La culpabilité verrou de la transidentité

150525_CulpabilitéLa culpabilité est un verrou de la transition. Nous sentons que si ce verrou saute, un processus pourra démarrer, avec sa part d’inconnu qui fait souvent reculer a priori. O préfère oublier. On préfère culpabiliser. Culpabiliser c’est confortable. C’est un terrain connu. Si bien connu ! La culpabilité, c’est LE point de blocage en ce qui me concerne qui a sauté à l’instant précis ou j’ai pris conscience que cette culpabilité ne reposait sur rien, que mon désir de féminité ne faisait de tort à personne. Quand bien même ce désir puissant d’être une femme dans le monde n’aurait été que pure fantasme sexuel il ne faisait de tort à personne.

J’ai un jour arrêté de culpabiliser envers mes proches et la terre entière sur la question de ces pulsions. Ouf ! je n’avais pas de fantasme impliquant de faire souffrir d’autres personnes (enfants, animaux, extra terrestre) au contraire j’étais plutôt la victime non consentante dans mes scénarios fantasmatiques. Ce fut déjà un soulagement de pouvoir vivre peu ou prou mes fantasmes sans me dire « c’est mal ». Je jouissais déjà beaucoup mieux !

La culpabilité concernant la transition est une autre paire de manche. C’est l’obstacle le plus difficile à franchir. La démarche de transition est un acte forcément public et la plupart du temps considéré comme égoïste par l’entourage et par les personnes trans elles-mêmes. Alors on recule devant ce jugement terrible de l’égoïsme. On culpabilise avant même de démarrer, on vit son genre féminin en catimini, dans le secret de son chez-soi, sur Second Life en ce qui me concerne, seule si possible, ou bien avec d’autres avatar virtuels. D’autres se permettent un jour de sortir, la nuit. D’autres attendent comme cela, vivant de furtifs expédients. Attendent la majorité de leurs enfants pour ne pas perturber leur études, puis attendent la retraite, la mort de leurs parents, de leur conjoint (ou la séparation). Bien des personnes trans intériorisent la transition comme un acte égoïste. Elles ne sont pas les seules.

Le terme égoïsme contient une dimension péjorative de jugement. C’est pourquoi je ne le retiens pas comme élément de langage. Je préfère parler de démarche personnelle, d’accomplissement personnel. Cette démarche n’est pas orientée contre les autres, qui peuvent même en récolter quelques fruits. Je n’irais pas pour autant prétendre qu’elle serait faite POUR les autres. Elle est juste pour SOI, mais pas égoïste car ce n’est pas parce que l’on prend soin de soi que l’on cesse de prendre soin des autres

En résumé c’est ce que j’expliquais à mes enfants : Ce n’étais pas parce que je décidais sans discussion possible que je cessais la mascarade de mon rôle masculin dans l’espace public autant que privé, ce n’était pas parce que j’allais faire une transition vers une apparence féminine, et ce, sans leur demander leur avis que j’allais pour autant cesser de les aimer, de les considérer comme mes enfants. Ils n’étaient pour rien dans cette décision. Ils n’étaient ni responsables, ni décisionnaires. Et ma promesse (que je tenais déjà faut-il le dire) était de ne jamais je me mêler de leurs « oignons » dès lors qu’il s’agissait de la réalisation de leurs désirs.
Les autres peuvent considérer que c’est CONTRE eux que l’on transitionne. Ce n’est pas le cas bien entendu mais rien n’aide à ce que ce ressenti négatif n’apparaisse pas à un moment ou un autre. Il faut leur expliquer autant que possible (pas toujours possible) que la démarche n’est ni pour eux, ni contre eux, mais que l’idéal si ils ou elles acceptent cette transition le parcours peut se faire AVEC eux, en les informant honnêtement de ce qui se passe et probablement se passera comme changements corporels et d’apparence. D’autres forces obscures leur souffleront sans doute des idées du genre : « IL est égoïste », «  IL ne pense qu’à lui », voire : « mais que fait tu donc à rester avec UN égoïste pareil » ? On ne peut pas contrôler toutes ces mauvaises influences externes, alimentées et confortées par le discours ambiant, la non considération des personnes trans par le pouvoir (la france ne reconnait pas cette liberté individuelle de transitionner et de vivre dans le genre que l’on souhaite, ou dans le « non-genre » que l’on souhaite). La norme de genre puissante se présente comme le seul schéma possible (et « naturel ») : l’hétéro patriarcat triomphant. On gobe ça. Trans ou pas. Et c’est avec ces idées qu’on culpabilise quand ça ne colle pas à nos désirs. Pas besoin d’être trans pour ne pas être à l’aise dans la norme, mais être trans ne signifie pas rejeter cette norme. C’est souvent l’inverse. Bien souvent les personnes trans veulent juste vivre cette norme en jouant l’autre rôle ! C’est problématique. En tous cas lorsqu’on cherche à comprendre comment cette norme est à la fois une oppression, et la source d’un désir de la vivre autrement. Il ne faut juste veiller à gober soi-même ces normes sans y réfléchir, comme on prend une ovule de progesterone. Si on a intégrées ces normes, ce qui est presque toujours le cas, il faut « juste » les relativiser, penser que d’autres normes sont possibles, existent, sont légitimes, qu’on a le droit aussi de « choisir sa case » dans cette norme. Mais ça passe par la prise de conscience, et la fin de la culpabilité. Cette prise de conscience peut prendre du temps ! Plus de temps qu’une transition ! Mais c’est le seul moyen de passer ensuite à l’acte de la transition. SI l’on ne sort pas de la culpabilité on avance pas.
OUI on peut être un bon parent, et pourquoi pas une bonne compagne si l’autre le souhaite. Et comme j’ai déjà dit, l’AUTRE à le droit de dire aussi « je n’ai pas passé ce contrat, je ne poursuis pas la relation » ou bien plus soft «  je ne poursuis pas la relation telle qu’elle était ». C’est normal, c’est légitime, c’est pas de la transphobie, c’est le simple exercice de sa liberté individuelle. Aller avec qui on veut (qui le veut aussi), quand on veut (et quand on peut). Venir, partir, changer d’avis, transitionner, un peu, beaucoup, dé-transitionner… Tout est possible sans la culpabilité, et sans faire de tort à quiconque. Mais cette liberté que l’on prend, il faut aussi l’accepter en retour de la part de ses relations, familles compagne, enfants… On est pas seul (seule) à décider. On décide pour soi. C’est aussi du ressort de l’autre de décider pour lui. C’est aussi sa part possible « d’égoïsme » pour autant que ce terme soit compris en positif, comme liberté de choisir pour soi, et pas contre les autres.
Et puis dussent les autres en souffrir, nous ne sommes pas responsables de cette souffrance. C’est la non-conscience de la norme qui est responsable de cette souffrance. On ne peut pas en tant que trans éduquer tout le monde. On peut essayer un peu de pédagogie avec l’entourage, on ne peut pas tout régler.
La culpabilité est donc un obstacle à la transition. Ce n’est pas le seul. Il y a aussi l’abandon des privilèges cis-genre qui peut rebuter. Mais c’est une autre histoire. L’histoire de l’abandon des privilèges octroyés aux hommes dans le système patriarcal et qu’il va falloir abandonner.
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chère Christine Delphy, pourquoi raconter de telles bêtises sur les transidentités ?

ou quand la transphobie se matérialise dans un certain féminisme pendant que moi je me matérialise dans moi-même

Christine Delphy a publié sur son blog un entretien accordé à Politis où elle exprime une opinion sur « la transsexualité » particulièrement à côté de la plaque et délicatement transphobe.

Votre position sur  la transsexualité déclenche des réactions vives.  Cela vous surprend-il ?
La question de la transsexualité se pose beaucoup plus maintenant. Mais, dans cette démarche, on perd de vue la lutte féministe : pour la disparition du genre. Quand le mouvement a commencé, en 1970, c’était une réunion d’individus – on était féministe chacune dans son coin et on faisait ce qu’on pouvait –, qui est devenue une lutte  collective. Il semblerait qu’on abandonne l’idée de lutte collective pour une  transformation sociale. On parle d’actes de « subversion » individuelle ou de « résistance » individuelle. C’est le cas dans le mouvement queer. On a l’impression que tout ce qu’on  peut espérer, c’est mettre quelques grains de sable dans le système et non plus le défaire. Il reste bien des luttes collectives : contre la prostitution et les violences sexuelles, pour le respect du droit à l’avortement… Mais l’arrivée du queer me paraît rencontrer une  démarche individualiste pour que des personnes changent de catégorie, sans remettre en cause ces catégories.
Je m’intéresse aux subjectivités, et cette démarche doit être soutenue dans le cadre du droit à la dignité de chaque personne ; mais elle ne constitue pas un combat politique dans le sens où elle ne propose pas un changement des structures de la société.

Cela va d’ailleurs dans le sens d’autres propos de Christine Delphy, rapportés dans ce même article sur son blog, lors d’une conférence le 28 septembre 2013 à Paris :

« Je ne vois pas en quoi soutenir une femme qui veut devenir un homme, et donc passer dans le camp de l’oppresseur, est un combat féministe »

J’avais tenté une petite réponse en commentaire – mais on dirait que ce n’est pas passé – qui faisait suite à un autre commentaire d’une personne trans pointant la transphobie de Delphy, publié également dans son blog CHRONIK D’UN NÈGRE INVERTI, et qu’elle avait balayé d’un laconique :

« Nous sommes d’accord. Vous dites que les Trans luttent pour leur dignité, non pour changer le monde : c’est ce que je réponds dans l’entretien, dont je n’ai pas choisi les questions »

Voilà donc à mon tour mon modeste avis sur ce petit égarement transphobe pénible et qu’on retrouve malheureusement ici et là chez certainEs féministes…

* * * * * * *

Chère Christine Delphy,

pour revenir à ce petit passage sur les transidentités, votre réponse n’est-elle pas aussi bête que de dire « les femmes luttent pour leur dignité, pas pour changer le monde » ? Contrairement à ce que vous supposez, je ne crois pas que vous êtes d’accord avec la critique postée sur le blog « Chronik d’un Nègre Inverti« . Le problème, c’est qu’au lieu de vous préoccuper de ce qui opprime les Trans (et de vous apercevoir, peut-être, que ça ressemble fort à ce qui opprime les femmes, ce qui explique peut-être que beaucoup de vos écrits nous sont précieux en tant que trans), vous vous préoccupez de ce que serait une personne trans (vous n’en savez manifestement rien, au passage).

Comme si je vous disais « Votre position sur le voile déclenche des réactions vives. Cela vous surprend-il ? » et que vous répondiez « La question du voile se pose beaucoup plus maintenant. Mais, dans cette démarche, on perd de vue la lutte féministe : pour la disparition du genre. » c’est drôle, ce n’est pourtant pas ce que vous avez exprimé sur le sujet à de nombreuses reprises (et c’est tout à votre honneur), mais alors pourquoi raisonner différemment ici ?

Vous dîtes : « Quand le mouvement a commencé, en 1970, c’était une réunion d’individus – on était féministe chacune dans son coin et on faisait ce qu’on pouvait –, qui est devenue une lutte collective. » Et être trans nous empêcherait peut-être de passer d’une prise de conscience et de stratégies de survie individuelles à une lutte collective ? Est-ce du mépris ou de l’ignorance ? Peut-être que la prochaine fois qu’on vous interroge, il serait préférable de répondre simplement « oui c’est vrai, j’ai voulu donner un avis sur un sujet que finalement je ne connais pas, j’aurais mieux fait de me taire ».

Tenez, pour finir je vois que vous avez écrit un texte amusant ici :

« Vous croyez être « vous », mais vous vous trompez. Vous vous faites du mal, vous contrevenez au vrai vous. Qui est le vrai vous ? Vous croyez le savoir, pauvre vermisseau—ou vermicelle—mais c’est une illusion, et à la limite un délit. L’État, lui, sait ce que vous êtes. Avant de vous affubler de costumes trop serrés et de cravates bleu ciel, demandez conseil à l’État, directement. En téléphonant au ministre de l’Intérieur qui sait – c’est sa fonction – ce que chaque personne vivant sur son territoire (que vous croyez être le vôtre, pauvre abusé-e !) EST ou N’EST pas. Il l’a dit à propos du voile : celui-ci empêche les femmes d’être ce qu’elles sont. Il pourra donc poser un diagnostic et un traitement dans votre cas aussi. »

Est-ce que ça ne vous inspire pas pour nous donner un avis un peu plus pertinent sur les transidentités ? (vous voyez je suis gentille je vous aide un peu !)

Bon, et bien je vous laisse réfléchir à tout ça, si vous avez le temps, et nous expliquer à l’occasion de manière un peu plus convaincante comment « ce droit à la dignité de chaque personne » trans (que malgré tout vous défendez dans votre grande bonté) ne constituerait pas « un combat politique » qui repose sur « un changement des structures de la société »…

Chettawut : SRS sans faute, SAV peut mieux faire !

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Le Dr Chettawut déclare, dans une interview publiée en français, qu’il garde le contact avec ses patientes : à la question de Marina (« gardez-vous le contact avec vos patientes ?), il répond  (http://www.transidentite.fr/interviews.html)

Dr Chettawut : Oui, nous avons de très bonnes relations. Nous gardons contact par e-mail car je souhaite avoir un suivi. Je veux que mes opérations apportent de la satisfaction aussi je veux avoir un feed-back sur la suite.

Dans la réalité, le Dr garde peut-être « de bonnes relations » par mail mais concrètement met un temps fou à répondre aux mails qu’on lui adresse au sujet du suivi médical en France de l’opération de réassignation sexuelle. Autrement dit, autant les patientes sont merveilleusement traitées tant qu’elles sont en Thaïlande, autant, quand elles rentrent en France, ça donne l’impression « débrouille-toi Lola ».

Que faire ?

Rester trois mois en Thaïlande et négocier un complément de contrat, un suivi infirmier payant ? Pas si bête : il suffit de changer d’hôtel, peut-être, et idéalement d’avoir un travail en free-lance qui permette de bosser depuis la Thaïlande (non sans compétitivité, de surcroît, grâce au décalage horaire…). En Thaïlande, iels connaissent leur affaire, pas de doute… un point positif. En tous cas, ne pas raccourcir son séjour « légal » !

Prendre RV avec un.e gynéco friendly AVANT son départ en Thaïlande, vu qu’il faut trois mois pour en obtenir un ? Une précaution absolument nécessaire.

Et en tous cas prévoir dès son retour un suivi par son médecin de ville ? Mais il ou elle saura-t-iel juger si tout se passe bien, au-delà des choses les plus courantes, douleur, nécroses, infections ? Il faut trouver un.e médecin à qui on puisse oser montrer son sexe.

Il est clair en tous cas que pendant les trois mois qui suivent l’opération, la patiente est en convalescence, que les infections (plus ou moins graves : cela va de l’infection urinaire proliférante à l’infection superficielle de peau, qui se traite à la Bétadine et à l’eau de Dakin) sont très fréquentes. La protection antibiotique du Dr Chettawut ne dure, au retour, qu’une semaine ou deux ; s’ensuivent des ennuis divers, difficiles à évaluer soi-même quand on n’a pas de diplôme médical. Quant à la douleur, elle est récurrente, pas très forte, survenant par à-coups mais très fatigante. Au bout de deux mois, la patiente ne gambade absolument pas.

Mon avis d' »entourage proche » d’une patiente du Dr Chattawut est que l’opération est vraiment très bien, magique, dentellière : les cicatrices disparaissent (ne pas hésiter à y mettre du Cicalfate au bout d’un mois environ, ça aide !), l’aspect asymétrique du début s’estompe, les choses guérissent manifestement. Mais les souffrances et difficultés post-opératoires liées aux infections sont insuffisamment prises en compte dans le pack-opération ; il faut donc les prévoir et les anticiper. Se bourrer d’antidouleurs en automédication n’est peut-être pas la meilleure solution. On regrette tout de même que les papiers du Dr ne comportent pas un protocole de suivi post-op plus précis.

Contrairement à une opération de réduction mammaire, par exemple, où on va nettement mieux au bout de deux mois, dans le cas de la SSR la guérison est très lente, entravée d’infections, d’épuisement, de douleurs ; la patiente reste longtemps dans un état de handicap certain ; une virée en métro l’épuise ; un restaurant sans coussin l’accable. A propos, nous avons caché le coussin dans une housse carrée standard de couleur brune, plus discrète que la rondelle rose vif arborant fièrement le sigle de la surgery ; fourré dans un grand sac, il se trimballe partout. Discret et élégant !

Que tout cela ne décourage pas les candidates : le travail est magnifique et tous ces petits soucis seront bientôt oubliés. Mais justement pendant qu’on les vit, parlons-en, afin que d’autres ne se laissent pas « surprendre » par les difficultés du retour en France.

(Aller vivre définitivement en Thaïlande ? Tentant, n’est-ce pas ?)

Post-hop ! Retour sur une SRS

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Check Out

J’ai fait mon « check out  » avec le Dr Chett hier. Il n’a rien retouché ouf ! j’avais très peur de ça ! Je pense que je suis dans les cas où ça se passe très bien. J’arrive déjà à m’assoir un long moment, je ne prends plus aucun anti douleur et dors très bien. Les dilat’ sont OK. Rien à signaler de notable sauf mon immense bonheur d’avoir franchi cette étape. Je rentre dans 4 jours, c’est bientôt la fin. J’ai presque déjà une nostalgie alors que j’y suis encore !

Je suis tellement heureuse… Je ne voudrais pas avoir l’air de faire du prosélytisme pour la SRS ! Je ne parle que de ce que j’ai ressenti en le traduisant avec mes mots. Donc à prendre avec des pincettes !

Je complète mon témoignage par deux choses, pour ne pas tout repeindre en rose :
– La douleur : je n’en parle pas tellement mais la douleur me rattrape maintenant (heureusement qu’il y a des antidouleurs !)
– Les sensations « montagnes russes » juste après l’opé : Immédiatement après l’opé, à peine réveillée, mon premier sentiment fut une joie intense, mais ensuite, ramenée dans ma chambre, quand je me réveillais, j’oscillais entre « c’est génial » et « mon dieu, qu’ai je fait ? » et c’était vraiment dur à vivre. C’était surement lié aux drogues diverses, anesthésie, etc, mais c’était aussi forcément en moi, ça ne venait pas de rien.

***

On peut avoir des raisons sociales de vouloir changer de sexe, même si c’est intime. La politique de genre est présente dans notre intimité. Sinon pourquoi la jurisprudence imposerait-elle des opérations ? Avoir des papiers conformes à la norme peut faire partie des raisons d’une SRS. On peut le déplorer mais pas accuser les trans de faire une erreur si cela fait partie de leurs raisons. Nous vivons ici et maintenant et c’est au présent que nous voulons vivre normalement, et pas dans l’attente d’hypothétiques changements de législation. SI d’autres trans refusent d’entrer dans ce genre de raisons, j’approuve aussi leur détermination et je la soutiens, et je ferai tout ce que je peux pour qu’avoir des papiers en règles ne dépende pas du sexe.

Ce qui prime pour moi pour dire qu’une décision est bonne ou pas, c’est d’avoir conscience des choses qui nous déterminent et déterminent nos décisions. Notre ressenti, les conditions politiques, tout cela étant lié. On se décide après avoir pris conscience le plus possible de toutes les raisons, même celles qui pourraient sembler les moins valables car « conformistes ». C’est à cela qu’il faut travailler personnellement.

Le conformisme et le désir d’entrer dans la norme est un sentiment répandu. Pourquoi les trans devraient y échapper ? Certaines raisons touchant au conformisme m’ont poussée à faire une SRS, je n’en ressens aucune culpabilité. Ce qui m’étonne c’est plutôt de découvrir en moi d’autres raisons après SRS. Comme ce sentiment bien décrit par certaines d’être enfin « en entier ». C’est peut-être le sentiment le plus conformiste qui soit mais je le ressens à fond. C’est plutôt bizarre car avant SRS je ne me sentais pas divisée. C’est assez étrange de se dire que quelque soit la réflexion qu’on a mené avant, on peut découvrir des choses après… en positif ou en négatif d’ailleurs. Je pense que mon cerveau trouve de nouvelles raisons un peu comme après un achat important on a besoin de se rassurer pour être sûre qu’on a pas fait une connerie. Le bien-être que je ressens c’est peut-être juste la partie conformiste de mon cerveau qui m’envoit des signes rassurant pour oublier : la douleur ; que mon sexe est une plaie ; que j’ai claqué un pognon dingue ; que je me conforme à une norme qu’en même temps je rejette ; que toutes les opérations du monde possible ne changera pas une femme trans en femme bio ; que même si on pouvait changer les chromosomes avant puberté ou je ne sais quoi d’autre, il demeurera un écart qui fout en l’air le beau système de genre théorique à deux sexes ; etc.

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Ne le dites pas à mon psy j’ai fait un rêve il y a deux nuits de ça dans lequel j’étais en train de bander !

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Quand je fais pipi c’est marrant de sentir que ça sort avant. Ce qui est encore plus drôle c’est que je m’en f… partout ! Qu’est ce que je rigole à Bangkok !

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Je suis bourrée de contradictions. Je refuse et en même temps je suis un maillon du système dans lequel je vis. Je ne vais pas prétendre que ma SRS est un acte militant, mais je refuse de culpabiliser pour autant. Et d’ailleurs, ne pas faire de SRS alors qu’on en a envie (ou besoin, peu importe)  pour l’ériger en acte militant me dérange dans la dimension culpabilisante qu’elle provoque de fait envers les autres trans’. C’est comme de rester « sans papiers » pour se maintenir à la tête des associations et éduquer la piétaille au courage militant. Ce côté moraliste me gonfle terriblement.

***

Ça y est j’ai eu la dernière visite de l’infirmière. Elles étaient deux ce matin. L’une m’a expliqué la poire, pas avant deux mois, deux fois par semaine. 5 gouttes de bétadine jaune dans un demi verre d’eau.

Toutes les deux ont eu l’air de trouver que ça se passait bien pour moi, surtout la nouvelle qui ne vient pas d’habitude avait presque l’air positivement étonnée. « it’s looks good ! » ont-elles répété en cœur devant mon intimité pas trop intime ces temps-ci. J’ai dit « i’m happy and lucky i think ». Elles ont acquiescé.

Après elles ont voulu dire au revoir à Suki ma souris en peluche. On s’est toutes embrassées en se disant au revoir. J’étais émue et un peu triste aussi.

Je suis allée une dernière fois à la piscine. Pas de bol un gros orage s’est déclenché peu après. Le piscinier nous a demandé de partir. Y’a plus rien qui va. Je lui ai donné 200 baths de pourboire pour le séjour. Je sais pas trop combien il faut donner en fait.

Il pleut. Demain le resto et la piscine ne seront même pas accessibles car privatisés pour un mariage. Je m’en tape je serai dans l’avion, na.

Pff

***

Retour à Paris

J’ai été étonnée de l’attitude lourdingue des flics de l’aéroport au départ de Bangkok. je pensais qu’ils avaient une certaine habitude des trans et ben non pas du tout. Sur le retour, un connard de jeune flic m’a lancé devant la file d’attente qui prenait le même avion que moi : « Vous êtes un homme ? ». Un autre plus vieux m’a demandé combien ça m’avait coûté et comment j’avais fait pour enlever ma barbe… (j’en ai sur la photo de passeport). J’ai esquivé les réponses. Il m’ont encore pris en photo alors qu’ils m’avaient déjà prise à l’arrivée, un vrai cirque. Bon j’ai pris ça à la rigolade. C’est bizarre même quand je suis dans des situations qui me mettent mal à l’aise j’ai tendance à rigoler avec les connards qui m’emmerdent et c’est après coup seulement que je ressens l’abus qui a été commis et je m’en veux encore plus de ne pas savoir réagir et leur clouer le bec.

Sinon j’ai profité à plein de la possibilité qui m’était donnée de me faire trimballer en fauteuil roulant. Honnêtement j’aurais pu marcher mais c’est super bien le fauteuil car on a pas à chercher son chemin ni a pousser sa valise. A l’aéroport de Bangkok en attendant l’avion, mon assistant fauteuil adorable m’a aidé à faire mon shopping. J’ai acheté un tour de cou rose pour dormir dans l’avion mais qui au final ne m’a servit à rien car les sièges de la Thaï ont des appuis-tête très bien conçus. Ensuite il m’a conduite dans une salle réservée et j’ai pu m’allonger sur une méridienne en attendant l’embarquement. Je lui ai laissé un bon pourboire à la fin.

Le voyage s’est bien déroulé. C’est long 12 heures. J’avais prévu une trousse avec des serviettes hygièniques, le plus petit dilatateur et le lubrifiant. Je suis allée deux fois me faire des sessions de 10 minutes de dilatation dans les toilettes et changer la serviette hygiènique. Car la plaie suppure en permanence et ça fait du bien de se changer régulièrement. Ces dilatations « minute » ont facilité la grande dilatation que j’ai effectué sans problème une fois arrivée à Paris.

J’adore regarder les hôtesses dans l’avion. J’aimerais leur ressembler. Elles sont tirées à quatre épingles, pimpantes et souriantes. Pas un cheveu ne s’échappe de leur impeccable chignon. Et les hôtesses de la Thaï ont des uniformes pas du tout uniformes, des tenues absolument ravissantes, d’une élégance particulièrement recherchée. Les plus remarquables sont des sortes de kimonos de satin vert tendre et rose, avec des motifs floraux et des oiseaux, d’un stylisme alliant habilement tradition et modernité. Leurs mains sont fines et gracieuses lorsqu’elle me tendent le petit plateau pour que j’y dépose ma tasse de café afin de la remplir. Leurs ongles nacrés sont parfaitement manucurés et irréprochables. Je reprends ma tasse en leur souriant, non sans remarquer au passage les poils qui ont repoussés sur mes mains durant le séjour.  L’arrêt de l’Androcur y est sans doute pour quelque chose car je n’en avais presque plus des poils. Grr, pourquoi n’avais-je pas emporté mon Epilady® en Thaïlande ? j’aurais eu tout le temps nécessaire pour les éliminer.

Bon je ne suis pas hôtesse de l’air, je suis graphiste dans la pub. Et j’ai repris le travail dès le lendemain matin, sur les chapeaux de roues. Metro, boulot, dilato… J’ai enchainé les heures de boulot et c’est pas top. Ma foufoune me rappelle à l’ordre. J’ai mal et surtout j’ai peur de déconner et que la guérison se fasse moins bien. Ma copine m’engueule. Me dit que si je continue les cicatrices seront moches et distendues. C’est un peu tôt encore pour cavaler. Lundi, mardi, assise toute la journée sans le coussin « donut » que je n’emporte pas en agence, pas envie de raconter ma vie. C’était dur. Aujourd’hui repos. Ouf. je vous écris.

Joyeux noël ! un carton entier de lubrifiant à bougie !

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Les bougies de noël, http://carrefourbruyere.blogspot.fr/2011/12/vers-noel-3-decembre.html

Bougie ! Eh oui, c’est ainsi que la Dr S…-B… appelle les délicieux dilatateurs d’une émouvante transparence que le bon docteur de Bangkok donne à ses patientes dans une jolie trousse de voyage. Or qui dit bougie dit gelée spéciale pour lubrifier l’engin. Prononcez kawaï ! K-Y pour les intimes, lesdits intimes étant les amateurs de bons produits traditionnels de l’Amérique de toujours (un peu collant, le gel, selon l’avis des experts, mais baste !).

Et puisque les dilatations risquent de durer un certain nombre d’années (l’activité est de moins en moins prenante au fil du temps, mais ça commence fort !) n’hésitons pas à offrir à nos proches le cadeau de noël de leurs rêves : un coffret entier de Lubricating Jelly !

Certes, c’est moins bien présenté que chez Marionnaud…

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mais ça fait son petit effet sous le sapin. Et puis c’est discret, comme colis. Tout le voisinage est au courant quand le livreur essoufflé braille dans l’escalier en demandant à tout le monde où est-ce qu’il crèche le bâtiment A :

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C’est écrit en plusieurs langues pour être sûr.es que tout le monde comprenne bien !

Ouvrons le cadeau :

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Jésus-Marie, c’est ravissant. Et bien protégé en cas de choc !

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Chaque tube contient 82 grammes, deux fois plus qu’à la clinique de Bangkok ! Stop affaire ! Et si vous en achetez plein, sur un site médical bien sûr, parce que sinon on retombe sur les tarifs « le Marais des copains », vous n’aurez pas à payer les frais de port !

Voilà, n’hésitez pas à vous faire livrer au bureau pour un fou-rire garanti avec vos collègues !

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Bang bang le cock à Bangkok !*

Jamie McCartney, The Great Wall of Vagina, 2011.

Jamie McCartney, The Great Wall of Vagina, 2011.

31 octobre, départ pour Bangkok pour ma réassignation de sexe prévue le 6 novembre. Ça a été un peu compliqué à l’aéroport du fait de l’écart entre ma photo de passeport et mon apparence actuelle. C‘était le branle bas. La femme de l’enregistrement ne savait que faire de mon cas. Pourtant un vol pour Bangkok ils devraient avoir l’habitude que l’avion soit bourré de trans ! Une responsable est venue. Elle a prévenu la compagnie aérienne et les flics. Elle était là à l’embarquement pour être bien certaine que je pourrais monter dans l’avion. Elle m’a même fait passer devant tout le monde pour que personne ne voit mon passeport à l’embarquement ! M’a demandé si j’avais choisi mon prénom, j’ai dit Célia. Elle trouvait tout très bien.

Sex Reassignation Surgery : SRS.

En français c’est bof, ça donne CRS : Chirurgie de Réassignation Sexuelle. C’est une expérience humaine extraordinaire. Pouvoir changer de sexe ! C’est incroyable toute cette énergie engagée dans cet acte, cet avion, cette infrastructure hôtelière, cette clinique équipée, ces infirmières, ce chirurgien, ce chauffeur, tous unis pour changer mon sexe ! La réassignation demande une somme de technologies colossale. Pour moi, ce sera dans 20 petites heures maintenant, au bout de quatre jours de diète vécus agréablement à l’hôtel, en compagnie de mon « accompagnatrice ».

Wake up Miss Célia ! 

« Miss Célia, wake up, its finish ! » Je me réveille doucement dans le bloc. Je vais bien. Je suis heureuse au-delà de ce que ma raison raisonnable pouvait imaginer. Je répète béatement « i’m happy, so happy ». J’ai du boulot pour analyser tout ça !

Je pensais n’avoir pour la SRS quasiment que des objectifs pratiques liés à l’arrêt de l’Androcur® et ce genre de choses, mais pas de raisons magiques ; En fait je ressens le même bien être que j’avais ressenti la première fois que je me suis baladée habillée en femme dans la rue. Un soulagement intense. La sensation d’avoir réglé un problème énorme. Je ressens la même chose avec la vagino, tout en faisant la différence sexe/genre, binarité, etc.

Et puis ça doit être aussi la décompression qui suit. Car tant que ce n’est pas fait, on a toujours la possibilité de renoncer et c’est épuisant. On a beau avoir décidé, envoyé de l’argent, pris les billets d’avions… Il y a toujours cette possibilité de faire machine arrière. De ne plus avoir ça à gérer est un grand soulagement. C’est fait. Et c’est bien fait ! Quoique enflée, je vois déjà que c’est réussi, par rapport aux photos de neo-vagins trouvés sur internet et par rapport à ceux que j’ai pu voir “en vrai”. Le mien à un bon aspect, quoique très boursouflé. De plus il est très sensible en plein d’endroits, clito, petites lèvres me font sauter au plafond lorsque le Dr Chettawut titille avec une sorte de grand coton tige.

J’ai eu un passage difficile limite panique le lendemain de mon opé. Mal au ventre, au sexe, en sueur intense, je grelottais et envie de vomir sans pouvoir car ils m’avaient donné un antivomitif car je ne gardais rien. Enfin vraiment pas bien. Une infirmière (son nom se prononce « Noï » ) m’a tenu la main et chanté une chanson. J’ai pensé que c’était une chanson traditionnelle thaÏ. C’était doux. Je ne reconnaissais ni l’air ni les paroles. J’étais tellement mal Je n’avais pas le cœur à chanter. Mais avec sa gentille insistance elle reprenait la chanson en me caressant doucement les mains et le visage, en m’arrangeant les cheveux.

Et d’un seul coup, j’ai compris qu’elle me chantait « le travail c’est la santé, ne rien faire la conserver, les prisonniers du boulot, ne font pas d’vieux os ! ». Je n’ai pas pu m’empêcher de rire malgré mon état. Elle avait gagné la partie. On a chanté toutes les deux et cette fois c’est moi qui lui apprenait le vrai air de la chanson et elle notait les paroles en phonétique thaï. Elle me répétait des petits mots en français et en anglais « be strong, be strong », « One week, pain, mal, everybody ; Two week petit petit petit pain, no mal ; if you cry : mal ; if dont cry : petit mal, no pain ».

Après ils m’ont fait une injection et depuis ça ne fait qu’aller vers le mieux.

J’ai énormément dormi durant toute la clinique, qui m’a évité le syndrome de « l’horloge hantée ». Je ne me suis réveillée que pour les repas et je me forçais à manger je n’avais qu’une envie continuer à dormir. Je pense que je n’ai jamais autant dormi de ma vie en heures cumulées

Le pansement à été retiré hier soir, Il reste l’insert vaginal et une sonde urinaire. je suis très satisfaite mais on ne peut pas trop préjuger à ce stade c’est très enflé. La sensibilité est démente, le Dr Chett à testé avec un coton tige whaaaaou !

Une femme dans le miroir

Après quelques jours de clinique où je n’ai fait que dormir, nuit et jour, je suis revenue dans ma chambre d’hôtel à Bangkok, à l’hôtel Dusit c’est mieux que la chambre sans fenêtre de la clinique, même si le lit électrique qui bouge dans tous les sens c’était top !

Il y a un immense miroir dans l’entrée de ma chambre. J’ai du mal à décrire la joie que me procure le reflet de mon corps en entier (qui est objectivement loin des canons de la beauté). Je ressens le même bonheur que lorsque je suis sortie pour la première fois boulevard Haussman habillée en femme. J’éprouve un sentiment de plénitude, de n’être plus qu’un seul être, non divisé. Je ne me sens pas plus femme qu’avant, je me sens moins homme ! Et j’ai de la joie d’avoir pu le décider moi-même, de contrôler ce que je fait de mon corps, avec le concours de la technologie médicale la plus en pointe (enfin j’espère !)

Je suis étonnée de ça car ça ne correspond pas aux raisons plus pragmatiques de ma décision de faire cette SRS. Je ne pensais pas découvrir d’autres raisons après coup. Me reviennent juste maintenant énormément de détails de rejet de mon pénis depuis ma puberté.

Je ne parlerai pas de deuxième vie, mais d’une vie qui continue et va s’enrichir de cette expérience tout de même assez extraordinaire. Mon passé demeure, et il m’aide à comprendre bien des choses qui se passent maintenant.

Ni homme ni femme

Aujourd’hui je me sens un peu moins « cyborg » car m’a été retirée la sonde urinaire (aïe !) et tout le bazar de tuyauteries qu’il me fallait trimballer dans tous mes déplacements. Je n’ai donc plus aucun sparadrap. J’ai pu prendre une douche. Je regarde mon sexe avec le face-à-main fournit par la clinique. Je suis tout d’abord éberluée par la finesse des « coutures ». Les points de sutures sont tellement proches et minuscules qu’ils ne se voient déjà qu’à peine à certains endroits. Je pense qu’au delà des techniques opératoires différentes, si l’on compare avec ce qui est pratiqué en france notamment, cette finesse est presque un signe culturel de l’orient. Je pense que le temps passé sur ces sutures peut expliquer pourquoi il faut 6 heures en Thaïlande quand il n’en faut que 3 en France.

J’ai fait moi-même ma première dilatation ce matin, sous la surveillance de l’infirmière, ça s’est très bien passé. Je dois en faire une autre en fin de journée, seule.

Il faut tout de même se dire que cette transformation, comme toute opération chirurgicale, est d’une très grande violence. Sans anesthésie ce type d’intervention serait absolument impossible. Et si grâce à l’anesthésie on est absent lors de l’opération, le corps se souvient et gardera les marques de cette violence. C’est par l’ablation pure et simple de certaines parties (testicules, corps caverneux), en découpant les chairs et en les assemblant différemment que le résultat visuel et fonctionnel d’un vagin est obtenu. Mon nouveau sexe est né d’une plaie, pas d’un développement embryonaire. De plus, mon sexe ne sera et ne restera opérationnel pour la pénétration qu’à la condition de le dilater régulièrement. Comment oublier d’où l’on vient avec de telles conditions et contraintes ? Comment se sentir plus femme dans le sens commun naturalisant de femme cisgenre ? Pour moi ce n’est pas possible.

Cela ne veut pas dire que je n’éprouve pas une réelle satisfaction d’avoir mené à bien cette transformation. C’est plus que de la satisfaction, c’est une plénitude nouvelle. Elle me fait me sentir moins masculine, la chirurgie venant contredire en quelque sorte ma biologie d’origine. J’ai le sentiment d’avoir été « vaginifiée » plutôt « qu’émasculée », c’est une chose « en plus » plutôt que « en moins ». Et je peux de mes yeux et de mes sens palper cette réalité de ne plus avoir de pénis, et d’avoir à sa place un vagin.

Les mots femmes et homme recouvrant des concepts d’une infinie variété, et moi même ne croyant plus à cette bipolarisation de l’identité, les utiliser pour expliquer ce que je ressens fausse un peu ma pensée. Plus femme, moins homme, je ne me sens au fond ni femme ni homme car ces termes renvoient toujours à la problématique binaire. J’ai toujours ce sentiment d’avoir longtemps accepté sans réfléchir ce que m’indiquait ma biologie, d’en avoir incarné le rôle et d’avoir longtemps souffert de cette obéissance à ma biologie, sans connaître l’origine de mon mal-être, et c’est seulement une fois la cause parvenue à ma conscience, d’avoir mené selon mes moyens et l’état actuel de la science, une transformation de mon corps et de mon apparence dans le sens d’une féminité qui me convient et qui a fait disparaître tous mes problèmes existentiels.

Par rapport à l’idée de la construction de cette féminité, j’ai marqué une volonté farouche d’aller où je suis maintenant, et d’abandonner à tout jamais la place où j’étais, avec énormément d’énergie face aux obstacles réels et imaginaires qui se sont dressés devant ma décision. Cette volonté consciente m’éloigne aussi d’un « devenir femme » que vivent la plupart des femmes cisgenre, leur genre n’étant pas, la plupart du temps, contrarié par leur morphologie.

Un vagin pour devenir invisible ?

Vagin ou pas, je n’aurais pas droit à l’invisibilité de mon passé, autant l’intégrer tout de suite, car déjà Google me trahit depuis que j’ai adressé une bafouille à notre cher Président de la République. Acte manqué ? Oui, sans doute pour m’éviter d’avoir à le dire. Ceux qui cherchent des infos sur moi les trouveront sans que j’ai cet effort à faire.

Thaïlande bien-aimée

Nadine a raison : on va la regretter, la Thaïlande  – je pars en réalité demain, puisqu’après minuit, pas d’erreur, c’est déjà le lendemain… j’ai failli me tromper, heureusement que j’ai mailé à la compagnie…

Voici la vue qu’on a depuis la salle de restaurant du centre commercial, snif, elle va me manquer, cette vue !

Mon opérée chérie dort tout le temps. C’est bien paisible, tout ça ! J’ai passé l’après-midi à la regarder dormir – tout en crochetant de la laine kawaï, corrigeant des textes et recherchant des articles sur Internet. 3 h et 45 minutes comme ça ! Elle a dû cumuler 7 minutes de réveil, pendant lesquelles elle m’a dicté quelques réponses à des mails. Puis, ma foi, elle s’est rendormie.

Pendant qu’elle dort, étudions le thaï. C’est pas gagné. Voici des tableaux de concordance entre les lettres (qui se lisent dans le même sens que chez nous, c’est déjà ça de gagné, de gauche à droite et de bas en haut – paraît-il).

 

Le but serait d’arriver à lire le nom des rues !

Sinon, voici des photos de dépliants pour la banque K – K comme kattoey ? En effet, si les enfants, la famille et même les retraités dans leur jardin (iels sont bien jeunes !!!) affectent un look quasi mondialisé…

…il n’en va pas de même pour le dépliant qui promet monts et merveilles aux jeunes qui viennent d’entrer dans la vie active.

Vous l’avez vu, en haut à gauche ?

Je l’ai remis à l’endroit pour qu’on le voit mieux… Oui, lui, là ! Le kattoey ! Zoom !

Alors un métier comme un autre, en Thaïlande ? On est kattoey comme on est serveuse ou cuisinier ?

Les aventures d’une accompagnatrice de SRS à Bangkok, suite

Je continue à raconter une opération de SRS chez le docteur C* à Bangkok du pur point de vue de l’accompagnatrice, ce qui manque sur le web où figurent seulement des témoignages d’opérées.

Je vous avais laissé.es la veille de l’opé de ma camarade (le guide de l’accompagnatrice, voir plus haut !)  ; ladite opé s’est bien passée, mais je n’ai eu le droit de voir mon opérée que le lendemain après-midi de l’opération. Ici les mœurs thaïes diffèrent largement des nôtres. Si nous trouvons normal d’avoir des nouvelles et de passer embrasser l’opérée dès qu’elle sort du coltar, il n’en va pas du tout de même ici.

Le docteur C* m’avait dit de passer après 18 h, pourtant, ce qui semblait plausible pour une opération à 13 h et quelques, mais il est vrai qu’il n’avait pas semblé apporter beaucoup d’attention à cette information, pour lui mineure. J’ai pris un taxi depuis l’hôtel vers 19 h pour arriver 20 minutes plus tard, dans l’espoir de pouvoir attendre sur place si nécessaire. Cela n’a pas été possible : j’ai dû reprendre illico un taxi dans l’autre sens et rentrer à l’hôtel, avec la promesse qu’on m’appelerait vers 10 h du soir.

Personne n’a appelé avant minuit moins le quart et j’ai vécu queques heures d’angoisse larvaire (tout en me disant le plus sereinement possible que si on ne m’appelait pas, c’est qu’on n’avait rien à signaler).  Je n’ai guère été rassurée par les témoignages, compulsés pour passer le temps, qui racontaient des cas d’émergence à 20 h, avec assez de clarté d’esprit pour donner des nouvelles sur facebook. Heureusement, il y avait un cas de réveil à 23 h, ce qui a rendu l’attente moins inquiétante jusqu’à cette heure-là.

Alors disons-le tout net : c’est long, très long. La future opérée part pour la clinique à 13 h mais n’est opérée qu’au moins deux heures plus tard. L’opération dure cinq ou six heures – ici, ce fut six heures largement comptées. Le réveil peut être très lent : ici, près de trois heures.  On obtient par téléphone des informations minimales : dans mon cas, on m’a seulement dit qu’elle était réveillée, et dans mon émotion je n’arrivais même plus à demander « Is she fine ? », ce qui est pourtant d’une simplicité élémentaire : je répétais : « Is she well ? », ce qui ne veut rien dire, et on me répondait seulement : « she is awaked now ».  Et même si on est la compagne de l’opérée, on ne peut la voir que le lendemain, en début d’après-midi.

Tout cela m’a passablement stressée. Il faut donc savoir que l’activité de la clinique, centrée sur l’opérée et son opération, fait peu de cas de l’entourage, qui n’est pas personna grata sur les lieux. J’avais accompagné ma future opérée pour sa visite médicale, le premier jour ; on lui avait proposé un café, pas à moi. Je ne sais pas si les brunes comptent pour des prunes mais les accompagnateurs comptent pour du beurre !

Faut-il pour autant renoncer à accompagner une personne à Bangkok ? je crois que non. Il faut savoir que tout ce qui tourne autour de la clinique tient l’accompagnateur très à l’écart, encore que j’ai le droit, à présent, d’aller voir mon opérée l’après-midi aussi longtemps qu’elle voudra (hier ma visite était contingentée à une heure max). Pour le reste, l’accompagnateur reste utile : on est plus fortes à deux devant Bangkok si on n’est jamais allées en Asie, moins fragiles devant la mégalopole ! On est utile en cas de malaise vagal (cela peut arriver avec la purge pré-opératoire qui se fait à l’hôtel, c’est arrivé dans le cas de ma compagne et heureusement, comme j’en avais l’expérience car elle est sujette à ce genre de problème à vrai dire assez rare, je n’ai pas paniqué. On ne nous avait rien dit à ce sujet, je pense qu’il vaudrait mieux être prévenue quand même).

Avec une compagne, la future opérée est moins solitaire à l’hôtel. Certes, nous avons eu la chance de rencontrer une Allemande qui se faisait opérer la poitrine mais les occasions de parler à quelqu’un sont quand même très rares : le Dusit Princess est un hôtel magnifique et luxueux mais les opérées et futures opérées du docteur C* ne constituent pas une clientèle repérée, elles sont très peu nombreuses, le docteur ne pouvant opérer tout le monde en même temps. A l’hôtel le personnel n’est pas du tout au courant de tout cela et il faut s’expliquer pesamment (que l’une part, que l’autre reste…). Nous étions « seules » ; il est possible que sur la longue période de convalescence qui l’attend à présnt, mon opérée trouve quelqu’un d’autre avec qui échanger, mais elle peut très bien se retrouver très solitaire tout aussi bien. C’est une expérience riche mais éprouvante, être deux n’est pas un luxe. Pour ma part je dois rentrer travailler, mon opérée restera donc seule quelque temps. Ai-je choisi la meilleure période pour l’accompagner, compte tenu de ma vie professionnelle et de ma faible disponibilité ? Aurait-il mieux valu venir plus tard, pendant sa convalescence à l’hôtel ? Je ne sais. Il faudrait là-dessus confronter des expériences !

Au départ, je ne voulais pas venir du tout ; j’ai beaucoup hésité. Parce que c’est un acte « personnel », je me sentais un peu de trop. Mais ma future opérée flippait à l’idée d’arriver seule à Bangkok, avec l’avion, la langue inconnue, la graphie non lisible pour nous, l’appréhension de l’inconnu et le peu d’habitude des grands voyages (elle n’en avais jamais fait, n’étant absolument pas baroudeuse). J’ai donc choisi de venir et je pense avoir bien fait, quand même. Il faut avoir un petit projet pour soi-même, en parallèle : dans mon cas, nager et avancer un travail qui peut se faire à distance, avec l’ordinateur. Nous avons emporté un ordinateur chacune.

Je pars le jour où elle rentre à l’hôtel pour sa convalescence : j’espère avoir le temps de l’aider à s’installer (elle n’aura pas le droit de bouger de son lit d’un poil pendant une semaine) avant de reprendre l’avion.

Petit manuel de l’accompagnatrice à Bangkok

Il fait froid en novembre à Bangkok ! C’est peut-être paradoxal, mais dans l’hôtel DusitPrincess où sont logées les patientes de Chattawuk, la clim, poussée à fond, oblige parfois à porter gilet, écharpe et châle. Dans les chambres, on peut la couper.

Ne pas espérer acheter un maillot au centre commercial immense, tout proche ; le 3 XL et à peine un S de chez nous, et les modèles, supergenrés, à fanfreluches et petits volants, empêchent de nager.

Penser à emporter une sorte de gilet de natation qui couvre les épaules : non parce que l’eau serait froide (elle ne l’est pas) mais parce que le soleil, même voilé, tape dur. Une demi-heure de natation = gros coup de soleil en maillot de chez nous. Les Thaïs se baignent avec des costumes très couvrants, on comprend pourquoi !

Prévoir des chaussures fermées avec chaussettes à cause de la poussière et de l’irrégularité des rues (+ oiseaux morts, cailloux, détritus…). Eviter les sandalettes. Les Thaïs ne marchent pas à pied : on prend un transport à tout bout de champ. Pour faire environ 4 km à pied (et même moins, d’après Google : 3 km 600) on prend un taxi. La clinique de Chattawuk n’est pourtant qu’à cette distance de l’hôtel DusitPrincess.

L’hôtel est vraiment très bien : pas la peine d’emporter sa brosse à dents, son séchoir à cheveux, sa charlotte de bain, ses savons, dentifrice, shampoing, lotions, coton-tiges, peignoir, serviettes et pantoufles : tout cela est fourni, ainsi que l’eau potable dans des bouteilles cachetées et du papier à lettres. Il y a Internet et c’est pratique, pas la peine de rebouter tout le temps. Serviettes de plage à la piscine, et ils vous apportent un verre d’eau !

La grosse difficulté des premiers jours est la diète liquide de la personne que vous accompagnez. Voici une future opérée séparant le bon grain de l’ivraie. Les légumes seront mangés par sa compagne (miam !)

Quelques idées :

–       Au petit déjeuner, à l’hôtel, soupe miso, diverses soupes chinoises (vous pouvez puiser uniquement le jus, vous vous servez vous-même), des jus de fruits, et même un délicieux jus de lime que vous pressez vous-même. On trouve aussi du sirop d’érable (à mettre dans une petite coupelle, très énergétique) et des yaourts, autorisés les deux premiers jours.

–       À midi, il y a la soupe aux champignons, possible pour les deux premiers jours mais pas les deux derniers où la diète est uniquement « claire ». Ils ont aussi une soupe du jour, à la tomate ou à la pomme de terre, délicieuse et crémeuse, pour ces deux premiers jours.

–       Pour la diète claire il suffit de prendre deux soupes aux légumes « veggie » : l’accompagnatrice mange ce qu’elle peut du tofu et les légumes et la future opérée boit le jus des deux soupes. Attention, l’autre soupe, aux crevettes, est très épicée.

–       Inutile d’expliquer votre histoire à quiconque : les serveur.ses comprennent très mal l’anglais et en ville c’est encore pire. De plus il est ancré dans les idées que la soupe se mange avec des légumes et de la viande. Laisser tomber, prendre la soupe normale et laisser le solide me paraît la solution la plus simple.

–       A l’hôtel la soupe est à 140-170 baths (100 baths = 2 euros 50), en ville elle est à 40 baths.

–       Le pourboire est entre 20 et 50 baths pour une addition de 1000-2000 baths, on peut monter à 100 pour une addition genre 4000 baths.

Excursion

On ne peut réellement en faire qu’une seule : le premier jour la visite à 17 h rend problématique tout désir de s’aventurer loin (il faut être rentrée à temps et comme les encombrements sont monstrueux à Bangkok, à moins d’être très matinale et la championne du jetlag, évitons…). Les deux derniers jours, les soins préparatoires à l’opération sont trop prenants (mais on ira avec fruit au centre commercial à côté !). Reste le 2e jour, libre et idéal.

Prendre un taxi pour le fleuve Chao Praya, un mot qui signifie quelque chose comme « rivière divine ». Viser la station dite « Central Pier », à Sathon ou Sathorn. Bien demander « the boat », mais il y a aussi une station de BTS juste à côté, en correspondance (c’est le Châtelet de Bangkok, pour risquer une comparaison parisienne). Le taxi vous y mène en une heure et quelque, pour une vingtaine de kilomètres, et cela coûte au total (avec l’autoroute ou les autoroutes : 45 + 30 baths et le pourboire) un peu moins de 300 baths. Oui, tout ça à l’intérieur de la ville, dont on n’aura pas parcouru une grande distance en fin de compte (pour la traverser entièrement c’est au moins 8 à 10 fois ça, voire plus…).

Là, deux options : les klongs, c’est-à-dire les petits canaux (mais n’est-ce pas un peu trop touristique ?) ou le bateau qui remonte le fleuve, et qui est un moyen de transport commun pour les gens. Nous avons choisi ce bateau. Ils font payer 150 baths aux farangs, contre 15 pour la population, mais nous, les touristes, avons le droit de descendre et de remonter où nous voulons.

Nous nous sommes arrêtées au 8 (Wat Pho) et au 30. Il y aurait eu aussi de possible deux autres arrêts intéressants, celui du Palais royal et celui du wat (temple) qui est de l’autre côté du fleuve. Mais déjà ainsi la promenade nous a beaucoup plu. Nous n’étions pas très concentrées sur le tourisme et c’était bien suffisant pour nous. Mais cela dépend sans doute des personnes.

Au 8, Wat Pho, nous avons vu un temple immense et magnifique avec l’un des plus grands Bouddhas couchés du monde : impressionnant. Des stupas partout (mini-wats ?). Au 30, le terminus, un marché qui vendait de tout (y compris des poissons séchés dégageant une odeur très forte)vdans lequel nous avons flâné. Pas un touriste ! Nous avons mangé la soupe rituelle (40 bths) dans un restaurant local, délicieux. A l’embarcadère des toilettes à 3 bths (sans papier), et d’étonnants poissons en pagaille dans le port. On peut acheter pour 10 bths un grand sac d’expèce de pop corn coloré que ces poissons adorent.

La promenade en bateau nous a révélé toute la ville, ses maisons genre « maisons des klongs » à demi-écroulées, ses constructions modernes, ses temples partout… Les Thaïs se fichent manifestement tant du design urbain que de la mode (maisons peu reluisantes, vêture simple et standard) mais en revanche ne le cèdent en rien pour la nourriture, délicieuse, variée, pas si épicée que ça quand on le demande.

Au centre commercial, régime à deux vitesses : des objets locaux euphoriques et pas chers du tout (dont des montres « kawaï » japonaises rose vif qui font fureur dans nos contrées) et des objets farangs au prix habituel (et même plus cher qu’au Décathlon de la porte de Montreuil, importation oblige, pour les maillots Speedo par exemple !). Pas de chaussures femme en 41, sauf côté importation des « marques »

Sinon bonjour se dit soadi khaaaa (phonétiquement ; pour une fille, dire ce kaaaa et redescendre mélodiquement sur aaaa) et merci se dit kop koun khaaaa (pareil, c’est phonétique !). Distinction de genre très importante dans la langue entre les hommes qui finissent toutes leurs phrases par Klap et les femmes qui finissent par Khaaa.

Les kattoeys forment ici un « troisième genre ». Ils ne posent pas à la féminité, sinon en termes d’exhibition de genre, et gardent leur voix grave et certains poils au menton sans problème. L’un d’eux est serveuse dans un restaurant du centre commercial (le grill où les plats tournent sur un rail dans des petites coupelles, comme dans certains restaurants japonais en France, au 2e étage). Elle porte de hauts talons, est fine comme l’ambre, superbement maquillée et coiffée, et parle d’une douce voix très masculine. C’est complètement intégré dans la société qui d’ailleurs est décomplexée par rapport au corps, contrairement à notre pays pétri de vieux papes racornis et de religiosité catho larvaire : ici, au centre commercial, on peut se faire refaire le visage à côté d’une boutique de fringues d’importation. La chirurgie esthétique a sa boutique aux vitres brillantes, tout comme les téléphones portables ou le Starbuck (où on peut avoir du café noir).

Ne vous perdez pas dans le centre commercial, il est immense !

Pour se repérer avec les taxis il faut apprendre par cœur les mots de passe : Seacon Square (le nom du centre commercial géant, Vélizy II à côté c’est minus) et le nom de la rue, très important : Srinakarin (porter l’acent sur la fin : « r‘in). L’hôtel fournit un petit plan (qui d’ailleurs n’a pas dit grand-chose au chauffeur, lequel a téléphoné direct à l’hôtel de son taxi pour en savoir plus !).

Quelques remarques pour finir à propos des questions matérielles de ces quatre jours « pré-op » :

–       la valise : emporter un maillot, un bonnet de bain épais (contre les coups de soleil), une veste de natation bien couvrante. Je n’ai pas eu de problème de coups de soleil avec les jambes, mais les Thaïs ont en plus un bermuda collant jusqu’aux genoux. Un jogging, des chaussures de jogging (il y a une salle de fitness dans l’hôtel). Je conseille une chemise de soie très couvrante par-dessus un tee-shirt à manches longues, contre le soleil, et un chapeau ou un bob pour les visites. Robe longue ou pantalon flottant idéals. Une veste et une écharpe pour le restaurant où il fait très froid (en fait ça dépend de la température extérieure : les premiers jours il ne faisait pas très chaud et la clim transformait le restau en vrai frigo. Le 4e jour la température a monté et la clim du resto était plus suportable). Une paire de chaussures de marche ou baskets fermées + chaussettes, culottes et soutien-gorges. Inutile d’emporter peignoir, paréo, pantoufles, ça n’a servi à rien. En revanche une espèce de sac de plage en tissu a été très utile pour mettre un livre, l’appareil photo…

–       ce serait un beau travail militant d’apprendre le thaï (tant l’oral que le déchiffrement de l’écrit) pour accompagner les futures opérées qui n’ont pas d’accompagnatrice. Ce serait encore mieux que d’être accompagnatrice à Arts et Vie ! En effet, très vite la connaissance de l’anglais des Thaïs se trouve dans la majorité des cas limitée (pas pour l’équipe de Chattawuk, où tout le monde parle bien la langue) et ce serait pratique de savoir comment on dit, par exemple, « uniquement de la soupe claire, du consommé » en thaï. Par ailleurs, si chez Chattawuk on peut vous adjoindre un Français traducteur de l’anglais, il suffit de le demander, c’est compris dans la prestation de l’opérée, c’est en général un étudiant friendly mais qui ne sait pas dire « corps caverneux » en anglais, car c’est trop spécifique ! Ben quoi, c’est pas du vocabulaire de base ?

–       Argent : on peut en prendre à l’aéroport, et beaucoup à la fois car la commission de 150 baths est la même quel que soit le montant du retrait ! Après, les distributeurs sont rares et certaines cartes sont limitées en plafond – du coup, si on a tiré trop d’euros avant de partir, ce qui était mon cas, on se retrouve avec une carte qui refuse de donner des baths. Heureusement on peut changer ses euros, par exemple à l’embarcadère de Sothron Central Pier, on trouve une boutique de change. Il y a des distributeurs dans le centre commercial Seacon, tout proche.

–       Pour aller au centre commercial, sortir de l’hôtel par la piscine, à l’étage G (groundfloor). On se retrouve dans un parking qu’on traverse vers la rue. On traverse la rue au passage protégé (qui n’est absolument pas protégé : attendre que quelqu’un qui sait faire traverse, et lui emboîter le pas ; gare aux voitures qui roulent à gauche comme à Londres !) et entrer dans le centre par la porte latérale. En ce moment, c’est en travaux, il faut suivre le chemin près de la tôle ondulée.

–       Nos meilleurs achats au centre commercial : des montres charmantes, des pinces à cheveux pas chères du tout, des tissus magnifiques et pas chers non plus (grande boutique peu après l’entrée latérale par où nous arrivions de l’hôtel), des gilets au premier étage, pas en bas – uniquement pour les petites tailles, vendus sur des stands de marché au milieu, pas dans les boutiques –, des boîtes de biscuit en fer magnifiquement décorées, des pochettes « kawaï » (beaucoup de design japonais pour faire des cadeaux aux plus jeunes !)

–       A propos de l’aéroport : le chauffeur qui vous attend n’est pas à l’arrivée même (un grand hall, appelé B, autour de la sortie duquel se pressent derrière des barrières métalliques à gauche les gens qui attendent les groupes, à droite les chauffeurs des hôtels pour farangs), il est plus loin sur le chemin. En sortant du hall B il faut tourner à droite pour rejoindre la sortie : votre chauffeur est sur ce chemin. A noter que le passage des passeports peut être très long (une demi-heure, une heure) selon l’affluence.

Pour finir : l’accompagnatrice peut avoir un peu l’impression qu’elle est en thalasso, si elle est très proche de sa future opérée et qu’elle ne la quitte pas d’une semelle. Elle vit comme elle à l’intérieur de l’hôtel et les incursions en ville peuvent être rares dans ce cas (elle peut aussi mener sa vie toute seule dans la grande ville, c’est selon !). Du coup moi j’ai choisi de nager beaucoup, matin et soir, et de me calquer sur le rythme de ma future opérée, mangeant beaucoup moins que d’ordinaire (le décalage horaire aide, car au début, le jour c’est la nuit et le corps garde ses habitudes de diète nocturne). On ne s’ennuie pas !

De Bangkok, la veille du jour J pour ma future opérée.