chère Christine Delphy, pourquoi raconter de telles bêtises sur les transidentités ?

ou quand la transphobie se matérialise dans un certain féminisme pendant que moi je me matérialise dans moi-même

Christine Delphy a publié sur son blog un entretien accordé à Politis où elle exprime une opinion sur « la transsexualité » particulièrement à côté de la plaque et délicatement transphobe.

Votre position sur  la transsexualité déclenche des réactions vives.  Cela vous surprend-il ?
La question de la transsexualité se pose beaucoup plus maintenant. Mais, dans cette démarche, on perd de vue la lutte féministe : pour la disparition du genre. Quand le mouvement a commencé, en 1970, c’était une réunion d’individus – on était féministe chacune dans son coin et on faisait ce qu’on pouvait –, qui est devenue une lutte  collective. Il semblerait qu’on abandonne l’idée de lutte collective pour une  transformation sociale. On parle d’actes de « subversion » individuelle ou de « résistance » individuelle. C’est le cas dans le mouvement queer. On a l’impression que tout ce qu’on  peut espérer, c’est mettre quelques grains de sable dans le système et non plus le défaire. Il reste bien des luttes collectives : contre la prostitution et les violences sexuelles, pour le respect du droit à l’avortement… Mais l’arrivée du queer me paraît rencontrer une  démarche individualiste pour que des personnes changent de catégorie, sans remettre en cause ces catégories.
Je m’intéresse aux subjectivités, et cette démarche doit être soutenue dans le cadre du droit à la dignité de chaque personne ; mais elle ne constitue pas un combat politique dans le sens où elle ne propose pas un changement des structures de la société.

Cela va d’ailleurs dans le sens d’autres propos de Christine Delphy, rapportés dans ce même article sur son blog, lors d’une conférence le 28 septembre 2013 à Paris :

« Je ne vois pas en quoi soutenir une femme qui veut devenir un homme, et donc passer dans le camp de l’oppresseur, est un combat féministe »

J’avais tenté une petite réponse en commentaire – mais on dirait que ce n’est pas passé – qui faisait suite à un autre commentaire d’une personne trans pointant la transphobie de Delphy, publié également dans son blog CHRONIK D’UN NÈGRE INVERTI, et qu’elle avait balayé d’un laconique :

« Nous sommes d’accord. Vous dites que les Trans luttent pour leur dignité, non pour changer le monde : c’est ce que je réponds dans l’entretien, dont je n’ai pas choisi les questions »

Voilà donc à mon tour mon modeste avis sur ce petit égarement transphobe pénible et qu’on retrouve malheureusement ici et là chez certainEs féministes…

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Chère Christine Delphy,

pour revenir à ce petit passage sur les transidentités, votre réponse n’est-elle pas aussi bête que de dire « les femmes luttent pour leur dignité, pas pour changer le monde » ? Contrairement à ce que vous supposez, je ne crois pas que vous êtes d’accord avec la critique postée sur le blog « Chronik d’un Nègre Inverti« . Le problème, c’est qu’au lieu de vous préoccuper de ce qui opprime les Trans (et de vous apercevoir, peut-être, que ça ressemble fort à ce qui opprime les femmes, ce qui explique peut-être que beaucoup de vos écrits nous sont précieux en tant que trans), vous vous préoccupez de ce que serait une personne trans (vous n’en savez manifestement rien, au passage).

Comme si je vous disais « Votre position sur le voile déclenche des réactions vives. Cela vous surprend-il ? » et que vous répondiez « La question du voile se pose beaucoup plus maintenant. Mais, dans cette démarche, on perd de vue la lutte féministe : pour la disparition du genre. » c’est drôle, ce n’est pourtant pas ce que vous avez exprimé sur le sujet à de nombreuses reprises (et c’est tout à votre honneur), mais alors pourquoi raisonner différemment ici ?

Vous dîtes : « Quand le mouvement a commencé, en 1970, c’était une réunion d’individus – on était féministe chacune dans son coin et on faisait ce qu’on pouvait –, qui est devenue une lutte collective. » Et être trans nous empêcherait peut-être de passer d’une prise de conscience et de stratégies de survie individuelles à une lutte collective ? Est-ce du mépris ou de l’ignorance ? Peut-être que la prochaine fois qu’on vous interroge, il serait préférable de répondre simplement « oui c’est vrai, j’ai voulu donner un avis sur un sujet que finalement je ne connais pas, j’aurais mieux fait de me taire ».

Tenez, pour finir je vois que vous avez écrit un texte amusant ici :

« Vous croyez être « vous », mais vous vous trompez. Vous vous faites du mal, vous contrevenez au vrai vous. Qui est le vrai vous ? Vous croyez le savoir, pauvre vermisseau—ou vermicelle—mais c’est une illusion, et à la limite un délit. L’État, lui, sait ce que vous êtes. Avant de vous affubler de costumes trop serrés et de cravates bleu ciel, demandez conseil à l’État, directement. En téléphonant au ministre de l’Intérieur qui sait – c’est sa fonction – ce que chaque personne vivant sur son territoire (que vous croyez être le vôtre, pauvre abusé-e !) EST ou N’EST pas. Il l’a dit à propos du voile : celui-ci empêche les femmes d’être ce qu’elles sont. Il pourra donc poser un diagnostic et un traitement dans votre cas aussi. »

Est-ce que ça ne vous inspire pas pour nous donner un avis un peu plus pertinent sur les transidentités ? (vous voyez je suis gentille je vous aide un peu !)

Bon, et bien je vous laisse réfléchir à tout ça, si vous avez le temps, et nous expliquer à l’occasion de manière un peu plus convaincante comment « ce droit à la dignité de chaque personne » trans (que malgré tout vous défendez dans votre grande bonté) ne constituerait pas « un combat politique » qui repose sur « un changement des structures de la société »…

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