L’Histoire de Lou (13)

Le corps de Lou (2/2)

Sculpture "Femme joyeuse" d'Alain Guillotin

Sculpture « Femme joyeuse » d’Alain Guillotin


Il y a quelques années Lou avait réalisé comme finalement son corps et elle faisaient deux.
« Tu sais je n’arrivais même pas à dire ces termes : « mon corps » … non .. l’expression qui était la plus juste pour moi était « le corps dans lequel je vis » … comme une distance, un détachement … »
Un jour, dans un groupe, Lou exprima cela : la distance qu’elle ressentait vis à vis du corps dans lequel elle vivait.
Les regards interrogateurs qu’elle reçut en réponse à la révélation qu’elle venait de livrer lui firent comprendre que cette perception lui était propre, qu’elle n’était vraisemblablement pas partagée par les autres membres de l’assistance.
« J’étais donc la seule à ressentir cela ? »

Ce fut des mois plus tard, lorsqu’elle s’appliquait à modeler son corps à ce qu’elle voulait qu’il soit, qu’elle réalisa à quel point cette vérité qu’elle avait formulée avait sens.

« Je crois que j’ai pris conscience là que cette distanciation était directement issue de mes expériences d’abus. Comme si, vois-tu, je m’étais alors définitivement extirpé de mon corps et que celui-ci n’était plus qu’une enveloppe charnelle dans laquelle moi j’évoluais mais qui ne me constituait pas … Ce fut très étrange cette révélation … »

En somme la transition de Lou, constituait parallèlement une entreprise de réincarnation, une manière, pour elle, de reprendre possession de ce bien dont elle s’était autrefois séparé, de cette partie d’elle-même qu’elle avait autrefois abandonnée …

« Je me suis évidemment longuement interrogée sur les incidences de ces expériences d’abus sur ma transidentité … »

Dans sa recherche intérieure Lou avait retrouvé des traces de sa féminité dans son passé plus lointain encore et notamment dans sa perception d’elle-même. « Heureusement ! , me dit-elle.
« J’aime à penser que ces expériences avec mon père n’ont eu aucune incidence sur mon désir de vivre femme, voire sur ma perception féminine de moi-même. Je ne voudrais pas lui donner cela. »

« Dans sa réalité je n’étais pas femme avec lui … c’est ma masculinité naissante d’enfant, ou d’adolescent, qui était l’objet de son délire. »

Si bien sûr, Lou s’était interrogée sur sa non-masculinité et son refus de son désir masculin, en lien avec ce qu’elle avait pu vivre, il lui était confortable de réaliser que ses jeux d’enfants étaient des jeux dits « féminins », que ses amis d’autrefois les plus chers étaient des amies et qu’elle gardait par conséquent la totale responsabilité de ce qu’elle était aujourd’hui. « Je ne voudrais pas lui donner cela. » m’avait-elle dit.

Par ailleurs, au fur et à mesure de l’évolution de son corps, au fur et à mesure que son regard se modifiait, dans le sens où plus le temps passait, plus sa vision de celui-ci était féminine, plus alors Lou remarquait que « curieusement » elle se mettait à apprécier la rondeur des formes féminines et en venait à regarder les femmes, toutes les femmes, autrement.

Imperceptiblement, elle prenait conscience de la féminité qui « prenait forme » en elle et elle s’en réjouissait. « C’est comme si quelque chose se modifiait en profondeur sur ma perception de la beauté féminine ou peut-être plus exactement sur la féminité. »

Auparavant, bien auparavant, c’est à dire à l’époque où Lou regardait les femmes plus que les hommes, ses attirances allaient clairement vers les femmes androgynes, ou qui, en tous les cas n’avaient précisément pas ces rondeurs qu’elle évoquaient maintenant.

« Le fait de voir celles-ci poindre chez moi, a changé ma vision ! Je me suis mise à les apprécier comme une identification directe de ma féminité, donc plus généralement de La féminité. »

Du coup, les différences corporelles entre les hommes et les femmes sont devenues pour Lou plus voyantes, plus caractérisables … Elle s’aperçut, au fil des mois que même son regard sur les hommes se modifiait. Elle n’en appréciait finalement que plus, les spécificités de la sexuation des corps et cela la renvoyait plus encore à son besoin de se séparer le plus totalement possible de ces marques corporelles qui caractérisaient encore sa masculinité passée.

Cela faisait un peu moins d’un an que Lou était sous traitement hormonal, lorsqu’elle me dit, fantasme ou réalité, qu’elle percevait (déjà) chez elle des évolutions corporelles comme un léger affaissement de ses épaules ou un léger renflement de ses hanches.
Fantasme ou réalité ? Etait-ce son corps qui évoluait ou bien son regard qui se transformait ? Je sentais, en tout état de cause, que ces légères modifications corporelles, comme à l’époque où Lou guettait la croissance naissante de ses seins, fortifiaient en elle sa perception intime de sa transformation et qu’elles favorisaient l’intégration, l’incarnation de sa féminité. Et cela semblait bon pour elle !

Même son visage, me dit-elle, prenait des formes différentes.
Elle le trouvait plus féminin sans savoir définir exactement pourquoi.

En somme, elle goûtait les joies de l’hormonothérapie qu’elle avait décidé de suivre et chaque jour elle s’en félicitait !

« Tout est mieux dans le meilleur des mondes, Lou, alors ?! »
Lou sourit lorsque je lui fis cette remarque un tant soit peu provocatrice.
« Tu veux que je te parle de ce qui ne va pas, c’est ça ?! »
Je ne savais pas exactement pourquoi je lui avais posé cette question ; peut-être me semblait-il que ce tableau était un peu trop « idyllique », qu’il manquait d’objectivité et, dans ma recherche de la Vérité, avec un grand V, il m’aurait paru peu juste de m’en tenir là, ou tout au moins, il me semblait nécessaire d’interroger Lou sur cela.

« Ai-je envie de t’en parler ? » s’interrogea Lou, non sans un sourire.
Elle m’avoua alors qu’elle n’aimait pas « toutes les formes » que prenait son corps et qu’elle guettait notamment l’évolution de ses fesses dont les formes qu’elle caractérisait de masculines, musclées et rebondies, lui convenaient tout à fait et qu’elle ne souhaitait donc pas les voir se modifier !

« A une époque de ma vie, je disais, « mes fesses c’est mon fond de commerce ! » … mais c’était un autre temps ! » Elle avait en tous les cas gardé un certain attachement à cette partie de son corps et elle nota à cette occasion que si, pendant des années, il lui était difficile de parles de « son » corps, parler de « ses » fesses n’avait jamais été une difficulté.

Lou me parla alors, mais je vous passerai les détails, comme elle appréhendait différemment chaque partie de son corps. Certaines lui appartenaient depuis longtemps, d’autres assez récemment, et d’autres enfin lui paraissaient encore comme un peu étrangères.

Je réalisai alors comme ce travail, que j’appellerais son « travail de réincarnation », se faisait en profondeur et comme il fallait de temps à Lou pour en venir à bout, si tant est qu’elle en viendrait un jour à bout.

« Et ton sexe ? » lui demandais-je.
Lou sourit : « Je m’attendais à ce que tu me poses cette question ! En fait, tu vois, avec mon sexe j’ai un rapport un peu particulier … J’ai une perception un peu extérieure de lui … Comme un objet, en fait … mais un objet qui aurait sa vie propre … c’est un peu étrange … Et tu vois, avec les anti-androgènes, c’est un peu comme si je reprenais le pouvoir sur lui. Je suis contente de constater la diminution de la taille des gonades, je suis contente de constater la disparition des éjaculations … oui je reprends le pouvoir sur lui ! Et quelque part je me dis que si j’arrive à obtenir sa transformation, sa transformation en sexe féminin, je veux dire … eh bien … là … oui … je crois que ce sera mon sexe … ce sera en tous les cas celui que j’aurais décidé ! »

Comme s’il fallait que Lou redessine son corps ? Comme s’il lui fallait le recréer pour se le réapproprier ? Je compris alors que Lou était devenue, en quelque sorte, l’artisane de son nouveau corps !

@ suivre

Tous les épisodes de l’Histoire de Lou sont publiés sur http://www.lou-t.eu

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L’Histoire de Lou (9)

9ème épisode : L’expertise
L'histoire de Lou 09
En France en 2013, pour obtenir un changement d’état civil une Personne transgenre doit obtenir un certificat médical prouvant son transexualisme.

La cour de cassation de Paris dans un jugement du 13 février 2013 (1) rappelle cela : «attendu que, pour justifier une demande de rectification de la mention du sexe figurant dans un acte de naissance, la personne doit établir, au regard de ce qui est communément admis par la communauté scientifique, la réalité du syndrome transsexuel dont elle est atteinte (…)» . Pour ce faire, le recours à des experts, issus de la « communauté scientifique », s’avère donc nécessaire.

« Pour moi l’affaire est assez claire, voyez-vous. Les relations sexuelles que la malade a entretenues avec son père, démontrent clairement qu’elle était dans une forme assez particulière d’Oedipe inversé ; je vous rappelle à ce titre que le premier cas d’Oedipe inversé a été décrit dans un excellent ouvrage du Docteur Freud en 1935, et que celle-ci, l’inversion de l’Œdipe, je veux dire, provient incontestablement d’une identification inversée à la mère dans les toutes premières années.
Quand nous retraçons l’histoire de l’enfant nous constatons comme la mère, une femme énergique et autoritaire a pu exercer sur celui-ci ou celle-ci, on ne sait plus trop quoi dire !, un pouvoir castrateur et morbide qui l’a transformée, elle, aux yeux de l’enfant, en rivale.
Par ailleurs le désir de l’enfant pour son père, s’il peut surprendre au premier abord le néophyte, démontre clairement les tendances perverses de la malade qu’elle a développées, du reste, pendant le reste de sa vie.
Finalement son père n’a fait que répondre au désir pervers narcissique de l’enfant qui tentait de le séduire afin de prendre symboliquement la place de sa mère.
– Donc, pour vous, Docteur Block, les causes du transexualisme, sont par conséquent très claires et caractérisées ?
– Oui, oui, tout à fait, tout à fait … je dirais même, on ne peut plus claires et avérées. Il est même assez rare de trouver des cas pour lesquels nous nous entendons si rapidement pour rédiger un diagnostic ! N’est-ce pas Docteur Schprountz !
– Tout à fait Docteur Block ! Toutefois ….
– Toutefois ? …
– Oui … toutefois …
– Toutefois ?
– Je rajouterais volontiers un point supplémentaire.
– Ah … Faites … je vous en prie Docteur Schprountz.
– En fait, le cas de cette patiente me fait penser, à celui d’une autre que j’ai eu à traiter il y a quelques années, Dieu ait son âme, qui présentait un transexualisme aigue, comme notre patiente, et dont nous avions diagnostiqué des tendances hystériques fortement développées et par voie de conséquence je me demande, chez notre patiente, comment celle-ci traite ses propres pulsions hystériques ….
– Ah, mais Dc Schprountz, ceci est absolument évident … N’avez-vous pas remarqué les attitudes provocantes de la malade .. Elle gonfle sa poitrine, elle cherche à exciter les hommes avec des tenues affriolantes … (chuchotant soudain) Tenez, ne vous retournez pas, mais je suis certain qu’en ce moment-même, elle fait mine de nous écouter mais qu’en réalité elle cherche à nous séduire. Moi qui l’ai en face je peux vous dire que sa manière de me regarder est loin d’être celle d’une sainte nitouche ! (rehaussant le ton) si je peux me permettre, Docteur Schprountz.
– Je vois … je vois …
– Mais vous ne pouvez la voir, vous êtes de dos !
– Mais puisque je vous dis que je vois …
– Comment cela, vous voyez ?
– Mais dans le reflet de la fenêtre Docteur Block.
– Soit. Dans le reflet de la fenêtre … et vous conviendrez donc comme moi que nous pouvons sans conteste diagnostiquer un cas de transexualisme à tendance hystérico-perverse, n’est-ce pas ?
– Oui, oui .. tout à fait Docteur Block … tout à fait.
– Vous êtes donc d’accord avec moi, voilà qui me ravit, cette expertise n’aura finalement pas été trop longue !
– Toutefois ….
– Toutefois ? …
– Oui … toutefois …
– Quoi, toutefois ?
– Je rajouterais volontiers un point supplémentaire.
– Ah … mais … je vous en prie Docteur Schprountz.
– Eh bien Docteur Block, je ressens chez la patiente un état de découragement intense … Ne ressentez-vous pas la même chose Docteur Block ?
– Non, non … moi je ressentais plutôt une certaine joie que nous ayons pu ainsi achever notre expertise … et une petite faim aussi, peut-être !
– Mais je ne parle pas de vous Docteur Block.
– Ah, je l’espère bien !
– Je disais que je ressens, chez la patiente, comme un état de découragement profond … Voyez-vous, depuis qu’elle est ici, elle n’a pas dit un mot, elle nous regarde d’un regard vague, légèrement vitreux – vous avez observé son fond de l’œil ? – et semble profondément déprimée …
– Ah, j’ai compris Docteur Schprountz, vous voulez pointer le syndrome dépressif de la patiente … Alors là, Docteur Schprountz, je vous dis bravo ! .. ça allait précisément m’échapper … Donc je note : mhhh … transexualisme primaire à tendance hystérico-perverse … euh … je vais donc plutôt noter à « fortes » tendances hystérico-perverses présentant un syndrôme dépressif … caractérisé, oui, je vais rajouter « caractérisé », cela fait tout de suite plus … affirmé, n’est-ce-pas ?
– Oui oui …
– Bon alors, nous y sommes … Vous avez quelque chose à rajouter Docteur Schprountz ?
– Non, non …
– Toutefois ?
– Quoi toutefois ?
– Vous n’avez pas un petit toutefois ?
– Vous vous moquez, Docteur Block !
– Oui, je vous avoue, j’aime assez vous taquiner ! Où souhaitez-vous déjeuner Docteur Schprountz ? Je connais une petite brasserie pas très loin d’ici qui …

Bon, si vous avez fini, je peux la récupérer mon expertise ?

– Ah excusez-nous, nous vous avions complètement oubliée ! Que c’est drôle Docteur Schprountz !
– N’est-ce pas Docteur Block ! »

Lors de ce même jugement de février 2013, la cour de cassation rappelle la position répétée de la jurisprudence qui précise que la Demanderesse doit également établir « le caractère irréversible de la transformation de son apparence »
En l’absence de vérification visuelle par les juges, lors de l’audience, quant à la véracité de la transformation, une preuve médico-chirurgicale du changement de sexe doit être apportée.
Pour ce faire le recours à des experts, à la charge de la demanderesse (2) est alors ordonné.

« On regarde sa zézette maintenant, Docteur Schprountz ?
– Je vous en prie, Docteur Block.
»

Je ressens, à relater cette situation, un profond sentiment de honte envers ces Personnes, traitées de façon humiliante par ces binômes médico-judiciaire et ce en l’absence d’une législation claire et respectueuse des Personnes, sur le sujet.

Ces situations évoquent en moi d’autres expertises des parties génitales, en d’autres temps, qui déterminaient l’éventuel voyage sans retour de l’expertisé, vers des camps teutons éloignés.

@ suivre

(1) Arrêt n° 108 du 13 février 2013 (12.11-949) – Cour de cassation de Paris – Première chambre civile – ECLI:FR:CCASS:C100108
(2) Le coût de ces expertises peut être évalué entre 1200 € et 3000 € selon les dires des personnes concernées.

(pour contacter l’auteure : lou.edit at yahoo.fr)

L’Histoire de Lou (7)

7ème épisode : Dysphorée du genre

La Toile d'araignée - Paul Newman

La Toile d’araignée – Paul Newman : http://www.toutlecine.com


«La dysphorie de genre, moi j’aime plutôt ! Y en a qui dise que ça fait pathos et tout ça, mais moi, j’aime plutôt ! Lorsque j’ai lu des études qui décrivaient – ou décrivent – la dysphorie de genre, eh bien je me suis dit, « Ah alors, ça existe donc, je ne suis pas toute seule à vivre cela, puisqu’y z’ont même créé un nom pour ça ! », donc, oui la dysphorie de genre, ça a plutôt été une bonne chose pour moi, une bonne révélation !
Tu sais, en fait c’est un peu comme l’homosexualité : une fille vivant dans un monde rempli d’hétéros qui constate qu’elle est attirée par les filles, c’est un choc ; mais si elle sait que cela s’appelle l’homosexualité et qu’il y a plein de filles comme elles qui aiment les filles, eh bien, là, ça va tout de suite mieux ! En tous les cas, c’est comme ça que ça s’est passé pour moi ! Dans les deux cas, du reste – j’ai fait la totale !

Bien sûr si après on dit que les trans c’est des malades et qu’il faut les soigner, là je ne suis plus d’accord ! Mais là aussi, je peux faire le parallèle avec l’homosexualité : se sentir dysphorée du genre c’est comme se sentir gay ou goudou, ça ne se soigne pas ! ça s’assume, ça se revendique, puis ça finit au palais Bourbon !

Là où y a un truc qui est vraiment différent de l’homosexualité, et qui pose un vrai dilemme, je trouve, c’est qu’il y a un vrai paradoxe dans la mise en œuvre de sa dysphorie de genre. Si tu es gay, à part le prix des capotes, tu n’as pas beaucoup de frais ! Les boites gays, ça coûte même moins cher que les boites hétéros, les bars idem, sauf si tu vas à bobo land, ça c’est sûr ! Et puis c’est tout comme frais ! Oh ! éventuellement un petit lifting pour passer la quarantaine mais ça c’est juste optionnel !

Etre dysphorée du genre, c’est autre chose, tu vois : entre le traitement, à vie, ma chère, l’épilation laser, les opérations diverses et variées et tutti quanti, c’est pas une cinécure cette petite histoire ! … Et donc … hein … qui c’est qui paye ? Et c’est là qu’il y a un paradoxe, tu vois : soit c’est la personne dysphorée du genre qui assume financièrement sa dysphorie et finalement ça devient un truc de riches, soit c’est la communauté qui paye, mais alors dans ce cas, il peut être logique de se demander pourquoi qu’elle paierait, la société ? La réponse aujourd’hui c’est qu’elle paye (en partie) si les dysphoréEs du genre sont considéréEs comme des malades ! Et le paradoxe est là pour moi : vouloir être considéréE, tout à fait légitimement, comme une Personne comme vous et moi d’une part, et vouloir que nos soins, traitements, opérations, soient prises en charge par la communauté, d’autre part.

C’est vrai que le paradoxe, comme je viens de le poser, repose sur le fait que si la sécurité sociale paye il va falloir cocher une case : la cause c’est quoi ? Est-ce des raisons de confort ? Est-ce que cela va toucher le processus vitale ? Est-ce préventif ? etc.. Là il y a un vrai débat et vues les restrictions tous azimuts actuelles, si le débat était clairement posé aujourd’hui, ce ne serait pas gagné ! Donc il y a un certain intérêt à être cochée comme malade de la dysphorie !

Bien sûr on peut arguer que si tu es dysphoréE du genre et que si tu ne transitionnes pas, alors ça va mal aller la vie et que du coup c’est mieux de payer pour la transition, qui rend guériE, que de payer des anti-anxiolytiques ou des anti-dépresseurs à vie ….

Ceci dit, n’exagérons pas non plus l’intérêt qu’il peut y avoir à être misE en case dysphoréE ! Les coûts vraiment les plus importants ça reste la chirurgie et notamment les chirurgies faciale et génitale : la chirurgie du visage, c’est classé directement comme esthétique, c’est plein pot pour toi, quant à la génitale, comme tu sais, en France, c’est même pas la peine d’essayer : si tu veux te retrouver avec un machin difforme après t’être fait malmenée par une bande de pseudo-psychiatres experts en dysphorie pouët pouët, tu auras tout bon. Donc y a que l’étranger : Thaïlande, Quebec, Belgique, disent certaines … et là, c’est aussi plein pot pour toi.

Et puis il y a le traitement … c’est pas très cher, peut-être 30/40 euros par mois. Mais bon c’est toujours bon à prendre ! Pour ma part, ça justifie en partie ma complémentaire santé en tous les cas ! Et puis il y a les rendez-vous chez le doc, les examens de sang etc … Pour ce qui est des épilations laser, moi j’ai décidé de les prendre à ma charge, – parce que je ne suis pas sur la paille, non plus ! – mais là où ça a commencé à me mettre en colère c’est que maintenant ils nous font payer la TVA : et hop 20% de plus ! … La séance à 100 euros, c’était pas donné, déjà, passe à 120 … moi, ça me gave ! Je veux bien payer, mais il ne faut pas me prendre pour une vache à lait non plus. Alors j’ai décidé pour l’épilation électrique de me faire classer ALD (Affection Longue Durée) et du coup, pouf, je retombe dans le paradoxe ! Donc d’un côté je crie haut et fort à ceux et celles qui veulent bien me lire « Je suis NORMALEment différente et pas une malade du ciboulot comme qu’on voudrait nous le faire croire» et d’un autre je me fais classer « Affectée pour un long moment », histoire de remettre un peu de justice à ma sauce !! …

Après il y a les filles et les gars qui sont pas aidées par papa/maman. Alors il faut qu’illes fassent avec les moyens du bord. Soit qu’illes rentrent dans les protocoles officiels et bonjour les dégâts, soit qu’illes trouvent des financements parallèles. Bien sûr il y a les mécènes. Mais les mécènes, ça ne court pas les rues. Les mécènes les plus courants des rues, c’est les mécènes qui consomment sur place et qui préfèrent le mécénat à répétition qu’une vraie, bonne et lourde action charitable. Remarque, j’en ai connu ou j’en connais des hommes qui s’en prennent pour une petite et qui l’aide à franchir les étapes. Ça peut même être plutôt sympa. Après, il ne faut pas forcément rechercher trop loin les motivations de la petite, mais bon, c’est une forme de contrat entre deux personnes de bon entendement, alors y a rien à dire, tu vois … Enfin, moi je n’ai rien à en redire.

Ceux et celles qui n’ont pas de sous et qui ne peuvent ou ne veulent s’assurer les services d’un mécène, doivent s’en remettre aux spécialistes de la transgenritude. Finalement le pouvoir qu’ils ont, – qu’ils ont pris – ceux-là, c’est à cause de l’argent. Tu sais, j’ai vu des jeunes nanas ou des p’tits gars, à qui il est arrivé des trucs à faire pleurer parce qu’ils étaient dans les mains de ces gens-là … Un jour je te raconterai.

Donc, tout ça pour te dire quoi ? Tout ça pour te dire que la question de la prise en charge de la transformation, c’est un vrai souci. Aujourd’hui une srs en Thaïlande, ça te coûte dans les dix douze mille euros et au Québec dans les dix huit mille, tout compris, voyage et tout. A ce prix là ce sont vraiment des artistes, mais ça reste vraiment très cher, tu vois. Bien sûr tu peux trouver moins cher mais le résultat, hum hum … La FFS, tu peux trouver sur Paris, genre six sept mille euros. Pour l’épilation faut compter peut-être deux mille euros pour le visage et le corps ça dépend du travail ! … Enfin, comme tu vois c’est une vraie rente cette petite affaire. Donc, question : qui c’est qui paye ? Tu me diras, ça coûte moins cher qu’un appartement et pas beaucoup plus cher qu’une BM !, une grosse BM, quand même ! … »

Oui, comme me le faisait remarquer Lou, « Qui c’est qui paye ? » !
Nous avions régulièrement, elle et moi cette discussion, autour de la prise en charge de la transformation. Lou me soutenait que si celle-ci était intégrée dans la société, les coûts pourraient être nettement diminués. De son côté, elle trouvait cela acceptable que son traitement soit payé par la communauté, comme elle disait, ainsi qu’une partie de l’épilation, mais elle aurait eu quelques scrupules à se faire payer la chirurgie génitale. « Moi, c’est comme ça que c’est juste pour moi. Et la FFS, je crois que je pourrai m’en passer …mais je ne parle que de moi …»

@ suivre

(pour contacter l’auteure : lou.edit at yahoo.fr)
Le 8ème épisode de « L’Histoire de Lou » sera mis en ligne le dimanche 17 mars à 10h.

L’Histoire de Lou (6)

6ème épisode : lhomme


Un borborygme dans la salle d’eau.
Lou est dans le lit, immobile.
Elle sait que bientôt lhomme reviendra.
Reviendra auprès d’elle.
L’odeur de la sueur. Un petit peu acide. Un petit peu caramélisée.
Il lui dira encore des mots, dont la signification profonde est étrangère à Lou. Comme si d’une vague de mots elle n’en percevait que l’écume.
Il lui parlera de l’amour qu’il a, lui, lhomme pour Lou, il lui dira les mots, les mots qu’il dit à chaque fois.
Lou a froid ? Lou a peur ?
Non …
Elle n’a ni froid, ni peur … d’ailleurs elle ne tremble pas … Elle est là; immobile; elle attend ?
Non, ce n’est pas qu’elle attende; elle ne saurait attendre cela. Non, elle oublie. Elle oublie que le temps passe, elle oublie tout simplement de voir le temps passer, elle oublie un instant qu’au bout de ce temps qui passe lhomme reviendra.
C’est peut-être sa manière à elle de se protéger de lhomme.
Ses yeux suivent les lattes qui sillonnent le plafond dans un vaste méandre de bois. Ses yeux, tels un avion, survolent les paysages étranges dessinés par les nervures du pin. Ils se perdent et la perdent, elle, dans cette forêt, ni vierge ni jungle. Ils sautent des précipices, ils planent au dessus de vastes plateaux, ils enjambent des ponts et s’échappent bientôt comme papillons de nuit vers la lumière éclatante du dehors.

Le regard de Lou par la fenêtre observe maintenant la blancheur des cimes. Pureté de la neige. La neige se confond avec le ciel. Montagnes sans relief, cimes sans sommet, vallées sans col. Tout est uni, blanc, gris. Les nuages sont-ils trop bas ? La lumière est-elle trop vive ?

Lou ferme les yeux. Mais ses yeux sont grands ouverts derrière ses paupières closes. Lhomme peut-être aujourd’hui respectera-t-il son sommeil ? Ses nerfs sont tendus. Elle est toujours immobile. Encore plus immobile.

Elle s’efforce maintenant de respirer calmement, posément, uniformément. Lhomme observera son souffle, la régularité de son souffle.
Si elle dort, lhomme respectera peut-être son sommeil. Telle un animal traqué dans la nuit, telle un lièvre embusqué au fond de son terrier, elle entend le souffle se rapprocher. A moins qu’il ne s’agisse du déplacement des pieds sur le sol. Elle ne bouge pas. Elle est immobile. Son souffle même, et malgré elle s’est arrêté. Son coeur semble à son tour attendre pour battre. Un léger tremblement a fait vibrer sa main droite sous le drap posé. Elle sent au fond de ses oreilles, le sang presser ses tympans qui battent maintenant à un rythme saccadé.

Elle visualise la montagne et la ligne imaginaire sur lequel son regard se déplaçait encore il y a quelques instants. Mais elle pressent déjà le corps qui va se poser et elle sentira le creux que celui-ci provoquera et dans lequel si elle n’y prend garde son corps à elle, va sombrer. Elle contracte ses muscles et de la main, celle extérieure au lit, comme le rescapé d’un bateau qui vient de chavirer, elle agrippe le drap. Elle attend. Elle entend.

Lhomme semble hésiter un instant.
Effectivement, il observe Lou, semblant vraisemblablement se demander si elle dort.

Mais, en réalité, n’observe-t-il pas plutôt l’envie qu’il a de Lou ? Endormie ou non … Ne mesure-t-il pas, en fait, l’intensité de son désir, n’apprécie-t-il pas l’opportunité de ce corps dans le lit ?

Puis il laisse tomber sur le sol la serviette qu’il avait autour de la taille.

Lorsque le poids du corps de lhomme s’enfonce dans le lit, Lou par un léger basculement incline son torse à l’opposé. Son épaule gauche a perdu le contact du drap tandis que son bassin s’est légèrement levé.
Réflexe ancestral de l’animal qui protège sa face lorsqu’il est attaqué et qu’il ne sait plus lutter ? Ou retraite foetale ?

Lou est concentrée sur ce geste lent, tenace, invisible; tous ses muscles agissent avec rigueur et volonté. Avec une application effrayante son corps en entier se contracte et se concentre, il s’applique, se tourne, s’acharne, se tend, se détend, glisse et s’enfuit ainsi.

Si lhomme l’a remarqué, (saurait-il remarquer cela ?) il s’en fout.

C’est alors que le contact se fait. C’est à ce moment que lhomme pose sa main sur le corps de Lou. C’est à ce moment que lhomme fait cela : poser sa main sur ce corps-là.
Lou ne bouge plus, soudain. Elle redevient immobile. Soudainement immobile. Intensément immobile. Mais ses muscles sont tendus. Ses muscles, comme tous ses sens semblent tétanisés.

Lou ne pense plus. Son cerveau s’est arrêté de penser. Il fonctionne. Il ne pense plus. Lou n’a plus dans son cerveau que l’image de la main sur son corps. Quelque part sur son corps.

Tout est confus pour Lou alors. Elle mélange les faits, les récits, les histoires … Elle ne sait plus trop bien s’il s’agit d’ elle ou de quelqu’un d’autre. Elle ne sait plus si elle pleurait ou si elle ne pleurait pas.
Elle ne crie pas, elle ne parle pas non plus. Bientôt la voix de lhomme avec une exquise douceur se met à vibrer pour elle.
La voix dans un souffle prononce son nom. Etait-ce même son nom ?

La voix … La voix, curieusement sait chasser les peurs. La voix sait détendre Lou. La voix connaît les mots qu’il faut. Et la voix dit ces mots : les mots qu’il faut pour que Lou détende son corps et que Lou ne repoussent plus les mains de lhomme.

Ainsi lhomme dit les mots qui l’autoriseront à caresser le corps.

Le temps passe encore avec pour seul bruit ces mots. Mots d’amour, mots de tendresse, de désir aussi …
Les yeux fermés Lou les perçoit. Est-elle sensible aux mots ou bien à la musique des mots ?
Les muscles de son corps, un à un, se détendent. Un à un. Les muscles se détendent.

Lhomme interprète cette détente comme de l’acceptation.
Il ne s’agit évidemment pas d’acceptation, ni non plus de résignation, ni même d’oubli, ni de frayeur, il ne s’agit de rien de tout cela. Il ne s’agit de rien. Rien : comme si Lou dans ce moment-ci oubliait d’être, comme si elle s’abstenait d’exister, ne laissant d’elle, finalement qu’une enveloppe de chaire et d’os, comme si elle s’extirpait de ce corps, le laissant à d’autres mains …. vide. Le corps de Lou est vide de Lou.

Lhomme a le temps, il n’est pas pressé. Lhomme sait agir sur Lou. Et il le fait. Il sait les mots qu’il faut, les caresses qu’il faut, le rythme qu’il faut. Il connaît Lou. Il la connaît.

Le corps de Lou est presque totalement imberbe : un duvet à l’aine indique la venue d’une puberté naissante. Ses yeux s’ils étaient ouverts seraient clairs.
La croissance récente de ses muscles dessinent le long de ses bras de petits vallons. Sa peau est très légèrement ambrée. Elle est douce au toucher. Lhomme aime s’y laisser glisser.

Lhomme palpe le corps, il caresse les fesses de Lou, il frôle le dos, les omoplates, la nuque de Lou. La main prend possession des fesses, du dos, des omoplates, de la nuque.
Puis la main s’applique sur l’épaule et l’abaisse. Lentement le corps vient à lui, se découvre à lui. Le corps repose bientôt sur le dos. D’un geste lent, lhomme retire le drap pour exposer la totalité du corps à son regard. Lou a frissonné.
Si elle n’avait pas les yeux fermés, elle pourrait voir le désir de lhomme. Mais Lou ferme les yeux. Résolument. Obstinément. Définitivement.

Un instant seuls les yeux de lhomme caressent le corps.
Lou voit les yeux malgré ses paupières fermées. Elle sent la chaleur vive des yeux. La brillance du regard. Le flux des pensées.

Puis les mains reprennent le chemin de la peau. Elles sont plus fermes, moins douces.
Maintenant Lou a peur. Soudainement peur. Elle sait maintenant. Elle connaît les caresses. Mais cette peur est fugitive. Violente mais fugitive. Comme un éclair dans cette ombre immense.
L’odeur de lhomme se fait plus forte. Il est nu. Il est certainement nu.
Sa bouche caresse à son tour le corps.
La bouche accompagne les mains. De multiples attouchements s’éparpillent sur tout le corps de Lou. Les mains sont expertes. Lou ne peut comprendre les mains. Le travail des mains.

Puis les mains atteignent le sexe. Les cuisses. Le ventre. Le sexe.
Elles le quittent alors pour y revenir après. Elles frôlent, s’échappent, reparaissent, elles prennent le sexe, le reposent, le caressent, l’abandonnent, l’oublient, y reviennent. Elles tracent de larges cercles, puis des cercles plus précis.

Elles palpent, étreignent, pelotent, effleurent, embrassent, frôlent, choient ….
Méthodiquement. Les mains sont expertes. Le corps de Lou réagit au travail des mains. Lhomme connaît ses mains, et le corps de Lou et l’effet de ses mains sur le corps.

Lhomme sourit, lhomme vainqueur, lhomme habile, lhomme rieur. Le sexe est dur dans sa main. Tendu. Le petit sexe est dur dans sa main.
Il continue à travailler le sexe.
Il ne le fera pas jouir. Sait-il jouir ? Lou doit être trop jeune pour jouir ! Non juste pour le jeu. Jouer à rendre dur le sexe de Lou. Lhomme pense que le sexe a du désir. Lhomme pense qu’il a fait monter le désir de Lou. Que lui, lhomme a su faire naître ce désir. Ce désir qu’il a maintenant dans sa main. et avec lequel il joue. Un instant encore. Il pense que ce désir est identique à son désir à lui pour Lou. Le sexe est dur comme le sien est dur. Il ne peut s’agir que du même désir.

Il prend la main de Lou. Il l’ouvre pour y poser son sexe à lui. La main est comme morte. La main de Lou ne prend pas le sexe. Elle ne bouge pas. Lhomme sert la main de Lou autour de son sexe à lui. Mais la main reste morte. La main ne bouge pas. La main ne se ressert ni se détend.

Lou, elle, sent les deux sexes durs.
Celui de lhomme dans sa main, et le sien dans son corps.
Lou sent la fermeté du sexe de lhomme dans sa main. Elle s’effraye des sensations dans le sien. Elle entend le souffle qui se rapproche, qui s’accélère. L’odeur du souffle se mêle à l’odeur du corps. La bouche est près de son visage. Les lèvres sont à deux doigts de s’y poser. Lou pense : « Pas la bouche. » Elle resserre ses lèvres l’une contre l’autre. Elle ne veut pas recevoir la langue de lhomme. Elle n’aime pas la langue de lhomme dans sa bouche. Le goût de la langue, la texture de la langue …

Les lèvres se posent sur ses joues. Elles embrassent. Se déplacent sur les paupières fermées. Lou frémit. Le front. Les cheveux. Puis redescendent sur le menton et se dirigent vers la bouche. « Pas la bouche. » implore Lou dans un effroyable silence, sans mot, sans aucun mot prononcé. Une larme monte à ses yeux. La langue cherche à s’insinuer, à pénétrer, à s’infiltrer.
Les yeux de Lou sont humides. Une larme a percé qui coule maintenant le long de sa tempe. Lhomme ne voit pas les larmes. Ou il n’y prête pas attention trop absorbé qu’il est par son ouvrage qui est de pénétrer la bouche de l’enfant.
Il lui parle, doucement, il caresse le visage, fin et lisse.
Bientôt la mâchoire se détend,. bientôt lhomme insinue ses lèvres dans l’interstice des lèvres. Bientôt Lou sent la langue contre sa langue.
La langue de lhomme s’enroule en volutes autour de la langue de Lou.
Sa main sur le corps de Lou. Sa main sur le sexe du corps de Lou, la main qui caresse, pourrait-on voir si l’on regardait.
Mais Lou est absente. Lou est morte. Lou n’existe plus. La raison de Lou a défailli. Lou a coupé en elle le chemin de la mémoire.
Lou ne se souviendra pas. Elle ne se souviendra plus ….

Plus tard, Lhomme se lèvera. Il quittera le lit. Il quittera la pièce.
Salle de bains.

Le corps de Lou s’endort à son tour.

Lhomme était le père de Lou.
Je pleure.

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Le 7ème épisode de « L’Histoire de Lou » sera mis en ligne le dimanche 10 mars à 10h.

L’Histoire de Lou (5)

5ème épisode : Outing

Petit intermède anachronique d’une opération d’outing, rondement menée !

Christelle est une ex « bonne copine » de Lou.
Christelle, à la différence de Lou était clairement outée. Plus exactement, Christelle avait une âme de militante, elle s’affichait volontiers comme une « Femme Trans » et rajoutait à ceux qui voulaient bien l’entendre : « et les mecs que ça débectent, ça me met en transes ! »

Christelle avait un franc parler, « un peu trop de testostérones ? », la taquinait Lou, et n’hésitait pas à monter au créneau quand on « touchait à ses Valeurs ».

Elle était également un tantinet provocatrice et Lou, en s’invitant chez Christelle avec Philippe avec lequel elle avait une relation … naissante, savait qu’elle « prenait un certain risque ». Elle ne fut pas déçue !

La première heure se passa correctement, enfin .. sans heurts, puis Christelle entama un de ces sujets fétiches : la transphobie !
S’adressant directement à Philippe et de but en blanc elle lui demanda :
« Tu sortirais toi avec une femme trans ? »
Si la phrase était adressée à Philippe, Lou se sentit évidemment visée par cette accroche car, elle, avait choisi un certain « anonymat » ; « la clandestinité » la charriait Christelle !
Cette dernière savait pertinemment que Philippe n’était pas au courant de la transidentité de Lou et Lou eut un léger frisson en imaginant ce que Christelle allait pouvoir faire et dire.
L’alcool aidant, Christelle adorait le rosé de Provence, et Lou en avait précisément amené deux bouteilles, dont l’une était déjà terminée, l’alcool aidant, donc, Christelle continua.
« Tu en penses quoi, Philippe, toi ?
– Oh, tu sais … pour moi … une femme est une femme.
– Tu veux dire que trans ou pas tu t’en fous ? »
Philippe sentit alors ses signaux intérieurs se mettre en alerte ; ceux-ci lui fit répondre :
– Tu sais Christelle, je n’ai aucun avis sur ta vie et tes choix. C’est ok pour moi !
– Et si tu sors avec une femme et que tu apprends plusieurs mois après qu’elle est trans ? » insista Christelle.
« Nous y voilà » pensa Lou ! « Elle ne va quand même pas oser m’outer ! »
– Ce n’est pas ton cas, toi Christelle. », Philippe botta en touche !
– Non ce n’est mon cas : moi je le dis tout de suite, tu vois. Les mecs je leur dis tout de suite que je suis une femme trans … et que les
– … mecs que ça débecte, ça te met en transe » termina Lou
– « Exact tit’ sœur ! … » puis, s’adressant à Philippe.
« Pour être plus claire,
                ouille
Toi, Philippe, par exemple, si tu apprenais que Lou,
                Mais je ne lui ai rien demandé à celle-là !
est trans, ça te ferait quoi ?
                Elle a osé … quelle garce ! » curieusement Lou se sentait amusée !
– « Comment ça, ça me ferait quoi ? …
– Ben oui, ça te ferait quoi si tu apprenais que Lou est trans ?
– Eh bien je n’en sais rien, d’abord elle me l’aurait dit …
– Et pourquoi elle te l’aurait dit ?
– Ben, je ne sais pas, c’est normal de dire ça !
– Et toi tu lui as dit que tu es d’origine du Cantal ?
– Je ne suis pas d’origine du Cantal !
– C’est pas grave, c’est juste pour l’exemple, tu es de quelle origine ?
– Du Loiret et toi Christelle ? » Philippe cherchait-il à changer de sujet ? C’était mal connaître Christelle !
– « Donc, toi, tu lui as dit que tu es d’origine du Loiret ?
– Ben non, je ne crois pas, mais ce n’est pas pareil !
– Et qu’est-ce qui n’est « pas pareil » ?
– Je ne sais pas … ce n’est pas important pour Lou de savoir si je suis d’origine du Loiret ou du Cantal, pour reprendre ton exemple.
– Et qu’est-ce qui est important alors pour toi de savoir si Lou est trans ou cis ?
– Ou quoi ?
– Cis, cisgenre, quoi, bio, une femme d’origine biologique ! Trans ou cis, quoi, ça changerait quoi pour toi ? »
Oh la la ! Philippe sentait le piège que Christelle lui tendait ! Il réfléchit un instant.
– « Si elle était trans je ne pourrai pas avoir d’enfant avec elle, par exemple !
– ça c’est sûr … » confirma Christelle, « mais de toute façon elle est trop âgée pour en avoir et elle en a déjà trois ! … donc ?
– Donc quoi ?
– Donc en quoi ce serait plus important de savoir les origines biologiques de Lou que ses origines géographiques ?
– Ecoute Christelle, je ne sais pas, moi, je te dis juste que pour moi c’est important, c’est tout !
– Tu ne serais pas un peu obtus, là, Philippe ?! … voir transphobe ? »
Le gros mot était lâché !
– « Non pas du tout …
– Bon, alors si tu n’es pas transphobe, alors, je peux te le dire : Lou est trans ! …. Voilà, c’est dit, c’est posé … et ça te fait quoi là ?
(Un temps)
– Ben je ne sais pas …. Rien, je crois … »

Et pour terminer, Philippe de conclure : « De toute façon si elle avait été trans, elle me l’aurait dit. »
« Elle est lourde ta copine ! »

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Le 6ème épisode de « L’Histoire de Lou » sera mis en ligne le dimanche 3 mars à 10h.

L’Histoire de Lou (4)


4ème partie : Le corps de Lou

« Mon corps n’est pas ce que je voulais qu’il fut …. Et même si je faisais tout ce qu’il y aurait à faire, je ne sais même pas s’il serait à la hauteur de ce que je voudrais qu’il soit. »
Ainsi me parlait parfois Lou de son corps …
Comme un plan raté d’avance, un fiasco pré-annoncé, une inutile quête ?
« Non ce n’est pas cela, mais quoique je fasse, je garderai en moi la trace de mes expériences masculines, jamais je n’aurai eu une adolescence de fille, jamais je n’aurai porté mes enfants, etc… Sur cela, il n’y a rien à faire … »

Parfois, dans ses mauvais jours Lou se mettait à douter de tout. Elle trouvait sa transition vaine, ses efforts inutiles, et tous ses succès dérisoires …
Dans ces cas là, je me taisais ; il fallait la laisser dire …

« Mon corps, bien sûr je lui fais des seins, (merci estréva), bien sûr je lui fais la peau lisse (merci androcur), bien sûr je lui ai enlevé toutes traces de barbe et de moustache (merci Laser man), bien sûr, bien sûr, bien sûr … mais jamais je n’aurai de hanches comme une cis, jamais j’aurai des épaules fines comme une cis, jamais je n’aurais la peau aussi douce que celle d’une cis, et je ne te parle même pas du sexe … »

« Comme une cis’ » était son expression favorite dans ces moments-là.
Mais derrière tout cela, la vraie question, la question fondamentale, la question existentielle de Lou était : « Pourrai-je un jour être aimée comme je suis dans ma globalité ? », évidemment …

Lou n’a jamais eu l’illusion de devenir cis ! Mais paradoxalement je crois qu’en son for intérieur, elle avait le souhait, le désir caché que son corps puisse comme « faire illusion ».
Avoir une relation amoureuse et sexuelle avec un homme et conserver le choix, la liberté de lui dire ou de ne pas lui dire sa transidentité, telle était finalement son aspiration profonde.

Ainsi, c’est à l’époque lors de laquelle Lou s‘interrogeait encore sur l’opportunité ou non de la chirurgie génitale que ses doutes furent les plus présents, les plus lancinants.

« A quoi ça servirait d’aller à l’autre bout du monde, de prendre le risque d’une opération lourde, de me taper six mois, voire un an de galères post-op, si au bout du compte, ça continue pareil ? L’insatisfaction de ne pas pouvoir vivre la femme que je suis parce que, seule, nue, devant mon miroir, dans ma salle de bain, je douterai encore … Ne verrai-je pas toujours les traces de cette masculinité dont je veux me débarrasser, les marques indélébiles d’une chromosomie inversée ?
Et puis, tu sais, la SRS, ça ne fait pas tout, je connais plusieurs filles qui doivent continuer les anti-androgènes parce que malgré l’opération ça testostérone toujours. Il est fort possible que je n’aie même pas la satisfaction d’arrêter l’androcur ou le finastéride dont les effets néfastes à long terme restent discutés. »
Oui, c’était un mauvais jour !

Mais parfois c’était tout le contraire !
J’appris à reconnaître chez Lou, les fluctuations, les mouvements, comme des sinusoïdes.

« J’ai tellement envie de me sentir unie dans mon corps. J’ai tellement envie de sentir cette harmonie. Me sentir complète, tu vois !
Et curieusement, vois-tu, je n’ai rien contre mon sexe. Je lis des témoignages de filles qui depuis toujours, ou tout au moins aussi loin qu’elles s’en souviennent, ont une espèce de rejet, d’aversion vis à vis de leur sexe mâle. Moi, non. J’ai juste envie d’être femme, entièrement femme.
Une femme avec un sexe d’homme c’est un gnome, ni homme, ni femme. Chaque fois que je regarde le reflet de mon corps dans le miroir, ce sexe me paraît incongru, inapproprié. Il me rappelle cette ambivalence, même si je ne lui veux pas de mal !
Et tu vois, je suis heureuse de savoir que c’est la transformation de celui-ci qui crée le sexe féminin ! Une inversion en somme, c’est du reste ainsi qu’ils l’appellent ! Mon sexe sera toujours mon sexe, il aura juste une forme différente, une apparence adaptée à mon genre !
Et puis, tu sais, ce n’est pas dans dix ans que je pourrai me décider. Dans dix ans ce sera trop tard ! Bien sûr l’opération c’est sans retour, inexorablement sans retour, mais la non opération également ! Si je ne me décide pas dans les quelques paires de mois qui viennent, après je ne pourrai plus le faire ; médicalement je ne pourrai plus le faire.. La « non décision » est donc elle-même sans retour ! « Vaut-il mieux avoir des regrets ou avoir des remords ?» me questionnait Celia !! »

Dans ces moments-là Lou aurait été prête à prendre illico son billet pour Bangkok ou Montréal ! De mon côté, j’avais appris à la connaître, et je savais que même si elle n’en disait rien dans ces moments de doute ou ces moments d’enjouement, Lou attendait qu’à l’intérieur d’elle cela se calme. Il lui fallait trouver le juste apaisement. Elle savait qu’alors la solution émergerait. Et là-dessus, elle n’avait aucun doute !

Au-delà de l’apparence de son corps, au-delà du genre de son sexe, au-delà de ses choix, Lou cherchait à définir la Femme qu’elle voulait vivre, et donner à celle-ci le corps qui lui paraitrait le plus adapté en fonction de sa réalité propre et des possibilités qui s’offraient à elle. Lou était donc en chemin. Le chemin de sa trans-formation.

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(pour contacter l’auteure : lou.edit at yahoo.fr)
La 5ème partie de « L’Histoire de Lou » sera mise en ligne le lundi 18 février à 10h.

L’histoire de Lou (3)

3ème partie : Le Dragon de Lou

Son sexe était « tout dur », tout tendu, une étrange sensation dans ce petit corps, il y avait  quelque chose d’un peu honteux, était-ce la nouveauté de la sensation ? Lou savait que c’était un truc de petit garçon, et elle se disait que tous les petits garçons devaient vivre cela.
Elle était alors en vacances à Aachen, dans une famille allemande. Elle partageait la même chambre que Wilfried. Un petit garçon qui devait avoir un ou deux ans de moins qu’elle. Un jour sur deux, elle l’accompagnait à son école et l’autre elle restait à la maison.

Elle aimait assez cette étrange tension en elle mais elle ne savait pas trop qu’en faire, « c’était assez embarrassant tout de même », une chose était sûre, celle-ci l’occupait tout entière. Ce jour-là, elle regarda cette petite chose roide au centre de son corps imberbe et déambula un temps ainsi toute nue dans la chambre, un peu désemparée.
Puis elle écrivit un long papier à Wilfried dans un allemand approximatif, dans lequel elle lui proposait les règles d’un jeu dans lequel il s’agissait de gages et de vêtements qu’on retirait. Cela lui prit un bon moment. Puis toujours nue et sans que la sensation cesse en elle, elle entreprit de cirer ses chaussures !

C’est lorsqu’elle se trouva ainsi nue, assise au bord de son lit, que Peter, le frère ainé de Wilfried pénétra dans la chambre ; il était de trois ou quatre ans son aîné. Elle fit comme si elle ne le voyait pas et continua impassiblement son entreprise.
Peter venait tout juste pour prendre quelque objet ou vêtement dans la penderie à côté du lit. Peter vit-il le sexe de Lou ? Lou, espérant et redoutant certainement qu’un événement survienne, se concentrait sur son ouvrage.
Peter quitta la chambre.

La famille de Wilfried et de Peter était des protestants fervents. A chaque repas la prière était dite, l’oncle des deux garçons, c’est à dire le frère de leur père, était pasteur.
Quelques jours après l’épisode ci-avant, Lou constata que le papier qu’elle avait écrit à Wilfried et laissé dans la chambre avec l’intension de lui remettre en main propre, avait disparu. Lou suspecta la mère de celui-ci d’être passée par là.
Lou quitta la famille quelques jours plus tard. Personne ne lui reparla de ces épisodes.
Lou, un peu honteuse, souriait toutefois à l’idée des parents jugeant « la petite française » !

Lou me raconta cette histoire, pour m’expliquer ainsi que ce souvenir ancien, elle avait onze ou douze ans, lui montrait que vivre ses pulsions sexuelles avait toujours été pour elle quelque peu problématique.
Ce qui lui était le plus pénible, à ses dires, n’était pas tant le ressenti corporel que la pulsion entraînait, mais plutôt le pouvoir de celle-ci sur sa propre volonté, sur la maîtrise d’elle-même.
« Ces pulsions m’ont toujours fait faire n’importe quoi. »

Plus en avant, elle se souvient, adolescente, de ces heures de marche nocturnes lors desquelles, comme une obsession, elle guettait les voitures sur la chaussée en espérant en son for intérieur, mais sans oser faire le premier pas, qu’un inconnu viendrait la cueillir.

Elle me conta comme, plusieurs années plus tard, s’était-elle agaillardie ? , elle se retrouva ainsi à plusieurs reprises à monter dans des véhicules pour « manger du merle en l’absence de grive » et s’abandonner à des ébats qui ne la satisfaisaient finalement guère et desquels elle ressortait toute aussi seule et tout autant sous l’emprise de sa pulsion que l’aventure n’avait pas su apaiser.

Plus récemment, elle me conta quelques expériences lors desquelles ce désir pulsionnel, « incontrôlable et tyrannique », ce sont ses mots, l’ont amenée à se trouver dans des situations dans lesquelles elle avait pu se mettre en danger. Non pas que le danger ait été alors un élément d’excitation particulier, mais plutôt que ses pulsions anéantissaient ses  propres facultés de discernement et mettaient au rancard ses instincts d’auto-protection.

La dernière en date, lors de laquelle elle se trouva seule à quatre heure du matin dans un terrain vague, loin de tout, avec un inconnu sous l’emprise manifeste de l’alcool, qui s’en prit à elle après qu’elle se soit donnée à lui, lui rappela la mort de Pasolini assassiné en octobre 1975 dans des circonstances non moins troublantes. Cette image du cinéaste qui s’imposa à elle, alors qu’elle s’enfuyait en courant, ses vêtements aux trois quarts arrachés fut comme un déclic pour elle.

Il lui sembla dès lors vital, de se protéger d’elle-même, de cette partie d’elle-même qui l’amenait de proche en proche à vivre des expériences toujours plus fortes, toujours plus risquées, toujours plus dangereuses. Il n’était plus question de ne plus voir cela. C’était tout comme si cet animal pulsionnel en elle prenait le contrôle sur tout son être et lui faisait perdre son libre arbitre.
« J’étais comme possédée, tu sais …. »

Concernant « l’affaire du terrain vague », elle conclut en ces termes : « Peut-être que cette pièce de 2 euros, qui trainait dans ma poche et que j’ai donnée au type me sauva la vie ? Elle me laissa un court répit pendant lequel j’ai pu me dégager et m’enfuir, je crois que là, j’ai vraiment eu peur pour ma vie, et je me disais que c’était trop con que je la finisse là. J’ai eu de la chance que le type ne possédât pas une lame … enfin, je ne crois pas.»

Si pendant quelques temps, après cette expérience, les souvenirs de celle-ci, et les sentiments attachés, lui permirent de ne plus se mettre dans de telles situations, elle était effarée, du nombre d’heures qu’elle occupait sur le net à chercher d’hypothétiques partenaires dont la présence physique ne lui apporterait aucun avantage et qu’elle évitait donc. Ses pulsions encore, étaient présentes. L’animal était là, absolu et exclusif, empiétant sur ses heures de sommeil ; elle émergeait de ces nuits lorsque harassé par la fatigue, l’animal s’endormait enfin, abattu mais pas repu. Lou s’endormait alors comme une masse.

Se dégager du pouvoir de l’animal sur elle fut certainement un élément non négligeable qui influença son choix de suivre un traitement hormonal.

« Une forme de soulagement ? », je lui demandai alors.
« – non, juste une forme de liberté retrouvée. »

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La 4ème partie de « L’Histoire de Lou » sera mise en ligne le 4 février

L’Histoire de Lou (1 et 2)

L'histoire de Lou 1

1ère partie : Lou n’est pas née dans un chou

Cela faisait plusieurs mois que Lou passait régulièrement devant cette porte entre-ouverte, mais elle n’y prêtait pas plus d’attention que cela. Et puis, un jour, on ne sait pourquoi, Lou, qui à l’époque ne s’appelait pas encore Lou, sentit en elle-même une forte attirance à aller y passer la tête. Elle avança prudemment, à pas feutrés, jetant un œil derrière son épaule pour vérifier que personne ne l’aperçut et avec un geste lent mais décidé entreprit de faire coulisser la paroi de bois. Sitôt fait, elle fut comme happée par une force immense (un peu comme dans ces films où l’on voit des passagers aspirés par le hublot d’un avion suite à la rupture de celui-ci). De tout son corps elle résista a cette sensation à la fois violente et douce, étant elle-même, attirée et effrayée, puis constatant dans son corps que cette force colossale (comment résister longtemps ?) était colossale, précisément, elle lâcha prise.

Elle fut alors aspirée par un genre de tourbillon, (vous savez, comme celui qui permet de rejoindre le pays des merveilles) et perdit totalement pied avec la réalité partagée des êtres vivants avec lesquels elle partageait sa vie jusqu’alors, qui considéraient, tout comme elle d’ailleurs, que les garçons naissent dans les choux et les filles chez le fleuriste.

D’emblée, la vérité s’avéra pour elle beaucoup plus complexe.

Elle parcourut seule, alors, un long chemin solitaire sur les routes électroniques du web et de site en site, de recherche en Scylla, elle se rendit compte de l’incroyable vérité qui se clarifiait en elle alors : Lou n’était pas celui qu’on croyait.

C’est donc au cours de ses longues errances, lors desquelles elle parcourait (avide) les récits dantesques de ces êtres en proie aux tempêtes d’océans démontés du doute, qu’elle prit conscience que contrairement à ce qu’elle avait imaginé, elle ne se trouvait pas seule à interroger pour elle-même la Vérité (martelée depuis l’enfance) qu’elle était un petit garçon puisqu’elle avait un petit zizi.

C’est à cette époque, me raconta-t-elle, qu’elle entreprit de rouvrir tous les carnets de ses expériences (ceux écrits et ceux non-écrits) et qu’elle rechercha (et trouva) de nombreuses traces de cette vérité qui maintenant lui sautait aux yeux :
« JE SUIS UNE FEMME ! »

Vous imaginez bien comme troublante fut cette révélation, que tout, par ailleurs, semblait démentir.

« Je dis « Démentir » », reprit-elle, « mais j’ajouterais : quoique …. Quoique …. »
En effet, de ces flash back successifs, immergea tout un lot de paradoxes qui vinrent confirmer ses supputations : « Ben, ça date pas d’hier ! »

Fière de cette évidence, elle sentit alors en elle la force de mettre en confrontation sa vérité propre avec celle des autres êtres humains.

« Etre femme en dedans, c’est une chose, se disait-elle, mais comment le paraître au dehors ? » tel était alors son questionnement principal. Elle ne se doutait pas, alors, qu’en réalité, elle ne venait de faire que le premier pas du long chemin transitionnel qui s’ouvrait devant elle, sans qu’elle en sût même l’existence.

Pour ce faire, elle mit en place une stratégie qu’elle prit un maniaque plaisir à huiler, qui lui permettrait, pensait-elle, de faire partager au plus grand nombre le fruit de sa découverte.

Il lui parut sage dans un premier temps, de ne pas s’adresser au plus grand nombre, objectif ultime de sa quête, mais de restreindre celui-ci à quelques uns, inconnus pris au hasard des rencontres urbaines.

Pour démarrer son expérimentation, elle décida (mais était-ce un bon choix ?) de réaliser celle-ci dans la pénombre de la nuit.
Si elle se rendait tout à fait compte que les passants du soir, en quête d’aventures sulfureuses, ne constituaient pas le public le mieux adapté à sa situation, elle en était encore à craindre des rencontres de personnes connues d’elle, ce qui révélait en elle ce nouveau paradoxe : tu veux ou tu veux pas ?

Cette période, reconnaît-elle maintenant, fut en réalité assez pénible.
Vous comprendrez aisément que les essais successifs et approximatifs de Lou à se fabriquer une image féminine, amenant celle-ci à adopter des allures et des styles vestimentaires oscillant entre la catin sur-maquillée et l’as de pique, ne facilitèrent pas son expérimentation.

Elle n’osa me préciser les remarques acerbes ou méprisantes, voire railleuses qu’elle subit alors, et, de mon côté, je n’osai les lui demander car, je sentais sa grande tristesse lorsqu’elle me parlait de ces expériences remplies de honte et de désespoir.

Cette honte, sans aucun doute, trouvait son origine dans le décalage entre les efforts qu’elle déployait à se faire accepter telle qu’elle se ressentait et l’image d’Epinal qui lui était renvoyée d’une professionnelle du sexe, image qui ne lui correspondait pas, même si, du côté de la bagatelle, elle ne se sentait pas en reste.

Elle s’aperçut toutefois qu’au fil des semaines, ses sorties, d’abord nocturnes puis diurnes lui permirent de « passer inaperçue » ! Ainsi elle conclut que c’est par l’absence de réaction des personnes qu’elle croisait qu’elle pouvait finalement juger du caractère probant de ses essais. « Une femme n’est-elle reconnue femme que lorsqu’elle est invisible ? » ricana-t-elle !

Puis vinrent les « Madame » !
Ah ! Les « Madame » ! …
Avec quel bonheur elle me conta ses premiers « Madame » !
Madame chez le boucher, Madame dans les transports, Madame dans l’ascenseur etc..

Les « Madame » vinrent donc comme une consécration des efforts de Lou : « Je passe donc je suis ! »

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(pour contacter l’auteure : lou.edit at yahoo.fr)

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2ème partie : Lou et les Hommes

Lou est attirée sexuellement par les hommes ;
C’est un fait, une évidence, une réalité.
Cela faisait de nombreuses années que Lou savait cela, et cela faisait de nombreuses années que ses partenaires étaient donc de sexe masculin.

A l’époque, je veux dire, à l’époque avant laquelle Lou avait révélé (à elle-même et au monde entier) son apparente féminité, ceux-ci se qualifiaient généralement dans la catégorie des « gays » : c’est à dire des personnes d’apparence masculine portant un sexe mâle et attirés sexuellement par des personnes d’apparence masculine portant un sexe mâle.
Lorsqu’elle avait des rapports sexuels avec ceux-ci, elle avait, à ses dires, une sexualité féminine et eux une sexualité masculine.
Elle considérait donc que « s’offrir à un homme était un acte féminin » et inversement que prendre son ou sa partenaire était un acte masculin.

Je ne sais pas si vous êtes de son avis, mais toujours est-il qu’il en était ainsi pour elle.

En somme, le regard que Lou porte de cette époque, l’incite à décrire ses rapports ainsi : «  J’étais donc une femme d’apparence masculine, portant un sexe masculin et avec une sexualité féminine tandis que mes partenaires, quant à eux, étaient d’apparence, de sexe et de sexualité masculins.

« Mais de quels genre étaient-ils ? » osais-je lui demander !
« ça ! Nous n’en parlions pas ! »
«  Certains étaient certainement plus .. euh … virils, que d’autres … Certains étaient plus attentionnés, d’autres moins, certains étaient plus égocentrés, d’autres plus altruistes, certains étaient plus sensibles, d’autres peu … etc..  mais savoir leur genre ???? Je ne leur ai jamais demandé ! Du reste, ils n’auraient pas compris ! Et moi-même je ne savais pas tout cela. »

« Et puis, il y avait aussi les hétéros pas gays mais qui l’étaient quand même tout en disant qu’ils ne l’étaient pas ! … Et puis il y avaient les hétéro-gays les bis, en somme… etc.. »

Enfin, toujours est-il qu’il existait, aux yeux de Lou, une certaine concordance entre l’attirance explicitée de ses partenaires et ce qu’elle pouvait leur offrir. Si ses partenaires aimaient sa sexualité féminine, ils aimaient aussi son sexe masculin, Ils l’aimaient, non pas pour s’en servir, mais plutôt comme un apparat, « une marque de reconnaissance de désir et de ressemblance, peut-être ? » .

Mais lorsque la féminité de Lou apparut au grand jour, cela mit du rififi dans l’ordre des choses : ses amis « gays » d’autrefois se détournèrent … ce qui laissa Lou perplexe.

De son point de vue, il ne lui semblait pas que dans l’intimité de l’alcôve, les choses fussent différentes d’auparavant, elle ne se sentait ni plus féminine, ni moins, du reste, elle n’avait pas le sentiment de modifier ses comportements, ni que ses ressentis aient variés …
C’était donc une histoire d’apparence ? Juste une histoire d’apparence ?

« Pourtant, ma féminité, elle était bien là, auparavant, tu sais, elle n’est pas arrivée du jour au lendemain … » me dit-elle, « Comme si je pouvais la montrer par mes gestes, par ma façon d’être, de ressentir et d’agir, mais lorsque je l’ai affichée alors là, ça a été le chambard.»

« Ce qui s’est passé pour eux ? … je n’en sais fichtre rien …
– Tu ne leur as jamais demandé ?
–  Si … non … oui … je ne sais pas … ils ne savaient pas … du reste ça a coupé court, tu sais. Et puis moi-même j’étais un peu perdue à cette époque »

Et aussi, en contrepartie, Lou fit alors la connaissance d’autres hommes, « ceux précisément attirés par mon ambiguïté, ceux attirés par les « femme à bites » … »
« Cela m’a amusée un temps. Et puis cela valorisait ma féminité. J’aimais avec eux me sentir femme. »

Puis elle me raconta comme finalement elle se lassa de ceux-là. Rares (en a-t-il existé un seul ?) furent ceux qui voyaient en elle plus qu’une chose sexuelle particulière, ignorants de la Personne qu’elle était ; nombreux étaient ceux qui la contactaient pour seule fin de réaliser un fantasme, tiré de quelques images vidéos pornographiques, qui de plus « leur permettait d’assouvir leurs pulsions homosexuelles tout en couchant avec une femme ».

« Et puis, tu sais, une trans, ça vaut moins cher qu’une pute ».

Je sentais dans ses propos, une grande amertume, voire une certaine colère, contre eux ? contre elle-même ?
« Mais tu ne peux pas savoir, j’en ai eu de tous âges, 10, 20, 25 ans plus jeunes que moi ! Des gamins de vingt piges comme des vieux vicelards qui se couchaient sur le lit en me disant « Suce-moi », comme si j’étais une professionnelle … »
« Et le pire, vois-tu, c’est que je le faisais. »

« Et l’amour ? » ….
Pour Lou, l’amour était ailleurs, l’amour était distancié du sexe.
« J’en ai trop fait … j’ai trop fait de sexe, et trop fait mal. L’excitation des hommes m’excitaient mais finalement ils m’ont usée … et en plus je ne les faisais même pas payer ! »
« Une fois j’ai essayé, ou plus exactement j’ai fait semblant d’essayer : un mec que j’ai rencontré sur un chat et qui proposait de me payer. Pourquoi pas, je me dis. Il me téléphone. Et là j’ai craqué ! Un tel irrespect, un tel égoïsme, et des schémas plaqués à me faire vomir. J’ai laissé tomber. »

« Et l’amour ?, je te demandais. »
« – Comment voulais-tu que je rencontre un homme capable de m’aimer totalement dans mon ambivalence ? Les Personnes bi-sexuées n’ont pas de statut ici. Elles n’existent que dans le monde de la nuit. Quand je dis bi-sexuées, je parle précisément de genre et de sexe. Il n’y a pas de place pour les personnes dont le genre et le sexe ne correspondent pas. Tu comprends pourquoi il est tellement plus facile de rester dans le placard. Au moins, là, on est tranquille, c’est chaud … Le souci c’est quand le placard devient trop étroit … mais tu sais, sortir du placard c’est aller dans un no man’s land … ou bien c’est aller jusqu’au bout, se mettre en conformité. Avais-je le choix ?»

@ suivre

(pour contacter l’auteure : lou.edit at yahoo.fr)
La 3ème partie de « L’Histoire de Lou » sera mise en ligne le 21 janvier

J’ai rechuté, j’ai mis la culotte de ma femme

Dans un moment de désespoir, il reprit un verre de whisky et entre deux moments d’ivresse, il dit à sa femme qu’il avait décidé de se soigner. Il ajouta qu’il avait déjà assisté à plusieurs réunions d’une association de soutien aux personnes désireuses d’arrêter. Sa femme n’y croyait pas un seul instant car  cela faisait trop longtemps qu’il vivait avec son problème. Il avait même fait une crise qui faillit casser son couple tellement elle n’en pouvait plus de supporter ce qu’il était devenu. Il ressemblait alors plus à une vieille de 70 ans qu’à un mec dans la force de l’âge.

Enfin, il avait décidé d’arrêter et avait pris contact avec une association qui s’occupent des personnes comme lui et qui veulent reprendre une vie normale. Il l’avait fait pour sauver son couple. A la première réunion, malgré l’obligation de se présenter, il n’avait pas pipé un mot. Il venait pour découvrir. Il fut tout d’abord surpris d’y retrouver quelques têtes qu’il avait connu lors de certaines soirées dans les bars du Marais. Il n’aurait jamais pensé les retrouver là car elles semblaient bien parties pour un aller simple à l’hôpital.

Et ce n’est pas sans une certaine amertume qu’il avait annoncé à l’assistance qu’il avait décidé de renoncer à tout ce qui avait fait sa vie jusqu’à maintenant. Mais arrêter n’est pas aussi simple que cela, et c’est en pleurs qu’il annonça qu’il avait rechuté :

– J’ai mis la nouvelle petite culotte de ma femme ! C’était plus fort que moi, elle était trop mignonne !

Et chacune et chacun de compatir et de l’encourager à continuer. Et une personne de le rassurer en disant :

– Au début, c’est toujours difficile, mais on y arrive ! Regarde moi, cela fait 3 ans que j’ai décidé d’arrêter et l’année dernière, j’ai même fait une mammoplastie ! Euh ! Mais qu’est-ce que je raconte, moi, une mammectomie !