les normes. Et on est pas toujours à l’aise avec ça. Du fait de l’intériorisation. Et puis, il faut bien le dire aussi, du fait de la transphobie. L’acceptation des trans est inversement proportionnelle au passing. C’est tout de même plus peinard pour beaucoup de rester au chaud dans le système de genre actuel. Y renoncer full-time c’est un positionnement radical, ou l’impossibilité de faire autrement. On a pas toujours le choix. On a pas toujours le passing que l’on voudrait, mais celui que l’on peut. Après quand on l’a, on peut choisir. On peut décider l’ambiguïté, l’entre deux genre. Niquer les normes, l’annoncer en un acte militant inscrit dans son corps est une posture que je n’ai pas envie de vivre. Faut assumer d’avoir un Post-it collé en permanence sur le front avec écrit “Je fucke le genre”. Moi je veux même des papiers en règle ! Merde alors ! J’ai marché pour ça à l’Existrans !

Foucault disait “Ne me demandez pas qui je suis et ne me dites pas de rester le même : c’est une morale d’état civil ; elle régit nos papiers. Qu’elle nous laisse libres quand il s’agit d’écrire”. C’est de Foucault, qui était pédé placard tout de même faut pas oublier ça. Pour moi il ne s’agit pas seulement d’écrire et si Foucault était placard ne m’emmerdez pas, j’ai le droit moi aussi à mon passing. Je suis out « si je veux, quand je veux ». Car j’assume aussi d’être publiquement femme trans à certains moment, c’est mon p’tit geste pour la cause… Si on me le demande, je suis une femme, ou une femme trans selon la situation et la personne à qui je m’adresse.

Je vous laisse, mon avion pour Bangkok décolle dans peu de temps. On en reparle… post hop !

Le 29 octobre 2012

pourquoi je suis trans (à grande vitesse) ?

est-ce qu’il suffit de le dire pour l’être ? (suivez le lien… merci yagg !)

une élucubration de plus de Rebecca, spéciale dédicace à toutes celleux qui tournent en rond à essayer de trouver qui elles sont alors que ce n’est qu’en le devenant qu’elles le sauront (je me comprends)

J’entends souvent ici et là dans le petit monde de l’autosupport trans réel ou virtuel : « voilà, je me pose des questions, je suis comme ci, je pense comme ça, je me demande si je ne suis pas trans, par hasard ? » Mais qui d’autre oserait prétendre répondre à une question aussi absurde que quelques charlatans experts en idées reçues ou pire encore ? A quel degré faut-il se mépriser pour se poser la question à soi-même comme au premier psy qui passe ?

 « On ne nait pas trans, on le devient »

Etre trans n’est pas un état, c’est un mouvement. Un mouvement vers nous même et vers les autres. Un mouvement de construction intime et sociale contre les apparences. Un mouvement de révolte contre des normes oppressantes qui voudraient nous empêcher d’exister. Seul ce mouvement est signifiant, le reste n’est rien. Etre soi-même n’existe pas, on le devient à vive allure, avant de disparaître sans crier garde dans un néant un peu angoissant (mais on l’espère très reposant).

Faudra-t-il que j’écrive mes Mémoires d’un jeune homme rangé pour que tu comprennes enfin Beauvoir ? (qui s’appelle Simone, comme ma grand mère, ouais ouais)

L’essayer c’est l’adopter !

Bref, je m’égare… Mais quelque soit la puissance magique qui nous pousse sans répit à être nous-même, seuls nos actes nous définissent aux yeux des autres comme à notre propre perception. Et j’ai donc l’impression assez amusante que la seule manière fiable de savoir si on on est trans ça reste encore de le devenir, je veux dire par là que la seule manière de savoir si on est femme (par exemple), c’est de le devenir, ce qui n’empêche pas de le contester aussitôt – et on ne sera pas la première -, mais c’est une autre histoire !

Et je te vois venir : ne me demande pas les actes authentiquement trans homologués par l’Ordre social, j’ai jeté la veille notice périmée en attendant la mise à jour qui n’arrive pas, du coup je suis un peu démunie, mais je te tiens au courant.

En conclusion, parce que toute cette démonstration laborieuse commence à m’ennuyer un peu, je ne peux donc que déduire à la vue de mon itinéraire fatal de femme© que je suis Transe à Grande Vitesse tant que le rail défile, ne me demande pas pourquoi, je peux juste essayer de te dire comment.

Transphobie de classe

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Le Dr Morel-Journel face à un trans dans « Le Sexe de mon identité » de Clara Vuillermoz

Ce soir nous étions au forum des images. Je représentais avec d’autres le collectif Existrans, venu débattre avec le public autour du documentaire projeté : »Le Sexe de mon identité » de Clara Vuillermoz, destiné à la télévision, qui décrit des parcours hospitaliers FtM et MtF dans le cadre du GRETIS à Lyon.

A la vue de ce documentaire une chose m’a frappée : la transphobie ne touche pas tout le monde de la même façon. Selon votre classe sociale, vous pouvez passer au travers de pas mal d’épreuves, notamment l’épreuve qui consiste à laisser des médecins décider ce qu’ils feront de votre corps. Vous pourrez vous soustraire à ces mauvais traitements uniquement si vous avez la capacité à payer les traitements et les opérations sans vous faire rembourser.

Dans le film, on assiste, et c’est une première, au « conseil de classe », qui décide du passage ou pas sous le bistouri de ce bon docteur Morel Journel. Un brave homme au demeurant, qui a réfléchi à la question, et qui semble plus avancé que ses copains de classe sur les questions de genre (il a lu le Gender Outlaw ou quoi ?). Par exemple lui envisage assez sereinement que quelqu’un puisse demander une ligature des trompes sans autre chose de plus (phalloplastie ou mamectomie), ses potes profs au conseil trouvent quand à eux que tout fout le camp, qu’on peut quand même pas aller mettre des écailles sur le dos de quelqu’un ou fabriquer des monstres juste pour faire plaisir.

C’est quoi ces trans qui demandent des trucs sans même avoir l’air de souffrir ? Eux les toubibs on leur à dit qu’ils étaient là pour soigner, éviter la souffrance. Ils ont juré craché sous serment, ils ne peuvent plus déroger. Donc ils veulent pouvoir la juger cette souffrance. Suffit pas de se dire trans, de dire je veux ci ou ça, ou pas ci ou ça. Il faut évaluer longuement, peser le pour et le contre des années avant de faire des cadeaux de Noël à ces pauvres trans sans le sous qui souffrent tant. Dire oui à ces opérations tellement irréversibles qu’on dirait que c’est à eux qu’on va transformer le pénis en vagin leur fout une de ces pétoches ! Leur responsabilité est engagée vous comprenez. Alors pas question de se défausser, on decide entre nous. Pas unE trans ne fait partie du conseil. Y’a même pas de délégué de classe. Juste la caméra de Clara Vuillermoz cette fois, qui capte ces débats de haute volée philosophique et éthique, ou papas et mamans psy, endocrino, et chirurgien (y’a une femme dans le lot) vont dire oui ou non à cette demande folle. Ils vont la prendre pour vous cette responsabilité. « Je pratique une chirurgie qui transforme un corps sain en un corps imparfait, dépendant à vie de la médecine. » déclare le Dr Morel-Journel, ce qui est juste si l’on s’en tient à la matérialité des faits mais donne une idée de l’angle de vue quelque peu différent et antagoniste avec un point de vue trans.

La seule du reportage qui a pu échapper à ce parcours hospitalier est chef d’entreprise. Cela confirme s’il était besoin que quand on a les moyens, on évite de se faire traiter en objet et on décide comme un grand ou comme une grande de son orientation… heu… de ses opérations.

Transphobie de classe. Classe dominante, les toubibs, classe dominée, les trans. Jusqu’à quand ? Tous ces professeurs décident pour vous. Il faut les voir évaluer les candidats. Les malgenrant systématiquement (sauf MJ) Les psys : « Crédible en femme cet homme ? Non ! Pas crédible ! Trop vieux ! D’ailleurs on l’a refusé y’a 10 ans ! Pas sexy !  » Se rendant compte de l’énormité de leur cruauté, ils se gaussent « Oh, oh, oh, heureusement on est pas à pour juger en fonction de notre idéal féminin ». Allez ça passe, va pour cette fois, grâce au coup de pouce de MJ, IL l’aura sa vagino LE trans !

A ne pas manquer, le conseil de classe transphobe comme si vous y étiez, c’est fin octobre sur France 3 (le 26 octobre à 23:45 je crois)

Coupables et victimes de la transidentité

écureuil cattelan

Maurizio Cattelan, Bidididobidiboo, installation, 1996 ou “Comment un écureuil a-t-il pu en arriver là ?”

Ressentir de la culpabilité, je connais bien ce sentiment. C’est sans doute un sentiment utile quelquefois, pour repérer quand on fait bien ou quand on fait mal, mais lorsqu’on continue à se sentir coupable alors qu’on ne fait rien de mal c’est très pénible et il faut parvenir à se détacher de ce sentiment qui nous bloque. Quel mal faisons nous ? Nous perturbons un système de genre qui nous oppresse. Qui est coupable, le système oppressif que nous n’avons pas choisi ou bien nous qui cherchons à vivre en harmonie avec nous même et les autres ? La culpabilité est souvent un masque, un voile qui empêche de voir les choses. Ce voile m’a servi aussi de protection pour ne pas comprendre et du coup pour ne pas agir pendant bien longtemps. Le jour où j’ai pris le temps d’y réfléchir vraiment à cette culpabilité, correspond au jour où j’ai aussi considéré que les gens qui m’entouraient étaient des êtres et non des objets manipulables, mes victimes. J’ai cessé de me sentir toute puissante, et du coup de me sentir coupable. J’ai permis aux autres de prendre leurs responsabilités, et leurs distance si c’était leur choix. J’ai moi-même cessé de me sentir victime (de ma mère notamment). Nous sommes tous (en tous cas les gens fréquentables) des êtres doués de raison, rarement des coupables tous puissants ou des victimes incapables d’agir. Bien sûr que ça existe, les victimes, les coupables, mais par rapport à une morale. Je ne considère pas la transidentité immorale ou amorale. Donc je ne considère pas qu’être trans fasse de moi une coupable. Si mon entourage est victime, c’est du système de genre, pas de moi. Si l’entourage réfléchit aussi, il s’aperçoit qu’il n’est pas notre victime. Mais le problème est que l’entourage ne réfléchit pas toujours très bien. Il est quelquefois perturbé par nos changements, et comme il n’a pas la puissance du ressenti que nous pouvons avoir et qui aide à comprendre, il est un peu paumé. Dans ce cas, la solution de facilité est de s’en prendre à nous ou de faire de nous les responsables du problème. La position de victime est confortable (celle de coupable aussi d’une certaine façon). A nous, si nous pouvons, si l’entourage l’accepte, de faire de la pédagogie. C’est pas toujours simple, mais si l’on se sent soi-même coupable, les choses risquent fort de s’embrouiller, à nos dépends.

Renvoyons au système de genre sa responsabilité, et faisons comprendre à ceux qui croient en ce système que ce n’est qu’une croyance qui ne repose sur rien de sérieux.

Se débarrasser soi-même de cette croyance, c’est la première chose à faire. Cela aide beaucoup à cesser de se sentir coupable.

La transidentité est une merde !

Cloaca, Wim Delvoye, 2000.

Les dégats sont inévitables. La transidentité est une merde !

J’ai l’air de rigoler ? Ce n’est pas le cas. La transidentité est une merde, pas un choix. On est mal et quand on comprend enfin pourquoi, quand on décide d’agir pour cesser d’être mal, les ennuis commencent. Nous sommes considérées comme égoïstes, dérangées, pas capables d’accepter la réalité (bio), dures pour nos proches, insensibles à la peine que nous faisons aux autres, délirantes. Bien sûr ça se passe bien avec certaines personnes, heureusement… Mais ce sont des efforts pour nous nommer, nous accepter dans notre nouveau genre. Bien sûr il y a de l’indifférence, et quelquefois du soutien, et heureusement. Mais nous devons lutter, attendre, être patientes, payer, nous ruiner même pour être bien avec nous même.

Alors si au départ nous ne sommes pas sûres de nos convictions, de ce que nous sommes, de ce que nous sommes prêtes à jeter en sacrifice pour ce bien-être bien réel (oui on est mieux avec nous même), alors si nous ne sommes pas prêtes à être délaissées, oubliées, rejetées, il vaudrait mieux s’abstenir (mais le pouvons nous ?). Nous sommes « spéciales » et considérées comme telles. Les gens ne le disent pas en face, mais ils pensent « Whaaa, c’est spécial ! »

Nous ne rentrons plus dans le moule, dans la norme de genre impensée et acceptée par la majorité. Nous bousculons cette norme, ce confort de certitudes.

Trans, toi qui est au seuil de ton coming-out, je te mets en garde. Je sais ce que tu ressens par rapport aux normes, ta peur de les transgresser. Je ne juge pas du tout cette peur, je la comprends. Et si je n’étais pas dans ce cas, dans l’attente d’une vie tranquille et dans la norme, je ne soignerais pas autant mon passing. Je ne veux pas que les gens éprouvent en me voyant une gêne d’être en face de quelqu’un en dehors de la norme. Mais les gens qui m’ont connue avant, et ils sont les plus nombreux, ils éprouvent bien le sentiment d’un écart de la norme, et ils le vivent plus ou moins bien (mon passing les aide, ils ont moins le sentiment de transgresser eux-même la norme en m’acceptant, quand je te dis que c’est la merde !). Souvent grâce à ce passing ils m’acceptent assez bien, heureusement pour moi (mes enfants, ma mère, mon père, ma compagne ne m’ont pas rejetée, pas du tout mais beaucoup d’autres se sont éloignés, et je constate un carnet de commande bien en baisse au niveau pro, peut-être conjoncturel, comment savoir ?)

Trans, mon amie,si tu fais cette transition et que cela se voit (c’est le but je pense), tu transgressera ouvertement la norme de genre. Tout peut arriver, en positif et en négatif (et heureusement aussi en indifférence). mais sans doute que si tu doutes, cela va augmenter les réactions négatives. SI tu est sûre de toi, que tu sais que tu transgresses une norme INJUSTE, que tu rejettes cette norme plutôt que d’être rejetée, que tu ne culpabilises pas, que tu peux expliquer en quoi ce que tu fais n’est pas préjudiciable pour les autres… cela rend les choses plus faciles.

Par contre, trans, mon amie, si tu est bouffée à la norme, si tu intériorises l’essentialisme, le déterminisme biologique, malheur à toi ! Cela te conduis à une intériorisation de la responsabilité, voire même de la culpabilité. D’où ma mise en garde, tout à fait amicale.

Le sentiment de plénitude qui nous rempli dans les premiers moments d’une transition est trompeur. Nous le confondons avec l’atteinte du bonheur (un autre leurre, une autre merde!). La transition n’apporte pas de bonheur, la transition ne fait que mettre un terme au malaise de devoir vivre « à côté de son genre ». La transition résoud simplement le conflit que nous avons en nous avec la norme de genre qui dysfonctionne et nous oppresse (la norme de genre est atteinte de dysphorie selon moi). C’est énorme, ça fait du bien, mais ça ne règle rien d’autre et ça n’apporte pas le bonheur mais la paix intérieure. Le prix de cette paix peut être lourd. Je ne suis même pas sûre moi-même d’être prête à le payer, je n’ai pas l’âme d’une martyre.